Théorie de l'allocation universelle
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> 7. Analyses Recommander Imprimer 17/59 pages [?] L'article "De la création monétaire" comportant une cinquantaine de pages A4, il a été réparti sur cinq fichiers correspondant chacun à une section. Le ratio x/y indique le nombre de pages de la section affichée (soulignée dans le plan ci-dessous) par rapport au nombre de pages de l'article. màj : 14 sept. 2017

De la création monétaire Recommander màj :

  1. Introduction
  2. Synthèse
  3. Notions monétaires
  1. La création monétaire
    telle qu'est est à ce jour
    • Création
    • Destruction
    • Le systeme bancaire
    • Revenus des banques
  1. La création monétaire
    telle qu'elle pourrait être
    • Principes de la TRM
    • Démonstration
    • Approfondissements
    • Implémentation
    • TRM et inflation
    • TRM et taux de change
    • TRM et intérêt
    • Critiques et conclusion

Notions monétaires Haut

Nous commencerons par l'identification des fonctions et formes de la monnaie aujourd'hui. Ensuite nous évoquerons les principes élémentaires de la politique monétaire, que sont la confiance du marché par rapport à une devise, et la gestion quantitative et allocative de la masse monétaire. Dans les sections 3 et 4 nous verrons comment la théorie économique classique modélise la relation entre d'une part masse monétaire et d'autre part activité économique puis inflation. La section 5 exposera la problématique des relations entre devises nationales. Enfin nous évoquerons des modélisations récentes (et hétérodoxes) en matière de théorie monétaire.

Fonctions et formes de la monnaie

Fonctions de la monnaie : la monnaie est utile pour :

Formes de la monnaie : la masse monétaire (notée M) - la "monnaie en circulation" - est composée de 4 niveaux de monnaie selon le degré de liquidité des actifs monétaires considérés :

Monnaie de base (MB ). Également appelée "monnaie Banque centrale", elle est composée (i) des comptes des banques à la Banque centrale (notés R pour "réserves") et (ii) des billets & pièces en circulation (repris dans M1) :

MB est donc une notion composite puisque les billets & pièces font partie de M tandis que les comptes des banques à la BC n'en font pas partie (ils ne constituent pas de la "monnaie en circulation" mais de la "liquidité bancaire").

Une partie des comptes des banques à la BC est constituée par leurs réserves obligatoires (RO ≤ R). Nous approfondirons cette notion dans la section "IV. La création monétaire telle qu'elle est à ce jour".

Politique monétaire

Les principaux champs d'application de la politique monétaire sont la confiance ainsi que sa gestion quantitative et qualitative :

  1. Confiance : pour qu'une monnaie fonctionne en tant que telle ses utilisateurs doivent avoir la garantie qu'elle sera toujours acceptée comme moyen de paiement par la plupart des agents économiques. Parmi les déterminants de la crédibilité de cette garantie auprès des agents économiques l'Etat joue un rôle essentiel :

    1. en combattant la contrefaçon monétaire au moyen du système policier/judiciaire ;
    2. en imposant l'utilisation de cette monnaie comme moyen de paiement des impôts ;
    3. en utilisant cette monnaie pour payer ses dépenses et les salaires de ses fonctionnaires ;
    4. en assurant la convertibilité entre la devise nationale et les devises étrangères ;
    5. en assurant une gestion quantitative de la masse monétaire qui minimise le risque d'inflation et de spéculation sur la devise.
    • Incohérence privative. Nous verrons que les fonctions iv et v sont actuellement assumées par le secteur bancaire, et que cet abandon par l'État d'une fonction régalienne aussi importante que la gestion monétaire est nuisible à la collectivité.
    • Monnaie fiduciaire. Par le passé la monnaie était essentiellement constituée de pièces d'or ou d'argent. Aujourd'hui la monnaie est "dématérialisée" : sa valeur intrinsèque est quasiment nulle, seule la valeur nominale subsiste. C'est pourquoi on parle de monnaie "fiduciaire" (latin "fiducia" : confiance).
  2. Gestion quantitative (création monétaire) : de combien le stock monétaire doit-il être augmenté (ou - beaucoup plus rarement - diminué) par rapport à l'évolution de l'activité économique ?

