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> 6. Critique de l'AU Recommander Imprimer 4 pages màj : 19 mars 2017

PLAN

  1. Critique syndicale
  2. Critique communiste
  1. Le revenu n'est pas tout
  2. Inflation

Critique syndicale Haut

La présente section est une réponse au petit ouvrage de Mateo Alaluf : "L'allocation universelle, nouveau label de précarité" (Éditions couleurlivres.be, 2014, 85 p.)

Mateo Alaluf ‐ professeur à la faculté de sociologie de l'Université Libre de Bruxelles, et spécialisé dans les questions relatives à l'emploi ‐ considère l'AU comme un renoncement à la lutte pour des salaires décents et la diminution du temps de travail. Alaluf est également proche de la direction du syndicat socialiste belge FGTB.

Sa thèse reposait originellement sur l'affirmation que le montant de l'AU serait "nécessairement insuffisant". Cependant Alaluf ne définit pas ce qu'il entend par "nécessairement insuffisant". Et lorsque les travaux de Bernard Friot montrèrent qu'un salaire à vie d'au moins 1.500 euros/mois est financièrement possible, Alaluf persista, maintenant que même dans ce cas celle-ci demeure nuisible à la lutte pour des salaires plus élevés, la diminution du temps de travail, et l'amélioration des autres conditions de travail ...

Pourquoi cela ? Alaluf affirme que le patronat utilise l'AU comme un leurre pour obtenir une réforme législative favorisant la flexibilité du travail, à l'instar des réformes Hartz implémentées en Allemagne en 2005 par le gouvernement "socialiste" du Chancelier Gerhard Schröder.

Cependant le gouvernement allemand n'a pas eu besoin de l'AU pour imposer sa réforme libérale. Il reste à démontrer en quoi une AU telle que définie au chapitre 2 serait incompatible avec la diminution du temps de travail et l'amélioration des autres conditions de travail des salariés, dès lors que l'AU devrait logiquement avoir pour effet d'accroître le pouvoir de négociation des salariés, et cela d'autant plus que le montant de l'AU sera élevé ! Une question centrale est donc bien celle du niveau de l'AU. Une critique constructive de l'AU devrait par conséquent poser la question suivante : "à partir de quel montant l'AU constitue-t-elle un progrès social certain ?" (NB : il importe d'y répondre en faisant abstraction de la faisabilité financière, problématique certes fondamentale, mais dont le traitement doit nécessairement être précédé par la détermination du montant).

Il est vrai que l'impact qu'aura l'AU sur le niveau des salaires n'est pas facile à prédire, mais l'on peut d'ores et déjà établir que :

Quoi qu'il en soit ne perdons pas de vue que la problématique de l'AU ne se limite pas au seul cas des salariés : il y a aussi des chômeurs, des indépendants et des retraités ! Or un objectif de l'AU est de garantir un revenu de base pour tous. Le salaire n'est qu'un moyen parmi d'autres : il est incohérent de confondre la fin et les moyens.

Enfin l'AU ne résout certes pas tous les problèmes. Ainsi il importe notamment que l'État garantisse la disponibilité :

Rappelons à cet égard que nous n'envisageons l'AU que dans le cadre d'un changement de paradigme sociétal dans lequel l'AU est étroitement associée à la démocratie directe (voir notre méta-projet tutmondigo.net) et à la collectivisation des principaux moyens de production (voir notre article "Service public par des entreprises publiques").

L'opposition de Mateo Alaluf au principe même de l'AU plutôt qu'à sa version patronale s'explique peut-être par ses liens étroits avec les dirigeants du syndicat "socialiste" FGTB. En effet la plupart des dirigeants syndicaux pensent - à tort ou à raison - que l'AU remettra en question l'utilité des syndicats. D'autre part, dans ce milieu anti-révolutionnaire, car très impliqué dans l'establishment, on n'envisage pas de changement radical de la société. Ainsi la FGTB ne revendique ni la nationalisation des grandes sociétés, ni la sortie hors de l'atlantiste, "libérale" et oligarchique Union européenne ...

Pour approfondir lire notre article d'analyse : "Les syndicats".

Critique communiste Haut

Selon Bernard Friot le revenu de base serait un produit du capitalisme, visant à préserver celui-ci en neutralisant le risque d'un changement de paradigme économique. Dans la mesure où le revenu de base est financé par ponction fiscale après la répartition (entre capital et travail) des valeurs produites, le revenu de base a par conséquent besoin du capitalisme pour se financer. À l'opposé le salaire à vie est financé par les cotisations au moment même de la production, empêchant ainsi toute appropriation de la production par des capitalistes.

