Chômage

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màj : 1 déc. 2017

Années 1970 : inflation et chômage

Préambule. Cette section à caractère historique se justifie en raison de la prégnance de l'idée selon laquelle il faut maintenir le taux de chômage au-dessus d'un certain niveau, afin de prévenir une inflation excessive (théorie du NAIRU). Cette théorie repose sur une double affirmation : (i) il existerait une corrélation négative entre inflation et chômage (courbe de Phillips), (ii) le taux de chômage serait la variable explicative, et le taux d'inflation la variable dépendante.

Chômage et inflation en France (source : INSEE)

taux-chomage.png

Commentaire. Dans les années 1970 le monde a connu une forte inflation par les coûts (crise pétrolière) provoquant une récession économique. En France la théorie du NAIRU n'est vérifiée qu'à partir de 1980, début de l'hégémonie idéologique du "libéralisme". Question : la courbe de Phillips est-elle une loi naturelle ou une politique économique ?

Géopolitique. Durant les années 1960 la Banque centrale US mena une politique monétaire très expansive pour financer la guerre du Vietnam et les missions lunaires (NB : on notera qu'il s'agit là de dépenses publiques ne correspondant pas à la demande de la grande majorité des citoyens ...). Il en résulta une hausse constante de l'inflation US entre 1961 et 1970 [source], ce qui provoqua une perte de confiance dans le dollar. Celui-ci faisant office de devise internationale l'inflation US se propagea dans le reste du monde. En 1971 le président Nixon supprime la convertibilité du dollar en or car la perte de confiance dans la devise dopait les conversions, qui réduisaient d'autant les réserves d'or de la Banque centrale US. Cela accentua la perte de confiance dans le dollar car la liaison avec l'or - dont la quantité est limitée - constituait une certaine garantie contre l'utilisation sans limite de la planche à billets. En 1973, les pays membre de l'OPEP - principaux producteurs de pétrole - provoquèrent une forte hausse du prix du pétrole en concluant un accord de cartel, probablement afin de compenser la perte de valeur de leurs immenses avoirs en dollars dépréciés (les "pétro-dollars"). Cela accentua encore l'inflation, et déclencha une récession économique mondiale qui multiplia le taux de chômage (cf. graphique : Belgique en bleu, OCDE en rouge).

Théorie VS réalité. On notera que la concomitance d'une faible croissance (généralement accompagnée d'un taux de chômage plus élevé) et d'une forte inflation - appelée stagflation - semble infirmer la réalité de la courbe de Phillips comme principe immuable ...

Prix de l'énergie et inflation. Le monde a connu deux explosions des cours pétroliers : durant les années 1970 et durant les années 2000 [graphique]. Les effets inflationnistes de la première crise se résorbèrent de 1981 à 1986 (le cours du pétrole baissa d'environ 50%), notamment grâce à l'exploitation de nouveaux champs pétroliers en Alaska et en Mer du Nord. Quant au choc pétrolier des années 2000 - probablement causé par le marché financier (spéculation) - il ne fut pas accompagné d'une nouvelle explosion de l'indice des prix à la consommation.

L'économie mondiale est devenue moins sensible aux fluctuations du prix du pétrole, cela pour plusieurs raisons :

  • la diversification énergétique avec le nucléaire et le gaz (les énergies renouvelables telles que l'éolien et le solaire sont encore très marginales en raison de contraintes de continuité et de stockage) ;
  • l'augmentation de l'efficacité énergétique (rapport entre produit intérieur brut et consommation d'énergie) : +25% entre les années 1970 et 2000 [source] en raison :
    • du progrès technologique ;
    • de l'augmentation de la part des services dans le PIB (l'intensité - inverse de l'efficacité - énergétique est six fois supérieur dans le secteur industriel).

L'inflation par les coûts s'est donc éteinte, et en outre l'inflation par la demande est dissipée par un taux de chômage qui reste élevé. Selon nous deux facteurs favorisant la persistance du chômage sont :

  • la politique économique d'inspiration néolibérale qui s'est propagée dans le monde entier depuis les années 1980, particulièrement en Europe ;
  • l'absence d'évolution des systèmes de sécurité sociale vers l'allocation universelle.

Depuis les années 1980 : "libéralisation"

Depuis les années 1980 l'idéologie libérale s'est imposée - ou fut imposée - comme unique modèle envisageable, ses théoriciens la présentant comme une "loi naturelle" de l'économie. Cette idéologie est en fait une stratégie de classe, dont trois éléments majeurs sont les privatisations, la transnationalisation et l'automatisation.