    • Bien que la monnaie moderne, étant dématérialisée, n'est plus soumise à une contrainte de rareté (baisse de la fréquence de découverte et de la taille de nouveaux gisements d'or et d'argent), elle demeure cependant soumise à une contrainte d'optimalité quantitative car la masse monétaire en circulation doit correspondre aux besoins de l'économie : trop élevée elle génère de l'inflation, trop faible elle freine l'activité économique. L'offre de monnaie doit s'adapter à la demande de monnaie utilisée pour les investissements et la consommation. C'est pourquoi il importe de contrôler l'évolution du volume de la masse monétaire en circulation, ce qui revient à maintenir une contrainte de rareté. La gestion quantitative de la monnaie est réalisée par le secteur bancaire (banques commerciales + Banque centrale). Nous verrons que la BC tente d'influencer la création monétaire des banques commerciales, au moyen de diverses techniques, et selon des critères malheureusement arbitraires.
  3. Gestion qualitative (allocation monétaire) : à qui et pour quels projets la monnaie crée devrait-elle être allouée ? (répartition - dans l'espace et le temps - de la création monétaire).

    • Pour être optimale l'allocation de la monnaie créée (c-à-d sa répartition dans l'espace et le temps) entre les divers agents économiques (ménages, entreprises et État) devrait viser à répondre le plus efficacement possible aux besoins de l'ensemble des individus, et à minimiser les effets négatifs de l'activité économique (pollution, spéculation, corruption, ...). La gestion qualitative de la monnaie (allocation monétaire) est exercée par les banques commerciales, qui décident combien et à qui elles vont prêter de l'argent, cela contre rémunération (intérêts et frais de gestion).
Système
monétaire
oligarchique

Dans la section IV nous verrons qu'une Banque centrale n'est en réalité qu'une "autorité" d'auto-régulation du secteur bancaire lui-même. Or le problème avec un secteur bancaire qui n'est pas public c'est que l'objectif d'une entreprise privée n'est pas de maximiser l'intérêt collectif mais le profit de ses actionnaires et dirigeants.

Ainsi, étant donné que les crédits bancaires peuvent être créés sans limite (outre la contrainte inflationniste) et à un coût quasiment nul, est-il légitime d'imposer le paiement d'intérêts ainsi que le remboursement du principal ? N'est-ce pas pour les banques commerciales un moyen de s'approprier les richesses produites par les individus ? (cf. la saisie des biens mis en gage en cas de non respect des ces obligations).

Pour répondre à cette question il convient de distinguer crédits non créateurs de monnaie (c-à-d ayant comme contrepartie des dépôts d'autres clients) et crédits créateurs de monnaie (c-à-d créés ex-nihilo). Que les crédits non créateurs de monnaie soient (i) remboursables cela est justifié par le fait qu'ils sont la contrepartie de dépôts d'autres clients ; et (ii) chargés d'intérêts cela est justifié dans la mesure où ceux-ci servent globalement d'assurance contre le risque de non-remboursement. Mais que les crédits créateurs de monnaie soient remboursables et chargés d'intérêt cela est totalement illégitime puisque ces crédits ne sont pas la contrepartie de dépôts d'autres clients, mais créés "ex-nihilo" par simple écriture comptable. Or nous verrons dans la section IV.1. que la quasi totalité des prêts bancaires sont des crédits créateurs de monnaie !

Il importe enfin de compléter cette dimension statique de la problématique du crédit par la dimension dynamique, c-à-d dans le contexte du développement économique par les investissements, ce que fait la vidéo suivante.

Interprétation marxiste du prêt et de l'intérêt (9m02s - 2015)

Bernard Friot est économiste et professeur émérite
à l'université Paris Ouest Nanterre La Défense (Paris X).

La politique monétaire devrait avoir pour fonction de soutenir la dynamique du développement économique. La section suivante développe le cadre théorique dans lequel la politique monétaire est actuellement menée, puis compare théorie et pratique.

Dynamique monétaire

Nous développerons dans la section IV les diverses techniques à la disposition de la BC pour influencer la création monétaire des banques commerciales (vente/achat d'actifs monétaires, modification du coefficient de réserves obligatoires des banques, modification du taux de rémunération des ces dépôts et du taux des crédits que la BC accorde aux banques, ...). La présente section va montrer que ce "pilotage" de la création est très aléatoire et malheureusement fondé sur des critères arbitraires.

La théorie : modélisation classique de la dynamique monétaire

Supposons une économie telle que durant l'année T1 deux transactions ont eu lieu : 3 unités du bien X et ont été achetées pour 5$, et deux unités du bien Y pour 10$. Il en résulte que (i) la masse monétaire qui a été échangée (on dit aussi "qui a circulé") cette année là fut de 5+10=15$, et (ii) cette circulation a eu pour contrepartie réelle l'échange de 3X+2Y de sorte que 3X+2Y=15$. Supposons en outre que la masse monétaire totale (M) était de 20$. Si nous notons V (pour "vitesse de circulation de M") le rapport 15/M nous avons alors que, cette année là : V = 75% et 3X+2Y = 0.75 * M.

