Développement durable

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Màj : 20 sept. 2018

Facteur et moyens de production

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Avant d'aborder l'étude de ce phénomène dynamique qu'est la croissance économique il convient de définir ses agents et objets.

Fonction
de production

La théorie économique enseignée dans les universités reconnaît deux facteurs de production grâce auxquels les biens sont fabriqués et les services prestés : le capital (K) et le travail (L) :

Q = f ( K , L )    où Q représente la quantité produite, et f() la fonction de production.

Sans travail humain il ne peut y avoir production de valeurs [1]. D'autre part le travail – même seulement intellectuel – requiert de la matière première (notamment comme source d'énergie). Par conséquent la fonction de production doit être formulée de telle sorte que f (0) = 0 dès qu'au moins un des deux facteurs de production est nul : par exemple Q = A * Kα * L1-αA est une mesure de la productivité globale [approfondir], et que l'on peut exprimer en taux de croissance : dQ / Q = dg / g + α dL / L + (1 - α) dK / K.

Productivité. On peut alors mesurer la productivité de chacun des facteurs par Q(L , K) / L et Q(L ,K ) / K, leur productivité globale étant A = Q / Kα * L1-α.

Le capital
n'est pas
un facteur
de production

La supercherie fondant l'idéologie "libérale" du capitalisme fétichiste et prédateur – la théorie économique enseignée dans les universités – consiste donc à nier la distinction entre facteur et moyen de production : travail et capital seraient tout deux "facteurs" ou "moyens" de production, les deux termes étant interchangeables. Or en réalité seul le travail humain est facteur (c-à-d agent) de production, tandis que le capital n'est qu'un moyen (c-à-d objet) de production. Ainsi les moyens de productions (mêmes les robots qui fabriquent des robots) sont in fine produits par le travail humain, seul facteur de production, utilisant des moyens de production pour produire des biens et services de consommation ou de production.

Capital financier. Il convient en outre de distinguer capital non financier et capital financier : ce dernier est un titre de propriété pouvant être converti en d'autres formes de capital financier (actions, obligations, ...) ou en capital non financier (investissement productif). Dans les deux cas cette transformation requiert du travail humain (très peu dans le premier, beaucoup plus dans le second). Notons enfin que sa nature physique est aujourd'hui essentiellement virtuelle et, partant, sa valeur intrinsèque quasiment nulle (les métaux précieux ne constituent plus qu'une part infime de l'épargne). En particulier la monnaie, étant constituée de bits d'informations, peut être produite à coût quasiment nulle, sa seule contrainte quantitative étant le risque inflationniste.

Théorie "agent-objet de production"
Facteurs de production = Agents
  • Par leur travail physique et intellectuel – et à partir des ressources naturellesles humains produisent des biens & services de production, de consommation (sphère réelle) et d'allocation de ceux-ci entre les individus (sphère financière).

    Justice et solidarité : les ressources naturelles ne devraient-elles pas être également partagées entre les humains ?

Biens & services = Objets (physiques ou virtuels)
  1. de production (capital non-financier) :
    • ressources naturelles : minérales et organiques ;
    • bâtiments, machines, logiciels, bases de données, ...
    • capital intangible (essentiellement incorporé dans les hommes : éducation, santé, R&D).
  2. de consommation.
Sphère
réelle
  1. d'allocation des biens/services de la sphère réelle (capital financier) :

    • titres de propriété potentielle (droits d'achat) sur les moyens de production et les biens/services de consommation : monnaie et produits fin. dérivés ;
    • titres de propriété effective sur :
      • de la monnaie : obligations et produits fin. dérivés ;
      • des moyens de production : actions et produits fin. dérivés.
Sphère
financière

L'opinion publique associe généralement le capital financier à l'activité dite "d'investissement". Or il y a deux types d'investissements :

  • investissements productifs : le financement d'activités productives et socialement utiles;
  • investissements financiers : le simple achat d'actifs (financier ou non) pour percevoir des intérêts (obligations) ou dividendes (actions), et des plus-values (obligations, actions, devises, biens réels, produits financier complexes).

L'investissement productif requiert nécessairement du travail, tandis que l'investissement financier n'est que l'appropriation de biens ou de revenus, qui proviennent nécessairement du travail fourni par les investissements productifs (P.S. La spéculation n'est qu'un pari se soldant par un transfert de richesse, du perdant vers le gagnant. Ainsi dans le chantage systémique du "too big to fail" les banque sont toujours gagnantes, ainsi que les décideurs politiques qu'elles achètent, tandis que les contribuables sont toujours perdants).

Le capital comme instrument de prédation

Capital
financier

Le piège des emprunts à l'étranger. Pour acheter des produits que l'économie nationale ne produit pas ou pas assez (haute technologie, matières premières, ...) un État doit payer soit dans la devise du pays où il achète ces biens, soit dans la devise d'un pays dont la monnaie est acceptée par des entreprises partout dans le monde (généralement le dollar US). Pour se procurer des devises étrangères un pays doit de préférence être exportateur net de biens/services, et dans le cas contraire (importateur net) il doit alors se résigner à emprunter des devises ... et donc à payer des intérêts. Mais comment va-t-il payer ces intérêts s'il demeure importateur net ? Réponse : par de nouveaux emprunts !

Intérêts composés. Normalement la croissance de la charge d'intérêt annuelle augmente linéairement. Mais lorsque celle-ci est chaque fois ajoutée au principal (on parle alors d'intérêts composés) la croissance de la charge devient exponentielle, de sorte que la charge d'intérêt devient rapidement supérieure au principal ! Beaucoup de pays africains ont été asservis de cette manière (parfois même avec la complicité de leurs dirigeants) car le remboursement d'intérêts composés exige que le PIB du pays emprunteur connaisse également une croissance exponentielle !

FMI et privatisations. C'est là qu'intervient Le FMI, créé à la fin de la seconde guerre mondiale à l'initiative du gouvernement US. Le FMI accorde des prêts en dollars aux États qui en font la demande, mais en échange il impose aux gouvernements emprunteurs d'appliquer à leur économie un programme dit « plan d'ajustements structurels ». Ce programme fondé sur l'idéologie "libérale" consiste notamment dans la privatisation des biens nationaux et des services publics, et qui plus est, à des prix systématiquement (très) sous-évalués, au bénéfice des grandes sociétés privées (souvent sous contrôle US) qui achètent ces entreprises publiques étrangères pour les exploiter à leur profit.

Cette situation est extrêmement perverse car l'appareil d'État US (gouvernement + grandes sociétés) a donc intérêt :

  • à corrompre les gouvernements étrangers afin que ceux-ci "fassent ce qu'il faut" pour que l'État qu'ils gouvernent soit amené à emprunter au FMI [2] ;
  • à saboter les tentatives de création d'une monnaie spécifiquement internationale et pouvant être prêtée aux États sans intérêts.

"Cadeaux" intéressés. Lorsque les prêts se transforment éventuellement en dons (annulation de dette), c'est généralement en échange d'une accentuation des plans d'ajustement. En outre il demeure que les devises octroyées (en l'occurrence du dollar) ne peuvent de toute façon être utilisées que pour acheter soit des produits US, soit sur le marché international, ce qui permet d'asseoir le dollar comme devise internationale. Le fait que la devise internationale soit une devise nationale (le dollar US) plutôt qu'une devise spécifiquement créée à cet effet introduit un biais favorisant grandement l'État et les entreprises US qui n'ont jamais besoin de se procurer de devise étrangère pour acheter à l'étranger : il leur suffit de payer en dollars !

Capital
non financier

Double exploitation. Les pays développés investissent du capital non financier dans les pays en développement, qui eux exportent des travailleurs (et des matières premières) vers les pays développés, phénomène que la dialectique libérale décrit comme un "échange de facteurs de production". Or nous avons montré plus haut que le capital n'est pas facteur/agent de production mais seulement moyen/objet de production, et aussi titre de propriété (sauf les dons). Seul le travail humain est facteur/agent de production.

Par conséquent « exporter du capital » signifie en réalité « prendre possession de ». Le prétendu "échange" de capital contre de la main d'oeuvre est donc en fait une double exploitation, les pays riches prenant le contrôle des ressources naturelles des pays pauvres (avec la complicité de dirigeants indigènes), qui en outre perdent leurs facteurs de production (c-à-d les humains, surtout les plus jeunes ou les plus qualifiés) au profit des pays riches, ou du moins de leur classe dirigeante car la masse des salariés subit quant à elle la concurrence de cette main d'œuvre étrangère bon marché.

Autonomie. Enfin les éventuels revenus envoyés par les travailleurs immigrés à leur famille restée au pays ne compensent pas la perte de facteurs de production que sont les travailleurs émigrés, ni le rapatriement des plantureux dividendes engrangés par les propriétaires des entreprises étrangères. Le meilleur développement est donc celui qui est réalisé par les populations indigènes elles-mêmes, en commençant par installer des institutions politiques, administratives, judiciaires et scientifiques efficaces c-à-d adaptées à leur culture (ce que, par nature, elles seules sont en mesure de faire). Autrement dit, les entreprises occidentales et chinoises qui investissent en Afrique participent moins au développement de ce continent qu'à leur propre enrichissement.

Revenu
national
et PIB

Revenu national. Toute la problématique développée dans cet encadré illustre parfaitement la différence entre revenu national et PIB : le revenu national c'est le PIB plus les revenus net perçus à l'étranger (1% en France 2010) moins la dépréciation du capital (14% en France 2010) [source p. 19]. Ainsi si le revenu national français vaut 87% du PIB (100+1-14), il vaut probablement beaucoup moins en Afrique car une part importante du capital productif est détenue par des entreprises étrangères (surtout européennes et chinoises).

PIB. D'autre part comprenons bien que l'augmentation du PIB par habitant (qui n'est qu'une moyenne) peut aller de pair avec l'appauvrissement d'une majorité de la population, au profit d'une minorité s'accaparant une part croissante des richesses (dont les décideurs politiques corrompus).

Comprendre les chaînes de valeur mondiales (4m54s, 2015)

Ces notions étant clarifiées nous pouvons maintenant aborder le mode opératoire de la croissance économique, et plus particulièrement la dynamique par laquelle le travail humain (seul facteur de production ) développe l'économie au moyen du capital matériel et immatériel (les moyens de production).

Dynamique de la fonction de production

De nombreux travaux empiriques suggèrent que les principaux déterminants du développement économique sont la formation, la R&D et les investissements :

  1. Facteurs de production : la formation des travailleurs.
  2. Moyens de production :
    • les investissements en capacités de production de biens/services ;
    • les innovations techniques (R&D) qui améliorent le fonctionnement des biens/services de production et de consommation.

Droits de propriété intellectuelle

Les droits de propriété intellectuelle sont supposés favoriser la R&D en garantissant aux inventeurs la possibilité de s'enrichir (après avoir récupéré les investissements). Cependant ces droits ont également pour effets (i) de ralentir la propagation des innovations dans le temps et l'espace, et (ii) d'en augmenter le prix pour la collectivité. . Il est donc primordial que l'État participe également à la R&D et mette ses découvertes et innovations dans le domaine public [exemple]. Mais les lobbies industriels privés n'y sont pas favorables car cela représente autant d'opportunités de profits qui disparaissent au bénéfice de la collectivité (PS : on peut comparer la R&D à la conquête du Far-West : les premiers arrivés sur un nouveau territoire en deviennent propriétaires).

Rétroaction

Entre ces trois déterminants du développement il existe un effet de boucle de rétroaction dans la circulation des informations :

  • formation --> R&D --> investissements ;
  • investissements --> R&D --> formation ;

Cette boucle rétroactive induit un effet multiplicateur, illustré par la croissance exponentielle du PIB par habitant sur le long terme [source].

