Développement durable

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Màj : 6 déc. 2018

Facteur de production

Facteurs vs moyens de production

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Avant d'aborder l'étude de ce phénomène dynamique qu'est la croissance économique il convient de définir ses agents et objets.

Fonction
de production

La théorie économique enseignée dans les universités reconnaît deux facteurs de production grâce auxquels les biens sont fabriqués et les services prestés : le capital (K) et le travail (L) :

Q = f ( K , L )    où Q représente la quantité produite, et f() la fonction de production.

Sans travail humain il ne peut y avoir production de valeurs [1]. D'autre part le travail – même seulement intellectuel – requiert de la matière première (notamment comme source d'énergie). Par conséquent la fonction de production doit être formulée de telle sorte que f (0) = 0 dès qu'au moins un des deux facteurs de production est nul : par exemple Q = A * Kα * L1-αA est une mesure de la productivité globale [approfondir], et que l'on peut exprimer en taux de croissance : dQ / Q = dg / g + α dL / L + (1 - α) dK / K.

Productivité. On peut alors mesurer la productivité de chacun des facteurs par Q(L , K) / L et Q(L ,K ) / K, leur productivité globale étant A = Q / Kα * L1-α.

Le capital
n'est pas
un facteur
de production

La supercherie fondant l'idéologie "libérale" du capitalisme fétichiste et prédateur – la théorie économique enseignée dans les universités – consiste donc à nier la distinction entre facteur et moyen de production : travail et capital seraient tout deux "facteurs" ou "moyens" de production, les deux termes étant interchangeables. Or en réalité seul le travail humain est facteur (c-à-d agent) de production, tandis que le capital n'est qu'un moyen (c-à-d objet) de production. Ainsi les moyens de productions (mêmes les robots qui fabriquent des robots) sont in fine produits par le travail humain, seul facteur de production, utilisant des moyens de production pour produire des biens et services de consommation ou de production.

Capital financier. Il convient en outre de distinguer capital non financier et capital financier : ce dernier est un titre de propriété pouvant être converti en d'autres formes de capital financier (actions, obligations, ...) ou en capital non financier (investissement productif). Dans les deux cas cette transformation requiert du travail humain (très peu dans le premier, beaucoup plus dans le second). Notons enfin que sa nature physique est aujourd'hui essentiellement virtuelle et, partant, sa valeur intrinsèque quasiment nulle (les métaux précieux ne constituent plus qu'une part infime de l'épargne). En particulier la monnaie, étant constituée de bits d'informations, peut être produite à coût quasiment nulle, sa seule contrainte quantitative étant le risque inflationniste.

Théorie "agent-objet de production"
Facteurs de production = Agents
  • Par leur travail physique et intellectuel – et à partir des ressources naturellesles humains produisent des biens & services de production, de consommation (sphère réelle) et d'allocation de ceux-ci entre les individus (sphère financière).

    Justice et solidarité : les ressources naturelles ne devraient-elles pas être également partagées entre les humains ?

Biens & services = Objets (physiques ou virtuels)
  1. de production (capital non-financier) :
    • ressources naturelles : minérales et organiques ;
    • bâtiments, machines, logiciels, bases de données, ...
    • capital intangible (essentiellement incorporé dans les hommes : éducation, santé, R&D).
  2. de consommation.
Sphère
réelle
  1. d'allocation des biens/services de la sphère réelle (capital financier) :

    • titres de propriété potentielle (droits d'achat) sur les moyens de production et les biens/services de consommation : monnaie et produits fin. dérivés ;
    • titres de propriété effective sur :
      • de la monnaie : obligations et produits fin. dérivés ;
      • des moyens de production : actions et produits fin. dérivés.
Sphère
financière

Droits des animaux. Nous supposons par "travail" le seul travail humain, les animaux étant considérés comme des objets. Ce jugement de valeur est cependant remis en question par une partie semble-t-il croissante de la population, pour des raisons d'éthique mais aussi pour des raisons de propagande libérale. Pour les propriétaires d'entreprises privées l'idée d'égalité entre humains et animaux n'a pas pour objectif d'étendre les droits humains aux animaux mais de réduire les humains à des marchandises, comme le sont déjà les animaux. Si le concept de droit des animaux participe certes au progrès de l'humanité conçue dans un sens large, prenons garde cependant que cette évolution ne soit exploitée et détournée à des fins privées (ce qui est souvent le cas des mouvances humanitaires, qui sont ainsi dénaturées et neutralisées). Le monde parfait n'existe pas mais on peut toujours se rapprocher un peu plus d'un idéal.

L'opinion publique associe généralement le capital financier à l'activité dite "d'investissement". Or il y a deux types d'investissements :

  • investissements productifs : le financement d'activités productives et socialement utiles;
  • investissements financiers : le simple achat d'actifs (financier ou non) pour percevoir des intérêts (obligations) ou dividendes (actions), et des plus-values (obligations, actions, devises, biens réels, produits financier complexes).

L'investissement productif requiert nécessairement du travail, tandis que l'investissement financier n'est que l'appropriation de biens ou de revenus, qui proviennent nécessairement du travail fourni par les investissements productifs (P.S. La spéculation n'est qu'un pari se soldant par un transfert de richesse, du perdant vers le gagnant. Ainsi dans le chantage systémique du "too big to fail" les banque sont toujours gagnantes, ainsi que les décideurs politiques qu'elles achètent, tandis que les contribuables sont toujours perdants).

Le capital comme instrument de prédation

Capital
financier

Le piège des emprunts à l'étranger. Pour acheter des produits que l'économie nationale ne produit pas ou pas assez (haute technologie, matières premières, ...) un État doit payer soit dans la devise du pays où il achète ces biens, soit dans la devise d'un pays dont la monnaie est acceptée par des entreprises partout dans le monde (généralement le dollar US). Pour se procurer des devises étrangères un pays doit de préférence être exportateur net de biens/services, et dans le cas contraire (importateur net) il doit alors se résigner à emprunter des devises ... et donc à payer des intérêts. Mais comment va-t-il payer ces intérêts s'il demeure importateur net ? Réponse : par de nouveaux emprunts !

Intérêts composés. Normalement la croissance de la charge d'intérêt annuelle augmente linéairement. Mais lorsque celle-ci est chaque fois ajoutée au principal (on parle alors d'intérêts composés) la croissance de la charge devient exponentielle, de sorte que la charge d'intérêt devient rapidement supérieure au principal ! Beaucoup de pays africains ont été asservis de cette manière (parfois même avec la complicité de leurs dirigeants) car le remboursement d'intérêts composés exige que le PIB du pays emprunteur connaisse également une croissance exponentielle !

FMI et privatisations. C'est là qu'intervient Le FMI, créé à la fin de la seconde guerre mondiale à l'initiative du gouvernement US. Le FMI accorde des prêts en dollars aux États qui en font la demande, mais en échange il impose aux gouvernements emprunteurs d'appliquer à leur économie un programme dit « plan d'ajustements structurels ». Ce programme fondé sur l'idéologie "libérale" consiste notamment dans la privatisation des biens nationaux et des services publics, et qui plus est, à des prix systématiquement (très) sous-évalués, au bénéfice des grandes sociétés privées (souvent sous contrôle US) qui achètent ces entreprises publiques étrangères pour les exploiter à leur profit.

Cette situation est extrêmement perverse car l'appareil d'État US (gouvernement + grandes sociétés) a donc intérêt :

  • à corrompre les gouvernements étrangers afin que ceux-ci "fassent ce qu'il faut" pour que l'État qu'ils gouvernent soit amené à emprunter au FMI [2] ;
  • à saboter les tentatives de création d'une monnaie spécifiquement internationale et pouvant être prêtée aux États sans intérêts.

"Cadeaux" intéressés. Lorsque les prêts se transforment éventuellement en dons (annulation de dette), c'est généralement en échange d'une accentuation des plans d'ajustement. En outre il demeure que les devises octroyées (en l'occurrence du dollar) ne peuvent de toute façon être utilisées que pour acheter soit des produits US, soit sur le marché international, ce qui permet d'asseoir le dollar comme devise internationale. Le fait que la devise internationale soit une devise nationale (le dollar US) plutôt qu'une devise spécifiquement créée à cet effet introduit un biais favorisant grandement l'État et les entreprises US qui n'ont jamais besoin de se procurer de devise étrangère pour acheter à l'étranger : il leur suffit de payer en dollars !

Capital
non financier

Double exploitation. Les pays développés investissent du capital non financier dans les pays en développement, qui eux exportent des travailleurs (et des matières premières) vers les pays développés, phénomène que la dialectique libérale décrit comme un "échange de facteurs de production". Or nous avons montré plus haut que le capital n'est pas facteur/agent de production mais seulement moyen/objet de production, et aussi titre de propriété (sauf les dons). Seul le travail humain est facteur/agent de production.

Par conséquent « exporter du capital » signifie en réalité « prendre possession de ». Le prétendu "échange" de capital contre de la main d'oeuvre est donc en fait une double exploitation, les pays riches prenant le contrôle des ressources naturelles des pays pauvres (avec la complicité de dirigeants indigènes), qui en outre perdent leurs facteurs de production (c-à-d les humains, surtout les plus jeunes ou les plus qualifiés) au profit des pays riches, ou du moins de leur classe dirigeante car la masse des salariés subit quant à elle la concurrence de cette main d'œuvre étrangère bon marché.

Autonomie. Enfin les éventuels revenus envoyés par les travailleurs immigrés à leur famille restée au pays ne compensent ni la perte de facteurs de production que sont les travailleurs émigrés, ni le rapatriement des plantureux dividendes engrangés par les propriétaires des entreprises étrangères. Le meilleur développement est donc celui qui est réalisé par les populations indigènes elles-mêmes, en commençant par installer des institutions politiques, administratives, judiciaires et scientifiques efficaces c-à-d adaptées à leur culture (ce que, par nature, elles seules sont en mesure de faire). Autrement dit, les entreprises occidentales et chinoises qui investissent en Afrique participent moins au développement de ce continent qu'à leur propre enrichissement.

Revenu
national
et PIB

Revenu national. Toute la problématique développée dans cet encadré illustre parfaitement la différence entre revenu national et PIB : le revenu national c'est le PIB plus les revenus net perçus à l'étranger (1% en France 2010) moins la dépréciation du capital (14% en France 2010) [source p. 19]. Ainsi si le revenu national français vaut 87% du PIB (100+1-14), il vaut probablement beaucoup moins en Afrique car une part importante du capital productif est détenue par des entreprises étrangères (surtout européennes et chinoises).

PIB. D'autre part comprenons bien que l'augmentation du PIB par habitant (qui n'est qu'une moyenne) peut aller de pair avec l'appauvrissement d'une majorité de la population, au profit d'une minorité s'accaparant une part croissante des richesses (dont les décideurs politiques corrompus).

Comprendre les chaînes de valeur mondiales (4m54s, 2015)

Ces notions étant clarifiées nous pouvons maintenant aborder le mode opératoire de la croissance économique, et plus particulièrement la dynamique par laquelle le travail humain (seul facteur de production ) développe l'économie au moyen du capital matériel et immatériel (les moyens de production).

Dynamique de la fonction de production

Formulation

L'égalité fondamentale en macroéconomie est une égalité de comptabilité nationale Y = C + I + (X - M) où :

  • Y = PIB
  • C = consommation
  • I = investissements
  • X = exportations
  • M = importations

La comptabilité nationale ne considérant comme production que ce qui a été produit en échange d'un revenu, il en résulte que le PIB est équivalent (réduit ...) au revenu national brut (RNB = C + S où S = épargne : la partie du revenu qui n'est pas consommée est épargnée) . On déduit de ces deux égalités que S = I + (X - M). Par conséquent au niveau mondial ("économie fermée") X-M étant nul, on obtient que S = I : l'épargne finance ("est la contrepartie comptable") de l'investissement (productif et financier).

Le graphique ci-contre postule une économie fermée. Il fait apparaître que le mécanisme dynamique fondamental du développement économique (ΔY) est la boucle de rétroaction I-Y-S-I, dans laquelle la monnaie peut être injectée par deux voies.

Y-I-S.png

I --> Y. C'est là que se réalise la croissance économie ΔY. L'impact de I sur ΔY sera d'autant plus élevé que les investissements seront réalisés dans la production de biens et services pour lesquels il existe une large demande, ce qui pose la question du contrôle démocratique de la politique d'investissement.

Y --> S. Étant donné que Y=C+S ⇒ S=Y-C de sorte que pour C constant S sera d'autant plus grand que le revenu réel sera élevé c-à-d que le revenu nominal sera élevé et l'inflation basse.

S --> I et S --> M. Si les dividendes rapportent plus que les intérêts et la spéculation financière, alors S ira vers I (investissements en capital non financier), et vers M dans le cas inverse (investissements en capital financier).

ΔM --> I et ΔM --> Y. Le système monétaire peut injecter la monnaie dans l'économie de deux façons (éventuellement complémentaires) : par financement directe des investissements, et par financement indirecte via les agents économiques qui décideront individuellement de l'allocation de ce revenu.

Le système monétaire actuellement opéré par le secteur bancaire applique complémentairement ces deux modes d'injection via les crédits bancaires. Mais l'article sur le financement distributif de l'AU suggère que cette méthode n'est pas la meilleure, et qu'il est préférable que la création monétaire soit distribuée également et gratuitement entre les personnes physiques.

Déterminants

De nombreux travaux empiriques suggèrent que les principaux déterminants du développement économique sont la formation, la R&D, les investissements et le cadre institutionnel :

  1. Facteurs de production : la formation des travailleurs.
  2. Moyens de production :
    • les investissements en capacités de production de biens/services ;
    • les innovations techniques (R&D) qui améliorent le fonctionnement des biens/services de production et de consommation.
  3. Cadre institutionnel : les pouvoirs exécutif, législatif et judiciaire jouent évidemment un rôle déterminant dans la qualité des relations entre agents économiques (dont la confiance) et dans la qualité des politiques gouvernementales (c-à-d la mesure dans laquelle elle répondent aux aspirations de la collectivité).

Rétroaction. Entre ces déterminants du développement il existe un effet de boucle de rétroaction : la relation formation --> R&D --> investissement devient boucle lorsque les investissements génèrent une masse d'informations accumulées par la pratique et pouvant enrichir la formation et/ou la R&D.

formation-recherche-investissement.png

Il est donc important que tout processus d'investissement comporte une procédure pour collecter ces informations puis les injecter dans les systèmes de formation et de R&D. On notera à cet égard qu'un système économique public (entreprises publiques + services publics + administration + motivation collective) est mieux à même de réaliser cette tâche que le secteur privé qui, étant motivé par la maximisation du profit privé à court terme, n'a pas d'intérêt à engager des coûts en ce sens.

