Principes monétaires

Un article du dossier Monnaie
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Màj : 20 juin 2019 – # pages A4 : 55

Fonctions et formes de la monnaie

https://allocation-universelle.net/principes-monetaires/#fonctions-et-formes-de-la-monnaie

Pour quels usages utilise-t-on la monnaie (fonctions) et comment l'utilise-t-on (formes).

Fonctions de la monnaie

La monnaie est utilisée pour :

  • les échanges commerciaux (la monnaie est moyen de paiement permettant de se passer du troc)
    --> type : flux ;
    --> prérequis : cours légal ;

  • l'épargne (la monnaie est réserve de valeur : elle ne dépérit pas physiquement et prend peu/pas de place)
    --> type : stock ;
    --> prérequis : valeur stable (*) ;

  • l'enregistrement comptables des flux et stock (la monnaie est étalon de valeur)
    --> type : unité de compte ;
    --> prérequis : valeur stable (*).

(*) La stabilité est une notion relative : un actif pourra d'autant plus facilement faire office de monnaie que sa valeur sera stable ; ou encore : entre deux actifs, les agents économiques préféreront utiliser comme monnaie celui dont la valeur est la plus stable.

On notera qu'un échange peut consister en l'échange d'une forme de monnaie liquide contre une autre forme d'actif financier, moins liquide mais plus apprécié comme instrument d'épargne (bons du Trésor, etc) ou de spéculation (actions, etc).

Formes de la monnaie

La masse monétaire (notée M) - la "monnaie en circulation" - est composée de plusieurs niveaux de monnaie selon le degré de liquidité des actifs monétaires considérés :

  • M1 = dépôts à vue des agents non financiers (90%) + billets & pièces (10%)     [zone euro, 2008 - source] ;

    • Billets et pièces sont appelées "espèce" ou (erronément) "monnaie fiduciaire" (cf. supra).
    • La part des espèces peut varier selon les pays. Ainsi elle est de 5% en France [2016 - source p.82].
  • M2 = M1 + comptes d'épargne (< 2 ans) ;

  • M3 = M2 + certains actifs financiers émis par les institutions financières monétaires (IFM) : OPCVM monétaires, certificats de dépôt, créances ≤ 2 ans, ... ;

  • M4 = M3 + certains actifs financiers émis par l'État (Bons du Trésor) et les grandes sociétés (Billets de trésorerie) ;

  • Mx : ne devrions-nous nous pas intégrer dans un agrégat plus large que M4 les produits financiers de la titrisation et de la finance de l'ombre ?

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Monnaie
fiduciaire

Par le passé la monnaie était essentiellement constituée de pièces d'or ou d'argent. Par la suite des pièces de métal non précieux et des billets de papier ont été utilisés. Bien que leur valeur intrinsèque est quasiment nulle, leur valeur nominale est cependant (très) supérieure s'il est facile de les convertir en un bien ayant une valeur d'échange (or, etc), de sorte que la valeur d'échange de celle-ci est étendue à celle-là. Ensuite, avec l'apparition de la comptabilité en partie double puis de l'informatique, la monnaie fut "dématérialisée" sous forme de monnaie scripturale c-à-d d'écritures comptables (comptes bancaires).

Par "fiduciaire" on entend le fait que, la valeur intrinsèque de la monnaie moderne étant très faible par rapport à sa valeur nominale, cette monnaie ne peut acquérir une valeur d'usage comme instrument d'échange qu'à la condition que les agents économiques aient confiance dans le fait qu'elle sera acceptée comme instrument de paiement par l'ensemble des agents économiques. C'est pourquoi on parle de monnaie "fiduciaire", du latin "fiducia" signifiant "confiance". En attribuant à une monnaie un cours légal l'État confère de facto cette confiance, et partant, une valeur d'usage à la monnaie.

Il est donc erroné de qualifier exclusivement les pièces et billets de monnaie fiduciaire (PS : erreur très fréquente) puisque, comme nous venons de le montrer, la monnaie scripturale est également fiduciaire !

Liquidité

La "liquidité" d'un actif financier est inversement proportionnelle au coût que son détenteur doit encourir pour le convertir en actif monétaire liquide c-à-d de type M1 (M4-M3 étant constitué des actifs monétaires les moins liquides), dont la caractéristique est d'être acceptée par tous les agents économiques nationaux et dont la valeur nominale est stable à l'intérieur du pays (contrairement aux autres actifs financiers). Par exemple si vous transférez une partie de votre compte d'épargne (M2-M1) vers votre compte à vue (M1) vous perdez la prime de fidélité. On comprend alors que les agents économiques peuvent avoir une préférence pour la liquidité, notamment lorsque le niveau des taux d'intérêt est faible.

À noter qu'avec le développement des systèmes de paiement électroniques, le coûts des transactions diminue pour l'ensemble des biens (financiers ou non).

Monnaie ou pas ? Il n'y a pas de limite dichotomique entre actif "liquide" et "pas liquide", il s'agit plutôt d'un continuum le long duquel la liquidité diminue c-à-d qu'augmente le coût de transaction pour transformer un forme de monnaie (M2-M1, M3-M2, M4-M3, ...) en M1, monnaie "totalement liquide" en ce qu'elle est disponible immédiatement (pas de coût de conversion) et acceptée comme moyen de paiement par tous les agents économiques (du moins nationaux). C'est pourquoi il n'y a pas de consensus quant à savoir ce qui est de la monnaie ou pas. Ainsi la Banque centrale européenne considère que M = M3 tandis que pour la BC US M = M2 (elle considère que M3 n'apporte aucune "information" supplémentaire par rapport à celle déjà contenue dans M2 ...).

Monnaie
de base

Également appelée "monnaie Banque centrale", elle est composée (i) des comptes des banques à la Banque centrale (notés R pour "réserves obligatoires") et (ii) des billets & pièces en circulation (repris dans M1) :

  • MB = R + billets & pièces     (USA : R=10%, billets & pièce = 90% en 2007).

MB est donc une notion composite puisque les billets & pièces font partie de M tandis que les comptes des banques à la BC n'en font pas partie (ils ne constituent pas de la "monnaie en circulation" mais de la "liquidité bancaire").

Ces réserves obligatoires n'étant pas rémunérées (ou très peu) par la Banque centrale, les banques commerciales visent à les maintenir à leur niveau minimum. D'autre part, quotidiennement, certaines banques sont en excès de réserves obligatoires tandis que d'autres sont en déficit (le coefficient obligatoire de réserve doit être vérifié en moyenne, sur une certaine période – par exemple tous les mercredi en quinze). Les secondes peuvent emprunter aux premières pour respecter les coefficient (clearing). Les comptes des banques auprès de la BC ne correspondent donc à leur réserve obligatoire que globalement.

Questions ouvertes :

  1. Dans la mesure où les pièces et billets tendent à disparaître ne serait-il pas judicieux de redéfinir plus simplement la monnaie de base comme étant « toute forme de monnaie détenue par le système bancaire (c-à-d les banques et la Banque centrale) » ?
  2. Si toute la monnaie n'existe plus que sous forme de comptes bancaires, et dès lors que les banques sont également des agents économiques, la distinction entre "monnaie de base" et de "monnaie en circulation" fait-elle sens ?
  3. Les agrégats monétaires (i) sont ils mesurables avec suffisamment de précision, et (ii) représentent-ils effectivement la totalité (ou ne serait-ce que la plupart) des instruments de paiement ?

Valeur d'usage de la monnaie

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Pour qu'une monnaie soit effectivement utilisée comme instrument de paiement ses utilisateurs doivent avoir la garantie qu'elle sera toujours acceptée en tant que tel par la plupart des agents économiques. Parmi les déterminants de la crédibilité de cette garantie auprès des agents économiques, et donc de la valeur d'usage de la monnaie, l'Etat joue un rôle essentiel :

  1. en attribuant à cette monnaie un cours légal, c-à-d en instituant que la monnaie ne peut être refusée comme moyen de paiement (sauf exceptions, comme par exemple une certaine somme de monnaie sous une certaine forme de moyen de paiement) ;

  2. en acceptant cette monnaie comme moyen de paiement des impôts (ce qui oblige les agents économique à en acquérir, et partant encourage les échanges dans cette monnaie) ;

  3. en utilisant cette monnaie pour payer ses dépenses et les salaires de ses fonctionnaires ;

  4. en combattant la contrefaçon monétaire au moyen du système policier/judiciaire ;

  5. en assurant une gestion quantitative de la masse monétaire, par la Banque centrale, pour minimiser le risque d'inflation et de spéculation sur la devise (PS : certaines BC ont en outre pour mission de stimuler la croissance économique).

  6. en garantissant la convertibilité de la monnaie nationale contre de l'or, auprès de la Banque centrale à un taux officiel ou au taux du marché (NB : la convertibilité or n'est aujourd'hui plus appliquée par la plupart des pays).

