Théorie de l'allocation universelle
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> 1. Introduction Recommander Imprimer 12 pages màj : 19 juillet 2017

Les concepts d'allocation universelle (AU), revenu de base, revenu universel ou salaire à vie ont en commun le principe de rémunération inconditionnelle des citoyens : une somme d'argent allouée régulièrement et inconditionnellement par l'État à chaque citoyen.

Cette inconditionnalisation du revenu minimum garanti pourrait être l'occasion de réaliser six objectifs très importants : (i) neutraliser l'effet de trappe à inactivité [?] Il y a effet de trappe à inactivité lorsqu'un allocataire social n'est pas incité à reprendre une activité rémunérée parce que les gains qu'il en retireraient sont inférieurs à la perte résultant de la fermeture des droits à allocations. Il y a aussi effet de trappe lorsque le rapport entre les montants nets du revenu minimum garanti (RMG) et du salaire minimum légal (SML) est tel que les bénéficiaires du RMG n'obtiendraient qu'une faible augmentation de revenu en reprenant une activité professionnelle rémunérée au SML, cette faible augmentation de revenu ayant pour contrepartie une forte diminution du temps libre. Pour réduire l'effet de trappe il faut diminuer le rapport RMG / SML, par exemple en augmentant le RMG proportionnellement moins que le SML. L'AU quant à elle neutralise totalement l'effet de trappe dans la mesure où le citoyen ne perd pas son droit à l'AU en reprenant une activité professionnelle. ; (ii) simplifier le système de sécurité sociale ainsi que le système fiscal ; (iii) égaliser le statut des indépendants avec celui des salariés, (iv) déstigmatiser les ayants droits à l'aide sociale, (v) résoudre la problématique du chômage et des pensions, (vi) limiter les écarts de richesse.

Deux grandes inconnues concernent l'effet induit sur l'offre de travail (dans quelle mesure baissera-t-elle ?) et sur le niveau des salaires (vont-ils augmenter ou diminuer ?).

Divers modèles sont proposés. Parmi les principaux points de divergence il y a le montant de l'AU et son mode de financement, c-à-d in fine la mesure dans laquelle l'AU modifiera le niveau actuel de redistribution des richesses (ce que les plus riches - qui devraient en être les seuls contributeurs nets - appellent le "coût" de l'AU).

PLAN DE
L'INTRO

  1. Différents modèles
  2. Modèle libéral
  3. Modèle collectiviste
  4. Modèle synthétique
  5. Comparaison des trois modèles
  1. Contexte
    1. Économique
    2. Politique
    3. Conclusion
  2. Présentation des chapitres

Différents modèles Haut

Il n'y a pas un mais des systèmes de rémunération inconditionnelle des citoyens (SRIC, mais dans la présente publication nous utiliserons la dénomination "allocation universelle", AU en raccourci). C'est pourquoi on en trouve des partisans et des opposants aussi bien à gauche qu'à droite. Cependant les partisans sont plus nombreux à gauche qu'à droite : selon un sondage BVA réalisé en France en 2016 (à confirmer par d'autres sondages) 74% des électeurs de gauche y seraient favorables, contre seulement 41% parmi les électeur de droite [source - p24].

Afin de tenter de clarifier la situation nous distinguons trois modèles, se distinguant selon le mode de limitation des richesses, et partant, sur leur niveau de redistribution :

Le tableau ci-dessous résume les principales caractéristiques des trois modèles, que nous détaillerons dans les sections II à V du présent chapitre d'introduction. On constate une nette distinction entre d'une part le modèle libéral avec un montant de l'AU inférieur au salaire minimum légal (SML), et d'autre part les modèles collectiviste et synthétique caractérisés par une AU SML :

SML = Salaire minimim légal, soit environ 1.500 euros/mois
Modèles →
Effets ↓
LibéralCollectivisteSynthétique
Revenu
garanti
< SML SML SML
Écarts de
revenus
Pas de
limite
Limite
absolue
Limite
relative
RedistributionFaibleTrès élevéeÉlevée

NB : nous verrons que le modèle libéral se caractérise également par le caractère partiel de l'inconditionnalisation du revenu minimum garanti (RMG).