Privatisations

Trahis par des décideurs politiques de tous bords, les États sont dépecés par privatisation des entreprises publiques (poste, chemins de fer, banques publiques, ...) voire même des services publics (enseignement, soins de santé, sécurité sociale, justice, police, armée, ...), tous étant considérés comme privatisables et "nécessairement" mieux gérés par une entreprise privée.

Oligarchie. Le caractère anti-démocratique des privatisations est confirmé par une étude de Ernst & Young, montrant que sur l'ensemble de la planète les populations sont généralement satisfaites des entreprises publiques, et qu'elles les apprécient mieux que les entreprises privées [source].

Transnationalisation

D'autre part on observe un phénomène de transnationalisation des grandes entreprises privées, sous la forme de délocalisations et de fusions & acquisitions. Cette mondialisation profite d'une faiblesse du droit international dont la particularité, par rapport au droit national, est de ne pas être complété par des pouvoirs exécutif et législatif démocratiques (il n'existe pas d'État mondial, ni de Confédération mondiale).

De ces évolutions il résulte trois effets majeurs :

  • dumping social, fiscal et environnemental --> précarisation du travail, augmentation des dettes publiques, dégradation environnementale ;
  • évincement des petits commerces locaux par des grandes entreprises transnationales --> appauvrissement de nombreux petits entrepreneurs.
Automatisation

Les dix plus grande entreprises du monde en terme de capitalisation boursière - toutes technologiques (et états-uniennes ...) - sont cependant des nains en terme d'emplois. Ainsi les GAFA (Google, Amazon, Facebook et Apple) emploient à elles quatre moins de salariés que la seule société Volkswagen ! [source].

Dans un rapport publié en 2012 l'OCDE constate que « ces trois dernières décennies, la part du revenu national constituée des salaires et avantages accessoires au salaire – la part du travail – a diminué dans la quasi-totalité des pays de l’OCDE. (...) Cette baisse met en évidence le rôle de facteurs tels que la hausse de la productivité et l’accroissement de l’intensité capitalistique, l’intensification de la concurrence nationale et internationale, l’affaiblissement du pouvoir de négociation des travailleurs et l’évolution des institutions de la négociation collective. Le recul de la part du travail est allé de pair avec une augmentation des inégalités de revenu marchand, de nature à mettre en péril la cohésion sociale et à ralentir le rythme de la reprise en cours. L’augmentation des investissements dans l’éducation et un recours accru au système d’imposition et de prestations permettraient de réduire ces risques » [source].

Travail vs capital

Comprenons bien que le recul de la part du travail dans le revenu national est la contrepartie "mécanique" de la hausse des revenus du capital. Il en résulte logiquement la hausse des écarts de richesse au détriment de la majorité de la population, et au profit de cette infime minorité qui possède les principaux moyens de production.

Théorie de la destruction créatrice

Dans les années 1930 Schumpeter a proposé la théorie de la « destruction créatrice » attribuée à l'innovation technologique. Cette "théorie" - largement promotionnée par les organisations patronales ainsi que par les décideurs politiques qui leurs sont inféodés - affirme une évidence : l'innovation technologique détruit certes des emplois, mais elle en créé aussi de nouveaux.

Cependant la théorie "oublie" d'évoquer deux faits :

  • les personnes qui perdent leur emploi suite à une innovation technologique ne sont pas nécessairement celles qui trouvent un emploi grâce à cette même innovation, et cette non correspondance est d'autant plus importante que l'innovation requiert des compétences nouvelles - et généralement plus complexes - dont la maîtrise peut exiger plusieurs années de formation puis de pratique, de sorte que les nouveaux emplois sont accaparés par des individus plus jeunes dont la formation et l'expérience correspondent déjà au profil requis ;
  • les innovations qui permettent des investissements de rationalisation, c-à-d l'automatisation et la robotisation, sont généralement conçues dans le but précis de diminuer le recours à l'emploi, et non de l'augmenter !

Conclusion : l'innovation technologique, de plus en plus rapide, doit aller de pair avec un développement des systèmes de sécurité sociale et le partage du temps de travail.

PIB/hab et taux de chômage en France(source : FMI)

pib-par-hab-et-taux-de-chomage.png

Commentaire : corrélation négative à court terme, mais positive à long terme (NB : le PIB/hab est une mesure de productivité, et non pas de répartition de la richesse créée !).

