Théorie de l'allocation universelle
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> 7. Analyses Recommander Imprimer 8 pages màj : 29 juillet 2017

Limiter les écarts de richesse Recommander màj :

PLAN

  1. Introduction
  2. Analyse statistique
  3. Cause des écarts de richesse
  4. Pourquoi limiter les écarts de richesse
  1. Comment partager les richesses
  2. Écart de richesse optimal
  3. Synthèse

iIntroduction Haut

Écart de richesse

Entre 2000 et 2014 la richesse mondiale a plus que doublé (11,4 % par an en moyenne) [source p.3]. Mesurée depuis 1800 la croissance du PIB/hab est exponentielle ! [source].

Ce développement économique - fruit des gains de productivité résultant du progrès scientifique - n'est pourtant pas accompagné d'une diminution équivalente du temps de travail [approfondir]. La cause fondamentale de cette absurdité est la concentration du capital aux mains d'une minorité de la population.

Il importe de limiter les écarts de richesse, afin de permettre l’avènement d'un nouveau paradigme du travail, cultiver la démocratie et préserver l'environnement.

iiAnalyse statistique Haut

Définitions

Il est important de bien faire la distinction entre patrimoine (un stock) et revenus (des flux), ainsi qu'entre répartition moyenne vs réelle de la richesse. Commençons donc par rappeler quelques définitions et notions :

Le patrimoine comme le PIB par habitant (ou adulte, ou ménage) ne mesurent pas la répartition réelle mais potentielle des richesses (cas où elles seraient partagées également entre tous).

Passons maintenant à l'analyse statistiques des écarts de richesses. Nous allons voir qu'ils sont énormes, sous-estimés et croissants.

Énormes et
sous-estimés

Près de la moitié des richesses du monde est entre les mains du centile le plus riche, de sorte que 99 % de la population mondiale se partagent l'autre moitié. ! Quant aux 10% les plus riches ils accaparent 85% de la richesse mondiale [source p.11].

Ça c'est pour les patrimoines (stock). Les écarts relatifs de revenus (flux) sont généralement d'une ampleur moindre, mais ils suivent la même évolution dans le temps [source p.29]. Aux USA l'intégralité de la croissance économique depuis les années 1980 a été captée par 10 % de la population, les 90 % restants n’ayant connu aucune progression de leur pouvoir d’achat [source p.71].

Ces statistiques sont insuffisantes car elles disent peu sur le plus important d'un point de vue économique comme politique : les valeurs "extrêmes", à savoir :

Étant donné que les données fiscales concernant les ultra-riches sont probablement fausses (quand elles existent ... ) on ne peut que sous-estimer l'ampleur maximale des écarts de richesse, par des comparaisons de type "au moins" [source]. Ainsi la richesse des 85 personnes les plus riches du monde est au moins équivalente à celles des 3,5 milliards les plus pauvres ! Et aux USA le patrimoine des dix personnes les plus riches est au moins de 100.000 fois supérieur à celui de 90% du reste de population ! [source].

La répartition de la richesse en fonction des quantiles de population (centile ou décile) suit une courbe exponentielle et non pas linéaire [source]. Cela vaut y compris à l'intérieur de chaque quantile, donc y compris le centile le plus élevé, qui commence au niveau - relativement bas - d'un patrimoine (net de dettes) de 625.000 euros [source p.11].

Il se pourrait donc qu'au delà d'un certain niveau de richesse les individus concernés ne paieraient pas d'impôts !

Les niveaux de patrimoine dans le monde (2013)

Source : Global Wealth Databook, Crédit suisse.

Croissants

Enfin il importe de regarder l'évolution temporelle des écarts de richesse. De 1910 à 1970 les écarts de richesse comme de revenu ont diminué. Cette évolution - qui fut liée à l'acquisition d'automobiles et d'habitations par la classe moyenne - s'est inversée depuis 1970. Entre 2000 et 2014 le différentiel entre le centile supérieure et le reste de la population a augmenté chaque année. [source p.11 & 28].