Cette boucle rétroactive induit un effet multiplicateur, illustré par la croissance exponentielle du PIB par habitant sur le long terme [source].

Innovation

Le tableau suivant suggère une forte corrélation entre performance économique et R&D, les pays de la colonne de gauche ayant généralement un PIB/hab supérieur à celui des pays de la colonne de droite.

Dépenses en R&D en % du PIB (33 pays - 2011) Source : OCDE
Les 10 plus hauts Les 10 plus bas
Israël 4,34 Portugal 1,59
Finlande 3,90 Tchéquie 1,55
Corée 3,74 Espagne 1,39
Suède 3,39 Italie 1,26
Japon 3,26 Hongrie 1,17
Danemark 3,07 Turquie 0,84
États-unis 2,83 Pologne 0,74
Allemagne 2,80 Slovaquie 0,63
Autriche 2,79 Grèce 0,5 (2008)
France 2,24 Chili 0,42

TIC. Les statistiques économiques suggèrent que les technologies de l'information et de la communication (TIC) n'ont pas (encore) eu d'effet positif sur la productivité. Cependant ces statistiques sont probablement trompeuses, et cela pour deux raisons.

D'une part l'adaptation des systèmes de production à une innovation technologique, et partant l'apparition des gains de productivité induits, sont des processus dont la réalisation peut prendre plusieurs décennies. C'est le temps qu'il faut pour que soient complètement remplacées les générations des travailleurs pour qui les TIC sont difficilement accessibles relativement aux nouvelles générations qui manipulent les TIC depuis leur plus jeune âge. Ce phénomène peut expliquer que des vagues d'innovation technologique peuvent commencer par une momentanée baisse de la productivité. Ainsi les ordinateurs de bureau et les programmes qu'ils permettent de faire tourner (tableurs, etc) étant apparus dans les années 1980, nous n'observerons leurs pleins effets sur la productivité que dans les années à venir [exemple de premier signe].

D'autre part les techniques de mesure du PIB s'améliorant on devrait sortir de l'ombre des richesses immatérielles créées par le développement des services (et notamment des technologies liées à Internet), actuellement sous-évaluées [approfondir].

Droits de
propriété
intellectuelle

Les droits de propriété intellectuelle sont supposés favoriser la R&D en garantissant aux inventeurs la possibilité de s'enrichir (après avoir récupéré les investissements). Cependant ces droits ont également pour effets (i) de ralentir la propagation des innovations dans le temps et l'espace, et (ii) d'en augmenter le prix pour la collectivité. . Il est donc primordial que l'État participe également à la R&D et mette ses découvertes et innovations dans le domaine public [exemple]. Mais les lobbies industriels privés n'y sont pas favorables car cela représente autant d'opportunités de profits qui disparaissent au bénéfice de la collectivité (PS : on peut comparer la R&D à la conquête du Far-West : les premiers arrivés sur un nouveau territoire en deviennent propriétaires).

Quantitatif et qualitatif

Le développement économique peut se mesurer en termes quantitatif et qualitatifs :

  • quantitatifs : un nombre croissant de besoins sont satisfaits par de nouveaux produits/services (diversification) ;
  • qualitatifs : le coût de production et d'utilisation des biens/services (quantité de travail, consommation énergétique, impact environnemental et psychique, ... ) baisse grâce à une meilleure efficacité des systèmes de production et d'utilisation (gains de productivité).

Or en l'absence de gains de productivité la croissance quantitative par individu ne peut se réaliser que par une augmentation du temps de travail. Autrement dit : à production constante la croissance qualitative signifie diminution du temps de travail (sans perte de revenu), grâce à l'augmentation de la productivité du travail humain.

Il en résulte que le développement durable requiert nécessairement que les gains de productivité soient essentiellement convertis en diminution du temps de travail. Or cela est d'autant plus difficile à réaliser que les gains de productivité sont accaparés par les propriétaires des principaux moyens de production, comme en témoigne l'augmentation des écarts de richesse. Le développement durable requiert donc également la nationalisation systématique des grandes sociétés (moins de 1% de toutes les entreprises, mais toute de même un tiers de l'emploi total).

Croissance vs
développement

On obtient ainsi un critère objectif permettant de différencier les concepts de croissance économique et de développement durable :

  • la croissance économique privilégie le quantitatif sur le qualitatif (cf. les stratégies d'obsolescence programmée), et est fondée sur la maximisation du profit privé ;
  • le développement durable privilégie le qualitatif sur le quantitatif, et est fondé sur le partage des pouvoirs financier et politique.

Comprendre l'impact des gains de productivité sur l'économie (3m18s - 2015)

Mesures de la croissance

Nous allons d'abord évoquer la mesure de la croissance sous ses aspects quantitatifs. Ensuite nous passerons aux aspects qualitatifs, qui sont malheureusement beaucoup moins pris en considération par la classe politique et les journalistes.

Mesure quantitative de la croissance

Le Produit Intérieur Brut (PIB) mesure la quantité de biens et services produits durant une période déterminée (généralement une année ou un trimestre).

Le taux de croissance du PIB mesure la variation du PIB entre deux périodes. Nombreux sont les chefs d'entreprises, politiciens et journalistes qui, lorsque ce taux diminue, parlent de ralentissement économique même si le volume de production n'a pas diminué par rapport à l'année précédente !

Effet d'échelle

Supposons que le PIB/hab était de 100 en période 1, puis 105 en période 2 et enfin 110 en période 3 (soit une croissance en volume constante, de 5 entre chaque période). Dans ce cas le taux de croissance est de 5 / 100 = 5 % entre 1 et 2, puis de 5 / 105 = 4.8 % entre 2 et 3. Il y a donc certes diminution du taux de croissance, mais le volume produit par habitant n'a pas baissé !

Autre exemple. Supposons que début 1950 le PIB était de 1000 unités et le taux de croissance de 5% cette année là. Donc 0.05x1000=50 furent produites en plus que l'année précédente. Supposons maintenant que début 2000 le PIB était de 5000 unités mais le taux de croissance de seulement 2% cette année là. Donc 0.02x5000=100 furent produites en plus que l'année précédente, soit deux fois plus qu'en 1950 !

Il y a-t-il crise
économique ?

Le graphique ci-dessous illustre parfaitement la propension des politiciens et journalistes à évoquer perpétuellement un "crise économique", "justifiant" ainsi une perpétuelle modération salariale, ce qui permet aux propriétaires des moyens de production d'accaparer une partie considérable des gains de productivité.

Taux de croissance du PIB en France[année de base : 2005 - source]

Taux de croissance du PIB en France

Pourtant si l'on regarde l'évolution du PIB par habitant (certes à plus long terme) on obtient une image totalement différente, et qui révèle que le véritable problème est moins les supposées "crises économiques" que le partage insuffisant des richesses produites (NB : le PIB/hab indique la part de la production qui serait allouée à chacun si celle-ci était également partagée entre tous les citoyens)..

PIB mondial par habitant[source]

Taux de croissance du PIB mondial par habitant

Mesure qualitative de la croissance

Le PIB est un indicateur très imparfait de l'adéquation, efficacité et répartition des richesses produites.

Les biens et services produits correspondent-ils à la demande et aux besoins réels des citoyens ? (armes, jeux vidéo, publicité, ...). Ne sur-pondère-t-il pas le technologisme ?

Quant au PIB/hab il n'indique que la part de richesse produite qui serait allouée à chacun si celle-ci était également partagée entre tous les citoyens, de sorte que ce ratio n'est un indicateur que de la répartition potentielle, et non effective des richesses.

Il existe des indicateurs alternatifs tels que le HPI ou l'IDH :

  • Le « HPI » (Happy Planet Index, en français : "Indice de la Planète Heureuse") est un indicateur économique alternatif. Il classe 178 pays d'après 3 indicateurs : l’empreinte écologique, l’espérance de vie et le degré de bonheur des populations. Le classement des pays selon cet indicateur est très différent de celui obtenu sur base du PIB/habitant.
  • L'IDHI (Indicateur de Développement Humain ajusté aux Inégalités) est une mesure du développement humain prenant compte des inégalités dans la distribution de la santé, de l’éducation et du revenu.

Le meilleur indicateur de performance économique à ce jour est selon nous un graphique indiquant pour chaque pays la performance relative de l'IDH par rapport aux ressources utilisées (que nous appelons IDHD pour "indice de développement humain et durable"). C'est précisément ce que fait le graphique ci-dessous, réalisé à partir des données du PNUD (2013) : l'axe vertical mesure l'IDH, tandis que l'axe horizontal mesure les ressources utilisées ("empreinte écologique"), à savoir « les surfaces de terres et d'eau (en hectares par personne), biologiquement productives, nécessaires pour (i) produire les ressources qu´un individu, une population ou une activité consomme, et (ii) pour absorber les déchets générés, compte tenu des techniques et de la gestion des ressources en vigueur » [source].

IDH-vs-PIB.png

Pour agrandir, Cliquez-droit sur l'image > Afficher l'image.
Source : Investig'Action et Wikipedia

Lecture du graphique. Ce classement graphique des pays illustre le fait que ceux-ci devraient viser à maximiser l'IDH (progresser vers le haut de l'axe vertical) tout en minimisant l'utilisation des ressources (progresser vers la gauche de l'axe horizontal). Il ressort de ce classement que le champion toutes catégories est ... Cuba (en haut à gauche dans le graphique). En effet, parmi les pays ne dépassant la biocapacité de notre planète (2,1 hectares par personne - axe horizontal) Cuba est le pays avec le plus haut indice IDHD !

Le niveau de consommation des cubains (à ne pas confondre avec le niveau de qualité de vie !) est certes inférieur au nôtre, mais les soins de santé et l'enseignement y sont totalement gratuits. En outre le temps de travail y est inférieur, et l'environnement nettement mieux préservé.

Le fait que Cuba est l'économie la plus performante au regard de cet indicateur confirme notre thèse selon laquelle le développement durable requiert de maintenir les écarts de richesse en deçà d'une certaine limite, en intensifiant la redistribution des richesses produites par la société [approfondir].

Embargo contre Cuba. N'oublions pas que Cuba subit depuis 1962 (!) un embargo économique de la part du gouvernement US [source]. Par conséquent en l'absence de cet embargo les performances économiques de Cuba seraient bien plus élevées ...

Coûts et bénéfices

Minimiser
les coûts

Le prix des biens & services est composé des coûts de production et d'un bénéfice par unité de vente :

  • prix = coûts de production + bénéfice net
  • coûts de production : matières premières, produits et services intermédiaires, machines & bâtiments (amortissements et investissements), salaires, formation, R&D, frais divers, coût des emprunts, impôts et taxes, ...

Le coût de production est une notion relative. Par exemple le salaire est un coût pour l'employeur (NB : une personne morale) mais un revenu pour le salarié (NB : une personne physique). De même les produits et services intermédiaires constituent le chiffre d'affaire des fournisseurs. À ces points de vue individuels il faut ajouter le point de vue collectif : les impôts permettent de financer des services publics (police, justice, voirie, traitement des déchets, sécurité sociale, ...) ; la pollution de l'environnement par les véhicules et les usines constitue un coût pour la société ; etc.

Alors, est-ce toujours une bonne chose que de minimiser les coûts ? Oui, notamment pour des raisons écologiques. Il s'agit de minimiser les pertes, toutes les pertes. Et pour ces mêmes raisons, il importe également de minimiser les bénéfices !

Minimiser
les bénéfices

Dans les économies les plus avancées les grandes entreprises tendent (i) à délocaliser certaines de leurs activités vers des pays à bas salaires (désindustrialisation) et (ii) à automatiser celles subsistant sur le territoire national. Il en résulte une baisse de la demande de travail par les entreprises [3] et donc une pression à la baisse de son prix (les salaires). Et si le prix du travail baisse relativement au niveau général des prix il en résulte que le revenu réel des salariés diminue.

Une réponse efficace à ces problèmes consisterait en la création d'entreprises publiques dans des secteurs d'innovation dans lesquels les pays à bas salaires n'ont pas de compétences. Cela requiert un système d'enseignement et recherche efficace, ainsi qu'un système de sécurité sociale intelligent (en l'occurrence l'allocation universelle du modèle synthétique) pour aider les salariés dont les compétences acquises durant leur carrière n'ont plus de valeur.

Obsolescence technologique. Le progrès et les modes technologiques évoluent tellement vite qu'une formation acquise pendant cinq années à temps plein peut devenir quasiment obsolète après une dizaine d'années. Or le temps de travail ne diminue pas suffisamment pour que la formation permanente puisse compenser intégralement ce phénomène ...

Problématique énergétique

Typologie

La problématique énergétique repose sur au moins quatre facteurs :

  1. extraction & production ;
  2. stockage ;
  3. distribution ;
  4. consommation.

Niveau de développement. Nous verrons que la problématique énergétique varie considérablement selon que l'on considère le cas des pays développés ou celui des pays en développement.

En amont l'extraction/production concerne les énergies primaires (c-à-d telles qu'on les trouve dans la nature : charbon, pétrole, uranium, vent, soleil, ...), et en aval nous consommons des énergies finales (c-à-d qui ont une composition/forme utilisable : électricité, fuel de chauffage, essence, ...). Cette distinction est fondamentale car en raison du second principe de la thermodynamique ("toute transformation de l'énergie – nécessaire pour la rendre utilisable – dégrade l'énergie en émettant de la chaleur") la quantité d'énergie finale disponible est nécessairement inférieure à la quantité d'énergie primaire correspondante [approfondir].

Les diverses sources d'énergie se distinguent par un profil spécifique dans la combinaison des quatre facteurs mentionnés plus haut. Ainsi chaque source d'énergie peut être caractérisée par un taux de retour énergétique (TRE), qui mesure l’autoconsommation du processus de transformation d’énergie primaire à finale.

Ainsi le tableau suivant montre que les énergies renouvelables ont un TRE relativement faible (PS : ce qui ne facilite pas la transition énergétique vers ces énergies considérées comme "vertes").

Science et politique ...

Mais pourquoi ce tableau n'intègre-t-il pas les données concernant le nucléaire ? J'ai posé la question aux aux auteurs de l'étude dont le graphique est extrait (des chercheurs de l'université catholique de Louvain). Voici leur surprenante réponse :

« Nous avons volontairement exclu le TRE de l'énergie nucléaire dans ce tableau comparatif. En effet, l'étude de l'énergie investie par unité d'énergie produite donne place à de nombreux débats, notamment à cause du coût énergétique du traitement des déchets qui n'est pas pris en compte dans la plupart des études existantes. Il existe des études qui intègre l’énergie nucléaire, et on voit que le TRE des centrales nucléaires est très bon. Par exemple dans une étude récente qui compare les TRE de 19 technologies différentes, ce sont les centrales nucléaires EPR qui présentent de loin le meilleur TRE (N.d.A. : souligné par nous). Mais comme mentionné plus haut, le nucléaire pose d'autres problèmes éthiques que nous n'avons pas souhaité approfondir dans le cadre de cette étude ».