Contre-exemple : pourquoi les monnaies locales ne fonctionnent pas ? La plupart des monnaies locale disparaissent après quatre ou cinq ans lorsqu'elles ne bénéficient pas des caractéristiques qui suscitent la valeur d'usage de la monnaie nationale (ce qui est généralement le cas des monnaies locales), notamment le rôle joué par l'État dans la lutte contre la contrefaçon monétaire, et la possibilité de payer les impôts au moyen de la monnaie locale. Enfin si l'usage d'une monnaie locale implique un double affichage des prix (monnaies nationale et locale) – par exemple pour les clients venant d'autres régions – son inutilité devient vite flagrante même pour les locaux puisque ceux-ci ont besoin de la monnaie nationale pour payer leurs impôts et acheter dans d'autres régions du pays.

Politique monétaire

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La politique monétaire est menée par la Banque centrale et a trois objectifs :

  • stabilité des prix ;
  • développement économique ;
  • stabilité du cours de change de la monnaie.

Certaines BC ne visent que la stabilité de prix.

Nous distinguons deux volets de la gestion monétaire :

  • la gestion quantitative (création monétaire) ;
  • la gestion qualitative (allocation de la création monétaire entre les agents économique).

Le système monétaire actuel est assez flou car ce sont les banques privées qui assurent l'essentiel de la gestion monétaire, la Banque centrale étant un organisme plus ou moins public ou privé selon les pays. La Banque centrale européenne quant à elle peut être considérée comme une organisation issue du secteur bancaire, chargée de son auto-organisation. Cela pose non seulement de graves problèmes économiques mais aussi démocratiques : la monnaie ne devrait-elle pas être sous le contrôle de l'État plutôt que sous le contrôle de quelques entreprises privées ?

Gestion quantitative (création monétaire)

De combien le stock monétaire doit-il être augmenté (ou - beaucoup plus rarement - diminué) par rapport à l'évolution de l'activité économique ?

Bien que la monnaie moderne, étant dématérialisée, n'est plus soumise à une contrainte de rareté (baisse de la fréquence de découverte et de la taille de nouveaux gisements d'or et d'argent), elle demeure cependant soumise à une contrainte d'optimalité quantitative car la masse monétaire en circulation doit correspondre aux besoins de l'économie : trop élevée elle génère de l'inflation, trop faible elle freine l'activité économique. L'offre de monnaie doit s'adapter à la demande de monnaie utilisée pour les investissements et la consommation. C'est pourquoi il importe de contrôler l'évolution du volume de la masse monétaire en circulation, ce qui revient à maintenir une contrainte de rareté.

La gestion quantitative de la monnaie est réalisée par le secteur bancaire (banques commerciales + Banque centrale).

Gestion qualitative (allocation monétaire)

À qui et pour quels projets la monnaie crée devrait-elle être allouée ? (répartition - dans l'espace et le temps - de la création monétaire).

Pour être optimale l'allocation de la monnaie créée (c-à-d sa répartition dans l'espace et le temps) entre les divers agents économiques (ménages, entreprises et État) devrait viser à répondre le plus efficacement possible aux besoins de l'ensemble des individus, et à minimiser les effets négatifs de l'activité économique (pollution, spéculation, corruption, ...).

La gestion qualitative de la monnaie (allocation monétaire) est exercée par les banques commerciales, qui décident combien et à qui elles vont prêter de l'argent, cela contre rémunération (intérêts et frais de gestion).

La section suivante développe le cadre théorique dans lequel la politique monétaire est actuellement menée, puis compare théorie et pratique.

Dynamique monétaire

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Croissance et cycles économiques

Croissance exponentielle. sur le long terme (durant les deux derniers millénaires) l'économie mondiale mesurée par le PIB/hab a crû de façon exponentielle [source]. Cependant à plus court terme on observe des cycles enchaînant périodes de croissance et de décroissance autour de la tendance exponentielle. Notons que les périodes de décroissance peuvent durer plusieurs dizaines d'années, c-à-d une bonne partie de la vie d'un homme [source].

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Dans le cercle une période de récession historiquement accentuée suivie d'une période de croissance historiquement accentuée.

La tendance exponentielle serait essentiellement le fruit du progrès scientifique et technique. Quant aux cycles il existe diverses théories pour les expliquer, mais aucune ne nous apparaît convaincante, contrairement à l'approche thermodynamique (malheureusement ignorées par la plupart des économistes). Pour approfondir ces notions voir l'article consacré au développement durable.

Accentuation des cycles par le système bancaire. Ce qui nous intéresse ici c'est l'action des banques sur les cycles économiques (donc depuis que les banques modernes existent, c-à-d depuis le 18° siècle). L'histoire économique récente suggère que les banques auraient tendance à prêter (donc créer) trop de monnaie dans la phase croissante d'un cycle (sur-optimisme), et pas assez en période de décroissance (sur-pessimisme), ce qui aurait pour effet d'accentuer les fluctuations (effets de bulles). La Banque centrale est supposée neutraliser cette action procyclique accentuatrice par une politique contracyclique (par exemple abaisser ses taux directeurs en période de décroissance pour inciter les banques à prêter plus, et les augmenter en période de croissance pour inciter les banques à prêter moins) [source p.73]. Mais la BC pilote à l'aveugle car l'économie est un système complexe.

Dans le présent article et les autres du dossier "Monnaie" nous développons la thèse selon laquelle la création et allocation monétaire opérée par le système bancaire (banques commerciales et Banque centrale) est nuisible à la collectivité, et profite énormément aux propriétaires des banques. L'article consacré au financement distributif de l'AU présente une rationalisation collective du système monétaire.

La section suivante présente le cadre théorique dans lequel les Banques centrales définissent leur action. Ensuite nous confronterons la théorie avec les faits empiriques.

M V = P Q

Supposons une économie telle que durant l'année T1 deux transactions ont eu lieu : 3 unités du bien X et ont été achetées pour 5$, et deux unités du bien Y pour 10$. Il en résulte que (i) la masse monétaire qui a été échangée (on dit aussi "qui a circulé") cette année là fut de 5+10=15$, et (ii) cette circulation a eu pour contrepartie réelle l'échange de 3X+2Y de sorte que 3X+2Y=15$. Supposons en outre que la masse monétaire totale (M) était de 20$. Si nous notons V (pour "vitesse de circulation de M") le rapport 15/M nous avons alors que, cette année là : V = 75% et 3X+2Y = 0.75 * M.

Notons d'autre part que durant l'année comptable une même unité de monnaie peut être utilisée successivement pour plusieurs transactions. Ainsi par exemple l'année suivante (T2), malgré que M soit resté constante (hypothèse), l'économie pourrait connaître une activité plus intense c-à-d un plus grand nombre de transactions, par exemple : 2X pour 6$ (le prix du bien X a donc connu une inflation par rapport à T1), 1Y pour 5$ et 7Z pour 14$. On a donc eu cette seconde année : 2X+1Y+7Z = 6$+5$+11$ = 25$ = 1.25 * M

L'on peut formuler tout cela plus généralement de la façon suivante (égalité de Fisher) :

M * V = P * Q   ( 1 )

ou encore    Y / M = V      où :

  • Y (≅ PNB) = P * Q   où
    • P : prix moyen des transactions économiques comptabilisées pendant la période de mesure ;
    • Q : nombre des transactions économiques comptabilisées pendant la période de mesure.
  • M : masse monétaire ; V : vitesse de circulation de M
  • Si on a appelé "vitesse de circulation monétaire" le rapport Y / M c'est donc bien parce que ce ratio exprime le nombre de fois que la monnaie change de mains au cours de la période durant laquelle le PIB est mesuré : Y = V * M   
  • Notons que V est un rapport entre un stock (M, calculé en t) et un flux (Q, somme des transactions de t-1 à t). Comprenons donc bien que M ne reflète pas le patrimoine économique, il n'est que la masse monétaire nécessaire pour augmenter celui-ci.

Les statistiques économiques calculées chaque mois montrent que M est généralement inférieur à Y (de sorte que V ≥ 1). Début 2014 dans la zone euro on mesurait : VM3 ≈ 1 et VM2 ≈ 2. On notera que le rapport historique VM3 < VM2 confirme la pertinence de l'interprétation de V comme vitesse de circulation monétaire : la monnaie globalement moins liquide circule moins vite que la monnaie globalement moins liquide.

Vitesse de circulation monétaire
V constant ?

L'efficacité (la précision) de l'égalité quantitativiste en tant qu'instrument de pilotage monétaire est fonction de la stabilité de V : plus son écart-type est grand, moins l'égalité de quantitativiste est efficace. Or V n'est pas constant, il est juste relativement stable autour de 1 pour M3 et M2. Se pose alors la question de savoir si l'écart-type de V est suffisamment bas pour pouvoir faire de l'égalité M * V = P * Q une instrument de mesure et de décision pour le pilotage monétaire.

Les variations de V sont probablement déterminées par celles de l'épargne (-) et par le développement des moyens de paiement (+ : hausse de la rapidité, baisse du coût).

Vitesse vs liquidité. La vitesse de circulation de la masse monétaire est parfois associée (erronément) à son degré de liquidité [exemple], car l'augmentation de la liquidité c-à-d la baisse du coût de transaction lié à l'utilisation d'un actif financier comme instrument d'échange, se traduit généralement (mais pas nécessairement) par une augmentation de la vitesse de circulation monétaire. Il convient cependant de ne pas confondre ces deux grandeurs.