Allocation universelle, revenu de base, revenu universel, salaire à vie, ...
Popularité des thématiques selon Goggle scholar

Nombre de références bibliographiques par thème sur Google Scholar (articles scientifiques) :

1"allocation universelle"1,850 résultatsscholar.google.com/scholar?q="allocation+universelle"
2"revenu de base"1,190 résultatsscholar.google.com/scholar?q="revenu+de+base"
3"revenu universel"564 résultatsscholar.google.com/scholar?q="revenu+universel"
4"salaire à vie85 résultatsscholar.google.com/scholar?q="salaire+à+vie"
Récupération
politique
européiste

Force est de constater que les auteurs et associations de promotion du revenu de base ou de l'allocation universelle qui font l'objet d'une couverture médiatique sont exclusivement ceux et celles qui expriment leur soutient à l'Union européenne, notamment en perpétuant le mythe d'une "Europe sociale" à venir et en niant son incompatibilité avec les fondements économiques et géopolitiques de l'UE.

J'ai en outre constaté que le Mouvement français pour un revenu de base (MFRB) est essentiellement constitué de militants européistes, à l'instar du réseau Unconditional Basic Income Europe (UBIE), très lié aux parlementaires écologistes de l'UE. Le MFRB affirme être transpartisan, ne pas promouvoir « une vision unique de revenu de base » mais « rendre visible ses différentes et possibles applications ». Pourtant l'année de création de cette association l'article Wikipédia "Allocation universelle" fut renommé "Revenu de base", toutes les références à la présente publication furent supprimées, et le lien vers allocation-universelle.net dans les liens externes fut remplacé parce ceux du MFRB et de UBIE (NB : nous avons largement dénoncé l'absurdité économique et l'illégitimité politique de l'UE ...). Le locataire du nom de domaine du site du MFRB est Stanislas Jourdan, ancien journaliste à La Tribune, à l'European Action Tank for the collaborative economy, membre fondateur de ... UBIE, et initiateur de l'Initiative Citoyenne Européenne pour un revenu de base (NB : l'ICE est une procédure consultative de l'UE notoirement connue pour être un simulacre de procédure consultative ainsi qu'un instrument de récupération politique et de propagande européiste).

Modèle libéral Haut

Dans l'application du modèle libéral présentée ici (sans doute peut-on en imaginer d'autres) le salaire net de cotisations (Wn) est complété inconditionnellement par l'AU, laquelle est intégralement financée par une augmentation des cotisations (NB : avec diminution du salaire net, de sorte que le salaire super brut reste inchangé) :

Yd = Wn + AU + YbΔ * ( 1-T )   où   YbΔ est le solde des revenus bruts imposables à l'IPP.

Comment ça fonctionne ? Dans le tableau ci-dessous, basé sur une étude de l'Université Catholique de Louvain [source], le montant de l'AU est de 850 euros/mois, soit approximativement l'équivalent du revenu minimum garanti actuel. Dans le système actuel (colonne de gauche du tableau ci-dessous), sur un salaire de 4.000, 1.700 vont à l'État sous forme de cotisations sociales et de précompte professionnel. Avec le modèle libéral (colonne de droite) c'est ... la même chose, sauf que sur ces sommes l'État garantit systématiquement un montant de 850 euros/mois.

Système actuelAU (modèle libéral)
Employeur- 4.000- 4.000
Employé2.300 (reçu de l'employeur)1.450 (reçu de l'employeur) + 850 (reçu de l'État) = 2.300
État1.700 (reçu de l'employeur)2.550 (reçu de l'employeur) - 850 (versé à l'employé) = 1.700

On constate que l’employeur ne verse plus à l'employé que 2.300 - 850 = 1.450, mais verse 850 de plus à l'État pour financer cette AU, de sorte qu'au total son coût est toujours de 4.000.

Versement anticipé. La version originelle de ce tableau dans l'étude de l'UCL ajoute une dimension chronologique : les 850 sont versés par l'État au début du mois, ce qui induit un besoin de financement par emprunt sur 30 jours en attendant que l'État reçoive les cotisations versées par l'employeur à la fin du mois.

Le tableau suivant illustre le cas d'un citoyen dont le salaire (785) est inférieur à l'AU (850). On constate (i) que le solde (850 - 785 = 65) est garanti par l'État, de sorte que le revenu global du citoyen augmente jusqu'à atteindre le montant de l'AU ; (ii) qu'en conséquence les recettes de l'État diminuent de 65 et deviennent négatives (de 15 à -50). Par rapport au système actuel l'État doit donc financer ce solde négatif, ce qui pose la question du financement de l'AU.