Mais ce raisonnement est absurde car chaque type d'énergie comporte des coûts spécifiques. Par conséquent en quoi le fait que l'énergie nucléaire comporte aussi des coûts spécifiques justifie-t-il de ne pas mentionner sa rentabilité ? Cette censure est d'autant plus aberrante si le TRE du nucléaire est supérieur.

Les scientifiques ne doivent pas masquer la vérité scientifique pour des raisons estimées, à tort ou à raison, relever de "l'éthique".

Il existe différentes méthodes de calcul du TRE, qui se distinguent notamment par le nombre et la nature des coûts repris dans le calcul, et pouvant ainsi surévaluer le TRE de certaines énergies tout en sous-évaluant celui d'autres énergies ...

Ainsi l'énergie finale électrique produite à partir des énergies primaires éolienne, solaire et hydraulique sont confrontées au problème de leur intermittence : il n'y a pas toujours de vent, le ciel n'est pas toujours dégagé, et en outre l'occurrence de ces phénomènes naturels dans l'espace et le temps est généralement imprévisible. Par conséquent pour adapter la production de cette énergie électrique aux besoins des agents économiques il faut donc disposer :

  • de capacités de stockage, mais un courant électrique ne peut être stocké, il faut le convertir (par exemple en énergie chimique comme dans les batteries au lithium), or en vertu du second principe de la thermodynamique toute conversion implique une dégradation de l'énergie ;

  • d'un réseau mondial pour transférer le courant électrique des zones en surplus vers les zones en déficit de production : mais ces zones peuvent parfois être très éloignées, de sorte que ces réseaux devront être de grande taille et en mesure de gérer efficacement les variations de tensions et de charge.

TypePrimairesRenouvelablesProductionPollution
NucléairesUranium, deuthérium, ...Quasiment.Prévisible.
  • Recyclage des déchets.
  • Radiations accidentelles.
FossilesPétrole, charbon, gaz, ...Non.Prévisible.La combustion émet des gaz à effet de serre.
MouvantesCourants d'eau, vent, rayonnement solaire, ...Oui.Intermittente et imprévisible.
  • Recyclage des batteries.
  • Étendue du réseau de captation.
BiomassesBois, déchets biologiques, ...Oui mais sous contraintes de quantités et temps.Relativement prévisible.Faible (parce que les quantités sont faibles).

Selon nous le débat public sur la conversion énergétique (que nous développerons plus loin) serait facilité si les scientifiques remplaçaient – pour décrire les énergies éolienne, solaire et hydraulique – le terme "vertes" par "mouvantes", et laissaient aux individus le choix de décider si les énergies mouvantes sont plus "vertes" que les énergies nucléaires.

Evolution

L'évolution de la problématique énergétique au cours des dernières décennies est caractérisée par trois grandes tendances :

  • le remplacement du charbon par le nucléaire dans les pays développés ;

  • la diversification des sources d'énergie :

    • biomasses : essentiellement le bois, encore très utilisé comme source d'énergie dans les pays en développement ;
    • fossiles : pétrole, charbon, gaz ;
    • nucléaires : fission, la fusion contrôlée étant encore au stade de R&D ;
    • renouvelables : hydro-électrique (courants d'eau), éolien (vent), solaire (rayonnement diurne), ces deux dernières étant encore très marginales en raison de contraintes liées à leur nature intermittente ;

    Pays développés et en développement se distinguent par leur mix énergétique : dans les seconds la part du charbon et des biomasses est encore prépondérante.

  • l'augmentation de l'efficacité énergétique (rapport entre produit intérieur brut et consommation d'énergie) : +25% entre les années 1970 et 2000 [source] en raison :

    • du progrès technologique ;
    • de l'augmentation de la part des services dans le PIB (l'intensité énergétique – inverse de l'efficacité énergétique – est six fois supérieur dans le secteur industriel).

Malgré l'augmentation de l'efficacité énergétique la consommation globale d'énergie continue de croître. C'est l'effet rebond – encore appelé "paradoxe de Jevons" – phénomène de "fuite en avant" par lequel, quand on augmente l’efficacité avec laquelle une ressource est employée, la consommation totale de cette ressource a toutes les chances d’augmenter au lieu de diminuer.

On observe cependant une tendance baissière dans les pays développés depuis la crise financière née en 2007 aux USA.

Consommation d'énergie par habitant depuis 1980

Le graphique ci-dessus montre (i) l'énorme part de l'Amérique du Nord dans la consommation globale, (ii) la forte baisse dans cette partie du monde (*), (iii) que la croissance mondiale de la consommation d'énergie est due aux pays en développement et aux pays émergents.

(*) Dans quelle mesure cette baisse est-elle due à une augmentation de l'efficacité énergétique ou à une forte surestimation de la croissance économique en Amérique du Nord ? La concomitance avec la crise de 2008 et l'observation de l'effet de rebond dans les décennies précédentes suggèrent que la seconde explication est prépondérante.

Composition énergétique

Au niveau mondial, notre consommation d'énergie est composée composée comme suit :

  1. 78% d'énergies fossiles (pétrole, charbon, gaz) : très polluantes car leur combustion émet de grandes quantité de gaz à effet de serre (dont le CO2) ;

  2. 17% d'énergies renouvelables (biomasses, courants d'eau, vent, rayonnement solaire, ...) : leur production & consommation émet peu d'équivalent CO2, mais la nature éparpillée de leur infrastructure de production modifie considérablement le paysage, et surtout la nature irrégulière et difficilement prévisible de leur disponibilité doit être neutralisée par des capacités (i) de stockage suffisantes (que ne permet pas encore la technologie actuelle), (ii) d'importation à partir de régions en surplus temporaires (et généralement éloignées), (iii) de gestion des surtensions et surcharges ;

    Le classement des biomasses (essentiellement le bois) en tant qu'énergie renouvelable (9 points de % sur les 17 dans le tableau infra) doit être relativisée car de nombreuses sortes d'arbres n'atteignent leur taille adulte qu'après plusieurs décennies, ce qui dans certains pays en développement a d'ailleurs conduit à des émigrations massives de régions complètement déboisées.

  3. 5% d'énergie nucléaire : sa production & consommation émet peu d'équivalent CO2 et est disponible de façon continue et centralisée, cependant la technologie actuelle (la fission nucléaire) est caractérisée par un profil statistique de risque de pollution non linéaire : peu polluante si pas d'accident dans les lieux de production et de stockage des déchets, mais potentiellement très polluante en cas d'accidents (heureusement très rares).

Parts des énergies primaire s à l’échelle mondiale en 2010

Réserves de pétrole

[Source : academieroyale.be]

Dans les pays développés la part du nucléaire est beaucoup plus élevée, et parfois même très majoritaire (France, Belgique, ...).

Production française en énergie primaire par nature de source

mix-energetique-france

[source]

Cependant, dans certains pays développés comme l'Allemagne, le poids politique des écologistes a conduit le gouvernement à fermer progressivement ses centrales nucléaires. Mais comme la population n'est pas disposée à réduire d'autant son mode de vie, et que les technologies & infrastructures d'énergies "vertes" (solaire, éolien, ...) ne sont pas encore en mesure de se substituer au nucléaire (elles ne permettent pas encore de neutraliser les effets de l'intermittence des énergie "vertes" sur la stabilité de l'approvisionnement énergétique) ces gouvernements ont été contraints d'augmenter leur consommation de charbon, dont la combustion émet énormément de CO2 (alors que le nucléaire en produit très peu) ...

Changement climatique

Depuis le début du 19° siècle (révolution industrielle) la planète connaît un très important réchauffement climatique.

Variation climatique sur 2.000 ans

rechauffement-climatique-court.png

Les courbes colorées représentent les estimations de diverses sources, et la courbe noire leur moyenne [source].

Selon diverses sources le niveau actuel du réchauffement climatique a déjà été observé durant plusieurs périodes au cours des douze derniers millénaires, de sorte qu'il n'est pas certain que le réchauffement actuel soit provoqué par l'activité humaine (réchauffement "anthropique"), dont essentiellement l'émission de gaz à effet de serre par la combustion d'énergies fossiles (gaz et charbon) dans les processus de production (usines, ...) et de consommation (automobiles, avions, ...).

Variation climatique sur 12.000 ans

rechauffement-climatique-long.png

Les courbes colorées représentent les estimations de diverses sources, et la courbe noire leur moyenne [source].

La question
du CO2

François Gervais, qui s'est porté volontaire pour être examinateur du rapport AR5 du GIEC, conteste la conception univoque et réductrice qui fait du gaz carbonique le responsable de tous les maux en matière de climat [conférence, interview]. À l'instar de l'astrophysicien Nir Shaviv, un nombre non négligeable de scientifiques pensent que la cause déterminante des changements climatiques en général et du réchauffement climatique en particulier n'est pas l'activité humaine (via l'émission de gaz à effet de serre en général et de CO2 en particulier) mais l'activité solaire [source]. Dans l'affirmative se pourrait-il alors que la gestion des effets du réchauffement climatique requiert de dépenser plus d'énergie, et non pas moins ... ?

Transition
énergétique

À supposer qu'il existe une nécessité vitale (vs une simple utilité) d'une transition énergétique vers des énergies renouvelables (c-à-d non fossiles) il reste alors à déterminer quel mix d'énergies renouvelables : "vertes" (solaire, éolien, ...) avec ou sans nucléaire ?

La différence entre nécessité et utilité de la transition n'est pas anodine car elle implique des stratégies différentes en terme de timing et d'allocation des ressources financières pour réaliser cette transition. Il importe de concevoir une politique de transition énergétique rationnelle c-à-d la mieux adaptée à la réalité de la situation actuelle et à la probabilité des caractéristiques de son évolution future.

Les besoins de financement pour amorcer la transition écologique vers le développement durable en Europe sont estimés à 3% du PIB européen pendant au moins dix ans [source 2013]. PS : s'agit-il d'une transition avec ou sans nucléaire ?

Ainsi avez-vous remarqué qu'on nous parle tout le temps des effets négatifs du changement climatique, mais quasiment jamais de ses effets positifs ? Or il n'y a aucune raison pour qu'il n'entraîne pas aussi de conséquences positives : augmentation de la production agricole, développement du transport maritime, accès aux ressources de l'océan Arctique, baisse de la facture et des émissions de chauffage [source]. Or ces effets positifs réduisent le coût global du changement climatique. Et si, in fine, ce coût global s'avérait négatif, c-à-d que les avantages du changement climatique l'emportaient sur ses inconvénients ... ?

Politique énergétique

Introduction

La politique énergétique doit répondre à deux groupes de questions :

  • quel mix énergétique entre :
    • énergies "vertes" (solaire, éolien , ...) ;
    • énergies nucléaires (fission, fusion?, ...) ;
    • énergies fossiles (pétrole, charbon, gaz, ...).

    Le projet dit de "transition énergétique" vise à passer à 0% d'énergies fossiles, la question subsidiaire étant de savoir s'il faut également renoncer au nucléaire, et dans l'affirmative à quelle échéance.

  • comment réaliser la transition :
    • par le marché des droits d'émissions ;
    • par la planification.
Quel mix
énergétique

Nous allons voir que dans l'État actuel des technologies en matière de stockage de l'électricité (pas assez performantes) et de réseau mondial de compensation électrique entre régions en surplus et régions en déficit (encore quasiment inexistant) la transition énergétique doit soit se réaliser avec le nucléaire, soit impliquer une réduction drastique de notre niveau de vie (ce qu'une large majorité de la population ne semble pas disposée à accepter).

Comment
réaliser la
transition

Le marché du prix carbone s'est avéré un échec en raison du caractère irréaliste de ses fondements théoriques. Selon nous la transition vers une production énergétique décarbonée nécessitera l'implication massive de l'État dans le cadre d'une double action :

  • sur la production par le développement d'entreprises publiques dans le secteur énergétique ;
  • sur la consommation par l'interdiction (i) de la publicité dans les lieux publics, (ii) des techniques d'obsolescence programmée.

Quel mix énergétique ?

Énergies "vertes"

La problématique, évoquée plus haut, de l'intermittence inhérente aux énergies mouvantes (et des performances encore insuffisantes des technologies de stockage de l'électricité) pourrait être résolue par le développement d'un réseau mondial de distribution d'électricité, permettant de transférer l'électricité des régions en surplus momentané vers les régions en déficit momentané [approfondir].

Les partisans de la transition énergétique (TE) vers les énergies renouvelables affirment même que l'amélioration de l'efficacité énergétique des processus de production rendrait possible une croissance économique plus rapide que l’augmentation de la consommation d’énergie primaire (principe de "découplage relatif"), voire même avec une diminution de la consommation d’énergie primaire ("découplage absolu").

Le noeud du problème est de savoir si l'on incorpore le nucléaire dans les énergies renouvelables ou si l'on considère que seules les énergies mouvantes (hydraulique, éolien, solaire) sont renouvelables.

Le développement d'un réseau mondial d'électricité permettant les compensations inter-continentales exigera de construire d'importantes infrastructures, ce qui sera très probablement impossible sans énergie nucléaire.

Une fois ce réseau disponible il sera alors possible de se passer du nucléaire, mais cela impliquera que notre niveau de vie ne pourra plus progresser, car nous avons déjà atteint le maximum possible dans de nombreux secteurs en matière d'efficacité des énergies "vertes". Ainsi les éoliennes modernes ont atteint la limite physique de conversion imposée par la loi de Betz. D'autre part les études empiriques montrent une forte corrélation entre croissance économique et consommation énergétique, ainsi qu'un faible découplage relatif.

N'oublions pas que le taux de retour énergétique de l'éolien et du solaire est généralement plus faible que celui des combustibles fossiles et du nucléaire, notamment en raison des infrastructures décentralisées inhérentes à ces énergies intermittentes [source].

Énergie : le tout renouvelable est-il possible ? (4m24s - 2017)

Nucléaire
Sortir du
nucléaire ?

Dans les pays les plus développés l'énergie nucléaire est largement majoritaire. Cependant, suite aux accidents de Three Mile Island (1979), Tchernobyl (1986), et Fukushima (2011), une partie importante (majoritaire ?) de la population souhaite renoncer totalement à cette énergie, ce qui pose évidemment la question de la transition énergétique.

