Éconophysique monétaire

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Màj : 12 nov. 2019 – # pages A4 : 9

Introduction

https://allocation-universelle.net/econophysique-monetaire/#intro
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Les théories physiques de la monnaie présentées ici sont de très récentes innovations (années 2010), dont la caractéristique est de s'inspirer des lois de la physique. Les deux théories présentées ici ont été conçues par l'ingénieur Stéphane Laborde (approche relativiste) et le physicien François Roddier (approche thermodynamique).

L'éconophysique est quasiment ignorée dans les universités, selon nous parce qu'elle est difficilement compatible avec les idéologies politiques. Les facultés d'économie n'ont de scientifique que le nom. Aujourd'hui elles ne sont généralement que des organisations de propagande de l'idéologie néolibérale, c-à-d celle de la classe dirigeante.

Approche relativiste

https://allocation-universelle.net/econophysique-monetaire/#approche-relativiste

Relativité et symétrie

La toute récente théorie relative de la monnaie (TRM) - fondement théorique du financement distributif de l'AU - constitue un changement de paradigme par rapport au système monétaire oligarchique. L'approche relativiste propose en effet un critère objectif et normatif en matière de politique économique, ne laissant pas de place à l'arbitraire. Partant de la constatation que la notion de valeur est subjective (ou plus exactement, relative à chaque individu), la TRM en déduit que, pour être efficace, le système monétaire ne peut préjuger à priori de la valeur de ce pourquoi il créé de la monnaie.

Relativité

Par "relative" la TRM fait référence au principe de relativité : « les Lois physiques s’expriment de manière identique dans tous les référentiels » : si je laisse tomber une balle, je constate la même trajectoire, que je réalise l'expérience sur le quai d'une gare ou dans un train en mouvement. En fait Laborde fait plutôt référence à un corollaire de ce principe, à savoir que les mesures réalisées au cours d'une expérience peuvent varier selon le référentiel inertiel relativement auquel les mesures sont réalisées : si du quai d'une gare j'observe tomber une balle lâchée dans un train en mouvement, je n'observe pas la même trajectoire (une parabole) que celle observée par l'expérimentateur situé dans le train (une droite).

Ce principe de relativité s'applique également à l'économie :

  • la valeur attribuée à un bien/service varie selon les individus (dimension spatiale), ainsi qu'au cours du temps pour un même individu (dimension temporelle) ;

  • le respect de cette subjectivité – c-à-d la relativité du jugement de valeur par le (ou par rapport au) référentiel qu'est l'individu humain – requiert une forme d'invariance au niveau de la création, allocation & utilisation monétaire : la création monétaire devrait être relativement constante, et allouée également et inconditionnellement entre tous les citoyens (principe de symétrie monétaire).

Symétrie

On comprend alors intuitivement que la notion de relativité induit le principe de symétrie. Celui-ci doit être formulé de façon composite en prenant en compte des deux dimensions temporelle et spatiale :

  • symétrie temporelle : ΔM devrait être créé à un rythme relativement constant (c), seulement fonction de l'espérance de vie de la zone monétaire (notée v) :

    ΔM = c * M   où c = ln(v/2) / (v/2) = 9,2 % par an dans un zone monétaire où v = 80

  • symétrie spatiale : ΔM devrait être réparti également entre tous les citoyens, gratuitement et sans obligation de remboursement :

    DU = ΔM / N   où DU est le dividende universel et N la population de la zone monétaire

Ce double principe de symétrie spatio-temporelle concerne aussi bien la création que l'allocation monétaire.

Création monétaire

La notion d’invariant. Le taux de croissance constant de U = M/N reproduit dans la TRM le rôle d'invariant que joue la vitesse de la lumière dans la théorie de la relativité d'Einstein. On notera, par analogie, que c'est son absence de masse qui confère à la lumière sa propriété d'invarience. De même la monnaie dématérialisée d'aujourd'hui – bien qu'on la mesure par sa "masse" – est pratiquement sans masse physique, et son coût de production très faible voire nul à la limite, en raison de sa nature "électronique" (on dit aussi "dématérialisée"). En outre la circulation de la monnaie, et plus particulièrement de l'information boursière se fait à des vitesses de plus en plus élevées (trading à haute fréquence). Bien sûr ce ne sont là "que" des analogies, mais qui nourrissent utilement la réflexion prospective, et pourrait s'avérer être plus que des analogies ...