La précarisation du salariat et/ou la persistance d'un chômage élevé sont donc des effets secondaires du progrès scientifique. Mais s'il y a précarisation n'est-ce pas surtout en raison de l'inadaptation des nos systèmes de sécurité sociale à un contexte économique et technologique qui évolue de plus en plus vite ? Celui-ci n'exige-t-il pas un changement de paradigme ?

La focalisation sur le thème du chômage - et des pensions - nous empêche de sortir d'un cadre conceptuel dépassé et d'adapter à l'évolution historique notre façon d'organiser la société humaine. Ainsi la tendance à long terme du PIB mondial par habitant - qui est exponentielle [source] - montre que le problème économique fondamental est l'insuffisante répartition des richesses produites [source] qui freine la réduction du temps de travail (et donc l'augmentation du temps libre), à revenu moyen constant. C'est pourquoi l'allocation universelle - telle que définie par nous - pourrait s'imposer comme l'adaptation nécessaire de nos systèmes de sécurité sociale au progrès scientifique.

Sans emploi : la condition de l'homme post-industrielle (12m10s - 2017)

La politique suicidaire de l'Union européenne

Un Traité européen conçu par et pour le lobby industriel

L'Union européenne fut imposée progressivement aux populations par la classe politique et des lobbies industriels, le tout sous la houlette de Washington [approfondir]. Ce projet oligarchique et atlantiste fut initié en 1957 par le traité de Rome, et concrétisé politiquement en 1992 par le traité de Maastricht. Sa dernière version (traité de Lisbonne) date de 2007. De façon générique on parle du "Traité sur le fonctionnement de l'Union européenne"(TFUE).

Dans un article publié par l'Association britannique du droit constitutionnel, Danny Nicol, professeur de droit public à l’université de Westminster montre que le biais idéologique du TFUE en faveur de l'idéologie libérale a pour effet de criminaliser toute politique collectiviste [traduction].

La politique économique de l'Union européenne est ainsi fondée sur trois axes :

  • politique commerciale anti-protectionniste (libre échange) : ouverture des marchés de biens/services, des capitaux et du travail, même entre économies très hétérogènes --> dumping social, fiscal et environnemental ;

    Le commerce international peut certes favoriser le développement économique, mais pour autant que certaines conditions soient respectées [approfondir].

  • politique monétaire centralisée (union monétaire : zone euro = 19 des 28 pays de l'UE [source]) et aux effets :
    • expansifs pour les plus riches, via le chantage systémique des banques pompant la masse monétaire dans la sphère financière ;
    • restrictifs pour le reste de la population, par contraction de la sphère réelle (--> chômage) induite par le pompage monétaire vers la sphère financière ;
  • politique budgétaire "décentralisée" et :
    • expansive pour les plus riches : privilèges fiscaux, privatisation d'entreprises publiques (qui plus est, à prix sous-évalués), ... ;
    • restrictive pour les plus pauvres : démantèlement des systèmes de sécurité sociale, baisse des emplois et investissements publics, perte pour l'État de dividendes désormais versés aux actionnaires des entreprises nationales privatisées, ...

Ces mesures de politique économique "libérale" conduisent logiquement à l'augmentation des écarts de richesse et déficits publics, à la désindustrialisation de la plupart des pays membres de l'UE et à la persistance d'un chômage élevé.

Le tableau ci-dessous montre que le taux de chômage de l'UE est le double de celui observé dans les trois pays européens non-membres de l'UE, confirmant ainsi l'effet négatif de l'UE sur l'emploi.

Taux de chômage harmonisés Source : OCDE
Islande3,6
Norvège4,6
Suisse4,7
UE (28 pays)9,0
Zone euro (19 pays)10,5

En outre le taux de la zone-euro est supérieur d'un point et demi à celui de l'ensemble de l'UE, ce qui confirme l'effet nuisible de l'union monétaire. La section suivante en expose les raisons.

Absurde union monétaire

La variation des taux de change agit comme stabilisateur automatique des déséquilibres extérieurs. En effet, toute autre chose étant égale, une balance commerciale excédentaire induit une appréciation de la monnaie nationale, ce qui diminue la compétitivité-prix des entreprises exportatrices. Le change flottant a ainsi pour effet que la croissance des pays avec un excédant de leur balance commerciale ne se fait pas au détriment des pays avec un déficit commercial, mais au contraire se propage vers ceux-ci.