Système actuelAU (modèle libéral)
Employeur- 800- 800
Employé785 (reçu de l'employeur)0 (reçu de l'employeur) + 850 (reçu de l'État) = 850
État15 (reçu de l'employeur)800 (reçu de l'employeur) - 850 (versé à l'employé) = - 50

Exercice du droit. La colonne de gauche du tableau ci-dessus reflète le cas d'un citoyen n'ayant pas (ou pas encore) fait la démarche de demander le complément du revenu minimum garanti dans le système actuel (NB : selon certaines estimations seulement la moitié des ayants-droit en feraient la demande ...). La comparaison avec la colonne de droite montre donc l'impact du caractère inconditionnel de l'AU.

Vous l'aurez compris : les personnes qui travaillent actuellement pour un salaire inférieur à l'AU arrêteront donc de travailler. Cela incitera les employeurs à relever ces salaires au delà de 850 euros/mois, et d'un montant suffisant pour convaincre des citoyens de renoncer à un maximum de temps libre, pour un travail à temps plein ne rapportant pas beaucoup plus que l'AU.

RMG. Il ne faut donc pas confondre le principe de l'AU avec celui du système actuel de revenu minimum garanti, qui dans la colonne de droite du dernier tableau donnerait :
800
785 + 65 = 850
15 - 65 = - 50
On voit donc que le "coût" budgétaire est identique (toute autre chose étant égale, mais non verrons dans le chapitre 5 consacré au financement de l'AU que ce n'est pas le cas). Cependant il y a une différence importante : l'actuel système du RMG n'étant pas inconditionnel il en résulte que (i) l'employeur est moins incité à payer des salaires attractifs (bien sûr il y a la contrainte du salaire minimum légal, mais celui-ci n'est pas toujours respecté ...), et (ii) il devient plus difficile voire impossible de réaliser les six objectifs [?](i) Neutralisation de l'effet de trappe à inactivité ; (ii) simplification du système de sécurité sociale et du système fiscal ; (iii) égalisation du statut des indépendants avec celui des salariés ; (iv) déstigmatisation les ayants droits à l'aide sociale ; (v) résolution de la problématique du chômage et des pensions ; (vi) limitation des écarts de richesse. permis/facilités par l'inconditionnalisation du RMG que constitue l'AU.

Quant aux chômeurs, d'un point de vue strictement financier leur situation régresse dans la mesure où l'AU remplacerait des allocations de chômage dont le montant est supérieur à celui de l'AU. Dans le cas contraire le progrès social et économique serait alors incontestable en raison du caractère inconditionnel de l'AU, qui (i) est comme une allocation de chômage sans limite dans le temps, et (ii) supprime les démarches et contrôles administratifs que requiert actuellement le droit aux allocations de chômage ou, dans le cas des citoyens ne pouvant bénéficier de ce droit, le revenu minimum garanti.

Plus ? Dans leur document les économistes de l'UCL se limitent donc à inconditionnaliser partiellement l'actuel système de revenu minimum garanti, et sans changer son montant. Une question vient alors naturellement à l'esprit : pourrait-on pousser le montant de l'AU jusqu'à celui du salaire minimum légal, soit environ 1.500 euros/mois dans des pays comme la Belgique ou la France ? Le modèle suivant est conçu précisément dans ce but. Mais avant d'aborder le modèle collectiviste, une dernière remarque sur les limites du modèle libéral.

Conservatisme. Les économistes de l'UCL attirent notre attention sur « l' erreur qui consiste à faire l’hypothèse que l’allocation universelle est un montant qui vient s’ajouter aux revenus des gens » [source] (PS : qui est l'hypothèse faite par l'OCDE dans son étude présentée au chapitre 5 section I.1. ...). Ce faisant ils veulent probablement rappeler qu'il n'est pas question de financer l'AU par création monétaire additionnelle, en raison de la contrainte inflationniste, remarque évidemment pertinente (avec cependant un bémol - ou plutôt un dièse - développé dans notre article consacré à la "théorie relative de la monnaie"). Cependant il ne faudrait pas que la contrainte inflationniste nous aveugle concernant d'autres réalités :

Ces faits suggèrent que la prise en considération du seul modèle libéral risque de nous enfermer dans la seule option de réforme, et donc de maintient du paradigme économique actuel. Passons donc au modèle suivant ...