Interprétations
de MV=PQ

Si dans l'équation M * V = P * Q on considère que V est constant (et, par exemple, égal à 1 si M = M3) on peut alors faire le type de raisonnements suivants :

  • soit Q constant, alors ΔM > 0 ΔP > 0 : une hausse de M a nécessairement comme contrepartie une hausse de P, et inversement ;

    Le cas Q=constante existe à court terme lorsque les facteurs/moyens de production – travail (L) et capital (K)) – sont pleinement utilisés. Dans ce cas, pour augmenter Q, il faut soit importer de la main d'oeuvre étrangère (si L est saturé) et/ou investir dans des capacités de production (si K est saturé). La seconde solution semble plus rationnelle (économiquement et politiquement) mais prend plus de temps.

  • soit M constant, alors une hausse de Q requiert nécessairement une baisse de P ;

    Mais peut-on aussi affirmer qu'une économie planifiée où le statut de grande entreprise serait monopole public pourrait systématiquement provoquer une hausse de Q en baissant les prix ? .

  • soit P constant, alors une hausse de Q est impossible sans hausse de M.

    Mais peut-on aussi affirmer qu'une économie planifiée où le statut de grande entreprise serait monopole public pourrait systématiquement provoquer une hausse de Q en augmentant M ?

  • évoquons enfin le cas où M, P et Q sont variables, et illustrons-le dans le contexte d'une économie mixte : les cotisations sociales sont augmentées pour financer une augmentation de la production de biens & services médicaux (Q ⇑), de sorte que leurs prix augmentent, et d'autre part la Banque centrale créé la quantité de monnaie nécessaire pour assurer les échanges de ces biens & services à prix augmentés [cet exemple est inspiré d'une conférence de Bernard Friot : source].

    Selon Friot la cotisation sociale n’est pas une ponction mais un supplément, de sorte qu'il n'est nul besoin de taxer le capital pour financer la Sécurité sociale. NB : selon le modèle économétrique de l'économie française (Mésange) la mesure illustrée par Friot n'aurait d'effet sur la croissance qu'à court terme, avant que l'inflation le neutralise. Pour ce modèle c'est au contraire une baisse des cotisations sociales qui, en réduisant le coût du travail pour les entreprises, aura ainsi un impact pérenne sur le PIB et l’emploi [source]. PS : il faut cependant savoir qu'un modèle économétrique est un programme qui peut systématiquement donner des résultats désirés par ses concepteurs et/ou ses utilisateurs (via sa configuration), et cela même si sa "validité" est "confirmée" par sa capacité à reproduire l'évolution observée du PIB.

Notons enfin qu'à ce stade du raisonnement il n'est supposé aucune relation de causalité dans MV=PQ : il s'agit juste d'une égalité comptable, sans variables explicatives et variables dépendantes.

Neutralité de la monnaie ?

La thèse de neutralité de la monnaie correspond à la première des trois hypothèses ci-dessus, celle de Q constant. Dans ce cas, c-à-d si les facteurs/moyens de production sont pleinement utilisés, alors augmenter la création monétaire se traduit intégralement en inflation (d'où le terme de "neutralité").

Mais nous avons vu que pour augmenter la quantité maximale de facteurs & moyens de production il faut importer de la main-d'oeuvre (si plein emploi) et/ou investir en capacités de production (si le capital productif est saturé). Or comment faire cela sans monnaie supplémentaire si V est constant ?

La réponse des économistes libéraux est qu'il faut laisser opérer les marchés (entendez, en l’occurrence, les banques commerciales puisque ce sont elles qui créent la monnaie), et surtout éviter que l'État intervienne (sauf pour réglementer les marchés, afin que soient vérifiées les hypothèses de concurrence parfaite).

La Banque centrale européenne, illustre parfaitement ce principe. Son président est nommé pour huit ans par le Conseil européen, et n'a aucun compte à rendre, ni au Conseil, ni au Parlement ni à la Commission européenne [source p. 137]. Il n'y a donc aucun contrôle "démocratique" de la politique monétaire (contrairement aux USA ...). La BCE s'est fixée comme objectif premier de maintenir l'inflation en dessous de 2%. Mais cela est-il effectivement l'objectif de la BCE ? N'est-ce pas seulement la conséquence d'une volonté de maximiser les revenus des banques ?

Ainsi, dès lors que la création monétaire est réalisée par le crédit bancaire (entendez "par les banques privées"), la monnaie serait nécessairement adaptée aux besoins de l'économie. Par conséquent toute politique de relance économique menée par la Banque centrale en créant de la monnaie supplémentaire se traduirait intégralement en inflation et ne pourrait avoir aucun effet sur la production de biens et services (sauf à court terme en raison d'une certaine inertie dans l'adaptabilité des prix, dont les salaires). Autrement dit, « il ne sert à rien de mener à l'abreuvoir un cheval qui ne veut pas boire ».

Le cas des loyers. L'ancien ministre français Lionel Stoleru donne une autre illustration du phénomène de neutralité : « quand on donne une aide personnalisée au logement (APL) de 200 euros à un étudiant, le prix de sa chambre de bonne augmente d’autant ; le prêt à taux zéro a pour seule conséquence de faire augmenter le prix de l’immobilier. ». Si c'est effectivement le cas (NB : l'aide au logement peut être conçue de telle sorte que le propriétaire ne peut distinguer les locataires bénéficiaires de ceux qui ne le sont pas) alors cela confirme la nécessité d'un contrôle public des moyens de logement (rappelons à cet égard qu'il y aurait jusqu'à trois fois plus de logements vides que de SDF en Europe : source).

Critique

Pour rendre plus acceptable une théorie audacieuse un vocabulaire alambiqués peut participer à une certain enfumage. Ainsi selon la théorie de la neutralité monétaire (ou du moins son interprétation par les économistes libéraux, dits "monétaristes"), pour ne pas être inflationniste, la monnaie doit être "endogène" c-à-d créée via la demande de crédits bancaires par les agents économique. Ainsi donc la monnaie "exogène" – par exemple la monnaie créée directement par l'État pour financer des activités productives, ou encore la monnaie issue de l'étranger via les exportations – serait inflationniste ?!! Et la monnaie créée pour refinancer les banques pourries ... ?

Nous allons montrer ici que cette théorie ne résiste pas à une analyse impliquant offre et demande de monnaie.

Affirmer que l'offre de monnaie serait à tout moment effectivement adaptée aux besoins de l'économie, aussi bien en terme quantitatif ("combien ?") que qualitatif ("à qui ?"), revient à supposer que lorsque dans leur activité de création monétaire les banques sont amenées à choisir entre l'intérêt collectif et la maximisation de leur bénéfice (et ces situations se produisent régulièrement) les banques commerciales privilégieraient l'intérêt collectif (*) au détriment du leur ! Or les récurrentes crises financières causées par l'appât du gain des banques commerciales infirment cette croyance "bisounours".

(*) Par "intérêt collectifs" nous entendons notamment la protection de l'environnement, la réduction de la pauvreté et la limitation des écarts de richesse. NB : deux études du FMI et de l'OCDE ont montré que ces derniers sont nuisibles à la croissance [FMI-2015, OCDE-2014].

Il y a donc généralement inadéquation de l'offre de monnaie par rapport aux besoins de la majorité des agents économique. Cette inadéquation est telle que M * V - P * Q = JtJt – appelé "champs de valeur" à l'instant t – est généralement >0 ou <0 (cf. article sur le financement distributif de l'AU).

Or si l'offre de monnaie n'est généralement pas adaptée à la demande de monnaie, cela implique que la plupart du temps il subsiste des agents économiques (ou des régions) :

  • demandeurs de monnaie, aussi bien pour financer la consommation de biens/services que leur production (PS : c'est d'ailleurs généralement parce qu'il existe une demande solvable de biens & services qu'une offre y répond) ;

  • ayant reçu de la monnaie pour financer des dépenses pour lesquelles il n'existe pas de demande démocratiquement exprimée mais seulement une demande crée par la corruption de décideurs politiques/économiques et/ou le conditionnement publicitaire de consommateurs (médicaments bidons, armes bidons, sauvetage de banques pourries, ...).

Selon leurs anticipations respectives les agents économiques peuvent utiliser la création monétaire pour la consommation, les investissements en capacités de production ou la spéculation, etc. Le potentiel inflationniste de la consommation est généralement plus élevé que celui des investissements en capacité de production. Etc ...

Les conséquences de l'inadéquation entre offre et demande de monnaie peuvent donc varier dans l'espace et le temps, et porter plutôt sur les prix (inflation/déflation) ou plutôt sur la production (chômage, dégradation de l'environnement, ...).

Nous verrons qu'en raison de la complexité du phénomène inflationniste aucune Banque centrale n'est en mesure (sauf par effet du hasard) de réaliser ses objectifs officiels, supposés servir l'intérêt collectif. Par contre, dans le système monétaire tel qu'il est aujourd'hui, une Banque centrale est certainement capable de réaliser des objectifs officieux, qui correspondent à sa véritable nature de ... lobby bancaire.