Théorie du chaos. La nécessité d'un taux de croissance monétaire constant est confirmée par un expérience physique illustrant les attracteurs de Lorenz. L'expérience est réalisée au moyen d'une roue à eau dont les récipients sont troués. L'eau qui arrive par le haut commence par remplir le récipient supérieur. Lorsqu'un certain poids d'eau est atteint la roue commence à tourner, ce qui permet aux autres récipients de se remplir à leur tour. Le mouvement de la roue est régulier, et si l'on augmente le débit d'eau sa vitesse augmente. Cependant, au delà d'une certaine vitesse les récipients n'ont plus le temps de se vider ni remplir complètement, ce qui a pour effet que le mouvement de la roue devient chaotique : elle ralentit, s'arrête, repart dans un sens imprévisible, etc.

La roue de Lorenz

Si l'on considère le flux d'eau comme la création monétaire, et la roue comme la croissance économique qu'elle génère, on comprend alors pourquoi au-delà d'une certaine limite la création monétaire provoque une suite imprévisible de périodes de croissance et de décroissance, c-à-d de l'instabilité (ce qui inhibe la consommation et les investissements).

Ça c'est pour ce qui concerne la création monétaire (le flux). Reste la question du son allocation c-à-d de sa répartition entre les agents économiques. L'expérience de la roue à eau nous fait déjà comprendre qu'un débit d'eau inférieur à un certain niveau n'est pas une condition suffisante pour un mouvement régulier : encore faut-il que les récipients soient de tailles égales.

Allocation monétaire

La notion de champ de valeur. Selon l'auteur de la TRM, l'ingénieur Stéphane Laborde, l'égalité de Fisher M * V = P * Q ne concerne que des quantités "intégrales globales" et n'est valable que « pour un temps court où les changements productifs, monétaires et individuels sont négligeables » . Dans la réalité cette situation où la monnaie en circulation représente exactement la valeur produite et échangée se produit rarement, de sorte que l'on a plutôt M * V - P * Q = Jt où Jt ‐ différentiel "monnaie-valeur" ‐ est appelé "champs de valeur J à l'instant t". Sa valeur pouvant être positive, négative ou nulle, l'égalité de la théorie classique M * V = P * Q n'est donc, dans la théorie relativiste, que le cas particulier (et rare) où Jt = 0.

La TRM procède par l'intégration des champs de valeurs locaux associés à chaque individu x (notés dJx) :

Jt = ∫ t0tx=1ndJx

Pour approfondir la TRM : allocation-universelle.net/theorie-relative-monnaie

Approche thermodynamique

https://allocation-universelle.net/econophysique-monetaire/#approche-thermodynamique

Cette section requiert des notions de physique (niveau fin d'études secondaires). Pour (re)constituer ces notions de base lire notre article "Travail, valeur et éthique".

Demande/Offre vs Pression/Température

Demande ≡ pression
Offre ≡ température

L'approche thermodynamique de la théorie des cycles économiques développée par le physicien François Roddier [source] repose sur le fait que toutes les structures dissipatives – du cyclone à la société humaine – produisent du travail mécanique en décrivant des cycles de Carnot autour d’un point critique (criticalité auto-organisée), point d’équilibre dynamique entre des forces opposées. Évoquant les travaux de Turchin et Nefedov sur les cycles séculaires, Roddier postule que dans le cas de l’économie, il s’agit d’un point d’équilibre entre l’offre et la demande : tandis que l’offre incite à la compétition, la demande incite à la coopération. Il s’en suit que, comme un moteur à quatre temps, l’économie passe par quatre phases successives appelées: dépression, expansion, stagflation et crises [source].