On peut résumer cette problématique en trois points essentiels : (i) il n'existe pas immédiatement d'infrastructure pour fournir une offre alternative d'énergie ; (ii) par conséquent la sortie immédiate du nucléaire exigerait nécessairement un forte diminution de la consommation en attendant que l'infrastructure soit adaptée [source] ; (iii) or il apparaît que même les partisans de la sortie du nucléaire ne sont pas disposés à modifier drastiquement leur mode de vie (constatez les réactions à mon commentaire sur la page Facebook de Bouli Lanners : cliquez sur "Afficher la suite" puis attendez quelques secondes pour que les commentaires apparaissent).

Approches
partisanes

Force est de constater que le débat public en la matière est biaisé par des approches partisanes, alors qu'il devrait être guidé par les règles de la méthode scientifique. D'une part les lobbies industriels du secteur énergétique, étant essentiellement composés d'entreprises privées, tentent d'influencer les recherches scientifiques dans un sens qui maximise leurs profits plutôt que l'intérêt collectif. D'autre part les médias, partis politiques et ONG subsidiées focalisent sur le lucratif catastrophisme climatique et nucléaire (*) : "les trains qui arrivent à l'heure, ça ne fait pas vendre".

(*) Il est frappant de constater que les partis écologistes attisent la peur du nucléaire tout comme l'extrême droite attise celle des étrangers. Cela confirme l'inefficience du système représentatif et des partis politiques. Selon nous la démocratie directe est une condition nécessaire du développement durable.

Si la responsabilité des lobbies industriels est souvent évoquée on évoque beaucoup moins celle des lobbies écologistes (partis politiques et ONG), qui de façon très populiste prônent la sortie immédiate du nucléaire tout en évitant de trop s'impliquer dans la complexe problématique de la transition énergétique ("comment sortir du nucléaire sans pénurie énergétique"). C'est que, dès que l'on rentre en détail dans cette problématique, on est confronté à des arbitrages dont aucune solution n'est complètement satisfaisante en raison de la résistance de la population à modifier son mode de vie. Ainsi l'actuel sous-investissement dans le nucléaire a pour effet qu'un nombre croissant de pays développés (dont l'Allemagne) ont augmenter leur consommation de charbon, dont la combustion émet énormément de CO2, contrairement au nucléaire qui en émet très peu ! On se retrouve ainsi dans une situation absurde où les ONG et partis écologistes, en niant le risque très réel de pénurie énergétique induite par une transition sans nucléaire, soit provoquent une hausse des émissions de CO2 via le retour au charbon, soit empêchent de facto une planification pragmatique de la sortie du nucléaire même dans les pays ayant théoriquement renoncé à cette forme d'énergie !

Ecolos-bobos. En raison de la résistance à la diminution du niveau de vie, la transition énergétique se traduira par une hausse du prix de l'énergie, ce qui touchera surtout les plus pauvres, dont la facture d'électricité ponctionne une portion plus importante du revenu. Cela est d'autant plus révoltant que les "bourgeois bohèmes" – qui ont généralement les moyens financiers de se payer une électricité plus chère – ne sont pas du tout disposés à modifier leur mode de vie. Pour le constater regardez parmi vos connaissances le nombre d'écologistes de salon qui se déplacent en voiture personnelle, voyagent en avion pour le tourisme, utilisent un smartphone et possèdent une télévision.

Du risque
nucléaire

Le risque nucléaire frappe les imaginations en raison des images des attaques atomiques US sur le Japon en 1945, et du populisme des partis et ONG écologistes pour qui le catastrophisme est politiquement ou financièrement rentable.

Les cas d'accidents graves dans des centrales nucléaires sont pourtant statistiquement très rares, et leurs nuisibilités sur les organismes vivants ont été manifestement surestimés comme en témoignent l'état de la faune et de la flore dans la région de Tchernobyl [source] et la très faible augmentation du nombre de cancers suite à l'accident de Fukushima [source].

Nationalisation. Il importe cependant de minimiser le risque d'accidents, notamment en nationalisant les centrales énergétiques car l'expérience montre que les privatisations ont logiquement conduit à des sous-investissements dans les infrastructures, les entreprises privées privilégiant par essence la profitabilité à court terme [exemple].

Le nucléaire
assez vert

L'énergie de fission nucléaire émet très peu de CO2. D'autre part, bien qu'étant théoriquement non renouvelable (sa matière première – l'uranium – existant en quantités limitées) elle l'est cependant pratiquement dans la mesure ou ses réserves connues sont suffisantes pour alimenter le parc nucléaire actuel pour au moins 135 années [source]. Or entre-temps le progrès technologique aura très probablement modifié la problématique énergétique.

De la fission à la
fusion nucléaire ?

La fusion nucléaire (actuellement au stade de R&D) est moins polluante et risquée que la technologie de fission appliquée dans nos centrales : déchets à radioactivité plus faible et à durée de vie plus courte, pas de risque de fusion du cœur. En outre elle constituerait une source d'énergie quasiment illimitée [source].

Alors que la matière première de la fission nucléaire est l'uranium (ou plus exactement son isotope 235U, seul isotope naturel fissible) celle de la fusion nucléaire est l'hydrogène (ou plus exactement son isotope 2H encore appelé deutérium, disponible en grandes quantités dans les océans).

La libération d'énergie par la fusion nucléaire est maîtrisée depuis 1952 (bombe H). On est donc aujourd'hui capable de déclencher une fusion nucléaire, mais pas encore de contrôler la réaction, ce qui permettrait d'utiliser la fusion comme source d'énergie pour construire plutôt que pour détruire. Le projet ITER est actuellement le plus avancé en matière de R&D sur la fusion nucléaire contrôlée, mais on n'est pas encore capable de libérer plus d'énergie sous contrôle qu'on en "consomme" pour ce faire ...

Certains scientifiques doutent d'ailleurs de la faisabilité de la fusion nucléaire à grande échelle, ce qui explique probablement le budget relativement modéré alloué au projet international ITER : une vingtaine de milliards d'euros (partagés entre Russie, Chine, Corée du Sud, États-Unis, Japon, Union européenne, Inde) ce qui est peu comparé aux 400 milliards de dollars qu'a nécessité le développement de l'avion de chasse F35 de l'armée US [source].

D'autre part il faut se demander quel serait l'impact écologique et psychologique d'une source d'énergie sans presque plus aucune contrainte d'approvisionnement (illimitée, disponible de façon continue, faible coût). Ainsi selon le physicien François Roddier « en tant qu’êtres vivants nous sommes adaptés à un flux limité d’énergie, celui de l’énergie solaire, pas à un flux capable de croître indéfiniment » [source]. Se basant sur le second principe de la thermodynamique, qui stipule l'on ne peut durablement produire du travail mécanique que par des cycles fermés de transformations extrayant de la chaleur d’une source chaude pour en rendre une partie à une source froide, Roddier en déduit que seule l'énergie solaire devrait être utilisée : « elle est notre source chaude à 6000°K. Notre source froide est le ciel nocturne à 3°K. Elle implique que nous prenions soin de la couche d’ozone qui nous en sépare » [source].

La croissance, c’est avant tout de l’énergie (6m10s - 2016)

Comment réaliser la transition énergétique ?

Marché des droits d'émission carbone

On distingue généralement quatre types d'actions via les prix de marché sur la production globale de CO2. Toutes visent à inciter les agents économiques à "internaliser" son coût social, en réalisant les investissements nécessaires pour réduire leur production individuelle de CO2 [source] :

  • plafonds d’émission : fixés individuellement pour chaque agent économique (idéalement), mais de telle sorte que le coût de la réduction des émissions d’une tonne de CO2 supplémentaire (le "coût marginal de réduction de la pollution") soit le même pour tous les agents économiques.

  • subvention : attribuée aux agents économiques pour chaque réduction d’une tonne de leurs émissions de CO2 --> ils diminuent alors leurs émissions tant que le coût marginal de réduction d’une tonne de CO2 est inférieur à la subvention, et inversement dans le cas contraire --> selon la théorie les coûts marginaux de réduction de la pollution tendent ainsi à s’égaliser au "prix de marché", ce qui conduit théoriquement à une répartition optimale des efforts.

  • taxation : chaque tonne de CO2 émise dans l’atmosphère est taxée d'un montant égal au coût pour la société de l’émission d’une tonne de CO2 supplémentaire (mais ce "coût marginal social de la pollution" peut-il être évalué avec suffisamment de précision ?) --> les agents économiques réduisent alors leurs émissions tant que le coût marginal de réduction d’une tonne de CO2 est inférieur à la taxe, et dès qu’il devient plus important, ils ont intérêt à payer la taxe plutôt que de réduire plus leur pollution --> selon la théorie les coûts marginaux de réduction de la pollution tendent ainsi à s’égaliser au "prix de marché", ce qui conduit théoriquement à une répartition optimale des efforts.

  • marché des droits d'émission : c'est le système de plafonds d'émission mais avec en plus un marché où les agents n'ayant pas atteint leur plafond vendent le solde à des agents qui ont atteint le leur et ont besoin de quotas supplémentaires --> si le marché fonctionne correctement, un prix d’échange de la tonne de CO2 s’établit et les agents réduisent leurs émissions de CO2 tant que le coût de cette réduction est inférieur à ce prix, et inversement dans le cas contraire --> toujours selon la même théorie les coûts marginaux de réduction des émissions s’alignent sur le prix de marché, ce qui permet une répartition efficace des efforts.

    En vertu de la loi de l'offre et de la demande le prix du marché sera fonction du nombre global de quota émis par les autorités, qui devraient être vendus aux enchères. Si le marché des enchères est "efficient" alors selon la théorie les quotas sont vendus à un prix qui égalise les coûts marginaux de réduction des émissions, ce qui implique que leur répartition serait alors efficace et équitable.

Dans tous les cas il faut en outre pouvoir mesurer les émissions, et sanctionner les comportements non autorisés.

La taxation et le marché de droits d'émission présentent deux avantages. D'une part ils génèrent des recettes pour les États. D'autre part ils sont supposés moins interférer dans la formation des prix par le marché (que les économistes libéraux considèrent comme le mieux à même de déterminer le prix permettant de répartir efficacement les efforts de dépollution).

Nous allons étudier plus en détail le système des droits d'émission, car il applique pleinement les principes théoriques de l'économie de marché, ce qui explique probablement son échec (car les marchés ne vérifient généralement pas les conditions telles que la concurrence y seraient pure et parfaite, de sorte que le prix de marché ne correspond généralement pas à un optimum de Pareto).

Droits
d'émission

Dans le système des droits d'émissions une autorité (de préférence internationale) impose aux entreprises (de préférence à des pays, selon le principe de subsidiarité) un quota d'émission de (tonnes) de CO2, mais tout en permettant aux agents économiques qui émettent moins de revendre leurs quotas excédentaires à ceux qui ne parviennent pas à réduire leurs émissions en dessous de leur allocation.

En pratique tout agent économique doit disposer à la fin de l'année du nombre de droits correspondant à ses émissions. S'il est en déficit il doit en acquérir sur le marché ou payer une amende (en principe supérieure au prix du marché). Ainsi une entreprise qui aura réalisé des investissements ayant pour effet de réduire ses émissions de CO2 ("investissements verts") pourra donc revendre une partie de ses droits d'émission (l'autre lui servant à développer son activité) à une entreprise ayant besoin de droits supplémentaires pour développer son activité. Celle-ci préférera acheter un droit si son prix est inférieur au coût de l'investissement requis pour réduire d'une tonne ses émissions de CO2. Si par contre le prix du droit d'émission est supérieur au coût de l'investissement vert, l'entreprise préférera réaliser celui-ci.

NB : le système des droits d'émission ne fonctionne donc que si le prix du droit d'émission (c-à-d le prix de la tonne de CO2) ne descend pas en dessous du coût de l'investissement vert.

On peut montrer qu'il est plus rationnel (moins coûteux pour la collectivité) d'utiliser ce système plutôt que d'imposer à toutes les entreprises une diminution proportionnelle de leurs émissions de CO2 :

Soient deux entreprises A et B qui émettent chacune 2 tonnes de CO2, le coût de l'investissement vert par tonne étant de 1000 pour la première et 10 pour la seconde. Si l'on impose à chacune de réaliser l'investissement vert pour une tonne alors le coût total est de 1010 pour deux tonnes d'émission en moins. Cependant l'on arriverait au même résultat (deux tonnes d'émission en moins) à un coût nettement inférieur (20) si l'entreprise B réalisait à elle seule l'investissement vert pour deux tonnes. Or on arrive "naturellement" à ce résultat si le prix du droit est situé entre 10 et 1000 [source p. 287].

Stabilité. Cependant cet exemple montre aussi que le système des droits d'émission ne fonctionne plus si le prix du droit descend en dessous de 10. Or rien n'empêche que le prix de marché des droits d'émission descende en dessous de ce niveau. Il faut donc prévoir un système de stabilisation relative du prix du carbone (par exemple en réduisant suffisamment le quota global des droits d'émission on peut repousser le prix au-dessus du niveau minimum).

Le prix de marché du droit est supposé mieux refléter la structure des coûts des entreprises qu'un prix fixé par l'autorité transnationale.

Unicité. Le prix de la tonne de CO2 (c-à-d le prix du droit d'émission de cette quantité de CO2) doit en outre être identique dans tous les pays si l'on veut éviter les délocalisations vers les pays où ce prix serait le plus bas.

Équité. Mais cela induit une discrimination à l'égard des pays en développement, habituellement gros émetteurs de CO2 (comme ce fut le cas des pays développé au 18° siècle, époque où il n'existait pas de restriction aux émissions de CO2). Il faut donc prévoir des compensations financières, soit à partir d'un "fonds vert" alimenté par les pays développé, soit en augmentant le quota des droits d'émissions des pays en développement.

Coordination internationale. Tout cela doit être réalisé dans le cadre d'un accord international, qui puisse de façon crédible :

  • mesurer les émissions de CO2 de chaque pays ;
  • contrôler les bourses vertes (notamment pour neutraliser la spéculation sur les droits négociables, et garantir une stabilité relative du prix des droits d'émission) ;
  • sanctionner les pays "passagers clandestins" (notamment par des mesures anti-dumping environnemental).

Peu efficace. Force est malheureusement de constater que le système du prix carbone est à ce jour peu efficace. Le graphique suivant montre que le prix des droits d'émission de CO2 (prix effectif résultant de la fiscalité et des marchés de droits) a toujours été inférieur à 30 euros la tonne. Or on estime que ce prix devrait être d'environ 45 euros pour réaliser l'objectif du GIEC, à savoir limiter le réchauffement climatique à 2° ... [source p. 275]. Et selon une estimation de l'OCDE publiée en 2018, le prix devrait être d'au moins 60 euros en 2030 pour réaliser l'accord de Paris [source].

Prix de la tonne de CO2 [source]

prix-tone-CO2.png

La première bourse du carbone a été créée en Europe en 2005

.