On comprend alors que la problématique monétaire ne se limite pas à déterminer quelle quantité de monnaie doit-elle être créée. Il importe également, et peut-être surtout, d'allouer de façon optimale la création monétaire entre les agents économiques.

Pour ce faire il convient selon nous de coupler :

  1. une politique monétaire symétrique : création monétaire à taux constant et allocation égalitaire & gratuite (financement distributif de l'AU) --> par leur consommation (plus exactement par les changements dans les types et quantités de produits consommés) les citoyens indiquent aux entreprises dans quelles directions elles doivent orienter leurs investissements ;

  2. une politique budgétaire d'économie mixte (présence d'entreprises publiques en concurrence dans tous les secteurs stratégiques : cf. notre article sur les entreprises publiques), et cela dans le cadre d'un système politique de démocratie directe (cf. le statut, à créer, de coopératives publiques).

    Cette politique mixte implique l'abandon des critères de Maastricht [approfondir].

Il s'agit notamment de reconnecter sphères financière et réelle.

Déconnexion des sphères financière et réelle

Les deux tableaux suivants montrent deux aspects du décrochage de la sphère financière par rapport à la sphère réelle :

  • ce décrochage est apparu au moment de la création de l'euro au début des années 2000 ;

  • il a été accentué suite à la crise des "subprimes" : pour neutraliser un supposé "resserrement des crédits", mais surtout pour sauver des banques privées gérées par des incompétents ou des escrocs, les banques centrales US et européenne augmentèrent considérablement l'offre de monnaie de base :

    • directement, en octroyant de nouveaux crédits aux banque commerciales, et en rachetant aux institutions financières non bancaires en difficulté leurs actifs financiers "pourris" ;

      N.B. Les institutions financières non bancaires (fonds de pensions, sociétés d"assurance, ...) bénéficiant de ces rachats, étant payées via leur compte bancaire, la Banque centrale augmente ainsi – et gratuitement – les réserves des banques gérant ces comptes [source, pages 21 et 24].

    • indirectement, en accordant aux banques des taux avantageux et en assouplissant leurs règles prudentielles.
M1-UE.png

NB : l'échelle du premier tableau vaut la moitié de celle du second

M1-USA.png

bilans des banques centrales (% PIB)

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Source : banque-france.fr

Cependant il se fait que les banques ont exploité les nouvelles conditions de création monétaire, non pas pour octroyer des crédits aux particuliers et aux entreprises (sphère réelle), mais plutôt – à l'instar des autres institutions financières – pour spéculer encore plus par l'achat d'actifs financiers aux sous-jacents divers (actions, obligations d'État, devises, matières premières, devises, immobilier) !

L'inflation d'origine monétaire reste donc limitée aux actifs de la sphère financière.

Une raison avancée par certains économistes est que les ménages et entreprises ne seraient pas disposés à emprunter, en raison d'un surendettement et d'anticipations pessimistes quant à la croissance économique. Si cette explication est vraie alors cela signifie qu'il n'y avait pas resserrement de l'offre de crédit (lequel resserrement fut la raison invoquée pour justifier l'aide apportée par les BC aux banques commerciales ...). Cependant une autre explication possible est que le niveau extrêmement bas des taux d'intérêts incite les banques commerciales – dont l'objectif est la maximisation des profits plutôt que le bien-être collectif – à investir dans la sphère financière où les rendements sont supérieurs aux taux des crédits de la sphère réelle, tout en étant peu risqués dès lors qu'en cas d'éclatement de la bulle spéculative il suffit aux banques d'invoquer le risque de faillites bancaires en chaîne pour que les États (c-à-d in fine les contribuables) viennent à leur secours (chantage au risque systémique).

Une stratégie de placement risqué consiste à emprunter dans une monnaie assortie de taux d’intérêt bas, comme le yen ou l’euro, puis à investir cet emprunt dans un autre pays dans des produits à plus haut rendements (car plus risqués) – par exemple des collateralized loan obligations (CLOs) composés d’obligations à long terme de sociétés américaines – et en couvrant le risque de change tous les trois mois avec des swaps. À noter que les banques ne prennent pas le risque sur elles lorsqu'elles agissent en tant que dealers de CLOs : dans ce cas elles propagent le risque à l'ensemble de leurs clients (dont des fonds de pension ou encore des municipalités), et cela de façon d'autant plus dangereuse que ce type de produit dérivé permet à la banque qui le constitue de masquer l'ampleur réelle du risque associé, et d'abuser de cette asymétrie d'information par rapport à ses clients.

Cette monnaie créée en excès par les banques centrales va nécessairement dans la poches de quelques privilégiés, dont les actionnaires des banques privées : la sur-croissance de la sphère financière au détriment de la sphère réelle est donc la contrepartie comptable de l'explosion des écarts de richesse. Cela au profit d'une infime minorité de la population : les actionnaires majoritaires des grandes institutions financières, et les membres de gouvernements corrompus. C'est exactement comme si ces individus s'étaient organisés pour fabriquer des faux billets à leur profit, sauf qu'ici ils le font par une appropriation de classe des institutions monétaires.

Déstabilisation
des devises

La sphère financière étant mondialisée et ses flux hyper-mobiles, les mouvements de fonds spéculatifs peuvent déstabiliser des devises. Par exemple si les taux d'intérêt en dollar baissent, les spéculateurs peuvent brusquement et massivement transférer leurs fonds d'actifs financiers en dollars vers des actifs financiers dans d'autres devises, dont le taux de change va ainsi considérablement s'apprécier, ce qui a pour effet de détériorer la compétitivité-prix du secteur exportateur des pays concernés.

Corrélation prix/monnaie

L'analyse statistique (cf. tableur) des données historiques du tableau ci-dessous (USA, 1960-2017) montre que le coefficient de corrélation entres le taux de croissance de M en t et l'inflation en t+3 est (i) positif et (ii) modérément forte (0,55>0,5) pour M3 mais faible (<0,5) pour M1. Enfin si l'on ne prend que la période 2000-2017 la corrélation devient faible dans les deux cas.

Le graphique suggère en outre une augmentation de la volatilité de M1 à partir du milieu des années 1980, relativement à la volatilité de M3.

Croissance monétaire et inflation (USA)

M-inflation-usa.png

Tableur

Corrélation entre croissance monétaire et inflation (USA, 1960-2015)
1960-20152000-2015
M10,12-0,24
M30,55-0,04

Inflation

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Définition

Nous entendons par "inflation" une hausse ou une baisse (on parle alors de déflation) significative et durable des prix, relativement à une valeur considérée comme "acceptable". Cette valeur "normale", située entre 2% et 3%, est déterminée non pas théoriquement mais expérimentalement, par l'observation historique de l'inflation relativement aux autres indicateurs macroéconomiques (PIB, chômage, balance courante, taux de change et d'intérêt, ...).

Pourquoi le taux "normal" d'inflation n'est-il pas tout simplement de 0% ? Une réponse possible est que les taux d’intérêt nominaux pouvant difficilement être significativement négatifs, un minimum d’inflation permet d'abaisser suffisamment les taux d’intérêt réels et d'ainsi soutenir l’activité économique lorsque la conjoncture le requiert.

Causes

L'inflation est un phénomène multi-factoriel. Les facteurs déterminants sont de deux types, selon qu'ils opèrent du côté de la demande ("inflation par la demande") ou de l'offre ("inflation par les coûts") :

  • inflation par la demande de biens/services de consommation ou d'investissement (Y = C + I) qui augmente au-delà de l'offre disponible suite à :

    • une création monétaire (ΔM) excessive c-à-d des crédits bancaires excessifs ;
    • des anticipations de hausse future de prix par les agents économiques --> prophétie autoréalisatrice ;
    • ...
  • inflation par les coûts des facteurs et moyens de production (PIB = f ( L , K )) :

    • travail : hausse des salaires supérieure à l'augmentation de la productivité, et répercutée par les entreprises privées sur leurs prix de vente (plutôt que sur la diminution des bénéfices), ... ;
    • capital non financier : hausse du prix de matières premières suite à pénurie ou entente de cartel, boom immobilier ... ;
    • capital financier : hausse des dividendes résultant d'un déficit de concurrence, hausse des taux d'intérêts, ... ;

L'inflation du capital concerne une minorité de la population (les plus riches) tandis que l'inflation du prix du travail concerne une majorité voire la totalité de la population.

Nous verrons que l'indice des prix à la consommation (sur base duquel les salaires sont généralement indexés) concerne l'inflation par la demande (inflation "tirante"), cependant celle-ci est également nourrie en amont par l'inflation par les coûts (inflation "poussante").

Poids de
l'histoire

La théorie économique en matière d'inflation est très influencée par la théorie quantitative des monétaristes (entendez "libéraux") des années 1970, elle-même très influencée par l'hyperinflation allemande de 1922-23 et le choc pétrolier des années 1970. Pour formaliser ces événements des théoriciens ont imaginé les concepts théoriques suivants :

  • production potentielle et croissance potentielle, dont le niveau est déterminé par la quantité disponible de facteurs de production (travail et capital) ainsi que par leur qualité (leur productivité globale) : si la demande tend à pousser l'offre au-delà de cette limite il y aura de l'inflation ;

    Une mesure du taux de la croissance potentielle est la somme des taux de croissance de la population active et de la productivité du travail.