Roddier associe ainsi les cycles économiques à des cycles de Carnot décrits par les variables traditionnelles P, V, T, mais pour lesquels P représente un potentiel de Gibbs [source].

Le différentiel de potentiel énergétique détermine le sens et l'amplitude de propagation de l'énergie.

Ce faisant Roddier étend à l'économie la relation de Gibbs-Duhem, et à l'équilibre (état stationnaire) on a l'égalité entre la demande et l'offre [source p. 60].

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  • le potentiel de demande (que Roddier note P par analogie avec la pression physique de Boltzmann ainsi que la pression sociale de Durkheim) correspond à la variation du flux d'énergie par unite de variation du flux de production (noté V par Roddier par analogie avec le volume) : P = ∂G / ∂Vpouvoir de venteutilité de la production ≡ valeur d'usage ;

    Concernant la signification des notation Δ, d, ∂ et δ voir wikipedia.org/Notations_delta_en_sciences.

  • le potentiel d'offre (que Roddier note T par analogie avec la température) correspond à la variation du flux d'énergie par unité de variation du flux monétaire : T = ∂G / ∂$pouvoir d'achatrichesse ≡ valeur d'échange.

  • Publicité. Roddier explique comme suit le rôle de la publicité pour maintenir la demande à un niveau élevé : « l’offre maintient la demande comme la température maintient la pression dans une chaudière ».
  • Énergie et matière. Le physicien prévient : « Un économiste sera surpris de voir que ce schéma ne comporte pas de flux de matière. La raison en est qu'une structure dissipative est, par définition, dans un état stationnaire de déséquilibre thermodynamique. Toute matière y est recyclée. L'énergie nécessaire au recyclage est comptée dans l'énergie dissipée. Ce modèle s'applique donc à une économie dite "durable". Si le recyclage n'est que partiel, alors la partie non recyclée est considérée comme une modification de l'environnement » [source].
  • Équilibre. En physique un corps est dit « à l'équilibre » si son accélération est nulle, c-à-d lorsqu'il est soit au repos, soit en mouvement à vitesse constante. Un système est dit "à l'équilibre thermodynamique" lorsque l'énergie qu'il contient y est uniformément répartie. Les systèmes fermés tendent vers l'équilibre thermodynamique c-à-d le repos, et cela en se déstructurant (augmentation de l'entropie). L'équilibre thermodynamique correspond au maximum d'entropie du système et à une distribution uniforme de l'énergie qu'il contient. En économie classique l'équilibre est caractérisé par l'égalité entre offre et demande, et le niveau de prix correspondant.

Développons maintenant la notion de valeur d'échange, au sujet de laquelle Roddier note que « lorsque la température d’une économie est suffisamment élevée (énergie bon marché), la valeur d’usage devient négligeable devant la valeur d’échange (exemple: placements immobiliers, métaux précieux, objets de luxe) » [source p.47].

Entropie vs monnaie

∂ Entropie
≡ - ∂ Monnaie

Étant donné qu'en thermodynamique l'inverse de la température est l'entropie produite par unité d'énergie (T = ∂ G / ∂ E), Roddier en déduit donc de T = ∂G / ∂$ (cf.supra) l'équivalence (au signe près) entre monnaie et entropie : ∂ $ ≡ - ∂ E. Toute production d'entropie se traduit par une perte de valeur monétaire, et inversement.

La température d’une économie est donc l’énergie dissipée par unité monétaire ou encore par bit d'information. Ce que les physiciens appellent une probabilité de transition, note Roddier, devient en économie une probabilité de transaction.

Ainsi si l'on considère que la probabilité (pi) pour un commerçant de vendre un bien (i) est d'autant plus grande que le prix (si) est bas, on peut alors formuler la relation si = - k * log pi où k est une constante arbitraire.

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Par conséquent, soit l'espérance de chiffre d'affaire du commerçant sur l'ensemble de ses produits : S = ∑ pi * si on a alors que S = - k * ∑ pi * log pi qui n'est autre que l'expression donnée par Gibbs pour l'entropie, et par Shannon pour lʼinformation [source].