Le coefficient Gini est-il un indicateur crédible ? (2016, 4m22s)

iiiCause des écarts de richesse Haut

Partage ou individualisme,
des valeurs culturelles

L'archéologie n'a trouvé que très peu de signes de violence chez le chasseur-cueilleur du Paléolithique, et met par contre en lumière de nombreux indices d'altruisme et de compassion. Ce n'est qu'avec l'apparition de l'agriculture au Néolithique que sont apparus de façon systématique les phénomènes guerrier et esclavagiste. Il en résulta un autre phénomènes : la sur-accumulation de biens, c-à-d le capitalisme [source].

Nous appelons "sur-accumulation" l'appropriation de la production réalisée par des esclaves au profit d'esclavagistes. À noter que le rapport employé/employeur a ceci de commun avec le rapport esclave/esclavagiste l'absence de contrôle démocratique des moyens de production. Ces deux rapports se différencient par le fait que l'employé a la liberté de changer d'employeur, ou de créer sa propre entreprise. Malheureusement seule une minorité des créateurs d'entreprises réussissent leur projet, et ce nombre est encore plus réduit si l'on retire ceux qui ont ont bénéficié d'un capital de départ hérité, ou qui ont réussi au moyen de malversations.

La cause principale des écarts de richesse est donc le fait que la plupart des ressources naturelles et moyens de production ont été appropriés au cours de l'histoire humaine par une infime minorité de la population - le plus souvent par la violence ou la manipulation - puis transmis par héritage [1].

Un archétype de la fortune frauduleuse est le baron Albert Frère, un des plus puissants actionnaires privés de la bourse de Paris, dont la richesse fut considérablement accrue suite à un faux en écriture couvert par le gouvernement belge en 1983 [source p. 97].

Pourquoi plus
d'inégalités ?

Il reste cependant à expliquer pourquoi les écarts de richesse soit diminuent peu (relativement à la croissance économique) soit augmentent. Il y a en fait une cause "primaire" : l'absence de contrôle démocratique des ressources naturelles et des principaux moyens de production (le "grand capital"). Cette cause primaire agit par l'intermédiaire de causes "secondaires" :

ivPourquoi limiter les écarts de richesse Haut

Dans la section ii nous avons évoqué l'importance des classes sociales extrêmes dans le système capitaliste. Le tableau suivant synthétise une typologie de ces groupes sociaux.

Typologie des
classes extrêmes
Conscience
de classe
Influence sur
l'économie
Influence sur
le politique
Ultra-richesForteContrôlent les principaux moyens de production : banques, médias, ...Contrôlent le gouvernement par la corruption et le lobbying
Sans-patrimoinesFaibleTravaillent, avec d'autant plus de docilité qu'ils n'ont pas de patrimoineOnt l'illusion de contrôler le gouvernement par les élections

La conscience de classe des classes dirigeantes est nettement plus affirmée que dans les classes populaires par le fait même que les premières contrôlent les principaux moyens de production, en particulier la production du savoir et de l'information.

Il est facile de comprendre que l'absence de limite aux patrimoines et revenus pose problème à différents niveaux : politique, économique, social et écologique. En effet, au plus les écarts de richesse sont élevés :

On ne s'étonnera donc pas que la plupart des études économiques montrent que les écarts de richesse sont corrélés négativement avec la croissance économique [FMI-2015, OCDE-2014].

Se pose alors la question : comment partager efficacement les richesses ?

vComment partager les richesses Haut

Mieux partager les richesses produites cela veut dire mieux partager les fruits de la croissance économique, c-à-d les revenus de la production (flux de capital créé), par exemple en accélérant la hausse des salaires (à prix inchangés) ou la diminution du temps de travail (à salaire inchangé). Cependant ces deux mesures concernent seulement les salariés et ignorent les chômeurs ainsi que les indépendants. Elles doivent donc être complétées par l'Allocation Universelle, qui bénéficie indifféremment aux trois groupes.

Mais il est extrêmement difficile d'implémenter efficacement l'ensemble de ces mesures sans avoir préalablement nationalisé les principaux moyens de production (stock de capital), c-à-d les grandes entreprises et les ressources naturelles.