En outre de nombreuses fraudes ont été signalées sur ce marché : à la TVA, vol de quotas, installations qui ferment mais conservent leurs allocations, etc. Il est également à craindre que les grandes entreprises polluantes instrumentalisent ce système comme instrument de marketing (greenwashing). Ainsi un des promoteurs majeurs du marché des droits d'émission est l’IETA (International Emissions Trading Association), qui regroupe plus de 150 entreprises comme Shell, BP ou Total ... [source]. À ce jour, les faits donnent donc raison aux critiques selon lesquelles le droit d'émission ne serait qu'un droit de polluer.

Il faut cependant noter que le principe des droits d'émission négociables aurait été appliquée avec succès dans les années 1990 aux USA pour réduire de 50% en quelques années les émissions de dioxyde de soufre (NO2). Si cela fut effectivement le cas, la difficulté est cependant toute autre lorsqu'il s'agit de mettre sur pied un marché mondial ...

Notons enfin que l'on observe en Europe une baisse quasiment constante des émissions de CO2 depuis le début des années 1980 (mais est-elle insuffisante ?). Selon certaines estimations cette baisse tendancielle s'expliquerait essentiellement par des investissements verts (énergies renouvelables) ... à des coûts supérieurs à la tonne de CO2 ! [source]. Les aides publiques tant décriées par la théorie économique libérale ne sont-elles pas la cause de cette évolution positive ?

Evolution des émissions de CO2 en Europe [source]

evolution-emission-CO2-europe.png

Qu’entend-on par marché au carbone ? (2m07s - 2015)

Planification

La planification démocratique présente l'avantage de ne pas reposer sur les nombreuses hypothèses simplificatrices que postule la théorie des marchés efficients via le concept de concurrence pure et parfaite, et qui dans la réalité ne sont quasiment jamais vérifiées simultanément. En outre, étant par nature opposée au "laisser faire" propre à l'idéologie libérale "d'efficience des marchés" elle permet d'interdire des comportement nuisibles à la collectivité.

Ainsi la publicité et l'obsolescence programmée stimulent le réchauffement climatique car ces procédés visent à maximiser la consommation, donc la production, ce qui accroît d'autant les émissions de gaz à effet de serre.

Il serait donc judicieux que le pouvoir législatif déclare illégales la publicité dans les lieux publics, ainsi que les techniques d'obsolescence programmée.

Mais cela ne sera pas suffisant. C'est pourquoi la présence d'entreprises publiques dans tous les secteurs économiques constitue un moyen efficace de lutter contre l'obsolescence programmée, caractéristique de la maximisation à outrance des profits non sociaux, propre au secteur privé. Il importe que le consommateur puisse systématiquement avoir le choix entre des produits/services fournis par des entreprises privées et des entreprises publiques.

Le tableau suivant montre que la télévision et la presse sont les premiers vecteurs de publicité. D'autre part les smartphones connaissent un taux de croissance exceptionnellement élevé en cette matière.

Répartition des recettes publicitaires par média (France)

repartition-recettes-publicitaires.png

Source

Témoignage. Je n'ai ni télévision, ni smartphone, et je préfère de très loin les articles scientifiques aux articles de presse. Cela influence considérablement mes comportements de consommateur (pas de voiture, pas de tourisme, ...) mais également mon comportement politique (sens critique et créativité).

Le cas de l'industrie pharmaceutique

La publicité pour les médicaments est théoriquement interdite. Pourtant le budget marketing de cette industrie ‐ parmi les plus polluantes et cause majeure de la hausse des dettes publiques ‐ est supérieur à son budget R&D ! Comment cela est-il possible ? Parce que la publicité se fait non pas au niveau des consommateurs mais à celui des distributeurs que sont les médecins. En fait c'est plutôt de corruption dont il faudrait parler. Un médecin généraliste m'a confié que depuis le début de sa carrière il reçoit en moyenne chaque mois l'équivalent du salaire d'un employé de base en cadeaux divers gracieusement offerts par des sociétés pharmaceutiques : caisses de bouteilles de grands vins, vacances tous frais payés, restaurants étoilés, bons d'achats pour vêtements de luxe, etc. D'autre part les cas d'escroquerie scientifique semblent généralisés dans le secteur pharmaceutique [source, exemple]. Que les gouvernements tolèrent cette corruption ne peut s'expliquer que par leur propre corruption. La nationalisation totale et définitive du secteur pharmaceutique est donc une nécessité absolue, mais un telle mesure ne sera évidemment efficace que si l'État est réellement sous contrôle démocratique, ce qui n'est le cas qu'en démocratie directe ...

Nos recommandations

Approche
non partisane

Quoi qu'il en soit de l'origine anthropique ou non du réchauffement climatique, la politique de transition énergétique doit être libérée des approches partisanes, et fondée uniquement sur la rationalité. En particulier elle devrait :

  • reposer sur une évaluation du coût global du changement climatique, c-à-d en prenant compte aussi bien de ses effets négatifs que positifs ;

  • porter non seulement sur la production (l'offre) mais également la consommation (la demande) de biens et services, ainsi les incitations à consommer (publicité dans les lieux publics, obsolescence programmée, ...) devraient être interdites et sévèrement condamnées.

Quoi

Nous devrions investir plus dans les centrales nucléaires car les technologies d'énergies renouvelables n'ont pas encore atteint le niveau de maturité permettant de les substituer au nucléaire sans réduire notre niveau de vie, c-à-d sans consommer moins et/ou sans payer plus cher [exemple de la Belgique].

Il est certes utile de développer les énergies renouvelables, mais sans approche idéologique. Concrètement, il importe de modifier sans tarder la logique de l'actuel paradigme de transition énergétique, qui est de maximiser la rapidité de cette transition, alors qu'il serait plus rationnel d'en minimiser les effets négatifs sur la stabilité de l'approvisionnement énergétique. Autrement dit faut inverser la logique en donnant la primauté à la stabilité de l'approvisionnement énergétique sur la rapidité de la transition énergétique. L'on se donnera ainsi les ressources énergétiques pour développer les technologies de stockage de l'électricité et/ou un réseau mondial de compensation entre régions en surplus et régions en déficit, ce qui permettra in fine de limiter la conversion énergétique aux seules énergies "vertes" (solaire, éolien, ...) c-à-d sans le nucléaire.

Comment

Mais il importe en outre que l'État reprenne le contrôle de ce secteur stratégique, par la création de plusieurs entreprises publiques concurrentes, et par une politique énergétique centralisée. L'expérience montre que le non respect du cahier des charges en général et des investissements requis en particulier sont caractéristiques des missions de service publique confiées même partiellement au secteur privé [approfondir].

Pourquoi la croissance ?

L'idéologie "libérale" de maximisation du profit, conduisant au "toujours plus", est-elle pertinente ? Certains faits suggèrent que non. Par exemple il semble exister une taille optimale des organismes biologiques [exemple] et sociaux, qui est fonction des propriétés physico-chimiques de notre planète, ainsi que des cycles saisonnier et journalier. Selon l'éconophysique, approche thermodynamique de l'économie, plus on s'écarte de ces valeurs naturelles plus le retour à la normale est brusque et de grande ampleur, et donc perturbant pour les organismes concernés (certaines espèces ou sociétés pouvant même disparaître).

Mais alors qu'en est-il de la croissance économique, est-elle aussi vouée à s'arrêter ? Tout dépend de ce que l'on considère comme de la valeur économique, et en particulier des parts relatives de valeurs matérielles et immatérielles. Ainsi l'article sur le financement distributif de l'AU suggère qu'il existerait un taux de "croissance naturelle" de la masse monétaire, correspondant à un partage égal et gratuit de la création monétaire entre les personnes physiques

Thermodynamique

Depuis les travaux d'Alfred Lotka et Ilya Prigogine au siècle passé on sait que les structures dissipatives tendent à maximiser les flux d'énergie qui les traverse. Les physiciens énoncent cette loi sous la forme d’un troisième principe de la thermodynamique appelé principe d'entropie maximale [approfondir : "Travail, valeur et éthique"]. Selon le physicien François Roddier « la vie elle-même est un processus de dissipation d’énergie. Nous sommes faits pour dissiper l’énergie. Dès qu’une source d’énergie apparaît, nous nous précipitons vers elle comme les insectes vers la lumière à laquelle ils se brûlent » [source].

Développement non-durable. Ce troisième principe de la thermodynamique serait à la base d'une propension des structures dissipatives à s’auto-organiser en mémorisant de l’information sur leur environnement. Selon Roddier « plus une structure dissipative mémorise d’information, plus elle dissipe d’énergie. Mais plus vite elle dissipe de l’énergie, plus vite elle modifie son environnement, de sorte que l’information qu’elle mémorise devient assez vite obsolète. La structure dissipative a alors de plus en plus de mal à dissiper l’énergie. Pour pouvoir continuer à dissiper de l’énergie, une structure dissipative doit se restructurer. Elle a atteint un point dit critique à partir duquel l’information mémorisée se restructure constamment suivant un mécanisme d’avalanches » [source].

Pour illustrer son propos Roddier compare l’entropie à de la poussière. « Celle-ci tend à s’accumuler sur place. Une structure dissipative est comme une ménagère qui balaie la poussière de sa maison pour l’envoyer vers l’extérieur. Le problème est que la poussière va chez le voisin. C’est ce qui se passe dans une société de compétition. La sélection naturelle favorise celui qui dissipe le plus d’énergie, c’est-à-dire celui qui balaie le plus vite. Il finit rapidement par l’emporter en polluant tous les autres, d’où une montée rapide des inégalités » [source].

Ainsi « les hommes s’unissent pour former des sociétés à l’intérieur desquelles chacun coopère pour balayer ensemble l’entropie à l’extérieur de la société. C’est alors la société qui balaie le plus vite qui l’emporte sur les autres sociétés jusqu’au moment où c’est toute la planète qui est polluée. Il ne reste plus alors à l’humanité qu’à s’unir pour envoyer de concert l’entropie vers l’espace » ... [source].

Selon le physicien la société devrait « évoluer suffisamment lentement pour avoir continuellement le temps de s’adapter. Cela implique qu’elle restreigne sa dissipation d’énergie de façon à rester au voisinage du point critique. Malheureusement, la sélection naturelle tend à accroître sans cesse la dissipation d’énergie. Cela n’est donc possible que dans le cadre d’une société unique (N.d.A. : entendez "une forme de gouvernement mondial") ayant pris conscience du processus. (...) Il faudrait donc contrôler le flux d’énergie dissipée par l’humanité de façon à rester constamment au voisinage du point critique. Celui-ci correspond à un juste équilibre entre l’intérêt des individus et celui de la communauté » [source].

Régulation. D'autre part, comme tout moteur thermique, l'écosystème, les organismes vivants et la société humaine sont fondamentalement instables et ne perdurent que grâce à des mécanismes de régulation (régulation de la machine à vapeur de Watt au moyen d'un régulateur à boule, régulation de notre consommation de glucose par le pancréas, de notre alimentation par l'effet de satiété, ...). Dans le cas de la société humaine il est flagrant que le conditionnement publicitaire et l'obsolescence programmée doivent être neutralisés par des instruments régulateurs (lois, sanctions juridiques, ...).

Stationnarité optimale

Ce GIF animé montre en cycle les interprétations physique, biologique et économique [source].

Stationnarité optimale. Selon l'ingénieur-chimiste Robert Ulanowicz plus la quantité d’information qu'elle mémorise est grande, mieux une structure dissipative s’adapte à son environnement, mais plus elle doit modifier d’information pour rester adaptée, donc plus elle dissipe d’énergie. Il arrive un moment ou la fraction de mémoire disponible devient insuffisante, de sorte que les capacités d’adaptation de la structure n’augmentent plus et même diminuent. Il existerait une valeur de la fraction de mémoire utilisée (α) pour laquelle la capacité d’adaptation est optimale. Ulanowicz définit la robustesse R d’un écosystème comme étant sa capacité à s’adapter aux changements. Il montre que R doit être de la forme R = -α.log(α). La robustesse est nulle pour α = 0 et pour α = 1. Elle est maximale et égale à 1 pour α = 1/e où e est la base des logarithmes népériens (e = 2,718) [source].

Prolongeant la réflexion d'Ulanowicz, Bernard Lietaer associe la valeur α au rapport Capital/Revenus. 1/α est donc le patrimoine exprimé en années de revenu. On peut donc en déduire que le capitalisme serait optimal tant que le patrimoine demeure autour d'une valeur représentant 2,718 années de revenus. Or les travaux de Thomas Piketty confirment que cette valeur était justement vérifiée durant les "trente glorieuses" [source p.70-71].

Capitalisme

Nous sommes conditionnés à penser que pour survivre l'économie mondiale doit croître quantitativement. Or rien n'est plus faux. Nous venons de voir que pour survivre les organismes vivants ont besoin que leur "économie" soit stable et non pas croissante : principes d'homéostasie au niveau individuel, et d'économie stationnaire au niveau social.

Pour les humains ce fait n'exclut en rien l'aspect dynamique, mais cette dynamique devrait être moins quantitative (maximisation de la croissance) que qualitative (développement durable). Une fois que les besoins fondamentaux sont garantis par l'économie (nourriture, habillement, logement, énergie, transport, communication, formation, santé, sécurité), le progrès consiste à produire ces biens et services en travaillant et polluant de moins en moins.

Mais comment en sommes-nous venus à cette emprise idéologique de la croissance ? Commençons par constater que celle-ci est relativement récente dans l'histoire de l'humanité. Sa naissance est concomitante à celle du capitalisme moderne, au 19° siècle. En Europe cette évolution s'est traduite :

  • dans une première phase par la disparition progressive des petites entreprises agricoles puis des petits commerces, évincés par des grandes sociétés multinationales ;
  • dans une seconde phase par la délocalisation de grandes sociétés vers des pays à bas salaires.

Il en résulte logiquement une hausse du chômage et des dettes publiques en Europe.

Cette dégénérescence de la structure productive est causée par la part trop grande prise par le capitalisme privé, dont la motivation première est la maximisation du profit des propriétaires et cela inévitablement au détriment de la collectivité. En effet rien ne se créé, rien ne se perd : il n'est possible que de transformer la matière, transformation dont la valeur est en outre subjective et peut par conséquent être influencée par la propagande/publicité.

Maximisation
du profit

Le capitalisme privé (il peut être aussi d'État) conduit les entreprises à maximiser les profits, ce qui requiert d'accroître toujours la production. Il en résulte que le principe de maximisation des profits stimule :

  • les conflits guerriers induits par la lutte pour l'appropriation des ressources naturelles ;
  • le développement non durable via :
    • l'obsolescence programmée, visant à réduire la durée de vie ou d'utilisation d'un produit afin d'en augmenter le taux de remplacement [approfondir] ;
    • le conditionnement des esprits par la publicité afin d'inciter les individus à travailler pour produire et acheter la production, ce qui provoque stress et pollution.