Modèle collectiviste Haut

Dans ce modèle tous les revenus que perçoit aujourd'hui tout citoyen sont remplacés par un revenu unique [1]. Membre du parti communiste, sociologue et économiste français, professeur émérite à l'université Paris Ouest Nanterre La Défense (Paris X), Bernard Friot propose - pour sortir du capitalisme [2] - la généralisation d'un système de salaires à vie, dont les principes essentiels sont les suivants :

  1. le salaire la vie est versé de façon inconditionnelle (du moins au niveau minimum, cf. point suivant) à chaque citoyen dès sa maturité, quel que soit le statut : fonctionnaire, salarié de droit privé ou indépendant ;
  2. montant variant de 1.500 à 6.000 euros/mois selon la qualification, déterminée par des épreuves de qualification.
  3. financement intégral par la cotisation sociale, versée par les entreprises à la caisse nationale des salaires, au prorata de la valeur ajoutée créée par l'entreprise ;

    La cotisation sociale (60% du PIB) est complétée par une cotisation investissements (30% du PIB) et une cotisation service public (10% du PIB).

  4. "copropriété d’usage" des outils et lieux de travail, la "propriété lucrative" étant abolie (interdite ?) ;

    Communisme libertaire. Friot ne veut pas remplacer la propriété privée par la propriété publique, mais supprimer la propriété lucrative tout en généralisant la propriété d'usage. Chaque citoyen devrait être propriétaire (ou co-propriétaire) de son outil de production et de son logement. L'important est qu'on ne puisse tirer aucun revenu de la propriété (de moyen de productions, terrains, immeubles, monnaie, brevets, ...) mais de son seul travail [pour approfondir ces notions voir nos articles "Sociétés coopératives" ainsi que "Travail, valeur et éthique"].

  5. suppression des impôts et taxes (la suppression de la propriété lucrative signifiant la disparition des profits).

    Cela revient en fait à remplacer les impôts et taxe par la généralisation des cotisations à 100% du PIB. Les investissements quant à eux sont donc financés sans remboursement ni taux d'intérêt.

La vidéo suivante développe en 10 minutes ces principes de façon imagée.

Principes du salaire à vie (10m24s - 2013)

Moins d'État. Le système de salaire à vie proposé par Friot est de type "collectiviste libertaire" : il s'agit de collectiviser les moyens de production mais sans nationalisation en entreprises publiques. Friot dit vouloir « moins d'État », et recommande donc dans le point 4 ci-dessus que les moyens de production soient sous contrôle non pas de l'État mais de coopératives privées.

Pourquoi vouloir "moins d'État" par principe, plutôt qu'un État réellement démocratique et plus efficace ? (ce qui pourrait peut-être avoir comme conséquence "moins d'État", mais pourquoi en faire un principe dogmatique ?). Selon nous l'État est un outil très puissant et dont les effets ne sont ni "bons" ni "mauvais" en soi : tout dépend de qui le contrôle/utilise et dans quels buts.

Inévitable. Selon Friot la supériorité du modèle économique fondé sur le salaire à vie, par rapport au mode de production capitaliste, est démontré par le niveau de vie des professions libérales. Là où les architectes et les avocats « crèvent » jusqu’à 40 ans, souligne l'historien, les médecins peuvent vivre normalement dès leur installation, du fait d’une patientèle solvabilisée par la sécurité sociale. Le mode de production socialiste remplacera le capitalisme, du fait de sa meilleure efficacité économique, de la même façon que le mode de production capitaliste a vaincu le mode de production du système féodal.

Long terme. Friot rappelle très justement que la révolution française (de la bourgeoisie contre l'aristocratie et l'Église) fut le fruit d'une lente montée en puissance de la bourgeoisie à partir du 15° siècle jusqu'à sa conquête totale du pouvoir au 19° siècle. Friot estime par conséquent que sa "révolution du salariat" initiée par la naissance des syndicats d'ouvriers durant ce même 19° siècle n'est pas pour demain, et d'autant moins que le mouvement syndical régresse considérablement depuis les années 1980. Selon Friot l'explication en est que les syndicats ne sont pas révolutionnaires mais réformateurs (ce que confirme notre article sur les syndicats).