Dépenses en R&D en % du PIB (33 pays - 2011) Source : OCDE
Les 10 plus hauts Les 10 plus bas
Israël 4,34 Portugal 1,59
Finlande 3,90 Tchéquie 1,55
Corée 3,74 Espagne 1,39
Suède 3,39 Italie 1,26
Japon 3,26 Hongrie 1,17
Danemark 3,07 Turquie 0,84
États-unis 2,83 Pologne 0,74
Allemagne 2,80 Slovaquie 0,63
Autriche 2,79 Grèce 0,5 (2008)
France 2,24 Chili 0,42
Rôle du cadre
institutionnel

En réalité les investissements sont plutôt expression que déterminant du développement. Cependant est clairement déterminant le choix des investissements auxquels seront allouées les ressources disponibles. La nature plus ou moins démocratique du système de gouvernance est donc aussi déterminante, aussi bien au niveau du pouvoir exécutif que législatif et judiciaire.

Quantitatif
vs qualitatif

Le développement économique peut se mesurer en termes quantitatif et qualitatifs :

  • quantitatifs : un nombre croissant de besoins sont satisfaits par de nouveaux produits/services (diversification) ;
  • qualitatifs : le coût de production et d'utilisation des biens/services (quantité de travail, consommation énergétique, impact environnemental et psychique, ... ) baisse grâce à une meilleure efficacité des systèmes de production et d'utilisation (gains de productivité).

Or en l'absence de gains de productivité la croissance quantitative par individu ne peut se réaliser que par une augmentation du temps de travail. Autrement dit : à production constante la croissance qualitative signifie diminution du temps de travail (sans perte de revenu), grâce à l'augmentation de la productivité du travail humain.

Il en résulte que le développement durable requiert nécessairement que les gains de productivité soient essentiellement convertis en diminution du temps de travail. Or cela est d'autant plus difficile à réaliser que les gains de productivité sont accaparés par les propriétaires des principaux moyens de production, comme en témoigne l'augmentation des écarts de richesse. Le développement durable requiert donc également la nationalisation systématique des grandes sociétés (moins de 1% de toutes les entreprises, mais toute de même un tiers de l'emploi total).

Croissance vs
développement

On obtient ainsi un critère objectif permettant de différencier les concepts de croissance économique et de développement durable :

  • la croissance économique privilégie le quantitatif sur le qualitatif (cf. les stratégies d'obsolescence programmée), et est fondée sur la maximisation du profit privé ;
  • le développement durable privilégie le qualitatif sur le quantitatif, et est fondé sur le partage des pouvoirs financier et politique.

Comprendre l'impact des gains de productivité sur l'économie (2015, 3m18s)

Mesures de la croissance

Nous allons d'abord évoquer la mesure de la croissance sous ses aspects quantitatifs. Ensuite nous passerons aux aspects qualitatifs, qui sont malheureusement beaucoup moins pris en considération par la classe politique et les journalistes.

Mesure quantitative de la croissance

Le Produit Intérieur Brut (PIB) mesure la quantité de biens et services produits durant une période déterminée (généralement une année ou un trimestre).

Le taux de croissance du PIB mesure la variation du PIB entre deux périodes. Nombreux sont les chefs d'entreprises, politiciens et journalistes qui, lorsque ce taux diminue, parlent de ralentissement économique même si le volume de production n'a pas diminué par rapport à l'année précédente !

Effet d'échelle

Supposons que le PIB/hab était de 100 en période 1, puis 105 en période 2 et enfin 110 en période 3 (soit une croissance en volume constante, de 5 entre chaque période). Dans ce cas le taux de croissance est de 5 / 100 = 5 % entre 1 et 2, puis de 5 / 105 = 4.8 % entre 2 et 3. Il y a donc certes diminution du taux de croissance, mais le volume produit par habitant n'a pas baissé !

Autre exemple. Supposons que début 1950 le PIB était de 1000 unités et le taux de croissance de 5% cette année là. Donc 0.05x1000=50 furent produites en plus que l'année précédente. Supposons maintenant que début 2000 le PIB était de 5000 unités mais le taux de croissance de seulement 2% cette année là. Donc 0.02x5000=100 furent produites en plus que l'année précédente, soit deux fois plus qu'en 1950 !

Il y a-t-il crise
économique ?

Le graphique ci-dessous illustre parfaitement la propension des politiciens et journalistes à évoquer perpétuellement un "crise économique", "justifiant" ainsi une perpétuelle modération salariale, ce qui permet aux propriétaires des moyens de production d'accaparer une partie considérable des gains de productivité.

Taux de croissance du PIB en France[année de base : 2005 - source]

Taux de croissance du PIB en France

Pourtant si l'on regarde l'évolution du PIB par habitant (certes à plus long terme) on obtient une image totalement différente, et qui révèle que le véritable problème est moins les supposées "crises économiques" que le partage insuffisant des richesses produites (NB : le PIB/hab indique la part de la production qui serait allouée à chacun si celle-ci était également partagée entre tous les citoyens)..

PIB mondial par habitant[source]

Taux de croissance du PIB mondial par habitant

Mesure qualitative de la croissance

Le PIB est un indicateur très imparfait de l'adéquation, efficacité et répartition des richesses produites.

Les biens et services produits correspondent-ils à la demande et aux besoins réels des citoyens ? (armes, jeux vidéo, publicité, ...). Ne sur-pondère-t-il pas le technologisme ?

Quant au PIB/hab il n'indique que la part de richesse produite qui serait allouée à chacun si celle-ci était également partagée entre tous les citoyens, de sorte que ce ratio n'est un indicateur que de la répartition potentielle, et non effective des richesses.

Il existe des indicateurs alternatifs tels que le HPI ou l'IDH :

  • Le « HPI » (Happy Planet Index, en français : "Indice de la Planète Heureuse") est un indicateur économique alternatif. Il classe 178 pays d'après 3 indicateurs : l’empreinte écologique, l’espérance de vie et le degré de bonheur des populations. Le classement des pays selon cet indicateur est très différent de celui obtenu sur base du PIB/habitant.
  • L'IDHI (Indicateur de Développement Humain ajusté aux Inégalités) est une mesure du développement humain prenant compte des inégalités dans la distribution de la santé, de l’éducation et du revenu.

Le meilleur indicateur de performance économique à ce jour est selon nous un graphique indiquant pour chaque pays la performance relative de l'IDH par rapport aux ressources utilisées (que nous appelons IDHD pour "indice de développement humain et durable"). C'est précisément ce que fait le graphique ci-dessous, réalisé à partir des données du PNUD (2013) : l'axe vertical mesure l'IDH, tandis que l'axe horizontal mesure les ressources utilisées ("empreinte écologique"), à savoir « les surfaces de terres et d'eau (en hectares par personne), biologiquement productives, nécessaires pour (i) produire les ressources qu´un individu, une population ou une activité consomme, et (ii) pour absorber les déchets générés, compte tenu des techniques et de la gestion des ressources en vigueur » [source].

IDH-vs-PIB.png

Pour agrandir, Cliquez-droit sur l'image > Afficher l'image.
Source : Investig'Action et Wikipedia

Lecture du graphique. Ce classement graphique des pays illustre le fait que ceux-ci devraient viser à maximiser l'IDH (progresser vers le haut de l'axe vertical) tout en minimisant l'utilisation des ressources (progresser vers la gauche de l'axe horizontal). Il ressort de ce classement que le champion toutes catégories est ... Cuba (en haut à gauche dans le graphique). En effet, parmi les pays ne dépassant la biocapacité de notre planète (2,1 hectares par personne - axe horizontal) Cuba est le pays avec le plus haut indice IDHD !

Le niveau de consommation des cubains (à ne pas confondre avec le niveau de qualité de vie !) est certes inférieur au nôtre, mais les soins de santé et l'enseignement y sont totalement gratuits. En outre le temps de travail y est inférieur, et l'environnement nettement mieux préservé.

Le fait que Cuba est l'économie la plus performante au regard de cet indicateur confirme notre thèse selon laquelle le développement durable requiert de maintenir les écarts de richesse en deçà d'une certaine limite, en intensifiant la redistribution des richesses produites par la société [approfondir].

Embargo contre Cuba. N'oublions pas que Cuba subit depuis 1962 (!) un embargo économique de la part du gouvernement US [source]. Par conséquent en l'absence de cet embargo les performances économiques de Cuba seraient bien plus élevées ...

Coûts et bénéfices

Minimiser
les coûts

Le prix des biens & services est composé des coûts de production et d'un bénéfice par unité de vente :

  • prix = coûts de production + bénéfice net
  • coûts de production : matières premières, produits et services intermédiaires, machines & bâtiments (amortissements et investissements), salaires, formation, R&D, frais divers, coût des emprunts, impôts et taxes, ...

Le coût de production est une notion relative. Par exemple le salaire est un coût pour l'employeur (NB : une personne morale) mais un revenu pour le salarié (NB : une personne physique). De même les produits et services intermédiaires constituent le chiffre d'affaire des fournisseurs. À ces points de vue individuels il faut ajouter le point de vue collectif : les impôts permettent de financer des services publics (police, justice, voirie, traitement des déchets, sécurité sociale, ...) ; la pollution de l'environnement par les véhicules et les usines constitue un coût pour la société ; etc.

Alors, est-ce toujours une bonne chose que de minimiser les coûts ? Oui, notamment pour des raisons écologiques. Il s'agit de minimiser les pertes, toutes les pertes. Et pour ces mêmes raisons, il importe également de minimiser les bénéfices !

Minimiser
les bénéfices

Dans les économies les plus avancées les grandes entreprises tendent (i) à délocaliser certaines de leurs activités vers des pays à bas salaires (désindustrialisation) et (ii) à automatiser celles subsistant sur le territoire national. Il en résulte une baisse de la demande de travail par les entreprises [3] et donc une pression à la baisse de son prix (les salaires). Et si le prix du travail baisse relativement au niveau général des prix il en résulte que le revenu réel des salariés diminue.

Une réponse efficace à ces problèmes consisterait en la création d'entreprises publiques dans des secteurs d'innovation dans lesquels les pays à bas salaires n'ont pas de compétences. Cela requiert un système d'enseignement et recherche efficace, ainsi qu'un système de sécurité sociale intelligent (en l'occurrence l'allocation universelle du modèle synthétique) pour aider les salariés dont les compétences acquises durant leur carrière n'ont plus de valeur.

Obsolescence technologique. Le progrès et les modes technologiques évoluent tellement vite qu'une formation acquise pendant cinq années à temps plein peut devenir quasiment obsolète après une dizaine d'années. Or le temps de travail ne diminue pas suffisamment pour que la formation permanente puisse compenser intégralement ce phénomène ...

Problématique énergétique

Typologie

La problématique énergétique repose sur au moins quatre facteurs :

  1. extraction & production ;
  2. stockage ;
  3. distribution ;
  4. consommation.

Niveau de développement. Nous verrons que la problématique énergétique varie considérablement selon que l'on considère le cas des pays développés ou celui des pays en développement.

En amont l'extraction/production concerne les énergies primaires (c-à-d telles qu'on les trouve dans la nature), et en aval nous consommons des énergies finales (c-à-d qui ont une composition/forme utilisable). Cette distinction est fondamentale car en raison du second principe de la thermodynamique ("la transformation de l'énergie dégrade l'énergie") la quantité d'énergie finale disponible est nécessairement inférieure à la quantité d'énergie primaire correspondante [approfondir].

Les diverses sources d'énergie se distinguent par un profil spécifique dans la combinaison des quatre facteurs mentionnés plus haut. Ainsi chaque source d'énergie peut être caractérisée par un taux de retour énergétique (TRE), qui mesure l’autoconsommation du processus de transformation d’énergie primaire à finale.

Ainsi il apparaît que les énergies renouvelables ont un TRE faible, ce qui ne facilite pas la transition énergétique vers ces énergies considérées comme "vertes".

