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> 7. Analyses Recommander Imprimer 12/50 pages [?]L'article "De la création monétaire" comportant une cinquantaine de pages A4, il a été réparti sur cinq fichiers correspondant chacun à une section. Le ratio x/y indique le nombre de pages de la section affichée (soulignée dans le plan ci-dessous) par rapport au nombre de pages de l'article. màj : 27 jan. 2017

De la création monétaire Recommander màj :

PLAN

  1. Introduction
  2. Synthèse
  3. Notions monétaires
  1. La création monétaire
    telle qu'est est à ce jour
    • Création
    • Destruction
    • Analyse globale
    • Revenus des banques
  1. La création monétaire
    telle qu'elle pourrait être
    • Principes de la TRM
    • Démonstration
    • Approfondissements
    • Implémentation
    • TRM et inflation
    • TRM et taux de change
    • TRM et intérêt
    • Critiques et conclusion

Notions monétaires Haut

Nous commencerons par l'identification des fonctions et formes de la monnaie aujourd'hui. Ensuite nous évoquerons les principes élémentaires de la politique monétaire, que sont la confiance du marché par rapport à une devise, et la gestion quantitative et allocative de la masse monétaire. Dans les sections 3 et 4 nous verrons comment la théorie économique classique modélise la relation entre d'une part masse monétaire et d'autre part activité économique puis inflation. Enfin nous évoquerons des modélisations récentes et partant hétérodoxes.

Fonctions et formes de la monnaie

Fonctions de la monnaie : la monnaie est utile pour :

Gare au fétichisme monétaire. Il ne faut pas confondre la monnaie avec ce qu'elle représente. Ainsi la monnaie n'est pas en soi une richesse, elle n'est qu'un moyen pour la produire, l'acheter et la comptabiliser. Et en fait elle n'est pas même un moyen de production mais seulement un titre de propriété potentielle sur des moyens de production et des biens de consommation (PS : ce qu'on appelle capital financier est quant à lui un titre de propriété effective sur des moyens de production).

Formes de la monnaie : la masse monétaire (notée M) - la "monnaie en circulation" - est composée de 4 niveaux de monnaie selon le degré de liquidité des actifs monétaires considérés :

Monnaie de base (MB ). Également appelée "monnaie Banque centrale", elle est composée (i) des comptes des banques à la Banque centrale (notés R pour "réserves") et (ii) des billets & pièces en circulation (repris dans M1) :

MB est donc une notion composite puisque les billets & pièces font partie de M tandis que les comptes des banques à la BC n'en font pas partie (ils ne constituent pas de la "monnaie en circulation" mais de la "liquidité bancaire").

Une partie des comptes des banques à la BC est constituée par leurs réserves obligatoires (RO ≤ R). Nous approfondirons cette notion dans la section "IV. La création monétaire telle qu'elle est à ce jour".

Politique monétaire

Les principaux champs d'application de la politique monétaire sont la confiance ainsi que sa gestion quantitative et qualitative :

  1. Confiance : pour qu'une monnaie fonctionne en tant que telle ses utilisateurs doivent avoir la garantie qu'elle sera toujours acceptée comme moyen de paiement par la plupart des agents économiques. Parmi les déterminants de la crédibilité de cette garantie auprès des agents économiques l'Etat joue un rôle essentiel :

    • en combattant la contrefaçon monétaire au moyen du système policier/judiciaire ;
    • en assurant la convertibilité entre la devise nationale et les devises étrangères ;
    • en imposant l'utilisation de cette monnaie comme moyen de paiement des impôts ;
    • en utilisant cette monnaie pour payer ses achats de biens/services et les salaires de ses fonctionnaires ;
    • en assurant une gestion quantitative de la masse monétaire qui minimise le risque d'inflation et de spéculation sur la devise.

    Monnaie fiduciaire. Aujourd'hui la monnaie est "dématérialisée" : sa valeur intrinsèque est nulle, elle ne conserve que sa valeur nominale. C'est pourquoi on parle de monnaie "fiduciaire" (latin "fiducia" : confiance).

  2. Gestion quantitative (création monétaire) : de combien le stock monétaire doit-il être augmenté (ou - beaucoup plus rarement - diminué) par rapport à l'évolution de l'activité économique ?