Dans ses livres Friot expose avec clarté l'exploitation du travail par le capital, et ce faisant enrichit considérablement le débat sur le thème de l'AU. On peut résumer en deux points ses apports essentiels à la réflexion :

  1. la démonstration de la faisabilité financière d'un salaire à vie (ou d'une AU) dont le montant est au moins égal au salaire minimum légal actuel ;
  2. la faisabilité fonctionnelle (administrative) du système est fonction du contexte institutionnel.

On comprend alors que le passage du premier au second modèle substitutif implique un changement de contexte institutionnel, c-à-d de paradigme économique et politique. Malheureusement le système du salaire à vie délaisse quelque peu la problématique de cette transition. Le modèle suivant comble cette lacune, tout en proposant une synthèse des modèles libéral et collectiviste.

Modèle synthétique Haut

La particularité du modèle synthétique, par rapport aux deux autres modèles, consiste notamment à séparer complètement - du moins dans un premier temps - la définition de l'AU et ses modes de financement, quitte à revoir (et réduire) la définition originelle lorsqu'il serait démontré qu'elle serait irréaliste.

Ainsi l'intérêt du modèle synthétique est notamment :

Écart de
richesses
optimal

Un effet positif de la démarche méthodologique caractérisant le modèle synthétique est de permettre la conception du principe d'écart de richesse optimal (ERO). Avant de l'énoncer il convient d'évoquer les mécanismes suivants :

  1. Redistribution. Le nombre de citoyens bénéficiaires net de l'AU sera d'autant plus élevé (pouvant même représenter une majorité de la population) que le montant de l'AU sera faible et les écarts de richesse élevés. Ou autrement dit : le nombre de bénéficiaires net sera d'autant plus bas que le montant de l'AU sera élevé et les écarts de richesse bas.
  2. Développement. À ce jeux "à somme nulle" (les uns gagnent ce que l'État reprend aux autres) il convient d'ajouter la dynamique du développement économique, de sorte que le jeu devient "à somme non-nulle".

Se fondant sur ces mécanismes le principe d'écart optimal stipule alors que « l'écart de richesse observé (maximal comme moyen) est considéré comme "optimal" tant qu'il est compatible avec le financement d'une Allocation Universelle permettant a chaque individu de subvenir à ses besoins primaires (se nourrir, se vêtir et se loger) sans devoir travailler ».

En imposant ainsi une limite relative plutôt qu'absolue aux écarts de richesse le principe d'ERO évapore l'opposition traditionnelle entre néolibéralisme (« l'offre de biens et services est le fondement de la croissance » ) et keynésianisme (« la demande est le fondement de la croissance »), et met en exergue la dynamique rétroactive liant offre et demande dans la dynamique du développement économique.

Réaliser
le changement
de paradigme

Contrairement au modèle libéral le modèle synthétique s'inscrit dans le cadre d'un changement de paradigme politico-économique. Comme le fait très justement remarquer Pierre Cassou-Noguès, professeur de philosophe à l'Université Paris-VIII : « le revenu universel serait une impasse s’il n’était pas accompagné par un changement culturel qui donne une valeur à l’improductif » [source]. Le travail économique est en voie de disparition, et l'AU a précisément pour fonction d'y substituer d'autres formes de travail, dont le travail politique, qui deviendra le principal moteur du développement humain. C'est pourquoi l'AU du modèle synthétique est intimement liée à l'avènement de la démocratie directe, dont les deux piliers institutionnels sont (i) au niveau local les coopératives publiques et (ii) au niveau global une Confédération mondiale des États-nations. C'est dans ce cadre institutionnel que se conçoit l'AU du modèle synthétique, et en particulier son mode de financement.

Nous opérons l'intégration AU-DD au niveau international via le méta-projet tutmondigo.net, auquel le lecteur est vivement invité à participer.

Ainsi les voies de financement étudiées reposent sur un contexte macroéconomique certes encore utopique, mais dont de nombreux faits suggèrent que la nécessité va s'imposer (impérialisme, flux migratoires, désindustrialisation, chômage, déficits publics, pollution, réchauffement climatique, ...), et peut-être beaucoup plus rapidement qu'on pourrait le penser [exemple].