    Sommes-nous devenus fous ? "Vincent Schaller n’en revient toujours pas. Le 6 décembre 2012, le jour de la Saint-Nicolas, ce directeur commercial offre cent iPad à ses salariés. En une fraction de seconde, l’effet de liesse gagne tous les bureaux de Systemat, à Waterloo. « Les gens se sont mis à hurler de bonheur et à courir dans les couloirs. J’ai cru qu’ils avaient bu du champagne. Jamais je n’ai eu droit à autant de remerciements de la part de mes salariés », sourit Vincent Schaller" ... [source].

    Bannir la publicité dans les lieux publics. Le conditionnement que constitue la publicité dans les lieux publics est incompatible avec la liberté de pensée que requiert l'implication des citoyens dans la gestion collective de la société et le respect de l'environnement.

Taille des
entreprises

Il importe de distinguer les petites des grandes entreprises privées. Dans les PME il apparaît que de nombreux chefs d'entreprises souhaitent limiter leur croissance en demeurant PME. La motivation de croissance chez les dirigeants de PME serait moins motivée par la recherche matérialiste du profit que par des considérations spirituelles (esprit de compétition, désir de réalisation, goût pour l'innovation, ...) [source]. Dans les grandes entreprises c'est l'inverse, et cela est du notamment au fait que le dirigeant de l'entreprise n'est pas son propriétaire. Les fusions-acquisitions peuvent être un moyen pour le dirigeant de masquer son manque de compétence, tout en maximisant ses revenus immédiats au détriment de la viabilité à long terme de l'entreprise.

Une grande majorité des fusions/acquisitions sont des échecs (3m46s - 2015)

Changement
de paradigme

Ce qui rend nuisible le principe de croissance c'est donc la subordination de son mode qualitatif (spiritualisme) par rapport à son mode quantitatif (matérialisme). L'ampleur de la dégradation de notre écosystème planétaire implique qu'un changement de paradigme sociétal s'impose. Il s'agit de (re?)donner la primauté au "mieux" (qualitatif, simplicité, biens publics, spiritualité) sur le "plus" (quantitatif, complexité, biens individuels, matérialisme).

Mentionnons à cet égard les résultats d'une étude de l'université de Berkeley qui montre une corrélation négative entre la richesse d'un individu et sa propension aux comportements éthiques : plus on est riche, moins on a de moralité [source].

Selon nous ce nécessaire changement de paradigme devrait s'opérer d'abord au niveau de l'enseignement et de la recherche scientifique. C'est le thème de la section suivante.

Savoir et pouvoir

Typologie du savoir

Le progrès scientifique est l'amélioration de notre connaissance du fonctionnement de la nature. Le savoir est la somme de ces connaissances. Le progrès scientifique est donc un processus d'accumulation d'informations. Cette accumulation permet – via le travail – de créer des richesses.

Ce processus d'accumulation du savoir est vécu à la fois individuellement (c-à-d par chaque individu durant sa vie) et collectivement (c-à-d par la société aussi longtemps qu'elle perdure). Accumulations individuelle et collective interagissent via le partage du savoir.

L'application pratique du savoir peut se réaliser selon deux modes :

  1. dans le mode passif l'individu et la collectivité usent de leur savoir accumulé pour s'adapter rationnellement aux contraintes naturelles (c-à-d en minimisant leur dépense d'énergie) et profiter durablement des richesses naturelles ; ce mode correspond au modèle évolutif de type r (qui favorise les organismes les plus résilients c-à-d les plus adaptables) ou encore au yin de la philosophie chinoise ;

  2. dans le mode proactif l'individu et la collectivité usent de leur savoir accumulé pour vaincre la nature voire carrément l'adapter à leurs volontés au moyen de technologies (association du savoir et du capital) ; ce mode correspond au modèle évolutif de type K (qui favorise les organismes les plus efficients c-à-d les plus adaptés) ou encore au yang de la philosophie chinoise .

On pourrait prolonger la liste de ces dualités : féminin/masculin, spiritualisme/matérialisme, savoir/pouvoir, réflexion/action, technique/technologie, services/biens, tradition/innovation, simplicité/complexité ...

On notera que :

  • l'impact écologique est nettement plus faible dans le mode passif que dans le mode proactif ;

  • le mode proactif étant fondé sur le principe de la force brute conduit nécessairement à la concentration de ses moyens financiers c-à-d au capitalisme.

Cycles. La thèse développée dans le présent article est que ces deux modes se complètent dans un cycle (à l'instar du yin et du yang), et que la problématique induite en terme de politique économique est de savoir où l'on se trouve dans le cycle, afin de concevoir une politique appropriée. Pour répondre à ces question nous verrons plus loin qu'il importe de faire la synthèse entre "physique > thermodynamique > cycles de Carnot", et "biologie > évolution > adaptation".

Application à la géopolitique. L'occident s'engage actuellement dans une phase d'élargissement du Yin, tandis que l'Orient est dans une phase d'élargissement du Yang.

Mais ne brûlons pas les étapes, et poursuivons notre analyse du savoir en développant la notion de technologisme.

Technologisme

Nous appelons « technologisme » l'utilisation injustifiée de technologies, c-à-d le recours au mode d'application proactif du savoir même lorsque le mode passif permet de satisfaire les besoins. Le technologisme est intimement liés à deux phénomènes :

  1. la corruption de politiciens par des sociétés privées pour acheter des produits/services sans intérêt réel pour la collectivité, et dont les services de maintenance constituent une rente pour ces entreprises (réseau de surveillance par caméra vidéo, avion de chasse F35, privatisation de la poste, ...) ;

  2. le conditionnement publicitaire pour "susciter" une demande pour des produits/services dont les inconvénients l'emportent largement sur leurs avantages.

Ainsi le technologisme contribue grandement à la surconsommation, aux déficits publics et aux écarts de richesse.

Nous verrons plus loin que, comme le montre le physicien François Roddier, « le progrès scientifique et technique a un rendement analogue au rendement de Carnot d’une machine thermique. Il est d’autant plus grand que l’accroissement d’énergie dissipée par bit d’information mémorisée est élevé. Ce rapport mesure le progrès dit technique. Il exprime la température de sa "source chaude". Mais plus une société dissipe de l’énergie, plus elle fait évoluer son environnement. Elle ne peut se maintenir qu’en mémorisant constamment de l’information nouvelle. Elle le fait grâce à la recherche dite fondamentale. L’énergie requise par bit d’information nouvelle supplémentaire représente la température de sa "source froide". Plus celle-ci croît, plus le rendement de Carnot de la société décroît. Pour maintenir un bon rendement de Carnot, une société doit développer sa recherche fondamentale tout en évitant de dissiper trop d’énergie, c’est-à-dire en limitant ses développements techniques aux besoins fondamentaux: ceux qui améliorent le bien-être de chacun » [source].

On notera que le technologisme est particulièrement le fait du genre masculin [exemple], et que le fétichisme sur lequel il est fondé induit des comportements violents [exemple].

Les coûts cachés du numérique

Des systèmes informatiques sont aujourd'hui capables de battre les meilleurs joueurs de jeu d'échec (première : superordinateur Deep Blue en 1997) et même du jeu de Go (première : programme AlphaGo en 2015). Cette performance est due aux capacités supérieures des ces systèmes en matière (i) de stockage de grandes quantités de données et (ii) de vitesse de traitement de ces données, qui rendent possible des fonctions d'apprentissage automatique.

L'intelligence artificielle (IA) est souvent évoquée comme moyen de rationaliser la consommation d'énergie. Ainsi Deepmind, la filiale IA de Google, a optimisé la consommation énergétique de ses centres de données et de ses systèmes de refroidissement grâce à l’apprentissage machine. Il a ainsi augmenté l’efficacité énergétique de ses centres de données de 15% [source p. 128].

Il importe cependant de souligner le caractère souvent illusoire de ces "économies d'énergie".

Il y a d'abord l'effet rebond – encore appelé "paradoxe de Jevons" – phénomène de "fuite en avant" par lequel, quand on augmente l’efficacité avec laquelle une ressource est employée, la consommation totale de cette ressource a toutes les chances d’augmenter au lieu de diminuer. Or s'il s'avère que le réchauffement climatique (i) est essentiellement d'origine entropique et (ii) nuisible au développement durable, alors la "supériorité" de l'IA est une victoire à la Pyrrhus. Peut-on alors encore parler "d'intelligence supérieure" ?

Il convient en outre d'évaluer correctement l'apport de l'IA en matière de rationnalisation énergétique, en intégrant dans les calculs la totalité des coûts directs et indirects, notamment l'énergie consommée pour fabriquer, utiliser et recycler le matériel, dont les processeurs et leur système de refroidissement.

Un processeur, c’est comme une résistance : presque toute l’électricité qu’il consomme est dissipée en chaleur. C’est pourquoi, en plus de consommer de l’énergie pour faire tourner ses serveurs, un data center doit être climatisé afin de préserver l’intégrité des circuits électroniques.

D'après une étude réalisée par Digital Power Group publiée en 2013 [source] les coûts énergétiques du numérique sont largement cachés, la partie connue n’étant que la pointe de l’iceberg. L’économie numérique de la planète consomme déjà 50% d’énergie de plus que l’aviation du monde entier. Les datacenters ne représenteraient que 20% de l’électricité consommée par les appareils et réseaux numériques, les 80% restants étant très dispersés. Selon DPG la demande d’usage des centres de données augmentera plus vite que leurs gains en efficacité énergétique. Ces tendances vont rendre nécessaire l’usage de plus de charbon, estime l’étude, qui est sponsorisée par deux organisations du secteur minier, la National Mining Association et l’American Coalition for Clean Coal Electricity [source].

Si l’on considère la totalité de son cycle de vie, le simple envoi d’un mail d’1 mégaoctet (1 Mo) équivaut à l’utilisation d’une ampoule de 60 watts pendant 25 minutes, soit l’équivalent de 20 grammes de CO2 émis. On ne s'étonnera donc pas de constater que le secteur des nouvelles technologies représente à lui seul entre 6 et 10 % de la consommation mondiale d’électricité, soit près de 4 % de nos émissions de gaz à effet de serre. Environ 30 % de cette consommation électrique est imputable aux équipements terminaux (ordinateurs, téléphones, objets connectés), 30 % aux data centers qui hébergent nos données, et 40 % aux réseaux, les fameuses "autoroutes de l‘information" [source].

Enfin la consommation énergétique des nouvelles technologies n’est qu’un aspect du défi environnemental qu’elles posent. Ainsi nos smartphones contiennent des dizaine de différents métaux et terres rares (or, cuivre, nickel, zinc, étain, mais aussi arsenic, gallium, germanium, thallium, tantale, indium, ...) qui sont extraits du sous-sol en utilisant des techniques particulièrement destructives et des produits nocifs pour l’environnement comme l’acide sulfurique, le mercure et le cyanure [source].

Il serait par conséquent hautement intéressant de voir si l'apparente supériorité de l'intelligence artificielle sur l'intelligence humaine/naturelle subsiste l'analyse économique et plus particulièrement à l'aune du ratio "performance / consommation d'énergie". Pour une vitesse déterminée d'un traitement déterminé d'une quantité déterminée d'informations, l'intelligence artificielle consomme-t-elle moins, autant ou plus d'énergie que l'intelligence naturelle/humaine ?

Nous n'avons pas encore trouvé d'étude empirique à ce sujet, mais l'analyse théorique laisse peu de doutes. D'une part l'intelligence naturelle, étant le résultat d'un processus évolutif de plusieurs millions d'années, est probablement d'une efficacité redoutable. D'autre part, en raison du premier principe de la thermodynamique (la matière et l'énergie ne peuvent être créées ou détruites mais seulement transformées) la supériorité apparente de l'intelligence artificielle sur l'intelligence humaine ne peut "venir de nulle part", et doit très probablement impliquer une consommation plus élevée d'énergie.

S'il s'avère que le ratio performance/énergie de l'intelligence artificielle est effectivement inférieur à celui de l'intelligence naturelle/humaine, nous devons alors nous poser les questions suivantes :

  • malgré le second principe de la thermodynamique (la transformation d'énergie, nécessaire pour être utilisable, produit de la chaleur) la technologie peut-elle conduire à des solutions au réchauffement climatique causé par les humains, et dans l'affirmative, à quelles conditions ?

    Notons qu'il n'existe pas d'unanimité au sein du milieu scientifique quant à l'origine essentiellement entropique du changement climatique.

  • ne sommes-nous pas (du moins dans les pays développés) entrés dans une phase de cycle requérant de passer de l'actuel mode de consommation & production proactif (yang) à un mode passif (yin) ?

Produire quoi ?

Nous avons évoqué plus haut la question du "comment produire" (facteurs et moyens de production). Se pose ici la question du "quoi produire" :

PIB = P x Q = ( Pb x Qb ) + ( Ps x Qs )

où Qb = volume des biens produits et Qs = volume des services produits

Par exemple on peut augmenter la production de services de consultance Qs pour apprendre à diminuer la production/consommation de biens Qb.

Cela montre bien que nous ne sommes pas nécessairement contraints à la décroissance matérielle, puisque le PIB peut mesurer également les productions immatérielles Qs, qui pourraient nous conduire à limiter voire réduire nos productions matérielles.

Contrôle démocratique

Etant donné que le technologisme exploite et détourne le savoir, les choix politiques en matière d'enseignement et de recherche scientifique sont fondamentaux. Or il apparaît que ces politiques sont de plus en plus influencées voire déterminées par le big business et ses associations patronales, qui veulent évidemment systématiser le recours aux technologies (technologisme) afin d'accaparer une part toujours plus grande des richesses produites par l'ensemble des indvidus.

Les faits exposés depuis le début du présent article suggèrent que le régime politique le plus approprié pour déterminer une politique scientifique optimale, du point de vue économique comme écologique, est la démocratie directe (telle que définie ici).

Selon le physicien François Roddier « tandis que les extinctions d’espèces affectent la transmission des gènes, les effondrements de civilisation affectent la transmission de la culture. Dans nos sociétés modernes, ce rôle est réservé à l’école. On doit donc s’attendre à ce qu’un effondrement de civilisation se manifeste d’abord par un effondrement du système scolaire » ... [source].

Partage du pouvoir politique donc. Mais celui-ci doit aller de paire avec un partage du pouvoir économique.

Partage et préservation des ressources

Nous avons mentionné plus haut que non seulement la croissance quantitative n'est pas indispensable à la subsistance d'une économie et à son développement qualitatif, mais qu'elle leur est même nuisible. Cela est important à savoir, particulièrement dans le cadre de la politique économique des États. Celle-ci est confrontée à deux défis majeurs :

  1. le partage équitable des richesses entre les citoyens ;
  2. la préservation de l'écosystème planétaire.