Evolution

L'évolution de la problématique énergétique au cours des dernières décennies est caractérisée par trois grandes tendances :

  • le remplacement du charbon par le nucléaire dans les pays développés ;
  • la diversification des sources d'énergie :
    • biomasses : essentiellement le bois, encore très utilisé comme source d'énergie dans les pays en développement ;
    • fossiles : pétrole, gaz, charbon ;
    • nucléaires : fission, la fusion contrôlée étant encore au stade de R&D ;
    • renouvelables : hydro-électrique, éolien, solaire (ces deux dernières étant encore très marginales en raison de contraintes liées à la nature intermittente et éparpillée de leur production) ;
  • l'augmentation de l'efficacité énergétique (rapport entre produit intérieur brut et consommation d'énergie) : +25% entre les années 1970 et 2000 [source] en raison :
    • du progrès technologique ;
    • de l'augmentation de la part des services dans le PIB (l'intensité énergétique est six fois supérieur dans le secteur industriel).

Malgré l'augmentation de l'efficacité énergétique (inverse de l'intensité) la consommation globale d'énergie continue de croître (PS : depuis 2005 on observe cependant en Europe une tendance baissière, probablement due à la crise économique - source).

En outre il convient de distinguer pays développés et en développement. Dans ces derniers la part du charbon et des biomasses est encore prépondérante.

Composition énergétique

Le tableau ci-dessous montre que, au niveau mondial, notre consommation d'énergie est composée à 78% d'énergies fossiles (pétrole, gaz et charbon), qui sont très polluantes parce que leur combustion émet du CO2. Les énergies renouvelables (17% : vent, soleil, courants d'eau, ...) n'émettent pas de CO2 mais leur éparpillement modifie le paysage, et surtout leur rythme de production naturelle est irrégulier et difficilement prévisible ce qui requiert une augmentation (i) des capacités d'importation à partir de régions en surplus temporaires, (ii) des capacités de stockage et (iii) des infrastructures de gestion des surtensions et surcharges. Enfin l'énergie nucléaire (5%) n'émet pas non plus de CO2, tout en étant la plus efficace en termes de régularité de la production. Cependant la technologie actuelle (la fission nucléaire) est caractérisée par un profil statistique de risque non linéaire : peu polluante si pas d'accident dans les lieux de production et de stockage des déchets, mais très polluante en cas d'accident (quoique le cas de Tchernobyl suggère que les capacités de résilience de la faune et de la flore suite à une radiation massive sont sous-estimées).

Privatisation. La privatisation du secteur énergétique n'a-t-elle pas accru le risque nucléaire ? En effet l'objectif premier des entreprises privées étant la maximisation du profit celles-ci n'ont-elles pas tendance à sous-investir dans la maintenance des infrastructures [exemple] ?

Parts des énergies primaire s à l’échelle mondiale en 2010
[Source : academieroyale.be]

Réserves de pétrole

Production française en énergie primaire par nature de source
[source]

mix-energetique-france

Politique énergétique

Sortir du
nucléaire ?

Dans les pays les plus développés l'énergie nucléaire est largement majoritaire. Cependant, suite aux accidents de Three Mile Island (1979), Tchernobyl (1986), et Fukushima (2011), une partie importante (majoritaire ?) de la population souhaite renoncer totalement à cette énergie, ce qui pose évidemment la question de la transition énergétique. On peut résumer cette problématique en trois points essentiels : (i) il n'existe pas immédiatement d'infrastructure pour fournir une offre alternative d'énergie ; (ii) par conséquent la sortie immédiate du nucléaire exigerait nécessairement un forte diminution de la consommation en attendant que l'infrastructure soit adaptée [source] ; (iii) or il apparaît que même les partisans de la sortie du nucléaire ne sont pas disposés à modifier drastiquement leur mode de vie [exemple].

Stratégie. Cette résistance populaire à réduire son niveau de vie conduit les professionnels des énergies dites "vertes" (fabricants d'éoliennes et de panneaux solaires, ONG et partis écologistes, ...) à appliquer des stratégies populistes. Ainsi il est frappant de constater que les cadres des ONG et partis écologistes prônent la sortie immédiate du nucléaire tout en évitant de trop s'impliquer dans la complexe problématique de la transition énergétique ("comment sortir efficacement du nucléaire"). C'est que, dès que l'on rentre en détail dans cette problématique, on est confronté à des arbitrages dont aucune solution n'est complètement satisfaisante en raison de la résistance de la population à modifier son mode de vie. Un des ces arbitrages est que l'on est amené – et cela pour une période difficile à prévoir – à remplacer le risque nucléaire par une plus grande pollution car les technologies dites vertes ne sont pas encore suffisamment efficaces (irrégularité de la production éolienne et solaire --> besoin de technologies de stockage massif ... pas encore développées). On se retrouve ainsi dans une situation absurde où les ONG et partis écologistes évitent de répondre sérieusement à la question essentielle ("comment sortir efficacement du nucléaire"), ce qui a pour effet de ... bloquer la sortie effective du nucléaire même dans les pays ayant théoriquement renoncé à cette forme d'énergie !

  • Démocratie. On voit ici clairement l'effet pervers de la démocratie dite "représentative", dont les partis politiques et "ONG" subsidiées constituent des institutions centrales. La démocratie directe constituerait-elle une solution durable en nous confrontant aux effets de notre mode de vie ?
  • Riches vs pauvres. En raison de la résistance à la diminution du niveau de vie, la transition énergétique se traduira par une hausse du prix de l'énergie, ce qui touchera surtout les plus pauvres, dont la facture d'électricité ponctionne une portion plus importante du revenu.

Le progrès technologique apportera des solutions nouvelles. Mais peut-être pas celles qu'on imagine ...

Énergies vertes et
réseau électrique
mondial

La problématique, évoquée plus haut, de l'intermittence de la disponibilité des énergies vertes pourrait être résolue par le développement d'un réseau mondial de distribution d'électricité [approfondir].

Les partisans de la transition énergétique (TE) vers les énergies renouvelables affirment même que l'amélioration de l'efficacité énergétique des processus de production rendrait possible une croissance économique plus rapide que l’augmentation de la consommation d’énergie primaire (principe de "découplage relatif"), voire même avec une diminution de la consommation d’énergie primaire ("découplage absolu"). Le problème c'est que nous avons déjà atteint le maximum possible dans de nombreux secteurs : ainsi les éoliennes modernes ont atteint la limite physique de conversion imposée par la loi de Betz. Les études empiriques suggèrent d'ailleurs une forte corrélation entre croissance économique et consommation énergétique, ainsi qu'un faible découplage relatif.

Et ce n'est pas tout : il apparaît en outre que le taux de retour énergétique de l'éolien et du solaire est généralement plus faible que celui des combustibles fossiles, notamment en raison des infrastructures décentralisées inhérentes à ces énergies renouvelables [source].

Ainsi les premier et second principes de la thermodynamique ont pour effet que la transition énergétique vers les énergies renouvelables ne pourra se faire sans une modification drastique de notre mode de vie, et pourrait même exiger une diminution de notre niveau de vie. Or nous avons vu, que au delà des intentions déclarées, même les "écolos" ne sont pas disposés à le faire. La publicité, dont la TV est le principal vecteur, n'y est certainement pas étrangère.

De la fission à la
fusion nucléaire ?

La fusion nucléaire (actuellement au stade de R&D) est moins polluante et risquée que la technologie de fission appliquée dans nos centrales : pas de déchets radioactifs de haute activité à vie longue, pas de risque de fusion du cœur. En outre elle constituerait une source d'énergie quasiment illimitée [source].

La libération d'énergie par la fusion nucléaire est maîtrisée depuis 1952 (bombe H). On est donc aujourd'hui capable de déclencher une fusion nucléaire, mais pas encore de contrôler la réaction, ce qui permettrait d'utiliser la fusion comme source d'énergie pour construire plutôt que pour détruire. Le projet ITER est actuellement le plus avancé en matière de R&D sur la fusion nucléaire contrôlée, mais on n'est pas encore capable de libérer plus d'énergie sous contrôle qu'on en "consomme" pour ce faire ...

Mais une source d'énergie à faibles contraintes (économiques, écologiques, techniques) serait-elle un bonne chose pour l'humanité, si cela se traduit par une dégradation de nos conditions de vie (dont l'environnement) suite aux activités permises par l'absence de contrainte énergétique ? Ainsi selon le physicien François Roddier « en tant qu’êtres vivants nous sommes adaptés à un flux limité d’énergie, celui de l’énergie solaire, pas à un flux capable de croître indéfiniment » [source]. Se basant sur le second principe de la thermodynamique, qui stipule l'on ne peut durablement produire du travail mécanique que par des cycles fermés de transformations extrayant de la chaleur d’une source chaude pour en rendre une partie à une source froide, Roddier en déduit que seule l'énergie solaire devrait être utilisée : « elle est notre source chaude à 6000°K. Notre source froide est le ciel nocturne à 3°K. Elle implique que nous prenions soin de la couche d’ozone qui nous en sépare » [source, pour approfondir voire l'article "Travail, valeur et éthique"].

La question
du CO2

François Gervais, qui s'est porté volontaire pour être examinateur du rapport AR5 du GIEC, conteste la conception univoque et réductrice qui fait du gaz carbonique le responsable de tous les maux en matière de climat, et dénonce les exagérations alarmistes [conférence, interview]. À l'instar de l'astrophysicien Nir Shaviv, un nombre croissant de scientifiques pensent que la cause déterminante du réchauffement climatique n'est pas l'activité humaine mais l'activité solaire [source]. Dans l'affirmative se pourrait-il alors que la gestion des effets du réchauffement climatique requiert de dépenser plus d'énergie, et non pas moins ... ?

Énergie : le tout renouvelable est-il possible ? (2017 - 4m24s)

La croissance, c’est avant tout de l’énergie (2016 - 6m10s)

Pourquoi la croissance ?

L'idéologie "libérale" de maximisation du profit, conduisant au "toujours plus", est-elle pertinente ? Certains faits suggèrent que non. Par exemple il semble exister une taille optimale des organismes biologiques [exemple] et sociaux, qui est fonction des propriétés physico-chimiques de notre planète, ainsi que des cycles saisonnier et journalier. Selon l'éconophysique, approche thermodynamique de l'économie, plus on s'écarte de ces valeurs naturelles plus le retour à la normale est brusque et de grande ampleur, et donc perturbant pour les organismes concernés (certaines espèces ou sociétés pouvant même disparaître).

Mais alors qu'en est-il de la croissance économique, est-elle aussi vouée à s'arrêter ? Tout dépend de ce que l'on considère comme de la valeur économique, et en particulier des parts relatives de valeurs matérielles et immatérielles. Ainsi la théorie relative de la monnaie suggère qu'il existerait un taux de "croissance naturelle" de la masse monétaire, correspondant à un partage égal et gratuit de la création monétaire entre les personnes physiques

Thermodynamique

Depuis les travaux d'Alfred Lotka et Ilya Prigogine au siècle passé on sait que les structures dissipatives tendent à maximiser les flux d'énergie qui les traverse. Les physiciens énoncent cette loi sous la forme d’un troisième principe de la thermodynamique appelé principe d'entropie maximale [approfondir : "Travail, valeur et éthique"]. Selon le physicien François Roddier « la vie elle-même est un processus de dissipation d’énergie. Nous sommes faits pour dissiper l’énergie. Dès qu’une source d’énergie apparaît, nous nous précipitons vers elle comme les insectes vers la lumière à laquelle ils se brûlent » [source].

Développement non-durable. Ce troisième principe de la thermodynamique serait à la base d'une propension des structures dissipatives à s’auto-organiser en mémorisant de l’information sur leur environnement. Selon Roddier « plus une structure dissipative mémorise d’information, plus elle dissipe d’énergie. Mais plus vite elle dissipe de l’énergie, plus vite elle modifie son environnement, de sorte que l’information qu’elle mémorise devient assez vite obsolète. La structure dissipative a alors de plus en plus de mal à dissiper l’énergie. Pour pouvoir continuer à dissiper de l’énergie, une structure dissipative doit se restructurer. Elle a atteint un point dit critique à partir duquel l’information mémorisée se restructure constamment suivant un mécanisme d’avalanches » [source].