    • Bien que la monnaie moderne, étant dématérialisée, n'est plus soumise à une contrainte de rareté (baisse de la fréquence de découverte et de la taille de nouveaux gisements d'or et d'argent), elle demeure cependant soumise à une contrainte d'optimalité quantitative car la masse monétaire en circulation doit correspondre aux besoins de l'économie : trop élevée elle génère de l'inflation, trop faible elle freine l'activité économique. L'offre de monnaie doit s'adapter à la demande de monnaie utilisée pour les investissements et la consommation. C'est pourquoi il importe de contrôler l'évolution du volume de la masse monétaire en circulation, ce qui revient à maintenir une contrainte de rareté. La gestion quantitative de la monnaie est gérée indirectement par la Banque centrale au moyen de diverses techniques (abordées dans la section IV) : vente/achat d'actifs monétaires, modification du coefficient de réserves obligatoires des banques auprès de la Banque centrale, modification du taux de rémunération des ces dépôts et du taux des crédits que la BC accorde aux banques.
  3. Gestion qualitative (allocation monétaire) : à qui et pour quels projets la monnaie crée devrait-elle être allouée ? (répartition - dans l'espace et le temps - de la création monétaire).

    • Pour être optimale l'allocation de la monnaie créée (c-à-d sa répartition dans l'espace et le temps) devrait notamment viser à minimiser les effets négatifs de l'activité économique (pollution, spéculation, corruption, ...). Or la gestion qualitative de la monnaie (allocation monétaire) est exercée par les banques privées, qui décident à qui elles vont prêter de l'argent (et cela contre rémunération : les intérêts). C'est là un énorme cadeau que les États font aux actionnaires des banques privées, en leur accordant cette rente qui reviendrait à l'État si l'activité bancaire était monopole public (PS : alternativement l'État pourrait aussi distribuer la création monétaire également et gratuitement entre tous les citoyens, voir section V).
Politique
monétaire
oligarchique

Dans la section IV nous verrons que les Banques centrales ne sont en réalité qu'une autorité d'auto-organisation du secteur financier lui-même. Ce monopole monétaire privé qui ne dit pas son nom a des effets très semblables à la fabrication de fausse monnaie. La politique monétaire est ainsi laissée aux dits "marchés", prétendus réaliser l'optimum collectif par la recherche individuelle du profit maximum. Mais cette thèse est infirmée par les faits : la recherche d'un profit maximum par les banques est antagoniste avec l'intérêt de la collectivité, comme en témoignent les récurrentes crises financières et les chantages systémiques au renflouement des banques. Nous verrons à la section IV qu'en réalité la "logique des marchés" consiste essentiellement en des détournements de biens publics (dont nos impôts et la monnaie) via la corruption de décideurs politiques par de puissants conglomérats financiers et industriels.

Quelles sont les bases théoriques sur lesquelles la Banque centrale fonde son contrôle quantitatif de la création monétaire ? Nous allons voir que ces bases sont scientifiquement peu crédibles, ce qui favorise l'arbitraire ...

Dynamique monétaire

Modélisation classique de la dynamique monétaire

La politique monétaire menée notamment dans l'UE et aux USA repose sur un véritable dogme selon lequel il est possible et rationnel d'adapter (plutôt que de fixer) de façon optimale la quantité de monnaie nécessaire au fonctionnement de l'économie. Ce dogme est d'autant plus irrationnel qu'il est très loin d'être confirmé par les faits historiques, et qu'en outre il n'est pas fondé sur de solides bases théoriques. Il n'existe actuellement aucune règle objective déterminant scientifiquement ce qu'est la quantité optimale de monnaie. En fait la politique monétaire est le fruit d'un processus de gouvernance aussi opaque qu'oligarchique, dans lequel le secteur bancaire (banques privées et Banque centrale) joue un rôle déterminant.

La principale formulation théorique en matière de politique monétaire est le rapport entre d'une part le PIB mesuré généralement sur les douze derniers 12 mois (soit un flux) et d'autre part la masse monétaire mesurée à un instant t (soit un stock). Ce rapport est appelé V, pour "vitesse de circulation monétaire" :

Y / M = V   ( 1 ) où :

L'équation (1) est souvent notée M * V = P * Q  ( 1 ' )

Les statistiques économiques calculées chaque mois montrent que M est généralement inférieur à Y (de sorte que V > 1).