Le second de ces défis est largement induit par le premier, de sorte que sa résolution requiert celle du premier. Pour ce faire l'AU est un moyen moderne et efficace.

Allocation universelle

Dans notre modèle synthétique d'AU celle-ci est financée à environ :

  • 20% par distribution égale et gratuite de la création monétaire entre tous les citoyens ;
  • 80% par redistribution fiscale des richesses produites, selon le principe d'écart de richesse optimal.

Le financement redistributif de l'AU a notamment pour effet de corriger l'accumulation historique des inégalités de richesse résultant de la non application du principe de symétrie spatio-temporelle. Via l'impact de l'AU sur les modes de production on assisterait à une transformation spontanée du mode de financement de l'AU, la part du financement redistributif diminuant progressivement jusqu'à atteindre une valeur d'équilibre, qui se situera selon nous aux alentours de 50% (contre un peu plus de 80% aujourd'hui). Au terme de ce processus la non application historique du principe de symétrie spatio-temporelle à la création & allocation monétaire aura été compensée. Les modes de production et de consommation seraient alors très différents de ce qu'ils sont aujourd'hui, et correspondraient à ce que l'on appelle le développement durable.

AU-et-production.png

Seul le travail est facteur/agent de production. Le capital n'est que moyen/objet de production. C'est donc la personne physique et non la personne morale qui est le référentiel.

Pour montrer le lien entre partage des richesses et préservation de l'écosystème, il nous faut introduire la notion de champs de valeur.

Champs de valeur

Si la Banque centrale était nationalisée, et l'État réellement démocratique, celui-ci pourrait alors décider de fournir l'économie en monnaie non plus via les banques commerciales mais directement via les citoyens en répartissant également entre eux la monnaie qu'elle créerait en la versant sur leur compte bancaire (si nécessaire en nationalisant tout le secteur bancaire). Cette méthode est bien plus rationnelle que de laisser la création monétaire aux banques [Rappel : celles-ci créent (et répartissent) la monnaie via des prêts "ex-nihilo", contre intérêts, et "accordés" (sic) uniquement à qui elles souhaitent]. Or ce ne sont pas les banques mais les citoyens - clients ultimes de l'économie, mais aussi producteurs locaux - qui par leurs achats et productions locales, sont les mieux à même d'indiquer aux grandes entreprises globales (privées, mais surtout publiques) à quels types d'investissements celles-ci devraient consacrer leurs bénéfices pour développer des produits et services utiles à la collectivité et respectueux de l'environnement.

Ainsi la structure productive de nos économies serait bien plus efficace car développée, non plus en fonction des intérêts de cette infime minorité de la population que sont les actionnaires majoritaires des banques, mais bien en fonction des besoins de la majorité de la population. Il en résulterait une meilleure adéquation de l'offre à la demande de biens et services, et par conséquent une plus grande stabilité économique.

En outre l'impact écologique serait particulièrement bénéfique. En effet, dans le système économique actuel - sans allocation universelle telle que définie par nous - les populations pauvres convergent vers les zones de concentration du capital (capitalisme). La contrepartie de l'exode rurale c'est l'uniformisation des paysages par des méga-entreprises (agricoles dans les campagnes, industrielles dans les villes), ainsi que l'évincement de l'artisanat et des productions locales.

Un système monétaire fondé sur la TRM inverserait le processus : ce ne sont plus les individus qui devraient se déplacer vers le capital (migration ou navettage), mais au contraire celui-ci qui serait réparti vers les individus là où ils habitent. Ainsi en opérant une meilleure répartition géographique du capital le système monétaire participerait à :

  • éradiquer les zones de sur-concentration de production/consommation, ainsi que les méga-entreprises qui tuent l'artisanat et la production locale ;
  • réduire le volume des navettages quotidiens pour se rendre à son lieu de travail.

On voit donc que l'AU permet le financement direct des circuits courts (production et consommation locales), c-à-d l'autosuffisance régionale, moins polluante que le modèle des méga-hub de production et de distribution qui implique le transport des marchandises sur de plus longues distances, augmentant ainsi la pollution et le réchauffement climatique. Autre conséquence importante : la résilience du système économique serait ainsi accrue.

Pour une modélisation mathématique du champs de valeur voir l'article sur le financement distributif de l'AU.

Cycles économiques

cycle-production.png

Nous avons évoqué supra la tendance millénaire de croissance exponentielle du PIB par habitant. Il s'agit là d'une tendance à long terme dont la dynamique s'explique par la succession de cycles économiques fondés sur quatre phases. Nous allons voir qu'il existe une forte analogie entre cycles économiques et le cycle de Carnot. Cette analogie permet d'expliquer que la société humaine connaît régulièrement des phases de contraction - généralement caractérisées par de graves économiques et des conflits guerriers. Les phases de contraction correspondent à une transition vers un niveau supérieur en dessous duquel la société humaine ne descendra plus (PS : en termes d'information le cycle économique correspond donc à un algorithme d'apprentissage). Une question fondamentale est : comment faire en sorte que ces phases de transition soient le moins nuisibles possible aux individus qui les subissent ?

Fondements thermodynamiques

La présente section est fondée sur les réflexions du physicien François Roddier, qui applique à l'économie les principes de la thermodynamique et des structures dissipatives (PS : ces notions de base sont développées dans notre article "Travail, valeur et éthique").

Par le progrès technologique, les rendements d'échelle et des économies d’échelle les entreprises semblent devenir de plus en plus productives et efficaces. Mais plus elle produisent, plus vite elles affectent leur environnement, par exemple en suscitant la concurrence ou en saturant le marché. Elles subissent alors la loi des rendements décroissants de David Ricardo. Les entreprises sont contraintes d’évoluer et de s’adapter aux changements. Plus vite elles se réadaptent, plus vite l’environnement va changer et plus vite elles devront à nouveau évoluer.

Les biologistes, appellent ce processus "l’effet de la reine rouge", en référence à la reine rouge de Lewis Carroll qui dit à Alice: « ici il faut courir le plus vite possible pour rester sur place ».

Ayant du mal à s’adapter à un environnement qui évolue de plus en plus vite, les grosses entreprises tendent à se diviser en entreprises plus petites et plus adaptables. Celles-ci n’optimisent plus leur efficacité économique mais leur résilience, c’est-à-dire leur faculté d’adaptation. L’économie ralentit. Cela permet à certaines de ces entreprises de grossir à nouveau et de devenir plus efficaces.

Nous allons voir que l'économie oscille ainsi constamment autour d'un point critique avec une amplitude inversement proportionnelle à la fréquence (de même que dans un couloir à avalanches il y a beaucoup de petites avalanches, de temps en temps des plus grosses, exceptionnellement des très grosses). La thermodynamique nous enseigne qu'aux points critiques se produisent des phénomènes de condensation comme le brouillard appelé "opalescence critique". Dans le cas des sociétés humaines, ce sont les richesses qui se condensent. Liées aux avalanches, les inégalités de richesses se répartissent suivant une loi de puissance ("the winner takes all") : les échanges commerciaux ne se développent plus qu'entre les riches qui eux seuls continuent à s'enrichir. Mise en évidence au XIXe siècle par l’économiste italien Vilfredo Pareto, cette loi est connue sous le nom loi de Pareto ou loi 80-20. Elle implique qu’environ 80% des richesses sont possédées par 20% de la population.

Surface de van der Waals

Surface de van der Waals décrivant les transformations d'état. La transition est continue sur la surface claire, et abrupte sur la surface sombre.

"La croissance est lente tandis que la chute est brutale". Se basant sur une analogie avec l'équation des gaz parfaits, Roddier estime que l'état d’une économie peut être représenté par un point dans l’espace (Potentiel, Température, Volume) ou encore (demande, offre, production).

NB : offre et demande sont des variables intensives (mesurant une qualité), tandis que la production est une variable extensive (mesurant une quantité) [approfondir].

Tout cycle économique est représenté par un cercle "centré" sur le point critique et se déroulant dans le sens horaire (car l'énergie dissipée est nécessairement positive). La surface sombre correspond à (i) la coexistence d'une phase gazeuze (beaucoup de très riches) avec une phase liquide (beaucoup de très pauvres), et (ii) un effondrement de la production, à demande et offre constantes.

Analogie riches/gaz (molécules solitaires) et pauvres/liquide (molécules agglomérées).

Au delà du point critique, il y a séparation des richesses en deux phases, de façon continue. Comme les molécules d’un gaz, les riches jouissent d’une grande liberté et disposent de beaucoup d’énergie. Par contre, prisonniers dans une phase liquide, les pauvres ont perdu toute liberté d’action, ils ne peuvent plus acheter ce que produisent les riches. Au développement quantitatif de ces deux classes sociales extrêmes correspond l'effondrement de la classe moyenne [source].

Température critique. Dès lors que δentropie = δénergie / température on peut définir la température T d’une économie (NB : c-à-d ce que les économistes appellent "l'offre"), définie comme étant l'inverse de la quantité d’information nécessaire pour obtenir une certaine quantité d’énergie, et telle que :

  • T > Tc : l’intérêt de chacun coïncide avec l’intérêt général. La coopération l’emporte sur la compétition. Idéologie favorisant les égalités sociales. Entreprises majoritairement publiques.
  • T = Tc : équilibre public/privé.
  • T < Tc : les intérêts particuliers divergent. La compétition l’emporte sur la coopération. Idéologie favorisant les inégalités sociales. Entreprises majoritairement privées.

Selon Roddier « il faudrait contrôler le flux d'énergie dissipée par l'humanité de façon à rester constamment au voisinage du point critique. Celui-ci correspond à un juste équilibre entre l'intérêt des individus et celui de la communauté. Ce faisant, on limiterait les inégalités sociales, conciliant au mieux les trois désirs de liberté, d'égalité et de fraternité qui ont inspiré la révolution française et sont devenus la devise de sa république » [source].

Ainsi une politique monétaire optimale devrait viser à maintenir la température de l’économie au point critique (analogie avec le rôle de l’insuline en biologie) [source]. Il s'agit de faire en sorte que l'inévitable phase de transition soit de type "continue" plutôt que "abrupte".

Pour bien comprendre ces principes il est utile de d'illustrer les fondements thermodynamique des cycles économiques Roddier procède à une analogie avec les quatre cycles de transformation "pression <--> travail" qui constituent le mécanisme fondamental de la machine à vapeur.

Machine à vapeur de Newcomen

1. Dépression. « Contrairement à ce que son nom semble indiquer, la phase de dépression économique correspond à celle où le fluide est le plus dense (demande forte). Sa température est initialement basse (offre faible), mais elle augmente progressivement (l’offre croit). Dans le cas d’une machine à vapeur, il s’agit d’eau liquide qu’on fait bouillir.

2. Expansion. La phase d’expansion économique correspond à la phase motrice durant laquelle la vapeur chaude arrive provoquant le mouvement du piston. Le volume du cylindre (production économique) augmente tandis que la pression de la vapeur (demande) diminue.

3. Stagflation. La phase de stagflation correspond à celle où le piston arrive en bout de course. La pression (demande) a fortement diminué, tandis que la température (offre) tend à baisser, sans toutefois que la vapeur puisse se condenser.

4. Crise (phase de transition). Mais, sans condensation, il est impossible de ramener le piston à son point de départ, c’est-à-dire de fermer le cycle ». Pour répéter l’opération afin de fournir continuellement un travail moteur, le système Newcomen refroidit le cylindre pour condenser la vapeur [source].

On notera que ces analogie valent aussi bien au niveau macro que micro économique. En outre « on peut représenter ces cycles dans un diagramme (P,V) ou (T,M) comme on le fait pour un cycle de Carnot.

Diagramme (P,V) d'un cycle économique

Diagramme PV. Prenons l'exemple d'une entreprise industrielle. Durant la phase développement, le potentiel économique P de la production croît, mais pas le volume V de la production. Durant la phase de production, P reste constant, tandis que V augmente. Durant la phase d'obsolescence, P décroît, tandis que V n'augmente plus.

Diagramme (T,M) d'un cycle économique

Diagramme TM. Supposons l'entreprise cotée en bourse. Durant le développement le potentiel T des actions (cote en bourse) augmente mais le capital diminue. Durant la phase de production T reste plus ou moins constant pendant que l'entreprise engendre des bénéfices (M augmente). Durant la phase d'obsolescence M augmente beaucoup moins, tandis que T décroît.

Les problèmes surgissent lorsqu'il faut refermer le cycle. On arrive dans la zone de transition de phase. Il s'agit dʼune transition abrupte. ΔM représente la dette. Il faut rembourser les actionnaires. Rappelons que le produit T * ΔM est l'analogue de la chaleur latente de transition. Elle croit extrêmement vite dès qu'on s'écarte du point critique (la pente est verticale). De deux chose l'une. Ou bien les actionnaires ont fait du profit auquel cas il vont réinvestir et un nouveau cycle peut recommencer. Ou bien ils ont eu des pertes, auquel cas on récupère ce qu'on peut en vendant l'entreprise. Tout ceci suppose qu'on revient effectivement à l'état initial (point a). Mais est-ce réellement cas? Les bilans financiers tiennent généralement compte du vieillissement du matériel et des locaux de l'entreprise. Mais a-t-on tenu correctement compte du vieillissement du personnel (charges dites sociales)? Sécurité sociale,assurance maladie,retraite, éducation des enfants sont généralement laissés en grande partie à la charge de la nation.Sont aussi laissés à la charge de la nation les modifications de l'environnement: épuisement des ressources naturelles, pollution. Par définition, une structure dissipative, diminue son entropie interne pour l'exporter vers son environnement. Les entreprises n'échappent pas à la règle. L'environnement d'une entreprise nationale est la nation. C'est elle qui paye la plupart des impayés. Dans le cas d'une entreprise internationale, c'est l'humanité toute entière qui en fait les frais » [source].

Surface de van der Waals décrivant l'équation d'état d'un cycle économique. Plus l'économie se mondialise plus le cycle s'agrandit --> plus la période de crise est importante [source].

Il importe donc de savoir où l'on se trouve au niveau cyclique. « Une société humaine se trouve ainsi dans des situations économiques très différentes suivant la phase du cycle qu’elle traverse. Selon l’époque à laquelle il vit, un économiste va décrire des faits bien différents. Il pourra même aboutir à des conclusions opposées de celles qu’il aurait tirées s’il avait vécu dans une économie de phase opposée ». Ainsi Adam Smith, théoricien du libéralisme économique, « a vécu en Angleterre dans une phase d’expansion. Il était donc naturel qu’il décrive une économie d’expansion. Il se trouve que c’est la plus simple car, située au dessus de la température critique, ses lois s’apparentent à celles des gaz parfaits. Sans savoir qu’il s’agit des lois de la mécanique statistique, Adam Smith les attribue à une «main invisible» qui fait que l’intérêt de chacun coïncide avec l’intérêt général. Il en déduit un peu hâtivement qu’il s’agit d’une loi générale de l'économie.