Pour illustrer son propos Roddier compare l’entropie à de la poussière. « Celle-ci tend à s’accumuler sur place. Une structure dissipative est comme une ménagère qui balaie la poussière de sa maison pour l’envoyer vers l’extérieur. Le problème est que la poussière va chez le voisin. C’est ce qui se passe dans une société de compétition. La sélection naturelle favorise celui qui dissipe le plus d’énergie, c’est-à-dire celui qui balaie le plus vite. Il finit rapidement par l’emporter en polluant tous les autres, d’où une montée rapide des inégalités » [source].

Ainsi « les hommes s’unissent pour former des sociétés à l’intérieur desquelles chacun coopère pour balayer ensemble l’entropie à l’extérieur de la société. C’est alors la société qui balaie le plus vite qui l’emporte sur les autres sociétés jusqu’au moment où c’est toute la planète qui est polluée. Il ne reste plus alors à l’humanité qu’à s’unir pour envoyer de concert l’entropie vers l’espace » ... [source].

Régulation. D'autre part, comme tout moteur thermique, l'écosystème, les organismes vivants et la société humaine sont fondamentalement instables et ne perdurent que grâce à des mécanismes de régulation (régulation de la machine à vapeur de Watt au moyen d'un régulateur à boule, régulation de notre consommation de glucose par le pancréas, de notre alimentation par l'effet de satiété, ...). Dans le cas de la société humaine il est flagrant que le conditionnement publicitaire et l'obsolescence programmée doivent être neutralisés par des instruments régulateurs (lois, sanctions juridiques, ...).

Stationnarité optimale

Ce GIF animé montre en cycle les interprétations physique, biologique et économique [source].

Stationnarité optimale. Selon l'ingénieur-chimiste Robert Ulanowicz plus la quantité d’information qu'elle mémorise est grande, mieux une structure dissipative s’adapte à son environnement, mais plus elle doit modifier d’information pour rester adaptée, donc plus elle dissipe d’énergie. Il arrive un moment ou la fraction de mémoire disponible devient insuffisante, de sorte que les capacités d’adaptation de la structure n’augmentent plus et même diminuent. Il existerait une valeur de la fraction de mémoire utilisée (α) pour laquelle la capacité d’adaptation est optimale. Ulanowicz définit la robustesse R d’un écosystème comme étant sa capacité à s’adapter aux changements. Il montre que R doit être de la forme R = -α.log(α). La robustesse est nulle pour α = 0 et pour α = 1. Elle est maximale et égale à 1 pour α = 1/e où e est la base des logarithmes népériens (e = 2,718) [source].

Prolongeant la réflexion d'Ulanowicz, Bernard Lietaer associe la valeur α au rapport Capital/Revenus. 1/α est donc le patrimoine exprimé en années de revenu. On peut donc en déduire que le capitalisme serait optimal tant que le patrimoine demeure autour d'une valeur représentant 2,718 années de revenus. Or les travaux de Thomas Piketty confirment que cette valeur était justement vérifiée durant les "trente glorieuses" [source p.70-71].

Capitalisme

Nous sommes conditionnés à penser que pour survivre l'économie mondiale doit croître quantitativement. Or rien n'est plus faux. Nous venons de voir que pour survivre les organismes vivants ont besoin que leur "économie" soit stable et non pas croissante : principes d'homéostasie au niveau individuel, et d'économie stationnaire au niveau social.

Pour les humains ce fait n'exclut en rien l'aspect dynamique, mais cette dynamique devrait être moins quantitative (maximisation de la croissance) que qualitative (développement durable). Une fois que les besoins fondamentaux sont garantis par l'économie (nourriture, habillement, logement, énergie, transport, communication, formation, santé, sécurité), le progrès consiste à produire ces biens et services en travaillant et polluant de moins en moins.

Mais comment en sommes-nous venus à cette emprise idéologique de la croissance ? Commençons par constater que celle-ci est relativement récente dans l'histoire de l'humanité. Sa naissance est concomitante à celle du capitalisme moderne, au 19° siècle. En Europe cette évolution s'est traduite :

  • dans une première phase par la disparition progressive des petites entreprises agricoles puis des petits commerces, évincés par des grandes sociétés multinationales ;
  • dans une seconde phase par la délocalisation de grandes sociétés vers des pays à bas salaires.

Il en résulte logiquement une hausse du chômage et des dettes publiques en Europe.

Cette dégénérescence de la structure productive est causée par la part trop grande prise par le capitalisme privé, dont la motivation première est la maximisation du profit des propriétaires et cela inévitablement au détriment de la collectivité. En effet rien ne se créé, rien ne se perd : il n'est possible que de transformer la matière, transformation dont la valeur est en outre subjective et peut par conséquent être influencée par la propagande/publicité.

Maximisation
du profit

Le capitalisme privé (il peut être aussi d'État) conduit les entreprises à maximiser les profits, ce qui requiert d'accroître toujours la production. Il en résulte que le principe de maximisation des profits stimule :

  • les conflits guerriers induits par la lutte pour l'appropriation des ressources naturelles ;
  • le développement non durable via :
    • l'obsolescence programmée, visant à réduire la durée de vie ou d'utilisation d'un produit afin d'en augmenter le taux de remplacement [approfondir] ;
    • le conditionnement des esprits par la publicité afin d'inciter les individus à travailler pour produire et acheter la production, ce qui provoque stress et pollution.

    Sommes-nous devenus fous ? "Vincent Schaller n’en revient toujours pas. Le 6 décembre 2012, le jour de la Saint-Nicolas, ce directeur commercial offre cent iPad à ses salariés. En une fraction de seconde, l’effet de liesse gagne tous les bureaux de Systemat, à Waterloo. « Les gens se sont mis à hurler de bonheur et à courir dans les couloirs. J’ai cru qu’ils avaient bu du champagne. Jamais je n’ai eu droit à autant de remerciements de la part de mes salariés », sourit Vincent Schaller" ... [source].

    Bannir la publicité dans les lieux publics. Le conditionnement que constitue la publicité dans les lieux publics est incompatible avec la liberté de pensée que requiert l'implication des citoyens dans la gestion collective de la société et le respect de l'environnement.

Taille des
entreprises

Il importe de distinguer les petites des grandes entreprises privées. Dans les PME il apparaît que de nombreux chefs d'entreprises souhaitent limiter leur croissance en demeurant PME. La motivation de croissance chez les dirigeants de PME serait moins motivée par la recherche matérialiste du profit que par des considérations spirituelles (esprit de compétition, désir de réalisation, goût pour l'innovation, ...) [source]. Dans les grandes entreprises c'est l'inverse, et cela est du notamment au fait que le dirigeant de l'entreprise n'est pas son propriétaire. Les fusions-acquisitions peuvent être un moyen pour le dirigeant de masquer son manque de compétence, tout en maximisant ses revenus immédiats au détriment de la viabilité à long terme de l'entreprise.

Une grande majorité des fusions/acquisitions sont des échecs (3m46s - 2015)

Changement
de paradigme

Ce qui rend nuisible le principe de croissance c'est donc la subordination de son mode qualitatif (spiritualisme) par rapport à son mode quantitatif (matérialisme). L'ampleur de la dégradation de notre écosystème planétaire implique qu'un changement de paradigme sociétal s'impose. Il s'agit de (re?)donner la primauté au "mieux" (qualitatif, simplicité, biens publics, spiritualité) sur le "plus" (quantitatif, complexité, biens individuels, matérialisme).

Mentionnons à cet égard les résultats d'une étude de l'université de Berkeley qui montre une corrélation négative entre la richesse d'un individu et sa propension aux comportements éthiques : plus on est riche, moins on a de moralité [source].

Selon nous ce nécessaire changement de paradigme devrait s'opérer d'abord au niveau de l'enseignement et de la recherche scientifique. C'est le thème de la section suivante.

Savoir et pouvoir

Typologie
du savoir

Le progrès scientifique est l'amélioration de notre connaissance du fonctionnement de la nature. Le savoir est la somme de ces connaissances. Le progrès scientifique est donc un processus d'accumulation d'informations. Cette accumulation permet – via le travail – de créer des richesses.

Ce processus d'accumulation du savoir est vécu à la fois individuellement (c-à-d par chaque individu durant sa vie) et collectivement (c-à-d par la société aussi longtemps qu'elle perdure). Accumulations individuelle et collective interagissent via le partage du savoir.

L'application pratique du savoir peut se réaliser selon deux modes :

  1. dans le mode passif l'individu et la collectivité usent de leur savoir accumulé pour s'adapter rationnellement aux contraintes naturelles (c-à-d en minimisant leur dépense d'énergie) et profiter durablement des richesses naturelles ; ce mode correspond au modèle évolutif de type r (qui favorise les organismes les plus résilients c-à-d les plus adaptables) ou encore au yin de la philosophie chinoise ;

  2. dans le mode proactif l'individu et la collectivité usent de leur savoir accumulé pour vaincre la nature voire carrément l'adapter à leurs volontés au moyen de technologies (association du savoir et du capital) ; ce mode correspond au modèle évolutif de type K (qui favorise les organismes les plus efficients c-à-d les plus adaptés) ou encore au yang de la philosophie chinoise .

On pourrait prolonger la liste de ces dualités : féminin/masculin, spiritualisme/matérialisme, savoir/pouvoir, réflexion/action, technique/technologie, services/biens, tradition/innovation, simplicité/complexité ...

On notera que :

  • l'impact écologique est nettement plus faible dans le mode passif que dans le mode proactif ;

  • le mode proactif étant fondé sur le principe de la force brute conduit nécessairement à la concentration de ses moyens financiers c-à-d au capitalisme.

Cycles. La thèse développée dans le présent article est que ces deux modes se complètent dans un cycle (à l'instar du yin et du yang), et que la problématique induite en terme de politique économique est de savoir où l'on se trouve dans le cycle, afin de concevoir une politique appropriée. Pour répondre à ces question nous verrons plus loin qu'il importe de faire la synthèse entre "physique > thermodynamique > cycles de Carnot", et "biologie > évolution > adaptation".

Application à la géopolitique. L'occident s'engage actuellement dans une phase d'élargissement du Yin, tandis que l'Orient est dans une phase d'élargissement du Yang.

Mais ne brûlons pas les étapes, et poursuivons notre analyse du savoir en développant la notion de technologisme.

Technologisme

Nous appelons « technologisme » l'utilisation injustifiée de technologies, c-à-d le recours au mode d'application proactif du savoir même lorsque le mode passif permet de satisfaire les besoins. Le technologisme est intimement liés à deux phénomènes :

  1. la corruption de politiciens par des sociétés privées pour acheter des produits/services sans intérêt réel pour la collectivité, et dont les services de maintenance constituent une rente pour ces entreprises (réseau de surveillance par caméra vidéo, avion de chasse F35, privatisation de la poste, ...) ;

  2. le conditionnement publicitaire pour "susciter" une demande pour des produits/services dont les inconvénients l'emportent largement sur leurs avantages.

Ainsi le technologisme contribue grandement à la surconsommation, aux déficits publics et aux écarts de richesse.