Si on a appelé "vitesse de circulation monétaire" le rapport Y / M c'est parce que - selon les auteurs de cette nomenclature - ce ratio exprimerait le nombre de fois que M est utilisé au cours de la période durant laquelle le PIB est mesuré : Y = V * M   ( 1 '' )

Début 2014 dans la zone euro on mesurait :   VM1 ≈ 2 et VM3 ≈ 1 (ce qui semble logique : la monnaie la plus liquide "circule" plus "vite" que la monnaie moins liquide). Le graphique ci-dessous montre que dans la zone dollar VM2 et VM3 sont relativement constant (entre 1 et 2), tandis que VM1 est nettement plus volatile (entre 4 et 10), et évolue dans une tendance croissante (Rappel : M3 comprend M2 qui comprend M1).

Vitesse de circulation monétaire

Si dans l'équation (1') on considère (i) que V est constant - ce que confirme le tableau ci-dessus en se basant sur M2 ou M3 (qui contiennent M1) - et (ii) que Q est constant (situation dite de "plein emploi" des facteurs de production), on obtient alors une relation systématiquement inverse entre M et P : si l'un augmente, l'autre diminue nécessairement (NB : cette relation ne dit rien quant au sens de la causalité : il s'agit d'une simple égalité de comptabilité nationale).

Modélisation
bancale ?

La problématique de l'évaluation du numérateur (Y) et du dénominateur (M) du ratio V se résume par les deux questions suivantes. Le calcul de Y doit-il incorporer les actifs financiers faisant l'objet d'une transaction commerciale ? Dans l'affirmative quel est l'impact de cette comptabilisation sur la signification de V lorsque ces actifs financiers sont également repris dans la définition de M ?

D'autre part la valeur de Y mesurée par les comptabilités nationales ne comprend ni le travail au noir (c-à-d payé mais non déclaré) ni le travail bénévole (dont la R&D libre). Y sous-évalue donc l'activité productive.

On aborde ici une question fondamentale : qu'est ce qui est de la valeur, et qu'est ce qui n'en est pas ? Pour approfondir cette question lire "Travail, valeur et éthique".

Par conséquent l'équation (1) constitue-t-elle un instrument crédible pour piloter la masse monétaire sur base d'anticipations de Y ou de P ? Malgré les incertitudes au niveau des définitions et évaluations, le ratio V demeure cependant le principal instrument de pilotage de la politique monétaire menée par le secteur bancaire (banques commerciales + Banque centrale).

La section suivante analyse l'histoire récente des politiques monétaires des zones euro et dollar. Elle suggère que le flou qui entoure la notion de "vitesse de circulation monétaire" sert grandement les intérêts du secteur bancaire en lui permettant de faire tout et n'importe quoi pour maximiser ses bénéfices.

Déconnexion
des économies
financière et réelle

Depuis les années 1970 l'économie financière (achat/vente d'actifs financiers : actions, obligations, ...) s'est développée quantitativement sans plus aucun rapport avec l'économie réelle (production de biens et services), et représente aujourd'hui 98 % (2007) de l'économie globale (réelle + financière) [source].

L'étude des cas (i) de la création de l'union monétaire européenne en 2000 et (ii) de la crise financière de 2008 (dite "des subprimes") - réplique très semblable à la crise "des Sales & Loans" de la fin des années 1980 - nous permet d'identifier les mécanismes de ce phénomène.

Masse monétaire UE
Masse monétaire USA

NB : Ces graphiques comparent les évolutions relatives des économies financière et réelle à partir d'un indice valant 100 en début de période. Il ne faut pas perdre de vue qu'elles représentent respectivement 98% et 2% de l'économie (Y) en terme de valeur monétaire. Enfin ne pas confondre M et économie financière (Yf ) : M ⊂ Yf.

Le graphique de gauche nous montre que la créaton de l'Union monétaire européenne en 2000 a provoqué une croissance monétaire déconnectée de l'économie réelle. En 2008 ce phénomène fut accentué par le chantage systémique des banques commerciales suite à la crise provoquée par ces mêmes institutions financières. Le graphique de droite montre qu'aux USA la crise des "subprimes" a provoqué une véritable explosion de la masse monétaire relativement à l'économie réelle.

Les Banques centrales (BC) - dont nous verrons en section IV qu'elles ne sont en réalité qu'une autorité d'auto-organisation du secteur financier lui-même - ont massivement ouvert le robinet monétaire :

Or ils se fait que les banques ont exploité les nouvelles conditions de création monétaire, non pas pour octroyer des crédits aux particuliers et aux entreprises (sphère réelle), mais plutôt - à l'instar des autres institutions financières - pour spéculer encore plus (sphère financière) par l'achat d'actifs financiers aux sous-jacents divers (actions, obligations d'État, devises, matières premières, devises, immobilier) ! La raison est toute simple : les rendements sont supérieurs dans la sphère financière, et de plus sans risque puisque lorsque la bulle spéculative éclate leurs amis ministres du gouvernement (dont certains sont viennent du secteur bancaire ...) leurs rachèteront les actifs pourris avec l'argent public !