Dans ce contexte nous étudions la faisabilité d'une allocation universelle d'un montant équivalent au salaire minimum légal actuel (SML, soit environ 1.500 euros/mois dans des pays comme la France et la Belgique), s'ajoutant à l'ensemble des revenus brut du citoyen, et financée :

Comparaison des trois modèles Haut

Clivage
gauche
droite

Friot considère le "revenu de base" du courant libéral comme une « roue de secours du capitalisme » car il distribue du pouvoir d’achat, mais ne permet pas aux travailleurs de décider de la production. À cela les cadres libéraux-écolos répondent que « le salaire à vie n'a rien à voir avec le revenu de base » [source]. S'ajoute à ce débat idéologique et conflictuel le point de vue des syndicats, dont les cadres sont généralement opposés à toute forme de rémunération inconditionnelle des citoyens (PS : dans notre article consacré au salaire minimum nous expliquons quelles en sont selon nous les véritables raisons).

Il apparaît donc que le débat scientifique sur l'AU est très intriqué avec un débat politique. Tentons donc un résumé comparatif des trois modèles.

Comparaison. Lorsque l'on parle de comparaison (par exemple en matière de transfert de richesse) il importe de toujours bien comprendre s'il s'agit d'une comparaison entre modèles proposés, ou entre ceux-ci et le système actuel de sécurité sociale, et dans chacun des ces deux types de comparaison si l'on considère uniquement l'effet "one shot" de la transition entre systèmes, ou les effets récurrents de chaque système.

Synthèse

Les trois modèles ont en commun la garantie d'un revenu minimum, mais se différencient au niveau de son montant et partant de l'effet redistributif, c-à-d du traitement (notamment - mais pas seulement - fiscal) des écarts de revenus (flux) et de patrimoine (stock) :

SML = Salaire minimim légal, soit environ 1.500 euros/mois
Modèles →
Effets ↓
LibéralCollectivisteSynthétique
Revenu
garanti
< SML SML SML
Écarts de
revenus
Pas de
limite
Limite
absolue
Limite
relative
RedistributionFaibleTrès élevéeÉlevée

Le modèle libéral ne change pas fondamentalement le paradigme économique, contrairement aux deux autres. Le modèle synthétique gère mieux la transition que le modèle collectiviste.

Écarts de richesse et croissance. Selon une étude de l'OCDE publiée en 2014 les écarts de richesse seraient corrélés négativement avec la croissance économique ... [source].

Contexte Haut

Nous tentons ici de synthétiser les grandes tendances qui ont marqué l'histoire économique et politique des dernières décennies, et d'identifier les forces en présence. Nous serons ainsi en mesure de mieux évaluer la pertinence de l'allocation universelle en général et de chacun des trois modèles en particulier, ainsi que les obstacles qu'il faudra franchir (ou contourner) pour la réaliser.

Contexte économiqueTop

Depuis les années 1980 l'idéologie libérale s'est imposée - ou fut imposée - comme unique modèle envisageable, ses théoriciens la présentant comme une "loi naturelle" de l'économie.

Privatisations. Ainsi, trahis par des décideurs politiques de tous bords, les États sont dépecés par privatisation des entreprises publiques (poste, chemins de fer, banques publiques, ...) et même des services publics (enseignement, soins de santé, sécurité sociale, justice, police, armée, ...), tous étant considérés comme privatisables et "nécessairement" mieux gérés par une entreprise privée.

Oligarchie. Le caractère anti-démocratique des privatisations est confirmé par une étude de Ernst & Young, montrant que sur l'ensemble de la planète les populations sont généralement satisfaites des entreprises publiques, et qu'elles les apprécient mieux que les entreprises privées [source].

Mondialisation. D'autre part on observe un phénomène de transnationalisation des grandes entreprises privées, sous la forme de délocalisations et de fusions & acquisitions. Cette mondialisation exploite la faiblesse du droit international, dont la particularité par rapport au droit national est de ne pas être complété par des pouvoirs exécutif et législatif transnationaux (et démocratiques) pouvant sanctionner de façon crédible sa non-application (il n'existe pas d'État mondial, ni de Confédération mondiale). Ainsi les paradis fiscaux fournissent impunément des services de fraude fiscale à l'échelle mondiale.