Nous verrons plus loin que, comme le montre le physicien François Roddier, « le progrès scientifique et technique a un rendement analogue au rendement de Carnot d’une machine thermique. Il est d’autant plus grand que l’accroissement d’énergie dissipée par bit d’information mémorisée est élevé. Ce rapport mesure le progrès dit technique. Il exprime la température de sa "source chaude". Mais plus une société dissipe de l’énergie, plus elle fait évoluer son environnement. Elle ne peut se maintenir qu’en mémorisant constamment de l’information nouvelle. Elle le fait grâce à la recherche dite fondamentale. L’énergie requise par bit d’information nouvelle supplémentaire représente la température de sa "source froide". Plus celle-ci croît, plus le rendement de Carnot de la société décroît. Pour maintenir un bon rendement de Carnot, une société doit développer sa recherche fondamentale tout en évitant de dissiper trop d’énergie, c’est-à-dire en limitant ses développements techniques aux besoins fondamentaux: ceux qui améliorent le bien-être de chacun » [source].

On notera que le technologisme est particulièrement le fait du genre masculin [exemple], et que le fétichisme sur lequel il est fondé induit des comportements violents [exemple].

Produire quoi ?

Nous avons évoqué plus haut la question du "comment produire" (facteurs et moyens de production). Se pose ici la question du "quoi produire" :

PIB = P x Q = ( Pb x Qb ) + ( Ps x Qs )

où Qb = volume des biens produits et Qs = volume des services produits

Par exemple on peut augmenter la production de services de consultance Qs pour apprendre à diminuer la production/consommation de biens Qb.

Cela montre bien que nous ne sommes pas nécessairement contraints à la décroissance matérielle, puisque le PIB peut mesurer également les productions immatérielles Qs, qui pourraient nous conduire à limiter voire réduire nos productions matérielles.

Contrôle
démocratique

Etant donné que le technologisme exploite et détourne le savoir, les choix politiques en matière d'enseignement et de recherche scientifique sont fondamentaux. Or il apparaît que ces politiques sont de plus en plus influencées voire déterminées par le big business et ses associations patronales, qui veulent évidemment systématiser le recours aux technologies (technologisme) afin d'accaparer une part toujours plus grande des richesses produites par l'ensemble des indvidus.

Les faits exposés depuis le début du présent article suggèrent que le régime politique le plus approprié pour déterminer une politique scientifique optimale, du point de vue économique comme écologique, est la démocratie directe (telle que définie ici).

Selon le physicien François Roddier « tandis que les extinctions d’espèces affectent la transmission des gènes, les effondrements de civilisation affectent la transmission de la culture. Dans nos sociétés modernes, ce rôle est réservé à l’école. On doit donc s’attendre à ce qu’un effondrement de civilisation se manifeste d’abord par un effondrement du système scolaire » ... [source].

Partage du pouvoir politique donc. Mais celui-ci doit aller de paire avec un partage du pouvoir économique.

Partage et préservation des ressources

Nous avons mentionné plus haut que non seulement la croissance quantitative n'est pas indispensable à la subsistance d'une économie et à son développement qualitatif, mais qu'elle leur est même nuisible. Cela est important à savoir, particulièrement dans le cadre de la politique économique des États. Celle-ci est confrontée à deux défis majeurs :

  1. le partage équitable des richesses entre les citoyens ;
  2. la préservation de l'écosystème planétaire.

Le second de ces défis est largement induit par le premier, de sorte que sa résolution requiert celle du premier. Pour ce faire l'AU est un moyen moderne et efficace.

Financement
distributif
de l'AU

Rappelons que l'AU du modèle synthétique est financée à 1/3 par distribution égale et gratuite de la création monétaire entre tous les citoyens. La partie monétaire du financement de l'AU est fondamentale dans la mesure où la partie budgétaire du financement vise à corriger l'accumulation historique des inégalités de richesse résultant de la non application du principe de symétrie spatio-temporelle (cf. théorie relative de la monnaie). Via l'impact de l'AU sur les modes de production on assisterait à une transformation spontanée du mode de financement de l'AU, la part du financement redistributif diminuant progressivement jusqu'à atteindre une valeur minimale correspondant à l'écart de richesse optimal. Au terme de ce processus la non application historique du principe de symétrie spatio-temporelle à la création & allocation monétaire aura été compensée. Les modes de production et de consommation seraient alors très différents de ce qu'ils sont aujourd'hui, et correspondraient à ce que l'on appelle le développement durable

Pour montrer le lien entre partage des richesses et préservation de l'écosystème, il nous faut introduire la notion de champs de valeur.

Champs
de
valeur

Si la Banque centrale était nationalisée, et l'État réellement démocratique, celui-ci pourrait alors décider de fournir l'économie en monnaie non plus via les banques commerciales mais directement via les citoyens en répartissant également entre eux la monnaie qu'elle créerait en la versant sur leur compte bancaire (si nécessaire en nationalisant tout le secteur bancaire). Cette méthode est bien plus rationnelle que de laisser la création monétaire aux banques [Rappel : celles-ci créent (et répartissent) la monnaie via des prêts "ex-nihilo", contre intérêts, et "accordés" (sic) uniquement à qui elles souhaitent]. Or ce ne sont pas les banques mais les citoyens - clients ultimes de l'économie, mais aussi producteurs locaux - qui par leurs achats et productions locales, sont les mieux à même d'indiquer aux grandes entreprises globales (privées, mais surtout publiques) à quels types d'investissements celles-ci devraient consacrer leurs bénéfices pour développer des produits et services utiles à la collectivité et respectueux de l'environnement.

Ainsi la structure productive de nos économies serait bien plus efficace car développée, non plus en fonction des intérêts de cette infime minorité de la population que sont les actionnaires majoritaires des banques, mais bien en fonction des besoins de la majorité de la population. Il en résulterait une meilleure adéquation de l'offre à la demande de biens et services, et par conséquent une plus grande stabilité économique.

En outre l'impact écologique serait particulièrement bénéfique. En effet, dans le système économique actuel - sans allocation universelle telle que définie par nous - les populations pauvres convergent vers les zones de concentration du capital (capitalisme). La contrepartie de l'exode rurale c'est l'uniformisation des paysages par des méga-entreprises (agricoles dans les campagnes, industrielles dans les villes), ainsi que l'évincement de l'artisanat et des productions locales. Un système monétaire fondé sur la TRM inverserait le processus : ce ne sont plus les individus qui doivent se déplacer par concentration vers le capital, mais au contraire celui-ci qui est réparti vers les individus là où ils habitent. Ainsi en opérant une meilleure répartition géographique du capital le système monétaire participerait à éradiquer ces zones de sur-concentration, et les méga-entreprises qui tuent l'artisanat et la production locale. On voit donc que l'AU permet le financement des circuits courts (production et consommation locales), c-à-d l'autosuffisance régionale, moins polluante que le modèle des méga-hub de production et de distribution qui implique le transport des marchandises sur de plus longues distances, augmentant ainsi la pollution et le réchauffement climatique.

Pour une modélisation mathématique du champs de valeur voir notre article consacré à la théorie relative de la monnaie.

Cycles économiques

cycle-production.png

Nous avons évoqué supra la tendance millénaire de croissance exponentielle du PIB par habitant. Il s'agit là d'une tendance à long terme dont la dynamique s'explique par la succession de cycles économiques fondés sur quatre phases. Nous allons voir qu'il existe une forte analogie entre cycles économiques et le cycle de Carnot. Cette analogie permet d'expliquer que la société humaine connaît régulièrement des phases de contraction - généralement caractérisées par de graves économiques et des conflits guerriers. Les phases de contraction correspondent à une transition vers un niveau supérieur en dessous duquel la société humaine ne descendra plus (PS : en termes d'information le cycle économique correspond donc à un algorithme d'apprentissage). Une question fondamentale est : comment faire en sorte que ces phases de transition soient le moins nuisibles possible aux individus qui les subissent ?

Fondements thermodynamiques

La présente section est fondée sur les réflexions du physicien François Roddier, qui applique à l'économie les principes de la thermodynamique et des structures dissipatives (PS : ces notions de base sont développées dans notre article "Travail, valeur et éthique").

Par le progrès technologique, les rendements d'échelle et des économies d’échelle les entreprises semblent devenir de plus en plus productives et efficaces. Mais plus elle produisent, plus vite elles affectent leur environnement, par exemple en suscitant la concurrence ou en saturant le marché. Elles subissent alors la loi des rendements décroissants de David Ricardo. Les entreprises sont contraintes d’évoluer et de s’adapter aux changements. Plus vite elles se réadaptent, plus vite l’environnement va changer et plus vite elles devront à nouveau évoluer.

Les biologistes, appellent ce processus "l’effet de la reine rouge", en référence à la reine rouge de Lewis Carroll qui dit à Alice: « ici il faut courir le plus vite possible pour rester sur place ».

Ayant du mal à s’adapter à un environnement qui évolue de plus en plus vite, les grosses entreprises tendent à se diviser en entreprises plus petites et plus adaptables. Celles-ci n’optimisent plus leur efficacité économique mais leur résilience, c’est-à-dire leur faculté d’adaptation. L’économie ralentit. Cela permet à certaines de ces entreprises de grossir à nouveau et de devenir plus efficaces.

Nous allons voir que l'économie oscille ainsi constamment autour d'un point critique avec une amplitude inversement proportionnelle à la fréquence (de même que dans un couloir à avalanches il y a beaucoup de petites avalanches, de temps en temps des plus grosses, exceptionnellement des très grosses). La thermodynamique nous enseigne qu'aux points critiques se produisent des phénomènes de condensation comme le brouillard appelé "opalescence critique". Dans le cas des sociétés humaines, ce sont les richesses qui se condensent. Liées aux avalanches, les inégalités de richesses se répartissent suivant une loi de puissance ("the winner takes all") : les échanges commerciaux ne se développent plus qu'entre les riches qui eux seuls continuent à s'enrichir. Mise en évidence au XIXe siècle par l’économiste italien Vilfredo Pareto, cette loi est connue sous le nom loi de Pareto ou loi 80-20. Elle implique qu’environ 80% des richesses sont possédées par 20% de la population.

Surface de van der Waals

Surface de van der Waals décrivant les transformations d'état. La transition est continue sur la surface claire, et abrupte sur la surface sombre.

"La croissance est lente tandis que la chute est brutale". Se basant sur une analogie avec l'équation des gaz parfaits, Roddier estime que l'état d’une économie peut être représenté par un point dans l’espace (Potentiel, Température, Volume) ou encore (demande, offre, production).

NB : offre et demande sont des variables intensives (mesurant une qualité), tandis que la production est une variable extensive (mesurant une quantité) [approfondir].

Tout cycle économique est représenté par un cercle "centré" sur le point critique et se déroulant dans le sens horaire (car l'énergie dissipée est nécessairement positive). La surface sombre correspond à (i) la coexistence d'une phase gazeuze (beaucoup de très riches) avec une phase liquide (beaucoup de très pauvres), et (ii) un effondrement de la production, à demande et offre constantes.

Analogie riches/gaz (molécules solitaires) et pauvres/liquide (molécules agglomérées).

Au delà du point critique, il y a séparation des richesses en deux phases, de façon continue. Comme les molécules d’un gaz, les riches jouissent d’une grande liberté et disposent de beaucoup d’énergie. Par contre, prisonniers dans une phase liquide, les pauvres ont perdu toute liberté d’action, ils ne peuvent plus acheter ce que produisent les riches. Au développement quantitatif de ces deux classes sociales extrêmes correspond l'effondrement de la classe moyenne [source].

Température critique. Dès lors que δentropie = δénergie / température on peut définir la température T d’une économie (NB : c-à-d ce que les économistes appellent "l'offre"), définie comme étant l'inverse de la quantité d’information nécessaire pour obtenir une certaine quantité d’énergie, et telle que :

  • T > Tc : l’intérêt de chacun coïncide avec l’intérêt général. La coopération l’emporte sur la compétition. Idéologie favorisant les égalités sociales. Entreprises majoritairement publiques.
  • T = Tc : équilibre public/privé.
  • T < Tc : les intérêts particuliers divergent. La compétition l’emporte sur la coopération. Idéologie favorisant les inégalités sociales. Entreprises majoritairement privées.