Cette politique keynésienne "version sphère financière" a pour effet de stimuler l'inflation du cours des actifs financiers ... à la plus grande satisfaction de leurs propriétaires (principalement de grandes sociétés privées).

Selon nous l'explosion de la sphère financière au détriment de la sphère réelle est la contrepartie comptable de l'explosion des écarts de richesse, par la prédation de biens publics et de l'épargne de petits investisseurs. Cela au profit d'une infime minorité de la population : les actionnaires majoritaires des grandes institutions financières, et les membres de gouvernements corrompus.

Abordons maintenant la relation entre monnaie et inflation - à partir de l'équation (1), donc selon l'interprétation classique.

Monnaie et inflation

Définition et causes

Nous entendons ici par inflation : "la hausse relativement durable du niveau général des prix". L'inflation a pour effet que le pouvoir d'achat de la monnaie diminue ou, autrement dit, que la valeur de la monnaie diminue relativement au niveau des prix. La monnaie est l'unité dans laquelle les prix sont exprimés.

L'inflation est un phénomène multi-facteurs : elle est toujours le résultat de plusieurs facteurs concomitant, pouvant agir dans des sens identiques ou opposés. Dans la presse spécialisée ou non vous lirez quantité d'explications plus ou moins crédibles pour tenter de comprendre l'évolution de l'inflation. Mais si vous y réfléchissez bien vous constaterez que chacune peut être ramenée à l'un des trois facteurs fondamentaux :

Prix, monnaie et production

Pour analyser la relation entre ΔP et ΔM à partir de l'équation (1) remplaçons Y par son équivalent P*Q, et supposons V = 1 de sorte que l'on obtient :

P = M / Q   ( 2 )

Précisons que cette égalité n'affirme aucune relation de causalité entre M, P et Q. Elle atteste simplement d'une égalité comptable. Son intérêt est de montrer que inflation comme déflation sont la contrepartie d'une modification du rapport entre M et Q. En outre, en posant des hypothèses simplificatrices, on peut spécifier les relations entre ses composantes, "toute autre chose étant égale" :

Capacités de production. Lorsque les capacités de production (Qmax) sont pleinement utilisées (Q = Qmax), alors dans le second cas ci-dessus (M constant) une baisse de P serait impossible (sauf évidemment à augmenter les capacités de production, ce qui exige du temps).

Analyse locale vs globale

Ce que l'on observe au niveau de l'ensemble d'une zone monétaire (analyse globale) ne produit pas nécessairement les mêmes effets selon le type d'agent économique (analyses locales).

Pour le voir supposons une zone monétaire produisant uniquement deux biens (à productions constantes) :

Dans ces conditions l'équation (2) peut s'écrire comme suit :

M = P1 * Q1 + P2 * Q2 ΔM = ΔP1 * Q1 + ΔP2 * Q2  ( 3 )

Soit P le prix moyen pondéré, tel que :

P = P1 * [Q1 / (Q1 + Q2)] + P2 * [Q2 / (Q1 + Q2)] = [ P1 * Q1 + P2 * Q2 ] / (Q1+Q2) = M / (Q1+Q2)
ΔP = ΔM / (Q1+Q2)

On retrouve bien que  ΔM = 0 ΔP = 0   : il ne peut y avoir inflation globalement si M ne varie pas.

Cependant l'équation (3) montre que même avec ΔM = 0 il peut néanmoins exister une inflation d'origine monétaire concernant l'un des deux biens, mais elle serait nécessairement compensée par une déflation d'origine monétaire pour l'autre bien, et telle que :
ΔP1 = - ΔP2 * (Q2 / Q1)

De même une inflation globale d'origine monétaire (ΔM > 0 --> ΔP > 0) peut-être compatible avec une déflation pour un bien (par exemple Q1), mais nécessairement plus que compensée par une inflation pour l'autre bien (Q2) telle que :
ΔP1 = - ΔP2 * (Q2 / Q1) + ΔM / Q1

Démonstration : Si ΔP1   <   0 - ΔP2 * (Q2 / Q1) + ΔM / Q1   <  0 ΔP2  >  ΔM / Q2  >  0    CQFD

Application. Ce dernier cas de figure est illustré par l'effet du "Quantitative easing" évoqué à la section II.3.2 (Déconnexion des économies financière et réelle) : suite à la crise des subprimes de 2008 la forte création monétaire décidée par les Banques centrales, non seulement n'a pas provoqué de pression inflationniste dans la sphère réelle (Q1), mais au contraire l'inflation y a baissé car les banques - qui contrôlent la création monétaire - préfèrent utiliser celle-ci pour spéculer dans la sphère financière (Q2), car les rendements y sont supérieurs à ceux des investissements dans la sphère réelle. Il en a résulté une inflation dans la sphère financière.