  • NAIRU , taux de chômage d'équilibre vers lequel, selon la théorie libérale, le chômage convergerait en l'absence de chocs d'offre temporaires, une fois que le processus d'ajustement dynamique de l'inflation est achevé : si le taux de chômage y est inférieur, alors l'inflation devrait augmenter.
La fin de
l'inflation ?

Il convient cependant d'étendre l'analyse en nous intéressant aux transformations récentes de l'environnement économique, qui expliquent plutôt l'absence de forte inflation :

  • mondialisation : concurrence accrue en provenance de pays à faible protection sociale et environnementale (dumping social et environnemental) ;
  • la moindre combativité des syndicats (par corruption des cadres ?) ;
  • le progrès technologique qui améliore la productivité (dont la rapidité d'affichage des nouveaux prix ...) ;
  • la part croissante (et probablement sous-estimée) du secteur des services dans le PIB ;
  • l'écrasement de la sphère réelle par la sphère financière ⇔ la concentration des richesses aux mains d'une minorité de la population ;
  • le vieillissement de la population ? ; ... ;

À ces facteurs structurels s'ajoutent le facteur conjoncturel de la crise économique de 2008, qui fait encore sentir ses effets dix ans plus tard. Cependant la récurrence et la longueur des crises financière depuis les années 1980 tendent à transformer ces crises d'origine financière en facteur structurel.

Inflation dans la zone euro (mai 2018)

inflation-zone-euro.png
L'inflation sous-jacente exclut les prix soumis à l'intervention de l'État (électricité, gaz, tabac...) et les produits à prix volatils (produits pétroliers, produits frais, produits laitiers, viandes, fleurs et plantes,...) qui subissent des mouvements très variables dus à des facteurs climatiques ou à des tensions sur les marchés mondiaux.

Comprendre l'inflation : une théorie qui ne marche plus

Effets

On peut identifier cinq effets majeurs (négatifs ou positifs) de l'inflation : sur la compétitivité, la redistribution, le pouvoir d'achat, les anticipations, l'affichage des prix :

  • Compétitivité. Si l'inflation est supérieur à celle du reste du monde, les entreprises nationales perdent en compétitivité prix (NB : mais c'est le rapport qualité/prix qui est déterminant) sur le marché domestique comme sur les marchés à l’exportation. L'effet est négatif sur le PIB et la balance courante.

  • Redistribution. Si les emprunts ne prévoient pas de close d'indexation de leur taux d'intérêt, l'inflation induit alors une redistribution de richesse en faveur des débiteurs (généralement les plus pauvres de la population) au détriment des créditeurs (généralement les plus riches de la population). Ce raisonnement vaut aussi pour la dette publique (PS : environ 15% de la dette publique française est indexée - source). Cependant si l'inflation perdure elle sera répercutée par les prêteurs sur les taux d'intérêts nominaux, de sorte que le taux d'intérêt réel restera inchangé (or c'est le taux réel qui compte).

  • Pouvoir d'achat. l'inflation réduit le pouvoir d'achat des ménages (mais l'indexation des salaires peut neutraliser cet effet pour autant que les employeurs ne répercutent pas la hausse des salaires en hausse des prix).

  • Anticipations. si les agents économiques anticipent une hausse (/ baisse) des prix ils vont avoir tendance à accélérer (/ retarder) leurs décisions d'achats (pour la consommation ou les investissements), ce qui stimule (/ freine) l'activité économique mais peut aussi dégénérer en spirale inflationniste (/ déflationniste) encore appelée hyperinflation.

    Asymétrie inflation/déflation. On notera que le terme "hyperdéflation" n'existe pas, et que la déflation (inflation négative) est plutôt le symétrique de l'hyperinflation que de l'inflation. Cela peut s'expliquer par le fait que l'hyperinflation est entretenue par les mécanismes d'indexation salariale, alors que la baisse des salaires est politiquement beaucoup plus difficile.

  • Affichage des prix. la variation des prix implique des coûts liés au changement d'affichage des prix à l'étalage et dans les prospectus (mais l'affichage électronique tend à réduire ces coûts) ; ... ;

Conclusion. Sur les cinq groupes d'effets seuls la redistribution et l'incitation à l'achat peuvent être considérés comme positifs. La plupart des économistes considère que l'inflation est non problématique tant qu'elle ne situe pas durablement en dehors de la marge zéro à quatre pourcent de croissance annuelle. La Banque centrale européenne, qui est sous forte influence de l'Allemagne, vise quant à elle une limite maximale de 2% ...

Mesure des prix

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Réel = Nominal / (1+i)

On peut mesurer le niveau des prix de diverses façons, les plus connues étant l'indice des prix à la consommation (IPC) et le déflateur du PIB. Aucun n'est parfait, tous ont leurs particularités (avantages) et limites (inconvénients).

IPC

La variation des prix (ΔP) est généralement mesurée par la variation de l'indice des prix à la consommation (IPC), lequel est calculé par rapport à un panier de biens de consommation supposé "représentatif" des habitudes de consommation de l'ensemble la population.

Composition du panier de consommation en Belgique

IPC-composition.png

NB : les produits financiers – actions, obligations, produits dérivés, etc – ne font pas partie de ce panier.

Particularité. L'IPC ne concerne donc pas les prix des biens intermédiaires (les moyens de production). Étant limité aux biens de consommation (encore appelés "bien finaux") on peut donc le voir comme le niveau des prix payés par les personnes physiques.

Limite. La composition du panier de l'IPC est une estimation moyenne des habitudes de consommation, or celles-ci varient (i) dans l'espace (entre pays ainsi qu'entre individus d'un même pays) et (ii) dans le temps (l'évolution technologique rend de plus en plus rapidement obsolète la composition du panier).

Déflateur
du PIB

Lorsque l'on mesure la croissance du PIB il importe d'expurger sa composante prix. Cela revient à distinguer :

  • PIB à prix courants, c-à-d exprimé aux prix de l'année en cours (t), donc en valeur --> PIB "nominal" ;
  • PIB à prix constants c-à-d exprimé aux prix d'une année de base (t0), donc en volume --> PIB "réel".

C'est le PIB réel (donc à prix constant) qui est considéré comme le meilleur des deux car il est expurgé de l'inflation. Cependant les données récoltées auprès des agents économiques (entreprises, particuliers et État) sont généralement exprimées à prix courants.

On peut obtenir une approximation du PIB réel en divisant le PIB nominal par 1+i où i est le taux d'inflation par rapport à une année de base t0 : PIBR = PIBN / (1+i).

On appelle le ratio PIBN / PIBR * 100 le "déflateur du PIB"

Les formules du PIB en valeur nominale et en valeur réelle sont :

  • PIBN t = ∑i =1 n Pt,i * Qt,i   où Pt,i  est le prix courant (année t, produit i)
  • PIBR t = ∑i =1 n Pt0,i * Qt,i   où Pt0,i  est le prix de base (année de base t0, produit i)

Taux de croissance du PIB en France[année de base : 2005 - source]

Taux de croissance du PIB en France

Pendant la période inflationniste des années 1970 et 1980, le différentiel entre taux de croissance du PIB à prix constants vs. courants était logiquement historiquement élevée.

Particularité. Le déflateur du PIB concerne l'ensemble des productions (biens intermédiaires et finaux) réalisées pendant la période de calcul du PIB.

Limite. Il ne prend pas en compte le prix des biens de consommation (biens finaux) importés.

Illusion
monétaire

On parle d'illusion monétaire lorsqu'un agent économique ne perçoit pas correctement la relation entre la variation du prix d'un bien et la variation du niveau général des prix, c-à-d la différence entre valeur nominale et valeur réelle de ce bien. Par exemple si en l'instant t je revend pour 102 un bien que j'avais acheté 100 en t0 (soit un gain nominal de 2%), mais que durant cette période les prix des tous les autres biens ont augmenté de 3%, alors le "gain" réalisé est négatif en valeur réelle (102/103 - 100)/100 = - 0,97%) bien que positif en valeur nominale.

Analyse spatio-temporelle de l'inflation

Typologie temporelle

En terme de temporalité on peut distinguer trois type de hausse des prix :

  1. temporaire : l'indice des prix augmente puis revient à son niveau initial après un certain temps ;
  2. permanente discrète : l'indice des prix augmente puis demeure à ce niveau supérieur ;
  3. permanente continue : l'indice des prix augmente sans cesse (à un taux généralement variable, appelé "taux d'inflation").

Dire que "l'inflation augmente" c'est donc dire que "le taux de croissance des prix augmente".

Le tableau suivant (USA) montre que l'inflation moyenne du siècle passé est d'environ 2,5% et que sa volatilité est dans une tendance baissière.

IPC et inflation (USA 1913 à 2006 - source)

inflation.png
Local vs global

Commençons par préciser que les notions de localité/globalité ne doivent pas être interprétées qu'en terme géographique mais également en terme de groupes d'agents économiques, notamment selon le niveau de richesse.

Ainsi ce que l'on observe au niveau de l'ensemble d'une zone monétaire (analyse globale) ne produit pas nécessairement les mêmes effets selon que l'on observe des groupes particuliers d'agents économiques (analyse locale).