Selon Roddier « il faudrait contrôler le flux d'énergie dissipée par l'humanité de façon à rester constamment au voisinage du point critique. Celui-ci correspond à un juste équilibre entre l'intérêt des individus et celui de la communauté. Ce faisant, on limiterait les inégalités sociales, conciliant au mieux les trois désirs de liberté, d'égalité et de fraternité qui ont inspiré la révolution française et sont devenus la devise de sa république » [source].

Ainsi une politique monétaire optimale devrait viser à maintenir la température de l’économie au point critique (analogie avec le rôle de l’insuline en biologie) [source]. Il s'agit de faire en sorte que l'inévitable phase de transition soit de type "continue" plutôt que "abrupte".

Pour bien comprendre ces principes il est utile de d'illustrer les fondements thermodynamique des cycles économiques Roddier procède à une analogie avec les quatre cycles de transformation "pression <--> travail" qui constituent le mécanisme fondamental de la machine à vapeur.

Machine à vapeur de Newcomen

1. Dépression. « Contrairement à ce que son nom semble indiquer, la phase de dépression économique correspond à celle où le fluide est le plus dense (demande forte). Sa température est initialement basse (offre faible), mais elle augmente progressivement (l’offre croit). Dans le cas d’une machine à vapeur, il s’agit d’eau liquide qu’on fait bouillir.

2. Expansion. La phase d’expansion économique correspond à la phase motrice durant laquelle la vapeur chaude arrive provoquant le mouvement du piston. Le volume du cylindre (production économique) augmente tandis que la pression de la vapeur (demande) diminue.

3. Stagflation. La phase de stagflation correspond à celle où le piston arrive en bout de course. La pression (demande) a fortement diminué, tandis que la température (offre) tend à baisser, sans toutefois que la vapeur puisse se condenser.

4. Crise (phase de transition). Mais, sans condensation, il est impossible de ramener le piston à son point de départ, c’est-à-dire de fermer le cycle ». Pour répéter l’opération afin de fournir continuellement un travail moteur, le système Newcomen refroidit le cylindre pour condenser la vapeur [source].

On notera que ces analogie valent aussi bien au niveau macro que micro économique. En outre « on peut représenter ces cycles dans un diagramme (P,V) ou (T,M) comme on le fait pour un cycle de Carnot.

Diagramme (P,V) d'un cycle économique

Diagramme PV. Prenons l'exemple d'une entreprise industrielle. Durant la phase développement, le potentiel économique P de la production croît, mais pas le volume V de la production. Durant la phase de production, P reste constant, tandis que V augmente. Durant la phase d'obsolescence, P décroît, tandis que V n'augmente plus.

Diagramme (T,M) d'un cycle économique

Diagramme TM. Supposons l'entreprise cotée en bourse. Durant le développement le potentiel T des actions (cote en bourse) augmente mais le capital diminue. Durant la phase de production T reste plus ou moins constant pendant que l'entreprise engendre des bénéfices (M augmente). Durant la phase d'obsolescence M augmente beaucoup moins, tandis que T décroît.

Les problèmes surgissent lorsqu'il faut refermer le cycle. On arrive dans la zone de transition de phase. Il s'agit dʼune transition abrupte. ΔM représente la dette. Il faut rembourser les actionnaires. Rappelons que le produit T * ΔM est l'analogue de la chaleur latente de transition. Elle croit extrêmement vite dès qu'on s'écarte du point critique (la pente est verticale). De deux chose l'une. Ou bien les actionnaires ont fait du profit auquel cas il vont réinvestir et un nouveau cycle peut recommencer. Ou bien ils ont eu des pertes, auquel cas on récupère ce qu'on peut en vendant l'entreprise. Tout ceci suppose qu'on revient effectivement à l'état initial (point a). Mais est-ce réellement cas? Les bilans financiers tiennent généralement compte du vieillissement du matériel et des locaux de l'entreprise. Mais a-t-on tenu correctement compte du vieillissement du personnel (charges dites sociales)? Sécurité sociale,assurance maladie,retraite, éducation des enfants sont généralement laissés en grande partie à la charge de la nation.Sont aussi laissés à la charge de la nation les modifications de l'environnement: épuisement des ressources naturelles, pollution. Par définition, une structure dissipative, diminue son entropie interne pour l'exporter vers son environnement. Les entreprises n'échappent pas à la règle. L'environnement d'une entreprise nationale est la nation. C'est elle qui paye la plupart des impayés. Dans le cas d'une entreprise internationale, c'est l'humanité toute entière qui en fait les frais » [source].

Surface de van der Waals décrivant l'équation d'état d'un cycle économique. Plus l'économie se mondialise plus le cycle s'agrandit --> plus la période de crise est importante [source].

Il importe donc de savoir où l'on se trouve au niveau cyclique. « Une société humaine se trouve ainsi dans des situations économiques très différentes suivant la phase du cycle qu’elle traverse. Selon l’époque à laquelle il vit, un économiste va décrire des faits bien différents. Il pourra même aboutir à des conclusions opposées de celles qu’il aurait tirées s’il avait vécu dans une économie de phase opposée ». Ainsi Adam Smith, théoricien du libéralisme économique, « a vécu en Angleterre dans une phase d’expansion. Il était donc naturel qu’il décrive une économie d’expansion. Il se trouve que c’est la plus simple car, située au dessus de la température critique, ses lois s’apparentent à celles des gaz parfaits. Sans savoir qu’il s’agit des lois de la mécanique statistique, Adam Smith les attribue à une «main invisible» qui fait que l’intérêt de chacun coïncide avec l’intérêt général. Il en déduit un peu hâtivement qu’il s’agit d’une loi générale de l'économie.

On sait aujourd’hui qu’on ne peut mathématiquement optimiser un ensemble en optimisant individuellement chacune de ses parties. Les principes du libéralisme économique sont donc viciés à la base. Il est facile de s’en rendre compte en considérant une économie dans la phase opposée, pour laquelle la "température économique" est en dessous du point critique.

Nous avons vu que c’est une économie de crises durant laquelle la société passe brutalement de l’abondance à la pénurie et s’endette. Karl Marx a connu une telle phase et l’a décrite mieux que tout autre. Il est clair qu’en période de pénurie, découvrir une source de biens matériels, sans la partager avec les autres, satisfait l’intérêt particulier sans satisfaire l’intérêt général, ce qui contredit Adam Smith. Même les insectes le savent et partagent entre eux l’information!

(...) Restent enfin les deux phases intermédiaires que sont la dépression et la stagflation. Elles sont souvent confondues car toutes deux sont des phases de stagnation de l’économie. La première est une phase de stagnation dans la pénurie tandis que l’autre est une phase de stagnation dans l’abondance. Si l’on cherche à affecter le nom d’un économiste à ces phases, le nom de John Maynard Keynes vient immédiatement à l’esprit. Il a traversé et théorisé la grande phase de dépression de 1929. L’apport essentiel de Keynes a été de montrer que l’économie ne s’auto-régule pas comme on le croyait jusque là et qu’une intervention gouvernementale peut être nécessaire. Il n’a malheureusement pas distingué clairement la dépression de la stagflation. Un simple regard à la surface de van der Waals, reproduite à nouveau ici, montre la politique à adopter. En cas de dépression, il faut agrandir la taille du cycle économique ce qui implique d’internationaliser les échanges. C’est ce qui a été réalisé avec succès après la dernière guerre mondiale en créant la communauté européenne du charbon et de l’acier. En cas de stagflation, il faut au contraire régionaliser l’économie de façon à diminuer la taille du cycle et passer au plus près du point critique. On n’évite pas la crise mais on en minimise l’impact en réduisant la hauteur de la chute.

On retrouve ainsi la stratégie d’alternance entre les grandes structures et les petites structures que l’évolution biologique suit naturellement avec la sélection r (souplesse du roseau, espèce adaptable) et K (rigidité du chêne, espèce adaptée). L’évolution culturelle est malheureusement beaucoup plus rapide et l’homme a encore du mal à s’y adapter. Il tend à ré-appliquer les méthodes qui ont eu du succès dans une certaine phase de l’économie à une phase qui est maintenant son opposée. Ce faisant, il court régulièrement à la catastrophe. Cela fait partie de son apprentissage.

L’Amérique du Nord et à sa suite l’Europe sont aujourd’hui en stade de stagflation. Un coup d’œil à la surface de van der Waals montre qu’on ne peut maintenir la croissance économique qu’en longeant la falaise de Sénèque de plus en plus loin du point critique. C’est ce qu’on fait en internationalisant l’économie. C’est ce à quoi conduira tout traité transatlantique. Mais plus on s’éloigne du point critique plus la hauteur de la falaise augmente et plus la chute sera catastrophique.

Or cette chute est inévitable, car nos ressources actuelles en énergie s’épuisent. Il serait donc beaucoup plus sage de régionaliser l’économie, mais cela implique une décroissance économique, donc des dettes à résorber. Peu d’économistes sont prêts à l’accepter, encore moins à le suggérer. Rappelons seulement que les romains se sont trouvés devant la même situation. Ils n’ont pu maintenir leur économie qu’en étendant continuellement leur empire. On en connait le résultat. L’occident à mis des siècles à s’en remettre. Cette fois l’effondrement risque d’être beaucoup plus grave car la taille des populations et des énergies mises en jeu sont beaucoup plus importantes » [Ibid].

Système monétaire "yin-yang"

Nous avons évoqué supra les modes de production "yin" et "yang". Selon le physicien François Roddier l'application de ce principe de complémentarité au système monétaire implique deux types de monnaie :

  • une monnaie "yang" pour les ressources matérielles (biens) et/ou "non-renouvelables" (pétrole, forêts, ...), qui sont des ressources de type "stock" ;

  • une monnaie "yin" pour les ressources immatérielles (services) et/ou renouvelables (énergie solaire, ...), qui sont des ressources de type "flux".

Ainsi par exemple les voitures s'achèteraient / se vendraient en monnaie "blanche" mais se loueraient en monnaie "noire" --> voyez l'effet de la relation entre l'évolution de la demande de voiture en location vs achat et l'évolution du cours de change noire/blanche ...

Les fondements thermodynamiques de ce système bi-monétaire sont les suivants :

  • le chimiste Frederick Soddy, prix Nobel de chimie en 1921, recommandait que la production de monnaie soit liée à celle d'énergie libre [approfondir : voir l'article "Travail, valeur et éthique"] ;
  • la dynamique entre stock et flux est le fondement du phénomène d'homéostasie.

Pour François Roddier une monnaie "yin" « est nécessaire pour refermer le cycle économique, comme une source froide est nécessaire pour refermer le cycle de Carnot » [source]. « L’usage de deux monnaies différentes dont on peut faire varier le taux de change, permet d’ajuster la barrière de potentiel économique qui sépare deux économies, comme un régulateur ». Selon Roddier on pourrait procéder « en conservant la monnaie en euros (yang) pour l’achat de biens matériels, et en utilisant une nouvelle monnaie (yin) pour la nourriture, les salaires et les services » [source].

Et de même que les systèmes biologiques ago-antagonistes nécessitent deux hormones (insuline et glucagon) Roddier estime que « les systèmes économiques ago-antagonistes requièrent deux monnaies : une pour la production et une pour les services [source]. Cela permet d'assurer une transition continue entre des économies (...) différentes, et ainsi éviter une transition abrupte. Cela s’applique aussi bien aux transitions irréversibles (N.d.A. : évolution) telles que le passage d'une économie fondée sur des énergies fossiles à une économie fondée sur des énergies renouvelables, qu'aux transitions réversibles (N.d.A. : cycles) telles que le passage d’une économie de marché à une économie collaborative. Les salaires peuvent être versés dans l’une ou l’autre monnaie suivant l’origine des revenus. Ils peuvent en particulier être mixtes. L’évolution se fait de façon continue par variation du taux de change entre les deux monnaies. En outre on peut facilement distinguer les deux régimes par des taxes ou des impositions différentes ». [source].