Critique du revenu de base par Bernard Friot (4m10s - 2017)

Le revenu n'est pas tout Haut

Une étude de l'université de Louvain rappelle qu' « il est indispensable d’étudier l’effet d’une réforme sur les autres composantes des budgets publiques. En effet, un euro utilisé dans le cadre de la redistribution des revenus n’est plus disponible pour une autre politique, politique des soins de santé, de l’accueil de la petite enfance, de l’enseignement, etc., bref, de tous les biens publics qui déterminent aussi le niveau de vie d’une population. C’est particulièrement pertinent lorsque la justification qui est donnée à l’allocation universelle est la diminution de la pauvreté. L’idée consiste à dire qu’en augmentant le niveau de revenu minimum on diminue la pauvreté. C’est évidemment exact si l’on considère la pauvreté en revenu. La difficulté, pourtant, c’est que le revenu est un indicateur bien imparfait du niveau de vie et rien n’indique que c’est en augmentant les revenus que l’on diminue le plus la pauvreté. Certains, en effet, plaident plutôt pour une augmentation de l’accueil de la petite enfance, ou pour une amélioration de l’efficacité des services d’aide sociale, ou pour un meilleur accès à des logements de qualité, par exemple » [source].

Plutôt que de se concentrer sur ceux qui n'ont pas de travail, la logique du système anglo-saxon est plutôt d'inciter les gens à travailler à temps plein même pour un salaire minimum, et de compléter celui-ci par des aides complémentaires conditionnées au fait d'avoir un emploi à temps plein (NB : cette politique est d'autant plus favorable aux employeurs si ceux-ci en bénéficient plus qu'ils n'y contribuent).

Le tableau suivant compare les systèmes belge, français et américain pour une famille monoparentale comptant deux enfants. L'axe horizontal mesure le revenu avant impôt et cotisations sociales personnelles gagné par le parent, tandis que l'axe vertical mesure son revenu disponible c-à-d après impôt et cotisations sociales. Il apparaît que le système belge est le plus généreux envers ceux qui ne travaillent pas (point 0 sur l'axe horizontal). Autrement dit il est le plus proche d'un AU. Par contre, l’ordre de ces trois pays s’inverse lorsque l’on considère le revenu de ceux qui travaillent à temps plein au taux de salaire minimum (qui sont différents dans ces trois pays).

Budget pour un célibataire avec deux enfants

Budget pour un célibataire avec deux enfants [2013 - source]

Revenu disponible

Les chiffres mentionnés dans cet encadré concernent la France en 2010. A partir du PIB on obtient le revenu national en déduisant la dépréciation annuelle du capital (14% du PIB) et en ajoutant le solde des revenus étrangers (1% du PIB). Ainsi le revenu national représente 87% du PIB. A partir du revenu national on obtient le revenu disponible moyen en retirant les impôts (50% du revenu national) et en ajoutant les transferts (chômage, retraites, etc, soit 25% du revenu national). Autrement dit, le revenu disponible représente 100-50+25 = 75% du revenu national, les 25% de différence étant consacrés aux services publics (éducation, santé, routes, justice, police, ...). Ainsi en France en 2010 le PIB par habitant était d'environ 2.500 euros/mois et le revenu disponible par habitant était de 1.600 euros/mois, soit 2.100 euros/mois par adulte [source].

Le revenu universel nuisible au lien social ? (1m46s - 2017)

Il est certes vrai que le travail économique favorise le lien social. Cependant, pour une partie considérable de la population le travail économique se précarise sous l'effet de la robotisation. Il importe de lui substituer d'autres formes de travail, dont le travail politique, qui deviendra le principal moteur du développement humain. C'est pourquoi il importe de lier le projet d'allocation universelle (partage du pouvoir financier) à celui de la démocratie directe (partage du pouvoir politique). Afin d'inscrire cette démarche dans le contexte international, le méta-projet tutmondigo.net a pour effet de poser ludiquement les bases d'une Confédération mondiale des États-nations, fondée sur la démocratie directe et l'allocation universelle.

Inflation Haut

Il y aura un effet inflationniste "one shot" dans la mesure où (i) la baisse de l'offre de travail induira une baisse de la production et (ii) la meilleure répartition des richesses provoquera une hausse de la demande. Dans la présente situation économique caractérisée par un chômage élevé et une inflation proche de zéro, l'effet inflationniste n'est pas problématique dans la mesure où la robotisation (--> chômage) et l'amélioration de l'efficacité énergétique de l'appareil productif (--> faible inflation) sont des tendances irréversibles.

Il y aura cependant des différences locales - selon les régions et les secteurs économiques - sur base des différentiels de revenu et salaire moyen.

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