On sait aujourd’hui qu’on ne peut mathématiquement optimiser un ensemble en optimisant individuellement chacune de ses parties. Les principes du libéralisme économique sont donc viciés à la base. Il est facile de s’en rendre compte en considérant une économie dans la phase opposée, pour laquelle la "température économique" est en dessous du point critique.

Nous avons vu que c’est une économie de crises durant laquelle la société passe brutalement de l’abondance à la pénurie et s’endette. Karl Marx a connu une telle phase et l’a décrite mieux que tout autre. Il est clair qu’en période de pénurie, découvrir une source de biens matériels, sans la partager avec les autres, satisfait l’intérêt particulier sans satisfaire l’intérêt général, ce qui contredit Adam Smith. Même les insectes le savent et partagent entre eux l’information!

(...) Restent enfin les deux phases intermédiaires que sont la dépression et la stagflation. Elles sont souvent confondues car toutes deux sont des phases de stagnation de l’économie. La première est une phase de stagnation dans la pénurie tandis que l’autre est une phase de stagnation dans l’abondance. Si l’on cherche à affecter le nom d’un économiste à ces phases, le nom de John Maynard Keynes vient immédiatement à l’esprit. Il a traversé et théorisé la grande phase de dépression de 1929. L’apport essentiel de Keynes a été de montrer que l’économie ne s’auto-régule pas comme on le croyait jusque là et qu’une intervention gouvernementale peut être nécessaire. Il n’a malheureusement pas distingué clairement la dépression de la stagflation. Un simple regard à la surface de van der Waals, reproduite à nouveau ici, montre la politique à adopter. En cas de dépression, il faut agrandir la taille du cycle économique ce qui implique d’internationaliser les échanges. C’est ce qui a été réalisé avec succès après la dernière guerre mondiale en créant la communauté européenne du charbon et de l’acier. En cas de stagflation, il faut au contraire régionaliser l’économie de façon à diminuer la taille du cycle et passer au plus près du point critique. On n’évite pas la crise mais on en minimise l’impact en réduisant la hauteur de la chute.

On retrouve ainsi la stratégie d’alternance entre les grandes structures et les petites structures que l’évolution biologique suit naturellement avec la sélection r (souplesse du roseau, espèce adaptable) et K (rigidité du chêne, espèce adaptée). L’évolution culturelle est malheureusement beaucoup plus rapide et l’homme a encore du mal à s’y adapter. Il tend à ré-appliquer les méthodes qui ont eu du succès dans une certaine phase de l’économie à une phase qui est maintenant son opposée. Ce faisant, il court régulièrement à la catastrophe. Cela fait partie de son apprentissage.

L’Amérique du Nord et à sa suite l’Europe sont aujourd’hui en stade de stagflation. Un coup d’œil à la surface de van der Waals montre qu’on ne peut maintenir la croissance économique qu’en longeant la falaise de Sénèque de plus en plus loin du point critique. C’est ce qu’on fait en internationalisant l’économie. C’est ce à quoi conduira tout traité transatlantique. Mais plus on s’éloigne du point critique plus la hauteur de la falaise augmente et plus la chute sera catastrophique.

Or cette chute est inévitable, car nos ressources actuelles en énergie s’épuisent. Il serait donc beaucoup plus sage de régionaliser l’économie, mais cela implique une décroissance économique, donc des dettes à résorber. Peu d’économistes sont prêts à l’accepter, encore moins à le suggérer. Rappelons seulement que les romains se sont trouvés devant la même situation. Ils n’ont pu maintenir leur économie qu’en étendant continuellement leur empire. On en connait le résultat. L’occident à mis des siècles à s’en remettre. Cette fois l’effondrement risque d’être beaucoup plus grave car la taille des populations et des énergies mises en jeu sont beaucoup plus importantes » [Ibid].

Système monétaire "yin-yang"

Nous avons évoqué supra les modes de production "yin" et "yang". Selon le physicien François Roddier l'application de ce principe de complémentarité au système monétaire implique deux types de monnaie :

  • une monnaie "yang" pour les ressources matérielles (biens) et/ou "non-renouvelables" (pétrole, forêts, ...), qui sont des ressources de type "stock" ;

  • une monnaie "yin" pour les ressources immatérielles (services) et/ou renouvelables (énergie solaire, ...), qui sont des ressources de type "flux".

Ainsi par exemple les voitures s'achèteraient / se vendraient en monnaie "blanche" mais se loueraient en monnaie "noire" --> voyez l'effet de la relation entre l'évolution de la demande de voiture en location vs achat et l'évolution du cours de change noire/blanche ...

Les fondements thermodynamiques de ce système bi-monétaire sont les suivants :

  • le chimiste Frederick Soddy, prix Nobel de chimie en 1921, recommandait que la production de monnaie soit liée à celle d'énergie libre [approfondir : voir l'article "Travail, valeur et éthique"] ;
  • la dynamique entre stock et flux est le fondement du phénomène d'homéostasie.

Pour François Roddier une monnaie "yin" « est nécessaire pour refermer le cycle économique, comme une source froide est nécessaire pour refermer le cycle de Carnot » [source]. « L’usage de deux monnaies différentes dont on peut faire varier le taux de change, permet d’ajuster la barrière de potentiel économique qui sépare deux économies, comme un régulateur ». Selon Roddier on pourrait procéder « en conservant la monnaie en euros (yang) pour l’achat de biens matériels, et en utilisant une nouvelle monnaie (yin) pour la nourriture, les salaires et les services » [source].

Et de même que les systèmes biologiques ago-antagonistes nécessitent deux hormones (insuline et glucagon) Roddier estime que « les systèmes économiques ago-antagonistes requièrent deux monnaies : une pour la production et une pour les services [source]. Cela permet d'assurer une transition continue entre des économies (...) différentes, et ainsi éviter une transition abrupte. Cela s’applique aussi bien aux transitions irréversibles (N.d.A. : évolution) telles que le passage d'une économie fondée sur des énergies fossiles à une économie fondée sur des énergies renouvelables, qu'aux transitions réversibles (N.d.A. : cycles) telles que le passage d’une économie de marché à une économie collaborative. Les salaires peuvent être versés dans l’une ou l’autre monnaie suivant l’origine des revenus. Ils peuvent en particulier être mixtes. L’évolution se fait de façon continue par variation du taux de change entre les deux monnaies. En outre on peut facilement distinguer les deux régimes par des taxes ou des impositions différentes ». [source].

Les lois de la thermodynamique et la biologie conduisent ainsi au concept d’économies ago-antagonistes associées à des monnaies distinctes :

  • Une économie de production de type libérale , liée à une monnaie générale (ex .: l’euro) et à la mondialisation. Elle correspond biologiquement au système orthosympathique.

  • Une économie de services de type nationale , liée à une monnaie propre et à la démondialisation . Elle correspond biologiquement au système parasympathique [source p. 41].

Espace et temps. Concernant la problématique de la réforme vers un système multi-monétaire il convient de distinguer la dimension temporelle (yin/yang) de la dimension spatiale (locale/nationale) :

L'on pourrait ainsi concevoir un système multi-monétaire composé de :

  • deux monnaies nationales : "yin" et "yang" ;
  • de monnaies locales librement définies par leurs utilisateurs (mais sous condition que l'on puisse neutraliser leur utilisation comme instruments d'évasion fiscale ...).
Temps →
↓ Espace
YinYang
Nationaleune monnaie
nationale yin
une monnaie
nationale yang
Localedes monnaies
locales yin et/ou yang

Question : le modèle suivant est-il utile et réaliste ? :

  • une monnaie nationale "yang" ;
  • des monnaies locales "yin" (mais sous condition que l'on puisse neutraliser leur utilisation comme instruments d'évasion fiscale ...).
Temps →
↓ Espace
YinYang
Nationaleune monnaie
nationale yang
Localedes monnaies
locales yin

Cependant dans notre article consacré à la théorie relative de la monnaie, la section comparant monnaies symétriques décentralisées (MSD ici, "monnaies libres" dans la dénomination de la TRM) et monnaie symétrique centralisée (MSC), montre que les premières sont soumises à certaines limitations, et en particulier le fait qu'elles conduisent tôt ou tard à une asymétrie spatiale entre utilisateurs, relativement à leur situation dans un système MSC. Cela remet sérieusement en question la pertinence des monnaies libres.

Enfin pour synthétiser la problématique de façon exhaustive il convient d'ajouter la notion de monnaie complémentaire internationale c-à-d commune à l'ensemble des États : voir l'article "Confédération mondiale des États".

Selon nous il convient de concevoir les trois dimensions spatiales du système monétaire global dans l'ordre suivant : (i) nationales ; (ii) locales ; (iii) internationale. En effet, les monnaies locales doivent être subordonnées à la monnaie nationale (notamment en raison de la lutte contre l'évasion fiscale), et la devise internationale devrait être conçue comme une monnaie confédérale (dans la mesure où nous voulons éviter la dérive totalitaire d'un gouvernement mondial). L'excès nuit en tout, la voie du milieu est la bonne.

Ainsi au travers de son financement distributif, l'AU du modèle synthétique constitue un élément essentiel du développement durable. Elle participerait à un changement de paradigme économique en (re?)donnant la primauté au "mieux" (qualitatif, simplicité, spiritualité) sur le "plus" (quantitatif, complexité, matérialisme).

Mais il importe pour cela que l'individu dispose de son plein arbitre, lequel est considérablement limité par les techniques d'incitation à la consommation que sont la publicité dans les lieux publics et l'obsolescence programmée.

Conclusion

Décroissance ?

Les faits évoqués dans le présent article confirment l'analyse d'Alexandre Delaigue selon qui « il n'y a pas de moyen crédible de réduire les inégalités mondiales significativement sans croissance économique (jointe à une meilleure distribution des revenus à l'intérieur des pays). Et il n'y a pas de moyen crédible de lutter contre le changement climatique sans envisager des changements technologiques majeurs qui toucheraient l'intégralité de notre consommation et de notre production. Il n'y a pas d'autre voie pour préserver l'environnement et réduire les inégalités mondiales qu'une combinaison de croissance économique, de redistribution, et de progrès technologiques majeurs. La seule décroissance qui marche, c'est une bonne guerre » [source].

Notre article suggère que la société humaine devrait neutraliser le consumérisme et maximiser le partage des richesses (c-à-d minimiser les différentiels de richesse), c-à-d substituer au paradigme de "croissance par le haut" (produire toujours plus) celui de "développement par le bas" (éradiquer la pauvreté).

Il s'agit de (re?)donner la primauté au "mieux" (qualitatif, simplicité, biens publics, spiritualité) sur le "plus" (quantitatif, complexité, biens individuels, matérialisme) en substituant au paradigme de croissance quantitative celui d'un développement qualificatif fondé sur le partage des pouvoirs financier et politique. Ce progrès se mesure notamment par la diminution du temps de travail et du stress au travail.

Paradigme actuel : "PLUS"Pardadigme durable : "MIEUX"
QuantitatifQualitatif
ComplexitéSimplicité
Biens individuelsBiens publics
MatérialismeSpiritualité

Le progrès technologique a eu pour effet d'abaisser l’intensité énergétique - mesure inverse de l'efficacité énergétique d'une économie, calculée par le rapport entre consommation d'énergie et produit intérieur brut - de 25% entre les années 1970 et 2000, soit 0.7% par an. Ce taux pourrait constituer un référentiel de limite écologique au taux de croissance du PIB (on rapprochera utilement cette thèse de nos remarques sur l'effet d'échelle de la croissance). Fait important : la hauteur de ce référentiel quantitatif sera d'autant plus grande que seront vérifiés les critères qualitatifs.

Pour ce faire la politique de développement devrait être fondée sur les points suivants, qui concernent la gouvernance mondiale, l'enseignement, les modes de production/consommation, le droit commercial et le système monétaire :

  1. Gouvernance :
  2. Recherche et enseignement :
    • préserver un noyau de recherche fondamentale publique libérée de l'obligation de rentabilité applicative immédiate ;
    • refonder l'apprentissage sur les principes du compagnonnage afin de ;
      • favoriser l'artisanat local contre la production industrielle ;
      • donner la priorité à la maximisation du rendement social sur la maximisation du profit individuel.
  3. Production & consommation :
    • induire la décentralisation les lieux de consommation & production par l'instauration du modèle synthétique d'allocation universelle [approfondir] ;
    • impliquer durablement l'État dans l'appareil productif en créant plusieurs entreprises publiques concurrentes dans chaque secteur stratégique, et si nécessaire en faisant du statut de grande entreprise (soit moins de 1% des entreprises) un monopole public [approfondir] ;
    • pénaliser l'incitation à consommer (publicité dans les lieux publics, obsolescence programmée, ...).
  4. Droit commercial :
  5. Système monétaire symétrique c-à-d :
    • création monétaire à rythme relativement constant (fonction de la seule espérance de vie) ;
    • distribution égalitaire et gratuite de l'intégralité de la création monétaire entre les personnes physiques (donc à l'exclusion des personnes morales).

[1] Même la simple consommation de fruits sauvages ou d'eau de la rivière requiert un travail, consistant notamment à se déplacer vers les lieux où se situent ces ressources naturelles. Les techniques et outils peuvent simplifier ce travail humain (minimiser la dépense d'énergie) mais jamais le supprimer complètement.

[2] Corruption de la classe politique européenne par Washington :
Déclaration de Paul Craig Roberts, qui fut Secrétaire Adjoint au Trésor pour la politique économique et rédacteur en chef adjoint du Wall Street Journal : "Lors de mon doctorat, mon président de thèse, qui est devenu un haut fonctionnaire du Pentagone, en réponse à ma question sur la façon dont Washington a toujours réussi à imposer aux Européens ce que Washington voulait m’a répondu :
- « L’argent, nous leur donnons de l’argent ».
- « L’aide étrangère ? » ai-je demandé.
- « Non, nous donnons aux dirigeants politiques européens des valises pleines d’argent (bags full of money). Ils sont à vendre, nous les avons achetés. Et ils viennent rapporter ».
Peut-être que cela explique les 50 millions de dollars amassés par Tony Blair en une année ...
" [source].
Corruption de la classe politique US par les super-riches et les grandes sociétés :
Dans un interview télévisé datant d'août 2015 le milliardaire US Donald Trump déclare qu'il achète des politiciens chaque fois qu'il en a besoin, et que ce système est généralisé [source].

[3] En jargon économique les entreprises demandent du travail et les travailleurs offrent leur travail, le salaire étant le prix du travail. De même les employeurs offrent des emplois et les travailleurs demandent des emplois.