Les lois de la thermodynamique et la biologie conduisent ainsi au concept d’économies ago-antagonistes associées à des monnaies distinctes :

  • Une économie de production de type libérale , liée à une monnaie générale (ex .: l’euro) et à la mondialisation. Elle correspond biologiquement au système orthosympathique.

  • Une économie de services de type nationale , liée à une monnaie propre et à la démondialisation . Elle correspond biologiquement au système parasympathique [source p. 41].

Espace et temps. Concernant la problématique de la réforme vers un système multi-monétaire il convient de distinguer la dimension temporelle (yin/yang) de la dimension spatiale (locale/nationale) :

L'on pourrait ainsi concevoir un système multi-monétaire composé de :

  • deux monnaies nationales : "yin" et "yang" ;
  • de monnaies locales librement définies par leurs utilisateurs (mais sous condition que l'on puisse neutraliser leur utilisation comme instruments d'évasion fiscale ...).
Temps →
↓ Espace
YinYang
Nationaleune monnaie
nationale yin
une monnaie
nationale yang
Localedes monnaies
locales yin et/ou yang

Question : le modèle suivant est-il utile et réaliste ? :

  • une monnaie nationale "yang" ;
  • des monnaies locales "yin" (mais sous condition que l'on puisse neutraliser leur utilisation comme instruments d'évasion fiscale ...).
Temps →
↓ Espace
YinYang
Nationaleune monnaie
nationale yang
Localedes monnaies
locales yin

Cependant dans notre article consacré à la théorie relative de la monnaie, la section comparant monnaies symétriques décentralisées (MSD ici, "monnaies libres" dans la dénomination de la TRM) et monnaie symétrique centralisée (MSC), montre que les premières sont soumises à certaines limitations, et en particulier le fait qu'elles conduisent tôt ou tard à une asymétrie spatiale entre utilisateurs, relativement à leur situation dans un système MSC. Cela remet sérieusement en question la pertinence des monnaies libres.

Enfin pour synthétiser la problématique de façon exhaustive il convient d'ajouter la notion de monnaie complémentaire internationale c-à-d commune à l'ensemble des États : voir l'article "Confédération mondiale des États".

Selon nous il convient de concevoir les trois dimensions spatiales du système monétaire global dans l'ordre suivant : (i) nationales ; (ii) locales ; (iii) internationale. En effet, les monnaies locales doivent être subordonnées à la monnaie nationale (notamment en raison de la lutte contre l'évasion fiscale), et la devise internationale devrait être conçue comme une monnaie confédérale (dans la mesure où nous voulons éviter la dérive totalitaire d'un gouvernement mondial). L'excès nuit en tout, la voie du milieu est la bonne.

Ainsi au travers de son financement distributif, l'AU du modèle synthétique constitue un élément essentiel du développement durable. Elle participerait à un changement de paradigme économique en (re?)donnant la primauté au "mieux" (qualitatif, simplicité, spiritualité) sur le "plus" (quantitatif, complexité, matérialisme).

Mais il importe pour cela que l'individu dispose de son plein arbitre, lequel est considérablement limité par les techniques d'incitation à la consommation que sont la publicité dans les lieux publics et l'obsolescence programmée.

Pénaliser l'incitation à consommer

La publicité et l'obsolescence programmée simulent le réchauffement climatique. Toute production nécessite du travail. Tout travail produit de la chaleur. Par conséquent la neutralisation du réchauffement climatique requiert nécessairement de réduire le travail, donc la production de biens et services. Or nous avons montré que nous produisons trop en raison notamment du conditionnement publicitaire et de l'obsolescence programmée, qui nous conduisent à consommer plus, donc à travailler plus pour produire les objets de consommation, donc à diffuser de la chaleur.

Il serait donc judicieux que le pouvoir législatif déclare illégales la publicité dans les lieux publics, ainsi que les techniques d'obsolescence programmée.

Mais cela ne sera pas suffisant. C'est pourquoi la présence d'entreprises publiques dans tous les secteurs économiques constitue un moyen efficace de lutter contre l'obsolescence programmée, caractéristique de la maximisation à outrance des profits non sociaux, propre au secteur privé. Il importe que le consommateur puisse systématiquement avoir le choix entre des produits/services fournis par des entreprises privées et des entreprises publiques.

Enfin le tableau suivant montre que la télévision et la presse sont les premiers vecteurs de publicité. D'autre part les smartphones connaissent un taux de croissance exceptionnellement élevé en cette matière.

Répartition des recettes publicitaires par média (France)

repartition-recettes-publicitaires.png

Source

Témoignage. Je n'ai ni télévision, ni smartphone, et je préfère de très loin les articles scientifiques aux articles de presse. Cela influence considérablement mes comportements de consommateur (pas de voiture, pas de tourisme, ...) mais également mon comportement politique (sens critique et créativité).

Le cas de l'industrie pharmaceutique

La publicité pour les médicaments est théoriquement interdite. Pourtant le budget marketing de cette industrie ‐ parmi les plus polluantes et cause majeure de la hausse des dettes publiques ‐ est supérieur à son budget R&D ! Comment cela est-il possible ? Parce que la publicité se fait non pas au niveau des consommateurs mais à celui des distributeurs que sont les médecins. En fait c'est plutôt de corruption dont il faudrait parler. Un médecin généraliste m'a confié que depuis le début de sa carrière il reçoit en moyenne chaque mois l'équivalent du salaire d'un employé de base en cadeaux divers gracieusement offerts par des sociétés pharmaceutiques : caisses de bouteilles de grands vins, vacances tous frais payés, restaurants étoilés, bons d'achats pour vêtements de luxe, etc. D'autre part les cas d'escroquerie scientifique semblent généralisés dans le secteur pharmaceutique [source, exemple]. Que les gouvernements tolèrent cette corruption ne peut s'expliquer que par leur propre corruption. La nationalisation totale et définitive du secteur pharmaceutique est donc une nécessité absolue, mais un telle mesure ne sera évidemment efficace que si l'État est réellement sous contrôle démocratique, ce qui n'est le cas qu'en démocratie directe ...

Le système du prix carbone

Le principe du prix carbone est d'amener les agents économiques (entreprises, ménages et États) à internaliser les externalités de leurs productions et consommations, en l'occurrence les émissions de CO2. Par le mécanisme des prix du marché il s'agit d'inciter les agents économiques à réaliser des investissements de rationalisation diminuant leurs émissions de CO2 ("investissement verts"). Deux méthodes complémentaires sont la taxe carbone et les droits d'émissions négociables (sur le marché du carbone).

Droits
d'émission

Dans le système des droits d'émissions une autorité (de préférence internationale) impose aux entreprises (de préférence à des pays, selon le principe de subsidiarité) un quota d'émission de (tonnes) de CO2, mais tout en permettant aux agents économiques qui émettent moins de revendre leurs quotas excédentaires à ceux qui ne parviennent pas à réduire leurs émissions en dessous de leur allocation.

En pratique tout agent économique doit disposer à la fin de l'année du nombre de droits correspondant à ses émissions. S'il est en déficit il doit en acquérir sur le marché ou payer une amende (en principe supérieure au prix du marché). Ainsi une entreprise qui aura réalisé des investissements ayant pour effet de réduire ses émissions de CO2 ("investissements verts") pourra donc revendre une partie de ses droits d'émission (l'autre lui servant à développer son activité) à une entreprise ayant besoin de droits supplémentaires pour développer son activité. Celle-ci préférera acheter un droit si son prix est inférieur au coût de l'investissement requis pour réduire d'une tonne ses émissions de CO2. Si par contre le prix du droit d'émission est supérieur au coût de l'investissement vert, l'entreprise préférera réaliser celui-ci.

NB : le système des droits d'émission ne fonctionne donc que si le prix du droit d'émission (c-à-d le prix de la tonne de CO2) ne descend pas en dessous du coût de l'investissement vert.

On peut montrer qu'il est plus rationnel (moins coûteux pour la collectivité) d'utiliser ce système plutôt que d'imposer à toutes les entreprises une diminution proportionnelle de leurs émissions de CO2 :

Soient deux entreprises A et B qui émettent chacune 2 tonnes de CO2, le coût de l'investissement vert par tonne étant de 1000 pour la première et 10 pour la seconde. Si l'on impose à chacune de réaliser l'investissement vert pour une tonne alors le coût total est de 1010 pour deux tonnes d'émission en moins. Cependant l'on arriverait au même résultat (deux tonnes d'émission en moins) à un coût nettement inférieur (20) si l'entreprise B réalisait à elle seule l'investissement vert pour deux tonnes. Or on arrive "naturellement" à ce résultat si le prix du droit est situé entre 10 et 1000 [source p. 287].

Stabilité. Cependant cet exemple montre aussi que le système des droits d'émission ne fonctionne plus si le prix du droit descend en dessous de 10. Or rien n'empêche que le prix de marché des droits d'émission descende en dessous de ce niveau. Il faut donc prévoir un système de stabilisation relative du prix du carbone (par exemple en réduisant suffisamment le quota global des droits d'émission on peut repousser le prix au-dessus du niveau minimum).

Le prix de marché du droit est supposé mieux refléter la structure des coûts des entreprises qu'un prix fixé par l'autorité transnationale.

Unicité. Le prix de la tonne de CO2 (c-à-d le prix du droit d'émission de cette quantité de CO2) doit en outre être identique dans tous les pays si l'on veut éviter les délocalisations vers les pays où ce prix serait le plus bas.

Équité. Mais cela induit une discrimination à l'égard des pays en développement, habituellement gros émetteurs de CO2 (comme ce fut le cas des pays développé au 18° siècle, époque où il n'existait pas de restriction aux émissions de CO2). Il faut donc prévoir des compensations financières, soit à partir d'un "fonds vert" alimenté par les pays développé, soit en augmentant le quota des droits d'émissions des pays en développement.

Coordination
internationale

Tout cela doit être réalisé dans le cadre d'un accord international, qui puisse de façon crédible :

  • mesurer les émissions de CO2 de chaque pays ;
  • contrôler les bourses vertes (notamment pour neutraliser la spéculation sur les droits négociables, et garantir une stabilité relative du prix des droits d'émission) ;
  • sanctionner les pays "passagers clandestins" (notamment par des mesures anti-dumping environnemental).

Force est malheureusement de constater que le système du prix carbone est à ce jour peu efficace. Le graphique suivant montre que le prix des droits d'émission de CO2 a toujours été inférieur à 30 euros la tonne. Or on estime que ce prix devrait être d'environ 45 euros pour réaliser l'objectif du GIEC, à savoir limiter le réchauffement climatique à 2° ... [source p. 275].

Prix de la tonne de CO2 [source]

prix-tone-CO2.png

La première bourse du carbone a été créée en Europe en 2005

.

En outre de nombreuses fraudes ont été signalées sur ce marché : à la TVA, vol de quotas, installations qui ferment mais conservent leurs allocations, etc. Il est également à craindre que les grandes entreprises polluantes instrumentalisent ce système comme instrument de marketing (greenwashing). Ainsi un des promoteurs majeurs du marché des droits d'émission est l’IETA (International Emissions Trading Association), qui regroupe plus de 150 entreprises comme Shell, BP ou Total ... [source]. À ce jour, les faits donnent donc raison aux critiques selon lesquelles le droit d'émission ne serait qu'un droit de polluer.

Il faut cependant noter que le principe des droits d'émission négociables aurait été appliquée avec succès dans les années 1990 aux USA pour réduire de 50% en quelques années les émissions de dioxyde de soufre (NO2). Si cela fut effectivement le cas, la difficulté est cependant toute autre lorsqu'il s'agit de mettre sur pied un marché mondial ...