Notons d'autre part que durant l'année comptable une même unité de monnaie peut être utilisée successivement pour plusieurs transactions. Ainsi par exemple l'année suivante (T2), malgré que M soit resté constante (hypothèse), l'économie pourrait connaître une activité plus intense c-à-d un plus grand nombre de transactions, par exemple : 2X pour 6$ (le prix du bien X a donc connu une inflation par rapport à T1), 1Y pour 5$ et 7Z pour 14$. On a donc eu cette seconde année : 2X+1Y+7Z = 6$+5$+11$ = 25$ = 1.25 * M

L'on peut formuler tout cela plus généralement de la façon suivante :

M * V = P * Q   ( 1 ) ou encore    Y / M = V  ( 1 ' ) où :

Les statistiques économiques calculées chaque mois montrent que M est généralement inférieur à Y (de sorte que V > 1).

Début 2014 dans la zone euro on mesurait :   VM1 ≈ 2 et VM3 ≈ 1 (ce qui semble logique : la monnaie la plus liquide "circule" plus "vite" que la monnaie moins liquide). Le graphique ci-dessous montre que dans la zone dollar VM2 et VM3 sont relativement constant (entre 1 et 2), tandis que VM1 est nettement plus volatile (entre 4 et 10), et évolue dans une tendance croissante (Rappel : M3 comprend M2 qui comprend M1).

Vitesse de circulation monétaire

Si dans l'équation (1') on considère (i) que V est constant - ce que confirme le tableau ci-dessus en se basant sur M2 ou M3 (qui contiennent M1) - et (ii) que Q est constant (situation dite de "plein emploi" des facteurs de production), on obtient alors une relation systématiquement inverse entre M et P : si l'un augmente, l'autre diminue nécessairement (NB : cette relation ne dit rien quant au sens de la causalité : il s'agit d'une simple égalité de comptabilité nationale).

Difficultés
d'évaluation

Le calcul de Y doit-il incorporer les actifs financiers faisant l'objet d'une transaction commerciale ? Dans l'affirmative quel est l'impact de cette comptabilisation sur la signification de V lorsque ces actifs financiers sont également repris dans la définition de M ?

D'autre part la valeur de Y mesurée par les comptabilités nationales ne comprend ni le travail au noir (c-à-d payé mais non déclaré) ni le travail bénévole (dont la R&D libre). Y sous-évalue donc l'activité productive.

On aborde ici une question fondamentale : qu'est ce qui est de la valeur, et qu'est ce qui n'en est pas ? Pour approfondir cette question lire "Travail, valeur et éthique".

Par conséquent l'équation (1) constitue-t-elle un instrument crédible pour piloter la masse monétaire sur base d'anticipations de Q, P et V ?

La section suivante analyse l'histoire récente des politiques monétaires des zones euro et dollar.

La pratique : déconnexion des sphères financière et réelle

Depuis les années 1970 l'économie financière (achat/vente d'actifs financiers : actions, obligations, ...) s'est développée quantitativement sans plus aucun rapport avec l'économie réelle (production de biens et services), et représente aujourd'hui 98 % (2007) de l'économie globale (réelle + financière) [source].

L'étude des cas (i) de la création de l'union monétaire européenne en 2000 et (ii) de la crise financière de 2008 (dite "des subprimes") - réplique très semblable à la crise "des Sales & Loans" de la fin des années 1980 - nous permet d'identifier les mécanismes de ce phénomène.

Masse monétaire UE
Masse monétaire USA

NB : Ces graphiques comparent les évolutions relatives des économies financière et réelle à partir d'un indice valant 100 en début de période. Il ne faut pas perdre de vue qu'elles représentent respectivement 98% et 2% de l'économie (Y) en terme de valeur monétaire. Enfin ne pas confondre M et économie financière (Yf ) : M ⊂ Yf.

Le graphique de gauche nous montre que la créaton de l'Union monétaire européenne en 2000 a provoqué une croissance monétaire déconnectée de l'économie réelle. En 2008 ce phénomène fut accentué par le chantage systémique des banques commerciales suite à la crise provoquée par ces mêmes institutions financières. Le graphique de droite montre qu'aux USA la crise des "subprimes" a provoqué une véritable explosion de la masse monétaire relativement à l'économie réelle.

Les Banques centrales (BC) - dont nous verrons en section IV qu'elles ne sont en réalité qu'une autorité d'auto-organisation du secteur financier lui-même - ont massivement ouvert le robinet monétaire :

Or il se fait que les banques ont exploité les nouvelles conditions de création monétaire, non pas pour octroyer des crédits aux particuliers et aux entreprises (sphère réelle), mais plutôt - à l'instar des autres institutions financières - pour spéculer encore plus (sphère financière) par l'achat d'actifs financiers aux sous-jacents divers (actions, obligations d'État, devises, matières premières, devises, immobilier) ! La raison en que les rendements sont supérieurs dans la sphère financière. Une explication alternative, avancée par les banques, est que les autres agents économiques (entreprises, ménages, État) ne seraient pas demandeurs de nouveaux crédits, en raison d'un surendettement et d'anticipations pessimistes quant à la croissance économique.