Vers l'effondrement économique ? De ces évolutions il résulte deux effets majeurs :

Technologies US. Les dix plus grande entreprises du monde en terme de capitalisation boursière sont toutes états-uniennes et technologiques. Ces géants boursiers sont cependant des nains en terme d'emplois : parmi eux les GAFA (Google, Amazon, Facebook et Apple) emploient à elles quatre moins de salariés que la seule société Volkswagen ! [source].

Trompeuses statistiques. Le taux de chômage masque la réalité du "marché de l'emploi" (sic) s'il comptabilise comme actif des personnes n'ayant un emploi que quelques heures par mois. Dans ce cas le taux de chômage ne semble pas augmenter si la baisse du nombre de travailleurs à temps plein est compensée par la hausse du nombre de travailleurs à temps partiel. Mais au total il en résulte que le revenu de la plupart des gens diminue.

Solution. Les États devraient s'impliquer dans la structure productive nationale via les entreprises publiques, celles-ci étant gérées sous le statut (à créer) de coopérative publique. En outre le statut de grande entreprise (soit actuellement moins de 1% des entreprises, et environ 1/3 de l'emploi total) devrait être monopole public : toute entreprise qui passe du niveau de PME à celui de grande entreprise serait alors systématiquement nationalisée [approfondir].

Contexte politiqueTop

USA

En finançant lui-même une partie de sa campagne électorale le milliardaire et outsider Trump a réussi à emporter l'élection présidentielle contre Hilary Clinton. Bien que l'appareil d'État US ne semble pas favorable au nouveau président il convient cependant de relativiser ce "conflit" apparent : (i) il y a toujours eu des désaccords et des luttes d'influence au sein de la classe dirigeante quant à la meilleure stratégie à adopter pour préserver ses intérêts, (ii) aussi fortuné soit-il, un président ne peut s'opposer durablement à la puissance de l'État profond (cf. l'assassinat de Kennedy ?). Quel que soit le président, (i) la quasi totalité des membres du Congrès US sont toujours issus des 5% les plus riches de la population, et (ii) la politique étrangère des USA, a toujours été fondée sur l'impérialisme (cf. la « défense des intérêts US dans le monde » ... sic).

Classe dirigeante. Nombreux dans le monde sont ceux qui croient que le président US est élu par la population (suffrage universel). Or en réalité la population US n'élit qu'un petit comité de "grands électeurs" dont les candidats sont choisis par les partis politiques [source]. Ce "suffrage universel indirect" (sic), permet donc de garantir que le président sera un candidat des plus riches.

Chine et Russie

Depuis les années 1980 ces deux anciens pays communistes ont évolué de façon différente vers le "libéralisme" : abruptement en URSS, progressivement en Chine. En Russie la majorité de la population regrette le communisme (PS : et en Chine ?). Ainsi Le 17 mars 1991, un référendum portant sur la question du maintien de l'Union soviétique avait donné 76 % de réponses favorables au maintien, mais Boris Eltsine décida de ne pas en tenir compte [source]. Des enquêtes réalisées durant les années 2000 et 2010 ont révélé que la majorité des russes ayant connu l'URSS regrettent sa disparition ... [source1, source2]. Enfin selon un sondage réalisé en 2016 par le Centre Levada, d’orientation libérale, plus de la moitié des Russes interrogés « regrettent » l’URSS, non seulement chez les plus de quarante ans, mais également parmi les jeunes nés après 1991 ! [source].

Union européenne

Sous contrôle US. La présence de bases militaires US en Europe confirme que celle-ci est bien sous contrôle de Washington. Le traité de l'Union européenne rend d'ailleurs impossible toute politique militaire indépendante de l'OTAN - l'extension impériale de l'armée US - en stipulant que « la politique de l'Union (...) doit respecter les obligations découlant du traité de l'Atlantique Nord pour certains États membres qui considèrent que leur défense commune est réalisée dans le cadre de l'OTAN et qu'elle doit être compatible avec la politique commune de sécurité et de défense arrêtée dans ce cadre » [source].

À l'occasion de la venue à Bruxelles du président US pour une réunion de l'OTAN en 2017, le président du Conseil européen, Donald Tusk, déclarait « J'ai l'intention de convaincre le président des Etats-Unis que l'alliance euro-atlantique signifie que le monde libre (sic !) coopère pour empêcher un ordre mondial post-occidental (sic !) » [source]. Nul doute que le reste de l'humanité (soit plus de 80% de la population mondiale) - qui n'est pas sans ignorer les relations troubles entre les puissances atlantistes et le terrorisme islamiste [exemple1, exemple2] - interprétera comme il se doit cet imbécile message suprémaciste et impérialiste ...