Notons enfin que l'on observe en Europe une baisse quasiment constante des émissions de CO2 depuis le début des années 1980 (mais est-elle insuffisante ?). Selon certaines estimations cette baisse tendancielle s'expliquerait essentiellement par des investissements verts (énergies renouvelables) ... à des coûts supérieurs à la tonne de CO2 ! [source]. Les aides publiques tant décriées par la théorie économique libérale ne sont-elles pas la cause de cette évolution positive ?

Evolution des émissions de CO2 en Europe [source]

evolution-emission-CO2-europe.png

Qu’entend-on par marché au carbone ? (2015, 2m07s)

Conclusion

L'ampleur des écarts de richesse et de la dégradation de notre écosystème planétaire impliquent la nécessité d'un changement de paradigme sociétal. Il s'agit de (re?)donner la primauté au "mieux" (qualitatif, simplicité, biens publics, spiritualité) sur le "plus" (quantitatif, complexité, biens individuels, matérialisme) en substituant au paradigme de croissance quantitative celui d'un développement qualificatif fondé sur le partage des pouvoirs financier et politique. Ce progrès se mesure notamment par la diminution du temps de travail et du stress au travail.

Paradigme actuel
PLUS
Pardadigme durable
MIEUX
QuantitatifQualitatif
ComplexitéSimplicité
Biens individuelsBiens publics
MatérialismeSpiritualité
Décroissance ?

Selon nous la décroissance n'est pas nécessaire (certains économiste affirment qu'elle est même inconcevable : approfondir). Une condition quantitative nécessaire est que le taux de croissance ne dépasse par une certaine limite. Nous avons évoqué plus haut le fait que le progrès technologique a eu pour effet que l’intensité énergétique - mesure inverse de l'efficacité énergétique d'une économie, calculée par le rapport entre consommation d'énergie et produit intérieur brut - a baissé de 25% entre les années 1970 et 2000. Or 25% sur trente ans cela représente 0.7% par an. Ce taux pourrait-il constituer un référentiel de limite écologique au taux de croissance du PIB ? (on rapprochera utilement cette thèse de nos remarque sur l'effet d'échelle de la croissance). Quoi qu'il en soit, la valeur de ce référentiel quantitatif sera d'autant plus grande que seront vérifiés les critères qualitatifs.

Il se pourrait donc que la préservation de notre environnement ne requiert pas la décroissance, ni même la stationnarité, pour autant que la société humaine vise à produire le moins de chaleur possible, donc à minimiser le temps de travail, donc à maximiser le partage des richesses (c-à-d minimiser les différentiels de richesse). Pour résoudre le problème du réchauffement climatique il convient de remplacer le paradigme de "croissance par le haut" (produire toujours plus) par celui de "développement par le bas" (éradiquer la pauvreté).

Pour ce faire la politique de développement devrait être fondée sur les points suivants, qui concernent la gouvernance mondiale, l'enseignement, les modes de production/consommation, le droit commercial et le système monétaire :

  1. Gouvernance mondiale confédérale [approfondir]
  2. Enseignement & recherche :
    • garantir le contrôle démocratique de l'enseignement public et de la politique scientifique publique, par la substitution de la démocratie directe au régime parlementaire ;
    • refonder l'apprentissage sur les principes du compagnonnage afin de ;
      • favoriser l'artisanat local contre la production industrielle ;
      • donner la priorité à la maximisation du rendement social sur la maximisation du profit individuel.
  3. Production/consommation :
    • induire la décentralisation les lieux de consommation/production par l'instauration de l'allocation universelle telle que définie par nous ;
    • impliquer durablement l'État dans l'appareil productif en créant plusieurs entreprises publiques concurrentes dans chaque secteur stratégique, et si nécessaire en faisant du statut de grande entreprise (soit moins de 1% des entreprises) un monopole public [approfondir].
  4. Droit commercial :
    • créer le statut juridique de coopérative publique ;
    • pénaliser l'incitation à consommer (publicité et obsolescence programmée) ;
    • soumettre le libre-échange au principe de conditionnalité [approfondir].
  5. Système monétaire :
    • Un système multi-monétaire composé de :
    • deux monnaies nationales par pays :
      • une monnaie nationale "blanche" pour les ressources matérielles (biens) et/ou "non-renouvelables" (pétrole, forêts, ...) ;
      • une monnaie nationale "noire" pour les ressources immatérielles (services) et/ou renouvelables (énergie solaire, ...).
    • des monnaies locales définies librement par leurs utilisateurs (mais sous condition que l'on puisse neutraliser leur utilisation comme instruments d'évasion fiscale ...) ;
    • une devise internationale construite c-à-d qui ne serait pas une monnaie nationale utilisée par d'autres États comme moyen de paiement international [approfondir].
    • En outre chacune de ces monnaies devrait respecter le principe de symétrie spatio-temporelle énoncé par la théorie relative de la monnaie, à savoir :
      • création monétaire à rythme constant ;
      • distribution égalitaire et gratuite entre tous les citoyens.

Parallèlement à une telle politique gouvernementale de développement durable, il y a aussi un travail culturel à développer pour dévaloriser l'utilisation de voitures et de smartphones, la possession de télévisions (premier vecteur de publicités) ou encore le tourisme (sauf dans le cadre d'une activité professionnelle ou pour visiter des amis/parents).

Pour conclure voici des extraits d'un article fondamental du physicien François Roddier, résumant les fondements thermodynamiques de la problématique du développement durable.

« Per Bak a montré (...) un processus physique général qu’il a baptisé "criticalité auto-organisée" (en anglais "self-organized criticality" ou SOC). Les structures dissipatives oscillent constamment de part et d’autre de leur point critique. Les cyclones faiblissent puis disparaissent. Les espèces animales ou végétales s’éteignent. Les sociétés humaines s’effondrent. D’autres les remplacent et le cycle recommence. Une propriété caractéristique de ce processus est que l’amplitude des oscillations est inversement proportionnelle à leur fréquence.

Dans le cas des espèces vivantes, le point critique correspond à la transition entre ce que les biologistes appellent la sélection K et la sélection r. Lorsque l’environnement est stable, la sélection naturelle favorise les espèces les mieux adaptées. C’est la sélection K. Elle favorise les espèces qui dissipent le plus d’énergie comme, par exemple, les grands arbres ou les grands mammifères (rigidité du chêne, espèce adaptée). Mais ceux-ci modifient leur environnement qui va peu à peu évoluer. La sélection naturelle va alors favoriser les espèces non plus les mieux adaptées mais les plus adaptables, comme la savane ou les petits mammifères, celles qui sont capables de s’adapter le plus rapidement à un nouvel environnement. C’est la sélection r (souplesse du roseau, espèce adaptable) .

Plus une espèce cherche à s’adapter un environnement qui évolue, plus elle dissipe d’énergie donc plus elle le fait évoluer. Elle va chercher à s’adapter de plus en plus vite jusqu’au moment où, le temps d’adaptation ne pouvant plus diminuer, l’espèce s’éteint. Un bon exemple est ce qu’on appelle la course aux armements entre une proie et un prédateur où chacun des deux essaye d’évoluer plus vite que l’autre. Le biologiste Leigh van Valen a appelé ce processus l’effet de la reine rouge en référence à l’œuvre de Lewis Carroll dans laquelle la reine rouge dit: "Ici il faut courir le plus vite possible pour rester sur place."

L’Homme s’adapte à son environnement de façon à maximiser son bien-être. Le physicien anglais Frederick Soddy a montré que, ce faisant il maximise sa dissipation d’énergie. Le troisième principe de la thermodynamique (N.d.A : appliqué aux systèmes ouverts) fait que la sélection naturelle s’applique aussi aux sociétés humaines. Lorsque l’environnement est stable, elle favorise les individus qui coopèrent entre eux. Ceux ci ont tendance à former des sociétés de plus en plus grandes, voire des empires, comme l’empire soviétique ou les empires coloniaux. Mais plus une société s’étend, plus elle dissipe d’énergie et plus elle fait évoluer son environnement. On retrouve l’effet de la reine rouge. Passé le point critique, les empires tendent à s’effondrer. La sélection naturelle favorise alors les sociétés moins étendues ou plus adaptables. Celles-ci deviennent multi-culturelles. La compétition remplace la coopération. L’intérêt individuel l’emporte sur l’intérêt collectif. Le libéralisme l’emporte sur le communisme. Le lecteur reconnaîtra sans peine l’évolution actuelle des sociétés dites avancées ou en développement rapide.

(...) La question se pose alors de savoir s’il est possible d’éviter ou du moins de retarder l’effondrement d’une société. Pour cela, il lui faut évoluer suffisamment lentement pour avoir continuellement le temps de s’adapter. Cela implique qu’elle restreigne sa dissipation d’énergie de façon à rester au voisinage du point critique. Malheureusement, la sélection naturelle tend à accroître sans cesse la dissipation d’énergie. Cela n’est donc possible que dans le cadre d’une société unique (N.d.A. : entendez "une forme de gouvernement mondial") ayant pris conscience du processus. (...) Il faudrait donc contrôler le flux d’énergie dissipée par l’humanité de façon à rester constamment au voisinage du point critique. Celui-ci correspond à un juste équilibre entre l’intérêt des individus et celui de la communauté. Ce faisant, on limiterait les inégalités sociales,

Il semble qu’à chaque itération du processus de criticalité auto-organisée, les nouvelles sociétés se rapprochent de cet idéal avant de s’en écarter à nouveau pour s’effondrer. Considéré comme des sociétés de cellules, les êtres vivants multicellulaires disposent de mécanismes leur permettant de réguler leur dissipation d’énergie. Ils atteignent ce que les biologistes appellent l’homéostasie.

Le processus de criticalité auto-organisée ne s’applique plus dès que la population est suffisamment organisée pour pouvoir être considérée comme formant un seul et même organisme vivant. C’est le cas par exemple d’un essaim d’abeilles. Darwin lui-même s’était déjà rendu compte que, dans ce cas, la sélection naturelle ne s’applique plus aux abeilles, mais à l’essaim. Au lieu d’être en compétition entre elles, les abeilles coopèrent pour le plus grand bénéfice de la ruche. On constate alors que la taille des essaims d’abeille n’est plus distribuée suivant une loi en 1/fréquence, mais est centrée autour d’une taille optimale [source].

L’humanité atteindra-t-elle un jour l’état stationnaire caractéristique de l’homéostasie ? » [source].

[1] Même la simple consommation de fruits sauvages ou d'eau de la rivière requiert un travail, consistant notamment à se déplacer vers les lieux où se situent ces ressources naturelles. Les techniques et outils peuvent simplifier ce travail humain (minimiser la dépense d'énergie) mais jamais le supprimer complètement.

[2] Corruption de la classe politique européenne par Washington :
Déclaration de Paul Craig Roberts, qui fut Secrétaire Adjoint au Trésor pour la politique économique et rédacteur en chef adjoint du Wall Street Journal : "Lors de mon doctorat, mon président de thèse, qui est devenu un haut fonctionnaire du Pentagone, en réponse à ma question sur la façon dont Washington a toujours réussi à imposer aux Européens ce que Washington voulait m’a répondu :
- « L’argent, nous leur donnons de l’argent ».
- « L’aide étrangère ? » ai-je demandé.
- « Non, nous donnons aux dirigeants politiques européens des valises pleines d’argent (bags full of money). Ils sont à vendre, nous les avons achetés. Et ils viennent rapporter ».
Peut-être que cela explique les 50 millions de dollars amassés par Tony Blair en une année ...
" [source].
Corruption de la classe politique US par les super-riches et les grandes sociétés :
Dans un interview télévisé datant d'août 2015 le milliardaire US Donald Trump déclare qu'il achète des politiciens chaque fois qu'il en a besoin, et que ce système est généralisé [source].

[3] En jargon économique les entreprises demandent du travail et les travailleurs offrent leur travail, le salaire étant le prix du travail. De même les employeurs offrent des emplois et les travailleurs demandent des emplois.