Cette politique keynésienne "version sphère financière" a pour effet de stimuler l'inflation du cours des actifs financiers ... à la plus grande satisfaction de leurs propriétaires (principalement de grandes sociétés privées). Mais la comparaison s'arrête là car il y a une différence fondamentale entre économies réelle et financière : la première fonctionne sur base de jeux à somme non-nulle (le taux de croissance économique étant généralement positif) tandis que la seconde fonctionne sur base de jeux à somme nulle (ce que l'un gagne, l'autre le perd) c-à-d qu'elle ne créé aucune richesse réelle.

L'argent créé en excès par les banques centrales va nécessairement dans la poches de quelques privilégiés, dont les actionnaires des banques privées : la sur-croissance de la sphère financière au détriment de la sphère réelle est donc la contrepartie comptable de l'explosion des écarts de richesse. Cela au profit d'une infime minorité de la population : les actionnaires majoritaires des grandes institutions financières, et les membres de gouvernements corrompus. C'est exactement comme si ces individus s'étaient organisés pour fabriquer des faux billets à leur profit, sauf qu'ici ils le font par une appropriation de classe des institutions monétaires.

Abordons maintenant la relation entre monnaie et inflation - à partir de l'équation (1), donc selon l'interprétation classique.

Monnaie et inflation

Définition et causes

Nous entendons ici par inflation : "la hausse relativement durable du niveau général des prix". L'inflation a pour effet que le pouvoir d'achat de la monnaie diminue ou, autrement dit, que la valeur de la monnaie diminue relativement au niveau des prix. La monnaie est l'unité dans laquelle les prix sont exprimés.

L'inflation est un phénomène multi-facteurs : elle est toujours le résultat de plusieurs facteurs concomitant, pouvant agir dans des sens identiques ou opposés. Dans la presse spécialisée ou non vous lirez quantité d'explications plus ou moins crédibles pour tenter de comprendre l'évolution de l'inflation. Mais si vous y réfléchissez bien vous constaterez que chacune peut être ramenée à l'un des trois facteurs fondamentaux :

Prix, monnaie et production

Pour analyser la relation entre ΔP et ΔM à partir de l'équation (1) remplaçons Y par son équivalent P*Q, et supposons V = 1 de sorte que l'on obtient :

P = M / Q   ( 2 )

Précisons que cette égalité n'affirme aucune relation de causalité entre M, P et Q. Elle atteste simplement d'une égalité comptable. Son intérêt est de montrer que inflation comme déflation sont la contrepartie d'une modification du rapport entre M et Q. En outre, en posant des hypothèses simplificatrices, on peut spécifier les relations entre ses composantes, "toute autre chose étant égale" :

Capacités de production. Lorsque les capacités de production (Qmax) sont pleinement utilisées (Q = Qmax), alors dans le second cas ci-dessus (M constant) une baisse de P serait impossible (sauf évidemment à augmenter les capacités de production, ce qui exige du temps).

Analyse locale vs globale

Ce que l'on observe au niveau de l'ensemble d'une zone monétaire (analyse globale) ne produit pas nécessairement les mêmes effets selon le type d'agent économique (analyses locales).

Pour le voir supposons une zone monétaire produisant uniquement deux biens (à productions constantes) :

Dans ces conditions l'équation (2) peut s'écrire comme suit :

M = P1 * Q1 + P2 * Q2 ΔM = ΔP1 * Q1 + ΔP2 * Q2  ( 3 )

Soit P le prix moyen pondéré, tel que :

P = P1 * [Q1 / (Q1 + Q2)] + P2 * [Q2 / (Q1 + Q2)] = [ P1 * Q1 + P2 * Q2 ] / (Q1+Q2) = M / (Q1+Q2)
ΔP = ΔM / (Q1+Q2)

On retrouve bien que  ΔM = 0 ΔP = 0   : il ne peut y avoir inflation globalement si M ne varie pas.