Pour le voir supposons une zone monétaire produisant uniquement deux biens (à productions constantes) :

  • Q1, acheté essentiellement par des individus au revenu inférieur au revenu médian ;
  • Q2, acheté essentiellement par des individus au revenu supérieur au revenu médian (biens de luxe).

Dans ces conditions, et en posant V=1, l'équation (1) peut s'écrire comme suit :

M = P1 * Q1 + P2 * Q2 ΔM = ΔP1 * Q1 + ΔP2 * Q2  ( 2 )

Soit P le prix moyen pondéré, tel que :

P = P1 * [Q1 / (Q1 + Q2)] + P2 * [Q2 / (Q1 + Q2)] = [ P1 * Q1 + P2 * Q2 ] / (Q1+Q2) = M / (Q1+Q2)
ΔP = ΔM / (Q1+Q2)

On retrouve bien que  ΔM = 0 ΔP = 0   : il ne peut y avoir inflation globalement si M ne varie pas.

Cependant l'équation (2) montre que même avec ΔM = 0 il peut néanmoins exister une inflation d'origine monétaire concernant l'un des deux biens, mais elle serait nécessairement compensée par une déflation d'origine monétaire pour l'autre bien, et telle que :
ΔP1 = - ΔP2 * (Q2 / Q1)

De même une inflation globale d'origine monétaire (ΔM > 0 --> ΔP > 0) peut-être compatible avec une déflation pour un bien (par exemple Q1), mais nécessairement plus que compensée par une inflation pour l'autre bien (Q2) telle que :
ΔP1 = - ΔP2 * (Q2 / Q1) + ΔM / Q1

Démonstration :
Si ΔP1   <   0
- ΔP2 * (Q2 / Q1) + ΔM / Q1   <  0
ΔP2  >  ΔM / Q2  >  0    
CQFD

Application. Ce dernier cas de figure est illustré par l'effet du "Quantitative easing" évoqué plus haut (Déconnexion des économies financière et réelle) : suite à la crise des subprimes de 2008 la forte création monétaire décidée par les Banques centrales, non seulement n'a pas provoqué de pression inflationniste dans la sphère réelle (Q1), mais au contraire l'inflation y a baissé car les banques - qui contrôlent la création monétaire - préfèrent utiliser celle-ci pour spéculer dans la sphère financière (Q2), car les rendements y sont supérieurs à ceux des investissements dans la sphère réelle. Il en a résulté une inflation dans la sphère financière (N.B. Les produits financiers ne sont cependant pas repris dans l'indice des prix à la consommation, dont on a vu qu'il est le principal référentiel en matière de mesure de l'inflation. Mais cela n'enlève rien à la réalité des bulles financières et de leur impact sur l'économie réelle via le chantage au risque systémique des banques).

Prix fixes. L'on pourrait faire les même exercices en posant cette fois que ce sont les prix qui sont constants (fixés par l'État, plutôt que fluctuant au gré des marchés). Dans ce cas les ajustements se font - de la même manière - entre M , Q1 et Q2 : ΔM = P1 * ΔQ1 + P2 * ΔQ2  ( 2 ' )

Court vs long terme

L'inflation ne se propage pas instantanément. Il en résulte que les premiers à recevoir la création monétaire sont avantagés puisque son pouvoir d'achat diminuera au fur et à mesure que l'inflation se réalisera.

L'on pourrait donc reproduire l'analyse précédente mais en distinguant cette fois la consommation du bien Q selon deux groupes de consommateurs distincts temporellement :

  • ceux ayant reçu ΔM directement, dont la consommation du bien Q a lieu en t1 : Qt1 ;
  • ceux ayant reçu ΔM indirectement (donc plus tard), dont la consommation du bien Q a lieu en t1 : Qt2

de sorte que ΔPt1 < ΔPt2 pour Qt1 + Qt2 = Q.

Or le même ΔM étant utilisé en t1 et t2 :

ΔM = ΔPt1 * Qt1 = ΔPt2 * Qt2    ⇔
Qt2 / Qt1 = ΔPt1 / ΔPt2 > 1    ⇔
Qt1 > Qt2

Prix, valeur et monnaie

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Prix de marché

Le prix est fonction du rapport de force entre les parties de l'échange (qu'il s'agisse d'une économie de marché ou d'une économie planifiée).

On peut distinguer trois systèmes de formation des prix :

  • prix de marché de gré à gré ;
  • prix de marché organisé (exemple : la bourse) ;
  • prix planifiés.

Selon la théorie classique le prix de marché d'un bien ne serait pas le résultat d'un processus stochastique mais bien déterminé par le croisement entre l'offre et la demande pour ce bien.

Ce principe vaut également pour :.

  • le marché du travail,
    • dont le prix est le salaire ;
    • dont l'offre est le fait des travailleurs, et la demande le fait des employeurs.
  • le marché des capitaux,
    • dont le prix est le taux d'intérêt ;
    • dont l'offre est l'épargne des agents économiques, et la demande leurs investissements.

Les courbes d'offre et de demande pour un bien représentent l'agrégation, à un instant déterminé, des quantités (de bien et de monnaie) que les acheteurs et vendeurs sont disposés à s'échanger. L'intersection entre les deux courbes détermine "l'équilibre du marché" c-à-d les termes de l'échange (pe,qe) tel que l'offre (pO,qO) correspond à la demande (pD,qD) : (pe,qe) = (pO,qO) = (pD,qD).

Une "hausse de l'offre" ou de la demande signifie un déplacement de la courbe vers la droite : pour un même prix la quantité demande ou offerte augmente.

Le graphique suivant montre l'effet d'une hausse de la demande (D --> D') selon que l'offre est peu (Oa) ou fortement (Ob) sensible aux variations de prix. Dans le premier cas l'augmentation de la demande (par exemple suite à une création monétaire additionnelle) se traduira par une plus forte augmentation des prix et une plus faible augmentation des quantités, relativement à la situation où l'offre serait de type Ob.

Sphère réelle : effet d'une hausse de la demande

sphere-Q.png

Selon la théorie économique classique l'intérêt du système des prix de marché est qu'il permettrait d'allouer les ressources entre agents économiques ("qui consomme quoi") plus efficacement que par planification (*), notamment en raison d'une asymétrie d'information entre d'une part entreprises et ménages et d'autres par l'État, concernant les coûts et préférences des premiers.

Par allocation "plus efficace" les économistes libéraux entendent deux choses :

  • les prix du marché résultant de l'ajustement entre offre et demande reflètent fidèlement le niveau d'utilité des biens/services (c-à-d le niveau de bien-être qu'ils procurent) ;
  • les prix du marché résultant de l'ajustement entre offre et demande correspondent à un optimum de Pareto, situation dans laquelle on ne peut plus améliorer le bien-être d'un individu sans détériorer celui d'un autre.

Les marchés sont alors dit "efficients" [source].

Cependant la thèse de l'efficience des marché repose sur un groupe de cinq hypothèses très "fortes" (c-à-d rarement voire jamais vérifiées simultanément) résumées par le concept de concurrence pure et parfaite [source] :

  • la concurrence est pure si :
    • pas de position dominante ;
    • pas de barrière à l'entrée ;
    • homogénéité des biens et services ;
  • la concurrence est parfaite si :
    • libre circulation des facteurs de production ;
    • information transparente.

Or non seulement il est très rare que ces cinq hypothèses soient vérifiées simultanément, mais en outre force est de constater que les marchés ne gèrent pas efficacement les externalités telles que la pollution. L'État doit donc intervenir pour réglementer les marchés voire s'y substituer.

Valeur d'usage vs valeur d'échange

Une monnaie est un bien (ou un service) comme un autre. Il existe ainsi un marché des devises où l'on échange des monnaies. Jusqu'à la seconde guerre mondiale les devises étaient généralement échangées contre de l'or. À la fin de la guerre les USA tentèrent avec succès d'imposer le dollar comme substitut à l'or en tant qu'étalon monétaire international, c-à-d d'en faire la principale devise internationale.

Les prix sont une mesure de la valeur des biens. Il y a dans cette affirmation deux notions importantes qu'il nous faut analyser : valeur et mesure.

En économie, et plus précisément dans le cadre d'une transaction commerciale, il importe de distinguer :

  • la valeur d'usage d'un bien/service, c-à-d son utilité, estimée par chacune des parties prenantes d'une transaction (c'est donc une notion subjective/individuelle, c-à-d qui peut varier selon les parties) ;

    Valeur d'usage de la monnaie. Nous avons vu plus haut que l'État joue un rôle déterminant dans l'attribution d'une valeur d'usage à la monnaie nationale. Il en est de même d'un État impérialiste voulant faire de sa monnaie la devise internationale, ou d'un organisation internationale désirant créer une monnaie internationale.

  • la valeur d'échange d'un bien/service, dont la mesure est le prix effectif auquel le bien ou service est échangé (on parle indifféremment d'échange ou de transaction) ;

    Valeur d'échange de la monnaie. La notion de valeur d'échange d'une monnaie demeure malgré que la monnaie moderne a perdu toute valeur intrinsèque, comme en témoigne la notion de pouvoir d'achat de la monnaie.