Pour en comprendre la raison il convient de bien percevoir la distinction entre moyens de production (ressources naturelles, machines, bâtiments, capital financier, ...) et fruits de la production (biens et services produits, revenus du travail et du capital). Les moyens étant la source des fruits, il en résulte que ceux qui contrôlent les moyens contrôlent également les fruits. Par exemple dans une entreprise privée ce sont les propriétaires qui décident de la répartition des bénéfices (dont les gains de productivité) entre eux-mêmes et leurs salariés, et ils le font systématiquement en s'accordant une part proportionnellement plus grande des bénéfices, au détriment des salariés. Dans une entreprise publique par contre les bénéfices peuvent être répartis également entre tous, pour autant évidemment que ces entreprises soient véritablement publiques, c-à-d que l'État soit réellement démocratique (ce qui n'est pas le cas en régime dit "représentatif"). En outre c'est justement parce que la classe politique représente surtout les plus riches que le principe de progressivité de l'impôt, s'il est certes séduisant en théorie, se révèle en pratique être une illusion (cf. les privilèges fiscaux accordés aux plus riches par leurs amis politiciens - approfondir).

Une condition nécessaire pour un partage optimal des richesses est donc le contrôle (véritablement) démocratique des principaux moyens de production (dont notamment la production de monnaie ...), ce qui requiert de nationaliser systématiquement les grandes sociétés (PS : soit moins de 1% du total des entreprises). On pourra alors - au moyen de l'AU - opérer une redistribution récurrente du revenu national qui (i) partage mieux les gains de productivité et (ii) traite indifféremment salariés, indépendants et chômeurs.

Le point de vue du secteur bancaire ...

Certaines des statistiques mentionnées dans la section ii proviennent d'une étude du Crédit-Suisse. Selon les auteurs de ce rapport la meilleure façon pour l'État de réduire les écarts de richesse serait de diminuer (i) les dépenses sociales (car elles décourageraient le travail) ainsi que (ii) les taxes sur l'épargne (qu'elles décourageraient). Ces "recommandations" sont évidemment motivées par le souhait du secteur financier que l'État favorise l'achat d'assurances-vie et diminue les cotisations patronales. Il est absurde de prétendre que les super-riches verront leur domination financière réduite parce que des chômeurs sont amenés à acceptés des emplois sous-payés et que les salariés doivent se priver d'une partie de leurs revenus pour garantir leur pension. Les recommandations du Crédit-Suisse vont évidemment profiter aux plus riches et non pas aux plus pauvres ! Notons enfin que "l'étude" du Crédit-Suisse ne mentionne pas le chantage systémique du secteur bancaire comme cause des écarts de richesse croissants ...

Précisons enfin que partager mieux les richesses produites n'implique pas nécessairement de supprimer les écarts de patrimoine et revenus, mais bien de les limiter, c-à-d de les maintenir en-dessous du niveau où ils deviennent nuisibles à la collectivité. Cette remarque nous amène à la section suivante, qui traite du niveau de partage optimal des richesses.

viÉcart de richesse optimal (ERO) Haut

Un critère objectif

Dans la section iv nous avons démontré pourquoi il importe de limiter les écarts de richesse. Dans la section v nous avons expliqué comment le faire. Il reste cependant à concevoir un critère objectif permettant de déterminer ce que nous entendons précisément par "écart de richesse optimal".

Pour ce faire il convient d'abord d'évoquer les mécanismes suivants :

  1. Redistribution. Le nombre de citoyens bénéficiaires net de l'AU sera d'autant plus élevé (pouvant même représenter une majorité de la population) que le montant de l'AU sera faible et les écarts de richesse élevés. Ou autrement dit : le nombre de bénéficiaires net sera d'autant plus bas que le montant de l'AU sera élevé et les écarts de richesse bas.
  2. Développement. À ce jeux "à somme nulle" (les uns gagnent ce qu'ils prennent aux autres) il convient d'ajouter la dynamique du développement économique, de sorte que le jeu devient "à somme non-nulle".

Se fondant sur ces mécanismes le principe d'écart optimal stipule alors que « l'écart de richesse observé (maximal comme moyen) est considéré comme "optimal" tant qu'il est compatible avec le financement d'une Allocation Universelle permettant a chaque individu de subvenir à ses besoins primaires (se nourrir, se vêtir et se loger) sans devoir travailler ».

En imposant ainsi une limite relative plutôt qu'absolue aux écarts de richesse le principe d'ERO évapore l'opposition traditionnelle entre néolibéralisme (« l'offre de biens et services est le fondement de la croissance » ) et keynésianisme (« la demande est le fondement de la croissance »), et met en exergue la dynamique rétroactive liant offre et demande dans la dynamique du développement économique.