Cependant l'équation (3) montre que même avec ΔM = 0 il peut néanmoins exister une inflation d'origine monétaire concernant l'un des deux biens, mais elle serait nécessairement compensée par une déflation d'origine monétaire pour l'autre bien, et telle que :
ΔP1 = - ΔP2 * (Q2 / Q1)

De même une inflation globale d'origine monétaire (ΔM > 0 --> ΔP > 0) peut-être compatible avec une déflation pour un bien (par exemple Q1), mais nécessairement plus que compensée par une inflation pour l'autre bien (Q2) telle que :
ΔP1 = - ΔP2 * (Q2 / Q1) + ΔM / Q1

Démonstration : Si ΔP1   <   0 - ΔP2 * (Q2 / Q1) + ΔM / Q1   <  0 ΔP2  >  ΔM / Q2  >  0    CQFD

Application. Ce dernier cas de figure est illustré par l'effet du "Quantitative easing" évoqué à la section II.3.2 (Déconnexion des économies financière et réelle) : suite à la crise des subprimes de 2008 la forte création monétaire décidée par les Banques centrales, non seulement n'a pas provoqué de pression inflationniste dans la sphère réelle (Q1), mais au contraire l'inflation y a baissé car les banques - qui contrôlent la création monétaire - préfèrent utiliser celle-ci pour spéculer dans la sphère financière (Q2), car les rendements y sont supérieurs à ceux des investissements dans la sphère réelle. Il en a résulté une inflation dans la sphère financière.

Prix fixes. L'on pourrait faire les même exercices en posant cette fois que ce sont les prix qui sont constants (fixés par l'État, plutôt que fluctuant au gré des marchés). Dans ce cas les ajustements se font - de la même manière - entre M , Q1 et Q2 : ΔM = P1 * ΔQ1 + P2 * ΔQ2  ( 3 ' )

La théorie confrontée
aux statistiques

Les données historiques du tableau ci-dessous montrent que le coefficient de corrélation entres le taux de croissance de M et de l'inflation est quasiment nul si l'on pose M = M1, mais élevé (et positif) si l'on pose M = M3.

Masse monétaire et inflation et inflation
Coefficient de corrélation
entre ΔM/M et inflation
81-9596-10
M10,1-0,1
M30,80,7

Corrélation n'est pas causalité. Rappelons que le coefficient de corrélation entre deux variables ne dit rien sur la causalité, qui peut provenir de chacune des deux variables ou/et d'autres variable non prises en compte parce que inconnues.

Comprendre l'inflation : une théorie qui ne marche plus

Taux de change

Lorsque nous nous rendons dans un pays étranger nous en achetons généralement un certaine quantité de la devise sous forme de billets auprès de notre banque. Ainsi donc une monnaie est un bien comme un autre, qui s'achète (pour consommer ou spéculer) et se vend.

Monnaie vs devise. On parle de devise dans le cadre de transactions internationales, et de monnaie dans le cadre de transactions domestiques.

Valeur de marché

Le prix d'une devise, c-à-d sa valeur de marché, s'exprime relativement à une autre devise. C'est le taux de change.

Le taux de change d'une devise A en une devise B - noté TA/B - exprime la valeur de B en nombre d'unités de A :

B = TA/B * A TA/B = B / A       ( 16 )

Exemple : taux de change de l'euro en dollars : TEUR / USD = USD / EUR = 1.252 USD (pour 1 EUR on a 1.252 USD)

Le prix d'une devise est donc relatif à celui d'une autre. C'est comme dans le troc : si une vache s'échangeait auparvent contre deux chèvres, mais que celles-ci deviennent brusquement plus rares (par exemple en raison d'une épidémie), il faudra désormais "payer" plus qu'une seule vache pour "acheter" deux chèvres sur le marché du troc.

Du troc à la monnaie. Dans la section III.1. nous avons vu que lorsqu'un bien est utilisé pour être échangé contre n'importe quel autre, il acquiert le statut de monnaie d'échange . Ce fut le cas des pièces d'or et d'argent. Mais la technique monétaire s'est depuis améliorée : une monnaie ne doit plus nécessairement avoir une valeur intrinsèque pour être acceptée par tous. C'est notamment le cas si un État lui assure une certaine crédibilité (cf. section III.2.).

Valeur théorique

Afin de tenter de prédire l'évolution future du cours d'une devise (à supposer que cela soit possible ...) les spéculateurs calculent des valeurs théoriques des devises, pour estimer si leur valeur de marché est surévaluée ou sous-évaluée. La plus utilisée est probablement la parité de pouvoir d'achat (PPA), qui mesure la quantité de devise A nécessaire pour acheter dans un pays B un panier de biens/services de référence. Un problème est que la composition du panier de référence influence considérablement la valeur théorique, or il n'existe pas de critères objectifs pour déterminer quels biens & services inclure dans le panier ... [approfondir].

La monnaie n'est donc pas un bien/service comme les autres car elle sert justement d'étalon de mesure pour exprimer - en terme de prix - la valeur de tous les autres biens & services.