Vouée à l'échec ? Dans un article publié par l'Association britannique du droit constitutionnel, Danny Nicol, professeur de droit public à l’université de Westminster montre que le biais idéologique du Traité sur le fonctionnement de l'Union européenne (encore appelé Traité de Rome, 1957) en faveur de l'idéologie libérale a pour effet de criminaliser toute politique collectiviste [source]. Étant ainsi fondée sur l'idéologie libérale l'UE est empêtrée dans les contradictions économiques irréductibles décrites à la section précédente. À cela s'ajoute la difficulté voire la non pertinence d'uniformiser politiquement et économiquement une Europe caractérisée par une très haute diversité culturelle. D'une part il y a presque autant de langues que d'États membres (une trentaine !). D'autre part il ne faut pas sous-estimer l'influence de l'histoire religieuse : le sud catholique et le nord protestant représentent deux conceptions très différentes du rapport individu/société, et du type de valeur attribuée à l'argent et au travail. N'oublions pas que le protestantisme n'est pas une religion qui a croisé le chemin du catholicisme, mais un schisme issu de celle-ci, notamment par rapport à une pratique centralisée et hiérarchique de la religion [approfondir].

taux de participation aux élections européennes

Source : europa.eu

Impopulaire. Le taux de participation aux élections européennes n'a jamais cessé de baisser. Et depuis 1999 les abstentionnistes sont mêmes devenus majoritaires. L'UE ne peut masquer son impopularité que grâce à la collaboration massive du milieu journalistique, et par l'intimidation des opposants politiques par la calomnie.

Solution. Les faits que nous venons d'évoquer démontrent la nuisibilité de l'Union européenne. Il importe donc d'en sortir (ainsi que de l'OTAN), et d'oeuvrer à la création d'une Confédération mondiale des États (PS : pour ce faire la party tutmondigo.net va clairement dans cette direction).

ConclusionTop

L'allocation universelle devrait être conçue dans le cadre d'une réforme économique et politique globale :

Présentation des chapitres Haut

Vous êtes sur la page du chapitre 1 (Introduction).

Le chapitre 2 traite de la définition de l'AU :

Mais encore faut-il déterminer quel pourrait être le montant de l'AU. Les chapitres suivants nous permettront de répondre à cette question.

Le chapitre 3 traite de l'application de l'AU, et en particulier de l'effet de l'AU sur l'offre de travail.

Le chapitre 4 traite des effets indirectes bénéfiques attribués à l'AU, les critiques de l'AU étant abordées au chapitre 6.

Le chapitre 5 aborde la question du financement de l'AU, et partant, de la réforme que l'implémentation de différents modèles d'AU pourrait entraîner dans les systèmes :

  1. de sécurité sociale ;
  2. fiscal ;
  3. monétaire.

Enfin le chapitre 7 propose des analyses et réflexions sur des thèmes liés à l'AU (dette publique, création monétaire, chômage, syndicats, limitation des écarts de richesse, développement durable, ...). En nombre de pages A4 ces analyses représentent 75% de la présente publication. Selon nous une analyse sérieuse de la problématique de l'AU doit être fondée sur une profonde analyse du contexte économique et des interactions avec un système de sécurité sociale et un système monétaire fondés sur l'AU.

Auteur : François Jortay

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[1] À notre connaissance Friot ne dit pas expressément que tous les revenus actuels d'un citoyen sont remplacés par le salaire à vie. Cependant il postule par ailleurs « l'abolition de la propriété lucrative ». Il y a là une zone d'ombre concernant la transition entre le système actuel et celui du salaire à vie.

[2] Selon nous l'expression "sortir du capitalisme" ne fait pas sens. À l'opposition entre "capitalisme" et "anticapitalisme" nous préférons la distinction (et non l'opposition) entre "public" et "privé" car ce qui importe c'est le contrôle démocratique du capital afin de réaliser l'équilibre optimum entre liberté (l'individu) et égalité (le collectif) quant à l'utilisation du capital (combien, pour quoi, ...).

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