Marchand vs non marchand

Selon l'association "Les économistes atterrés" les activités non marchandes peuvent être évaluées monétairement (et de nombreuses le sont effectivement) mais « ne sont pas vendues sur un marché, elles ne rapportent pas de profit et leur coût est mutualisé, socialisé. Ainsi en est-il de l'école publique "gratuite", des soins "gratuits" qui sont des services non marchands, dont le "paiement" n'est pas individuel mais est assuré par l'impôt ou la cotisation sociale, et dont la mise à disposition ne procure aucun gain financier à personne. » [source p. 38].

marchand-monetarise.png

Selon nous la distinction entre entreprises "marchandes" et "non marchandes" – c-à-d dont l'activité productive se situe en dehors des marchés (et est par conséquent généralement non imposable) – ne fait pas vraiment sens. D'une part les entreprises dites "marchandes" bénéficient de ressources directes ou indirectes produites en dehors des marchés (aides publiques, enseignement, justice, etc). D'autre part de nombreuses entreprises dites "non marchandes" (souvent appelées "associations") génèrent une partie de leurs revenus par la vente de biens ou services sur les marchés.

À cette distinction peu pertinente il convient de substituer une évaluation des entreprises sur base d'un ratio d'externalité nette : externalités positives / externalités négatives. C'est notamment au regard de ce ratio que se justifie un traitement fiscal différencié entre entreprises et associations.

  • Entreprise/association. Notons que toute activité est productive. Et que sa valorisation est subjective et variable dans l'espace et le temps.

  • Privé/public. Théoriquement les entreprises publiques ont pour mission d'internaliser le coût de leurs externalités négatives, contrairement aux entreprises privées.

Valeur économique

Pour la comptabilité nationale n'est considéré comme comme "valeur" que ce qui a été produit en échange d'un revenu (le PIB est à peu près équivalent au revenu national). Ainsi le travail (déclaré) d'une femme de ménage est repris dans la comptabilité nationale, mais pas celui d'une femme au foyer.

De même si une entreprise (ou tout un secteur économique représenté par son lobby) fabrique un type de produit inutile ou inefficace mais arrive à "convaincre" les décideurs politiques de l'acheter avec l'argent public, et bien ce type de "produit" sera dès lors considéré comme de la valeur. À contrario supposez qu'un chercheur bénévole arrive à la conclusion qu'une alimentation saine et équilibrée permet de prévenir la plupart des cancers, et que le jeûne permet d'en soigner la plupart (NB : je n'affirme pas que c'est le cas, cet exemple sert juste à une expérience de pensée). Il publie ses travaux sur Internet, ceux-ci sont propagés via les réseaux sociaux. Cependant, aucun échange monétaire n'ayant eu lieu, la comptabilité nationale considère que le travail de ce chercheur n'a aucune valeur d'échange, mais seulement une valeur d'usage !

Allocation Universelle. Ce dernier exemple illustre l'effet phénoménal qu'aura l'AU en facilitant le travail de chercheurs bénévoles/indépendants/libres motivés par la recherche du savoir plutôt que par la maximisation du profit matériel.

Rôle de l'État. Ce dernier exemple suggère également que l'État peut jouer un rôle déterminant dans la détermination de ce qui est ou pas de la valeur. Pour ce faire quelles mesures devrait-il implémenter ?

Référentiel de mesure

Si la physique est dite science exacte, l'économie relève quant à elle des sciences humaines. Les sciences exactes ne mesurent que des grandeurs objectives tandis que les sciences humaines mesurent également des grandeurs subjectives.

Il nous semble prudent de considérer que les notions de subjectivité et objectivité ne sont pas dichotomiques mais qu'il s'agit plutôt d'un continuum. Cette approche postule que l'objectivité absolue est rare (voire inexistante) et que l'on ne peut que l'approcher (pour s'en rendre compte il suffit de réaliser que "objectivité parfaite" est synonyme de "mesure de précision parfaite").

Il importe donc que l'unité de mesure c-à-d le référentiel par rapport auquel est réalisée la mesure – en l'occurrence l'unité monétaire ou plus exactement sa valeur d'échange – soit la plus stable possible (dans l'espace et le temps).

Étalon de mesure et son référentiel

Idéalement les objets utilisés comme étalon (référentiel) pour une même unité de mesure (par exemple le mètre ou le kilo) devraient être inaltérables dans le temps (entre deux mesures avec le même objet) et dans l'espace (entre deux mesures avec deux objets distincts). Dans la pratique ce n'est jamais le cas (rien n'est inaltérable), mais l'important c'est que l'altération des étalons dans le temps et l'espace soit non-significative relativement à la précision requise des mesures.

En outre le référentiel devrait être facilement accessible à tous les scientifiques.

L'idéal est de définir une unité non plus par un objet, mais par une formule exprimant l'unité comme un multiple d’une constante de la Nature (exemple : la vitesse de la lumière) et pour laquelle une valeur numérique est fixée. Mais il faut pour cela pouvoir mesurer la constante avec suffisamment de précision.

C'est pourquoi on a plusieurs fois changé de référentiel pour le mètre, car le progrès scientifique et technologique a pour effet que les scientifiques ont besoin de mesures de plus en plus précises. Ainsi le mètre fut d'abord défini comme la 10.000.000e partie d'un quart de méridien terrestre, puis comme la distance entre deux points sur une barre d'un alliage de platine et d'iridium (une copie étant distribuée à chaque pays). Enfin depuis 1983 le mètre est défini comme étant la longueur du trajet parcouru par la lumière dans le vide pendant 1/299.792.458 de seconde [approfondir]. La vitesse de la lumière dans le vide une constante physique universelle et un invariant relativiste.

Selon le principe de relativité « les lois physiques s'expriment de manière identique dans tous les référentiels inertiels. » : si je laisse tomber une balle, je constate la même trajectoire, que je réalise l'expérience sur le quai d'une gare ou dans un train en mouvement rectiligne uniforme. Un corollaire est que les mesures réalisées au cours d'une expérience peuvent varier selon le référentiel inertiel relativement auquel les mesures sont réalisées : si du quai d'une gare j'observe tomber une balle lâchée dans un train en mouvement, je n'observe certes pas la même trajectoire (une parabole) que celle observée par l'expérimentateur situé dans le train (une droite), mais ces deux trajectoires sont décrites par la même équation [source].

À la fin du 19° siècle les pays les plus avancés (l'Angleterre en tête) on tenté d'appliquer à l'économie la rigueur de la physique, en instaurant l'étalon or, système monétaire dans lequel :

  • l’unité monétaire est définie en référence à un poids fixe d’or ;

    Comme chaque monnaie nationale est fixée en poids d’or, le taux de change entre deux monnaies est fixe, et égal au rapport entre les poids d’or respectifs.

  • la Banque centrale garantit la convertibilité de la monnaie nationale en or.

    Pour garantir la convertibilité, la quantité de monnaie émise par la Banque centrale doit être strictement limitée par ses réserves d’or c-à-d par le solde de la balance courante (les règlements entre pays étaient généralement effectués en or).

Il s'agissait donc d'un système monétaire qui, bien que n'étant pas international par nature, était considéré comme participant à la stabilité des changes. Il fut cependant abandonné dans les années 1930 car il supposait une flexibilité des prix et donc des salaires qui n'était pas compatible avec l'évolution sociale.

En outre l'or n'a pas les propriétés d'invariance de la vitesse de la lumière : son cours varie, notamment suite à la découverte de nouveaux gisements (--> baisse du cours) ou de surestimation des stocks existants (--> hausse du cours).

D'autre part l'or n'existe pas en quantités illimitées. À la fin de la seconde guerre monde, par les prétendus "accords" de Bretton Woods, Washington tente de forcer l'utilisation du dollar comme nouvel étalon monétaire international, la Banque centrale US garantissant sa convertibilité en or. Mais vingt cinq ans plus tard, en 1971, suite à une perte de confiance dans le dollar (et donc à une forte hausse des demandes de conversion) le président US (Richard Nixon) met fin à la convertibilité du dollar en or, consacrant ainsi un système monétaire international de changes flottants.

Pourrait-on imaginer un étalon monétaire, qui serait un véritable invariant relativiste ? La théorie relative de la monnaie ouvre à cet égard une voie de réflexion particulièrement enrichissante.

Conceptions hétérodoxes de la monnaie

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Les approches alternatives que nous présentons ici sont proposées par l'ingénieur Stéphane Laborde (approche relativiste) et le physicien François Roddier (approche thermodynamique). Nous tentons ici de les lier, afin de mieux les intégrer dans noter théorie de l'allocation universelle.

Approche relativiste

La toute récente théorie relative de la monnaie (TRM) - fondement théorique du financement distributif de l'AU - constitue un changement de paradigme par rapport au système monétaire oligarchique. L'approche relativiste propose en effet un critère objectif et normatif en matière de politique économique, ne laissant pas de place à l'arbitraire. Partant de la constatation que la notion de valeur est subjective (ou plus exactement, relative à chaque individu), la TRM en déduit que, pour être efficace, le système monétaire ne peut préjuger à priori de la valeur de ce pourquoi il créé de la monnaie.