Étalon de mesure

Idéalement les objets utilisés comme étalon pour une même unité de mesure (par exemple le mètre) devraient être inaltérables dans le temps (entre deux mesures avec le même objet) et dans l'espace (entre deux mesures avec deux objets distincts). Dans la pratique ce n'est jamais le cas (rien n'est inaltérable), mais l'important c'est que l'altération des étalons dans le temps et l'espace soit non-significative relativement à la précision requise des mesures.

Pour ce faire on défini l'étalon de mesure par rapport à un référentiel.

Tout comme l'objet-étalon, le référentiel idéal devrait être inaltérable, ou du moins ne varier que d'une ampleur non significative pour la précision requise des mesures. En outre il devrait être facilement accessible à tous les scientifiques. C'est pourquoi on a plusieurs fois changé de référentiel, car le progrès scientifique et technologique a pour effet que les scientifiques ont besoin de mesures de plus en plus précises. Ainsi le mètre fut d'abord défini comme la 10.000.000e partie d'un quart de méridien terrestre, puis comme la distance entre deux points sur une barre d'un alliage de platine et d'iridium (une copie étant distribuée à chaque pays). Enfin depuis 1983 le mètre est défini comme étant la longueur du trajet parcouru par la lumière dans le vide pendant 1/299.792.458 de seconde [approfondir].

Notons enfin que, selon le principe de relativité « les lois physiques s'expriment de manière identique dans tous les référentiels inertiels. » [source].

Devrait-on dès lors fixer le taux de change des devises et, dans l'affirmative, par rapport à quel référentiel ?

Politique de change

La politique de change est menée par les autorité monétaires, c-à-d les Banque centrale, généralement en collaboration. On peut distinguer trois types de politique de change :

La préférence pour l'une ou l'autre de ces politiques de change est fonction d'un arbitrage entre deux souhaits antagonistes :

  1. Cours fixe : limiter les incertitudes liées au risque de change.
    • À noter que l'instabilité du marché des devises dans sa pratique actuelle est source de revenus considérables pour les banques privées, notamment par la spéculation et les produits de couverture de risque de change. Les banques ont donc intérêt à stimuler l'instabilité, et cela au détriment de tous les autres agents économiques : entreprises, États et ménages. On observe d’ailleurs que la valeur des devises telle qu'elle est déterminée par les marchés fluctue continuellement et peut être déterminée beaucoup moins par les fondamentaux économiques (PIB, prix, balance commerciale, ...) que par des facteurs psychologiques (éventuellement provoqués par des campagnes médiatiques) ou des techniques sophistiquées de manipulation de cours, afin de maximiser les revenus d'opérations de spéculation contre des devises.
  2. Cours variable : laisser l'évolution du taux de change agir comme stabilisateur automatique des déséquilibres extérieurs.
    • Toute autre chose étant égale une balance commerciale excédentaire induit une appréciation de la monnaie nationale, ce qui diminue la compétitivité-prix des entreprises exportatrices. Le change flottant a ainsi pour effet que la croissance des pays avec un excédant de leur balance commerciale ne se fait pas au détriment des pays avec un déficit commercial, mais au contraire se propage vers ceux-ci. Une union monétaire, cas de l'UE, empêche cette autorégulation. Ainsi alors que les pays du nord de l'Europe (surtout l'Allemagne) voient leur surplus extérieur s'améliorer constamment, les pays du sud de l'Union européenne - qui sont (logiquement) dans la situation inverse - n'ont plus la possibilité de dévaluer (ou laisser se déprécier) le taux de change de leur ancienne monnaie nationale pour relancer les exportations (et partant le reste de l'économie, pour autant que l'effet inflationniste du renchérissement des importations soit neutralisé).

      Politique de développement. L'effet de propagation de la croissance économique induit par l'effet de stabilisation automatique des taux de change variable ne constitue évidemment pas une condition suffisante du développement économique des pays en déficit extérieur. Ceux-ci doivent impérativement également oeuvrer à une croissance endogène en développant la R&D, la formation des travailleurs et les infrastructures publiques [approfondir].

Nos recommandations

Dans la mesure où il existe des marchés à terme sur devises, permettant de se couvrir contre le risque de change, le taux de change variable nous paraît préférable aux taux fixes ou limités car il permet un effet maximal de stabilisation automatique, et partant, de propagation de la croissance des pays en excédant commercial vers les pays en déficit.

Les faits historiques contre le contrôle des changes. L'histoire économique montre que les tentatives de fixer ou limiter les variation des taux de change - dont le cas le plus extrême est l'union monétaire - se sont généralement avérées des échecs. Les systèmes de taux de change fixes ou limités dégénèrent en de récurrentes dévaluations, tandis que les unions monétaires finissent par s'écrouler suite aux effets dévastateurs des "dévaluations internes". La motivation réelle de la plupart des système de fixation/limitation des changes est de nature politique et non pas économique, l'objectif final étant de conduire à une union monétaire supposée faciliter l'intégration politique.