Prix fixes. L'on pourrait faire les même exercices en posant cette fois que ce sont les prix qui sont constants (fixés par l'État, plutôt que fluctuant au gré des marchés). Dans ce cas les ajustements se font - de la même manière - entre M , Q1 et Q2 : ΔM = P1 * ΔQ1 + P2 * ΔQ2  ( 3 ' )

La théorie confrontée
aux statistiques

Les données historiques du tableau ci-dessous montrent que le coefficient de corrélation entres le taux de croissance de M et de l'inflation est quasiment nul si l'on pose M = M1, mais élevé (et positif) si l'on pose M = M3.

Masse monétaire et inflation et inflation
Coefficient de corrélation
entre ΔM/M et inflation
81-9596-10
M10,1-0,1
M30,80,7

Corrélation n'est pas causalité. Rappelons que le coefficient de corrélation entre deux variables ne dit rien sur la causalité, qui peut provenir de chacune des deux variables ou/et d'autres variable non prises en compte parce que inconnues.

Comprendre l'inflation : une théorie qui ne marche plus

Modélisations hétérodoxes

Les modélisations alternatives que nous présentons ici sont proposées par un physicien (modèle thermodynamique) et un ingénieur (modèle relativiste).

Modèle thermodynamique
Demande ≡ pression
Offre ≡ température

L'approche thermodynamique de la théorie économique telle que développée par le physicien François Roddier repose sur le fait que toutes les structures dissipatives - du cyclone à la société humaine - produisent du travail mécanique en décrivant des cycles semblables aux cycles de Carnot : « Les structures dissipatives s’auto-organisent en décrivant des cycles de Carnot autour d’un point critique, point d’équilibre dynamique entre des forces opposées. Dans le cas de l’économie, il s’agit d’un point d’équilibre entre l’offre et la demande. Tandis que l’offre incite à la compétition, la demande incite à la coopération. Il s’en suit que, comme un moteur à quatre temps, l’économie passe par quatre phases successives appelées: dépression, expansion, stagflation et crises » [source].

La notion d'énergie est donc centrale, et le différentiel de potentiel énergétique - qui détermine le sens et l'amplitude de propagation de l'énergie - constitue le fondement de la dynamique entre offre et demande :

Sur base de ces analogies Roddier étend alors à l'économie la relation de Gibbs-Duhem : à l'équilibre (état stationnaire) on a l'égalité entre la demande P * dV et l'offre T * dM :

P * dV = T * dM ( 4 )

Tentons maintenant de comparer l'équation (4) avec l'équation (1') de la section III.3.1., et pour ce faire utilisons une nomenclature commune :

(4)-->P*dVol=T*dM<-->P*dVol=1/Prixe*dM
(1')-->Prix*dVol=Vit*dM<-->1/Vit*dVol= 1/Prix*dM

Si nous supposons que ces deux équations décrivent correctement le même phénomène il nous faut donc définir la vitesse de circulation monétaire comme l'inverse du potentiel de demande : plus la vitesse monétaire est élevée plus le potentiel de demande est faible, c-à-d selon Roddier le pouvoir de vente ou encore l'utilité de la production. À priori cela semble contradictoire, de sorte que si l'une de ces deux équations décrit correctement la réalité alors l'autre serait fausse. Cependant la contradiction apparente disparaît si l'on considère qu'une vitesse de circulation monétaire croissante "consomme" en quelque sorte le potentiel de demande.

Monnaie ≡ entropie
Inflation ≡ température

Les économistes parlent intuitivement de température de l'économie. Le physicien François Roddier en propose une définition fondée sur la thermodynamique. « En thermodynamique l'inverse de la température est l'entropie produite par unité d'énergie (N.d.A. : δ entropie = δ énergie / température). En économie l'entropie produite se mesure en dollars et l'énergie consommée en barils de pétrole. On peut donc parler de température de l'économie comme étant l'inverse du prix du pétrole. Plus le prix du pétrole baisse, plus l'économie s'échauffe. Il peut arriver que la production excède la demande. Les économistes parlent alors de surchauffe de l'économie ». Quant à la monnaie elle suit le circuit inverse de l'énergie. Le travail est accompagné d'un salaire qui permet de dépenser de l'énergie. [source].