Dès lors si l'on considère que la création monétaire correspond à l'espérance de gain associée à la production de biens et services (PIB) on obtient alors Δ M = - k * ∑ pi * log pi.

Température vs prix

Température
≡ 1/Prix

Et Roddier conclut en établissant la relation entre prix et température : « en économie l'entropie produite se mesure en dollars (N.D.A. : ∂ E ≡ Prix) et l'énergie consommée en barils de pétrole ». Or T = ∂ G / ∂ ETempérature ≡ 1 / Prix : plus le prix du pétrole baisse, plus l'économie s'échauffe [source].

On notera que les économistes parlent au contraire de "surchauffe de l'économie" lorsque, la production excédant la demande, les prix augmentent ...

M * V = P * Q

Identifions la condition d'équivalence entre P * dV = T * d$ et l'égalité de Fisher M * V = P * Q :

Potentiel * d Volume = Température * d Monnaie     ⇔
Potentiel * d Volume = 1/Prix * d Monnaie     ⇔
d Monnaie * 1/Potentiel = Prix * d Volume    ⇒
si Vitesse = 1 / Potentiel
d Monnaie * Vitesse = Prix * d Volume

Il y a donc équivalence entre approches classique et thermoéconomique si la vitesse de circulation monétaire est l'inverse du potentiel de demande, c-à-d s'il est vrai que lorsque la vitesse de circulation atteint son maximum le potentiel de demande devient nul.

Régulation

Continuant son approche analogique avec le cycle de Carnot et la nécessité d'un régulateur pour toute machine thermique (dont tout système économique) Roddier recommande un système bi-monétaire composé :

  • d'une monnaie "yang" pour les ressources matérielles (biens) et/ou "non-renouvelables" (pétrole, forêts, ...), qui sont des ressources de type "stock" ;
  • d'une monnaie "yin" pour les ressources immatérielles (services) et/ou renouvelables (énergie solaire, ...), qui sont des ressources de type "flux".

La monnaie "yin" « est nécessaire pour refermer le cycle économique, comme une source froide est nécessaire pour refermer le cycle de Carnot » [source]. « L’usage de deux monnaies différentes dont on peut faire varier le taux de change, permet d’ajuster la barrière de potentiel économique qui sépare deux économies, comme un régulateur ». Selon Roddier on pourrait procéder « en conservant la monnaie en euros (yang) pour l’achat de biens matériels, et en utilisant une nouvelle monnaie (yin) pour la nourriture, les salaires et les services » [source].

Pour approfondir la théorie de Roddier dans le cadre de la problématique du développement durable : allocation-universelle.net/developpement-durable/#cycles-economiques

Synthèse

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Équilibre
instable

Le lien entre modèles relativiste et thermodynamique, par la proximité entre l'équation M * V - P * Q = Jt et la relation de Gibbs-Duhem, le cas particulier où Jt = 0 correspondant à une situation dite "d'état stationnaire" caractérisée par une pression et température constantes. Mais le phénomène économique est plutôt caractérisé par un état d'équilibre instable où la valeur de Jt oscille autour de zéro.

Macro
micro

L'approche thermodynamique concernerait-elle le niveau macroéconomique, et l'approche relativiste le niveau microéconomique ?

Imprévisibilité

Notons enfin que la théorie du chaos infirme la thèse selon laquelle "l'autorité monétaire" (la Banque centrale) serait en mesure d'adapter rationnellement la masse monétaire aux besoins de l'économie, que ce soit pour seulement contrôler l'inflation ou en outre stimuler la croissance (politique monétaire dite "adaptative", par assouplissement ou restriction monétaire).

Les réponses de l'économie physique sont les suivantes :

  • approche relativiste : la monnaie doit être créée à taux constant et distribuée également et gratuitement entre les personnes physiques ;
  • approche thermodynamique : un système bimonétaire "yin/yang minimise l'amplitude de cycles imprévisibles.

On notera que ces deux approches ne sont pas exclusives : le système bimonétaire pourrait très bien être organisé selon les principes de la TRM.

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