Le caractère objectif de ce critère nous épargne la question du choix de l'indicateur utilisé pour mesurer les écarts de richesse. Ceci dit il demeure une certaine subjectivité :

Un critère souple

Un maximum limité ou conditionné ? Une caractéristique fondamentale de notre critère est qu'il ne s'exprime pas en valeur fixe (par exemple : « l'écart moyen ou l'écart maximum de richesse ne peut dépasser un rapport de 1 à x ». Il en résulte que le rapport 1/x correspondant à l'écart de richesse observé dans une économie vérifiant notre critère pourrait varier naturellement dans le temps, notamment en fonction du contexte économique. Dans ce cas les écarts de richesse ne seraient pas limités mais seulement conditionnés, c-à-d soumis à la condition que l'écart maximum de richesse observé ne dépasse pas le niveau au-delà duquel le financement de l'AU (telle que nous la définissons) deviendrait impossible.

L'histoire dira - au travers des données empiriques (car nous pensons que l'AU s'imposera comme une évidence) - si le niveau optimal de différentiel de richesse définit selon notre critère oscille autour d'une valeur d' "équilibre instable". Dans ce cas le caractère théoriquement relatif du principe d'écart optimal, s'avérerait absolu en pratique

Deux statistiques fondamentales devraient déterminer la réponse à cette question :

  1. Selon une étude réalisée en 2008-9 par Angus Deaton et Daniel Kahneman (prix Nobel d'économie respectivement en 2015 et 2012), au-delà d'un budget de 75.000 dollars net par an pour un ménage US (soit 75.000 * 0.714 / 2,3 / 12 ≅ 2.000 euros/mois par personne [4] ) l'argent ne participerait plus à une augmentation du sentiment de bonheur.
  2. Selon les anthropologues le temps de travail en économie de cueillette et chasse est d'environ 20 heures par semaine.

viiSynthèse Haut

La problématique des écarts de richesse que nous venons de développer peut se résumer en quatre principes fondamentaux.

  1. Nécessité : la limitation des écarts de richesse (revenus et patrimoine) est indispensable pour des raisons politiques, sociologiques, économiques, écologiques et culturelles.
  2. Objectivisation : le niveau observé des écarts de richesse est considéré comme acceptable tant qu'il n'est pas incompatible avec le financement d'une AU permettant à chaque individu de financer ses besoins primaires sans devoir travailler (critère objectif).
  3. Collectivisation économique : la limitation des écarts de richesse implique la nationalisation systématique des grandes sociétés et des principales ressources naturelles [approfondir].
  4. Collectivisation politique : pour être efficace la collectivisation économique requiert la collectivisation politique c-à-d la substitution de la démocratie directe aux régimes oligarchiques qui sont actuellement la norme partout sur la planète.

[1] « This has been the case throughout most of human history, with wealth ownership often equating with land holdings, and wealth more often acquired via inheritance or conquest rather than talent or hard work. » [source p.28]

[2] Selon le recteur de l'Université d'Anvers l'indépendance des universités ne serait pas compromise par le volumineux financement en provenance des entreprises privées ! [source]. Ainsi donc les entreprises financeraient les universités sans attendre nécessairement de retour sur investissement ? Cette surprenante déclaration peut s'expliquer par une énorme (et inquiétante) naïveté de la part du recteur, mais pourrait aussi être l'expression de sa corruption ...

[3] L'AU telle que nous la concevons inverse le processus : ce ne sont plus les individus qui doivent se déplacer par concentration vers le capital, mais au contraire celui-ci qui est réparti vers les individus là où ils habitent. Ainsi en opérant une meilleure répartition géographique du capital l'AU supprime ces zones de sur-concentration. L'AU pourrait donc constituer un élément essentiel du développement durable si elle était conçue comme principe de base d'un nouveau système monétaire réinstaurant la souveraineté monétaire des États (le système financier est actuellement sous le contrôle d'institutions privées).

[4] En 2008-9 le taux de change EUR/USD moyen était de 0,714, et le nombre moyen de personnes par ménage français de 2,3 (2,6 aux USA).

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