Roddier associe monnaie et entropie (au signe près). Toute production d'entropie se traduit par une perte de valeur monétaire et inversement. Ce que les physiciens appellent une probabilité de transition devient en économie une probabilité de transaction. On peut montrer que dans une suite de transactions de probabilité pi l'espérance de gain ΔM est donnée par :

ΔM = Σpi * log pi soit l'expression donnée par Gibbs pour l'entropie, et par Shannon pour lʼinformation.

Nous en déduisons donc que Roddier définit la création monétaire ΔM comme "l'espérance de gain associée à la production de biens et services (PIB)" [source].

Régulation

Continuant son approche analogique avec le cycle de Carnot et la nécessité d'un régulateur pour toute machine thermique (dont tout système économique) Roddier recommande un système bi-monétaire composé :

La monnaie "yin" « est nécessaire pour refermer le cycle économique, comme une source froide est nécessaire pour refermer le cycle de Carnot » [source]. « L’usage de deux monnaies différentes dont on peut faire varier le taux de change, permet d’ajuster la barrière de potentiel économique qui sépare deux économies, comme un régulateur ». Selon Roddier on pourrait procéder « en conservant la monnaie en euros (yang) pour l’achat de biens matériels, et en utilisant une nouvelle monnaie (yin) pour la nourriture, les salaires et les services » [source].

Imprévisibilité

Notons enfin que la théorie du chaos infirme la thèse selon laquelle "l'autorité monétaire" (la Banque centrale) serait en mesure d'adapter rationnellement la masse monétaire aux besoins de l'économie, que ce soit pour seulement contrôler l'inflation ou en outre stimuler la croissance (politique monétaire dite "adaptative", par assouplissement ou restriction monétaire). Ainsi l'approche thermodynamique de l'économie confirme la thèse de la théorie relative de la monnaie (cf. ci-dessous) selon laquelle le taux de création monétaire devrait être constant. La fonction d'un système bimonétaire "yin/yang vise à minimiser l'amplitude de cycles imprévisibles.

Vous n'y comprenez rien ? Rien d'anormal à cela si vous n'avez pas de bonnes notions de physique. Pour (re)constituer ces notions de base lire la (longue) section II de notre article "Travail, valeur et éthique". Vous serez alors en mesure d'apprécier toute la puissance de la théorie thermodynamique de l'économie dans notre article consacré au développement durable, et en particulier sa section VIII consacrée aux cycles économiques.

Modèle relativiste

La toute récente théorie relative de la monnaie (TRM) - présentée en détail dans la section V - constitue un changement de paradigme par rapport au système monétaire oligarchique. L'approche relativiste propose en effet un critère objectif et normatif en matière de politique économique, ne laissant pas de place à l'arbitraire. Partant de la constatation que la notion de valeur est subjective (ou plus exactement, relative à chaque individu), la TRM en déduit que, pour être efficace, le système monétaire ne peut préjuger à priori de la valeur de ce pourquoi il créé de la monnaie.

Cette règle est fondée sur un double principe de symétrie :

Selon l'auteur de la TRM, l'ingénieur Stéphane Laborde, l'égalité M * V = P * Q (cf. plus haut section III.3.1) ne concerne que des quantités "intégrales globales" et n'est valable que « pour un temps court où les changements productifs, monétaires et individuels sont négligeables » . Dans la réalité cette situation où la monnaie en circulation représente exactement la valeur produite et échangée se produit rarement, de sorte que l'on a plutôt M * V - P * Q = Jt où Jt ‐ différentiel "monnaie-valeur" ‐ est appelé "champs de valeur J à l'instant t". Sa valeur pouvant être positive, négative ou nulle, l'égalité de la théorie classique M * V = P * Q n'est donc, dans la théorie relativiste, que le cas particulier (et rare) où Jt = 0.

La TRM procède par l'intégration des champs de valeurs locaux associés à chaque individu x (notés dJx) :

Jt = ∫ t0tx=1n dJx

Bien qu'elle demande à être expérimentalement vérifiée, la TRM constitue une très enrichissante avancée conceptuelle, stimulant la réflexion en matière de système monétaire optimal.