Cependant une condition nécessaire d'efficacité d'un système de taux de change variables est la neutralisation de la spéculation contre les devises. Celle-ci, aujourd'hui autorisée, devrait être juridiquement considérée et traitée comme acte de guerre à l'encontre d'un État.

Conditions pour une dévaluation réussie

Commençons par préciser la différence entre dévaluation et dépréciation monétaire :
  1. la dépréciation est un phénomène spontané et continu, inhérent aux devises d'économies en déficit de la balance extérieure dans un système de change variable elle est le mécanisme par lequel opère l'effet de stabilisation automatique ;
  2. le dévaluation est un phénomène dirigé et discontinu, inhérent aux devises d'économies en déficit de la balance extérieure dans un système de change fixe ou limité elle est donc l'expression de l'échec de ces deux systèmes de change !

La nature discontinue de la dévaluation implique que ses effets sont de grande ampleur et se font sentir brutalement. Pour être durablement efficace une dévaluation doit être accompagnée de deux types de mesures :

En l'absence de ces mesures de neutralisation de l'inflation importée et d'amélioration de la compétitivité les dévaluations se suivront (ou la dépréciation se poursuivra), et comme il y a une limite politique/sociale à l'érosion des salaires, on aboutira finalement à une hausse d'inflation tellement forte que la situation sera finalement pire qu'avant les dévaluations.

La dévaluation peut donc s'avérer une mesure efficace, ou au contraire nuisible s'il elle n'est pas appliquée avec rigueur. Cette problématique économique prend une (délétère) dimension politique lorsqu'un gouvernement dévalue la devise nationale dans le seul but d'améliorer rapidement sa popularité mais sans véritable intention ou capacité d'appliquer les nécessaires mesures d'accompagnement.

Lire aussi :

Modélisations hétérodoxes

Les modélisations alternatives que nous présentons ici sont proposées par le physicien François Roddier (modèle thermodynamique) et l'ingénieur Stéphane Laborde (modèle relativiste).

Modèle thermodynamique
Demande ≡ pression
Offre ≡ température

L'approche thermodynamique de la théorie économique telle que développée par le physicien François Roddier repose sur le fait que toutes les structures dissipatives - du cyclone à la société humaine - produisent du travail mécanique en décrivant des cycles semblables aux cycles de Carnot : « Les structures dissipatives s’auto-organisent en décrivant des cycles de Carnot autour d’un point critique, point d’équilibre dynamique entre des forces opposées. Dans le cas de l’économie, il s’agit d’un point d’équilibre entre l’offre et la demande. Tandis que l’offre incite à la compétition, la demande incite à la coopération. Il s’en suit que, comme un moteur à quatre temps, l’économie passe par quatre phases successives appelées: dépression, expansion, stagflation et crises » [source].

La notion d'énergie est donc centrale, et le différentiel de potentiel énergétique - qui détermine le sens et l'amplitude de propagation de l'énergie - constitue le fondement de la dynamique entre offre et demande :

Sur base de ces analogies Roddier étend alors à l'économie la relation de Gibbs-Duhem : à l'équilibre (état stationnaire) on a l'égalité entre la demande P * dV et l'offre T * dM :

P * dV = T * dM ( 4 )

Tentons maintenant de comparer l'équation (4) avec l'équation (1') de la section III.3.1., et pour ce faire utilisons une nomenclature commune :

(4)-->P*dVol=T*dM<-->P*dVol=1/Prixe*dM
(1')-->Prix*dVol=Vit*dM<-->1/Vit*dVol= 1/Prix*dM

Si nous supposons que ces deux équations décrivent correctement le même phénomène il nous faut donc définir la vitesse de circulation monétaire comme l'inverse du potentiel de demande : plus la vitesse monétaire est élevée plus le potentiel de demande est faible, c-à-d selon Roddier le pouvoir de vente ou encore l'utilité de la production. À priori cela semble contradictoire, de sorte que si l'une de ces deux équations décrit correctement la réalité alors l'autre serait fausse. Cependant la contradiction apparente disparaît si l'on considère qu'une vitesse de circulation monétaire croissante "consomme" en quelque sorte le potentiel de demande.