Une union monétaire, cas de l'UE, empêche cette autorégulation. Ainsi alors que les pays du nord de l'Europe (surtout l'Allemagne) voient leur surplus extérieur s'améliorer constamment, les pays du sud de l'Union européenne - qui sont (logiquement) dans la situation inverse - n'ont plus la possibilité de dévaluer (ou laisser se déprécier) le taux de change de leur ancienne monnaie nationale pour relancer les exportations (et partant le reste de l'économie, pour autant que l'effet inflationniste du renchérissement des importations soit neutralisé). Il ne reste donc plus que l'option d'une "dévaluation interne", consistant à booster la compétitivité d'une économie en diminuant les prix domestiques. Cela peut se faire en réduisant la marge bénéficiaire des entreprises ainsi que le coût du travail. Les propriétaires des entreprises privées rejettent évidemment la première option et préfèrent réaliser l'intégralité de réduction des prix par celle des coûts du travail, via l'abaissement des salaires nets (mais cela déprime la demande intérieure ...) et/ou des cotisations salariales (mais cela accentue le déficit public ...). Force est de constater que grâce à leurs "relations privilégiées" avec les décideurs politiques, les lobbies industriels privés obtiennent gain de cause.

Économie mixte. On constate ici l'intérêt d'avoir une économie mixte composée de PME privées et de grandes entreprises publiques. Malheureusement l'idéologie "libérale" de l'Union européenne est fondée sur l'éradication des entreprises publiques [approfondir].

Par nature les monnaies doivent être flottantes. Dans notre article consacré à la monnaie nous avons montré pourquoi l'euro est une absurdité économique [voir]. Dans notre article consacré à la Confédération des États-nations nous avons montré que la véritable motivation d'une union monétaire est de nature politique [voir].

En l'absence de possibilité de dévaluation monétaire la dévaluation interne n'est donc qu'une "chute en avant", et d'autant plus grave que par ailleurs l'UE est incapable d'agir dans la sphère réelle car il n'existe pas d'impôt européen, donc pas de budget industriel et social. Et à supposer que ce fut le cas il resterait à surmonter les différences culturelles au sein d'une UE composée d'une trentaine de pays, et presque autant de langues.

De la non pertinence des unions monétaires (0m43s - 2017)

Extrait d'une conférence de Mario Telò, professeur de relations internationale et spécialiste de l'Union européenne, présentée à l'Académie royale de Belgique en 2017.

L'UE fait-elle sens ?

À supposer que l'UE surmonte tous ces obstacles on en arriverait à un État-nation géant, dirigé par une oligarchie encore plus éloignée de la masse des citoyens, et cultivant une conception conflictuelle (atlantiste) des relations internationales. Reconnaissons-le : l'Union européenne est un concept d'une époque révolue. Ce dont l'humanité a besoin c'est d'une Confédération mondiale composées de nombreux petits États-nations monolingues. La démocratie directe nous y conduira [approfondir].

Statistiques du chômage : suffisantes et crédibles ?

Salariat précarisé. Le taux de chômage peut-être trompeur car il ne dit rien d'une éventuelle précarisation du salariat (diminution du nombre d'emplois à temps plein en CDI, remplacés par le cumul d'emplois à temps partiel en CDD, généralement moins bien rémunérés, plus stressants et sans perspective de carrière). Ainsi en Allemagne la baisse du taux de chômage depuis les réformes Hartz du début des années 2000 s'est accompagnée d'une hausse du taux de pauvreté [graphique].

On ne s'étonnera donc pas que l'inflation demeure basse malgré la "diminution" du taux de chômage.

Chômage caché. La précarisation du salariat est généralement accompagnée par une augmentation du chômage caché, c-à-d non comptabilisé par les statistiques officielles :

  • soit parce que la définition officielle du chômage exclu les individus qui désirent travailler mais ne cherchent plus d'emploi car ils ne croient plus être en mesure d'en trouver un qui soit satisfaisant (généralement après une période de chômage de longue durée) ;
  • soit parce que la définition officielle du chômage exclu les individus n'ayant un emploi que quelques heures par mois, et cherchant pourtant d'autres emplois en raison d'un salaire horaire insuffisant.

Aux USA le taux incluant le chômage caché, telle que défini et mesuré par shadowstats.com, serait plus de quatre fois supérieur au taux de chômage officiel le plus publié : plus de 20% au lieu d'environ 5% ! [source].

Force est de constater que l'évolution des statistiques de chômage ne reflète pas l'explosion - depuis le début des années 2000 - du nombre des SDF visibles sur les trottoirs des grandes villes européennes et états-uniennes ... [graphique New-York].

L'imposture du plein emploi des autres pays (4m55s - 2016)

Article complémentaire :

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