Monnaie ≡ entropie
Inflation ≡ température

Les économistes parlent intuitivement de température de l'économie. Le physicien François Roddier en propose une définition fondée sur la thermodynamique. « En thermodynamique l'inverse de la température est l'entropie produite par unité d'énergie (N.d.A. : δ entropie = δ énergie / température). En économie l'entropie produite se mesure en dollars et l'énergie consommée en barils de pétrole. On peut donc parler de température de l'économie comme étant l'inverse du prix du pétrole. Plus le prix du pétrole baisse, plus l'économie s'échauffe. Il peut arriver que la production excède la demande. Les économistes parlent alors de surchauffe de l'économie ». Quant à la monnaie elle suit le circuit inverse de l'énergie. Le travail est accompagné d'un salaire qui permet de dépenser de l'énergie. [source].

Roddier associe monnaie et entropie (au signe près). Toute production d'entropie se traduit par une perte de valeur monétaire et inversement. Ce que les physiciens appellent une probabilité de transition devient en économie une probabilité de transaction. On peut montrer que dans une suite de transactions de probabilité pi l'espérance de gain ΔM est donnée par :

ΔM = Σpi * log pi soit l'expression donnée par Gibbs pour l'entropie, et par Shannon pour lʼinformation.

Nous en déduisons donc que Roddier définit la création monétaire ΔM comme "l'espérance de gain associée à la production de biens et services (PIB)" [source].

Régulation

Continuant son approche analogique avec le cycle de Carnot et la nécessité d'un régulateur pour toute machine thermique (dont tout système économique) Roddier recommande un système bi-monétaire composé :

La monnaie "yin" « est nécessaire pour refermer le cycle économique, comme une source froide est nécessaire pour refermer le cycle de Carnot » [source]. « L’usage de deux monnaies différentes dont on peut faire varier le taux de change, permet d’ajuster la barrière de potentiel économique qui sépare deux économies, comme un régulateur ». Selon Roddier on pourrait procéder « en conservant la monnaie en euros (yang) pour l’achat de biens matériels, et en utilisant une nouvelle monnaie (yin) pour la nourriture, les salaires et les services » [source].

Imprévisibilité

Notons enfin que la théorie du chaos infirme la thèse selon laquelle "l'autorité monétaire" (la Banque centrale) serait en mesure d'adapter rationnellement la masse monétaire aux besoins de l'économie, que ce soit pour seulement contrôler l'inflation ou en outre stimuler la croissance (politique monétaire dite "adaptative", par assouplissement ou restriction monétaire). Ainsi l'approche thermodynamique de l'économie confirme la thèse de la théorie relative de la monnaie (cf. ci-dessous) selon laquelle le taux de création monétaire devrait être constant. La fonction d'un système bimonétaire "yin/yang vise à minimiser l'amplitude de cycles imprévisibles.

Vous n'y comprenez rien ? Rien d'anormal à cela si vous n'avez pas de bonnes notions de physique. Pour (re)constituer ces notions de base lire la (longue) section II de notre article "Travail, valeur et éthique". Vous serez alors en mesure d'apprécier toute la puissance de la théorie thermodynamique de l'économie dans notre article consacré au développement durable, et en particulier sa section VIII consacrée aux cycles économiques.

Modèle relativiste

La toute récente théorie relative de la monnaie (TRM) - présentée en détail dans la section V - constitue un changement de paradigme par rapport au système monétaire oligarchique. L'approche relativiste propose en effet un critère objectif et normatif en matière de politique économique, ne laissant pas de place à l'arbitraire. Partant de la constatation que la notion de valeur est subjective (ou plus exactement, relative à chaque individu), la TRM en déduit que, pour être efficace, le système monétaire ne peut préjuger à priori de la valeur de ce pourquoi il créé de la monnaie.

Cette règle est fondée sur un double principe de symétrie :

Selon l'auteur de la TRM, l'ingénieur Stéphane Laborde, l'égalité M * V = P * Q (cf. plus haut section III.3.1) ne concerne que des quantités "intégrales globales" et n'est valable que « pour un temps court où les changements productifs, monétaires et individuels sont négligeables » . Dans la réalité cette situation où la monnaie en circulation représente exactement la valeur produite et échangée se produit rarement, de sorte que l'on a plutôt M * V - P * Q = Jt où Jt ‐ différentiel "monnaie-valeur" ‐ est appelé "champs de valeur J à l'instant t". Sa valeur pouvant être positive, négative ou nulle, l'égalité de la théorie classique M * V = P * Q n'est donc, dans la théorie relativiste, que le cas particulier (et rare) où Jt = 0.

La TRM procède par l'intégration des champs de valeurs locaux associés à chaque individu x (notés dJx) :

Jt = ∫ t0tx=1n dJx

Notons enfin ces convergences théoriques :

Bien que certains éléments de la TRM sont, selon nous, non pertinents (notamment la formulation de la symétrie temporelle, qui est sensible au changement d'unité) il demeure qu'elle constitue une très enrichissante avancée conceptuelle, stimulant la réflexion en matière de système monétaire optimal.

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