Cette règle est fondée sur un double principe de symétrie :

  • symétrie temporelle : ΔM devrait être créé à un rythme relativement constant (c), seulement fonction de l'espérance de vie de la zone monétaire (notée v) :

    ΔM = c * M   où c = ln(v/2) / (v/2) = 9,2 % par an dans un zone monétaire où v = 80

  • symétrie spatiale : ΔM devrait être réparti également entre tous les citoyens, gratuitement et sans obligation de remboursement :

    DU = ΔM / N   où DU est le dividende universel et N la population de la zone monétaire

Selon l'auteur de la TRM, l'ingénieur Stéphane Laborde, l'égalité M * V = P * Q (cf. supra) ne concerne que des quantités "intégrales globales" et n'est valable que « pour un temps court où les changements productifs, monétaires et individuels sont négligeables » . Dans la réalité cette situation où la monnaie en circulation représente exactement la valeur produite et échangée se produit rarement, de sorte que l'on a plutôt M * V - P * Q = Jt où Jt ‐ différentiel "monnaie-valeur" ‐ est appelé "champs de valeur J à l'instant t". Sa valeur pouvant être positive, négative ou nulle, l'égalité de la théorie classique M * V = P * Q n'est donc, dans la théorie relativiste, que le cas particulier (et rare) où Jt = 0.

La TRM procède par l'intégration des champs de valeurs locaux associés à chaque individu x (notés dJx) :

Jt = ∫ t0tx=1ndJx

Approche thermodynamique

Demande ≡ pression
Offre ≡ température

L'approche thermodynamique de la théorie des cycles économiques développée par le physicien François Roddier [source] repose sur le fait que toutes les structures dissipatives – du cyclone à la société humaine – produisent du travail mécanique en décrivant des cycles de Carnot autour d’un point critique (criticalité auto-organisée), point d’équilibre dynamique entre des forces opposées. Évoquant les travaux de Turchin et Nefedov sur les cycles séculaires, Roddier postule que dans le cas de l’économie, il s’agit d’un point d’équilibre entre l’offre et la demande : tandis que l’offre incite à la compétition, la demande incite à la coopération. Il s’en suit que, comme un moteur à quatre temps, l’économie passe par quatre phases successives appelées: dépression, expansion, stagflation et crises [source].

Roddier associe ainsi les cycles économiques à des cycles de Carnot décrits par les variables traditionnelles P, V, T, mais pour lesquels P représente un potentiel de Gibbs [source].

Le différentiel de potentiel énergétique détermine le sens et l'amplitude de propagation de l'énergie.

Ce faisant Roddier étend à l'économie la relation de Gibbs-Duhem, et à l'équilibre (état stationnaire) on a l'égalité entre la demande et l'offre [source p. 60].

eco-phy.png
  • le potentiel de demande (que Roddier note P par analogie avec la pression physique de Boltzmann ainsi que la pression sociale de Durkheim) correspond à la variation du flux d'énergie par unite de variation du flux de production (noté V par Roddier par analogie avec le volume) : P = ∂G / ∂Vpouvoir de venteutilité de la production ≡ valeur d'usage ;

    Concernant la signification des notation Δ, d, ∂ et δ voir wikipedia.org/Notations_delta_en_sciences.

  • le potentiel d'offre (que Roddier note T par analogie avec la température) correspond à la variation du flux d'énergie par unité de variation du flux monétaire : T = ∂G / ∂$pouvoir d'achatrichesse ≡ valeur d'échange.

  • Publicité. Roddier explique comme suit le rôle de la publicité pour maintenir la demande à un niveau élevé : « l’offre maintient la demande comme la température maintient la pression dans une chaudière ».
  • Énergie et matière. Le physicien prévient : « Un économiste sera surpris de voir que ce schéma ne comporte pas de flux de matière. La raison en est qu'une structure dissipative est, par définition, dans un état stationnaire de déséquilibre thermodynamique. Toute matière y est recyclée. L'énergie nécessaire au recyclage est comptée dans l'énergie dissipée. Ce modèle s'applique donc à une économie dite "durable". Si le recyclage n'est que partiel, alors la partie non recyclée est considérée comme une modification de l'environnement » [source].
  • Équilibre. En physique un corps est dit « à l'équilibre » si son accélération est nulle, c-à-d lorsqu'il est soit au repos, soit en mouvement à vitesse constante. Un système est dit "à l'équilibre thermodynamique" lorsque l'énergie qu'il contient y est uniformément répartie. Les systèmes fermés tendent vers l'équilibre thermodynamique c-à-d le repos, et cela en se déstructurant (augmentation de l'entropie). L'équilibre thermodynamique correspond au maximum d'entropie du système et à une distribution uniforme de l'énergie qu'il contient. En économie classique l'équilibre est caractérisé par l'égalité entre offre et demande, et le niveau de prix correspondant.

Développons maintenant la notion de valeur d'échange, au sujet de laquelle Roddier note que « lorsque la température d’une économie est suffisamment élevée (énergie bon marché), la valeur d’usage devient négligeable devant la valeur d’échange (exemple: placements immobiliers, métaux précieux, objets de luxe) » [source p.47].

∂ Entropie ≡ - ∂ Monnaie

Étant donné qu'en thermodynamique l'inverse de la température est l'entropie produite par unité d'énergie (T = ∂ G / ∂ E), Roddier en déduit donc de T = ∂G / ∂$ (cf.supra) l'équivalence (au signe près) entre monnaie et entropie : ∂ $ ≡ - ∂ E. Toute production d'entropie se traduit par une perte de valeur monétaire, et inversement.

La température d’une économie est donc l’énergie dissipée par unité monétaire ou encore par bit d'information. Ce que les physiciens appellent une probabilité de transition, note Roddier, devient en économie une probabilité de transaction. On peut montrer que dans une suite de transactions de probabilité pi l'espérance de gain ΔM est donnée par ΔM = Σpi * log pi soit l'expression donnée par Gibbs pour l'entropie, et par Shannon pour lʼinformation [source].

Cela correspond remarquablement au fait que la création monétaire correspond bien à l'espérance de gain associée à la production de biens et services (PIB).

Température ≡ 1/Prix

Et Roddier conclut en établissant la relation entre prix et température : « en économie l'entropie produite se mesure en dollars (N.D.A. : ∂ E ≡ Prix) et l'énergie consommée en barils de pétrole ». Or T = ∂ G / ∂ ETempérature ≡ 1 / Prix : plus le prix du pétrole baisse, plus l'économie s'échauffe [source].

On notera que les économistes parlent au contraire de "surchauffe de l'économie" lorsque, la production excédant la demande, les prix augmentent ...

MV=PQ

Identifions la condition d'équivalence entre P * dV = T * d$ et l'égalité M * V = P * Q de la section 3.2. :

Potentiel * d Volume = Température * d Monnaie     ⇔
Potentiel * d Volume = 1/Prix * d Monnaie     ⇔
d Monnaie * 1/Potentiel = Prix * d Volume    ⇒
si Vitesse = 1 / Potentiel
d Monnaie * Vitesse = Prix * d Volume

Il y a donc équivalence entre approches classique et thermoéconomique si la vitesse de circulation monétaire est l'inverse du potentiel de demande, c-à-d s'il est vrai que lorsque la vitesse de circulation atteint son maximum le potentiel de demande devient nul.

Régulation

Continuant son approche analogique avec le cycle de Carnot et la nécessité d'un régulateur pour toute machine thermique (dont tout système économique) Roddier recommande un système bi-monétaire composé :

  • d'une monnaie "yang" pour les ressources matérielles (biens) et/ou "non-renouvelables" (pétrole, forêts, ...), qui sont des ressources de type "stock" ;
  • d'une monnaie "yin" pour les ressources immatérielles (services) et/ou renouvelables (énergie solaire, ...), qui sont des ressources de type "flux".

La monnaie "yin" « est nécessaire pour refermer le cycle économique, comme une source froide est nécessaire pour refermer le cycle de Carnot » [source]. « L’usage de deux monnaies différentes dont on peut faire varier le taux de change, permet d’ajuster la barrière de potentiel économique qui sépare deux économies, comme un régulateur ». Selon Roddier on pourrait procéder « en conservant la monnaie en euros (yang) pour l’achat de biens matériels, et en utilisant une nouvelle monnaie (yin) pour la nourriture, les salaires et les services » [source].

Imprévisibilité

Notons enfin que la théorie du chaos infirme la thèse selon laquelle "l'autorité monétaire" (la Banque centrale) serait en mesure d'adapter rationnellement la masse monétaire aux besoins de l'économie, que ce soit pour seulement contrôler l'inflation ou en outre stimuler la croissance (politique monétaire dite "adaptative", par assouplissement ou restriction monétaire). La fonction d'un système bimonétaire "yin/yang vise à minimiser l'amplitude de cycles imprévisibles.

Vous n'y comprenez rien ? Rien d'anormal à cela si vous n'avez pas de bonnes notions de physique. Pour (re)constituer ces notions de base lire notre article "Travail, valeur et éthique". Vous serez alors en mesure d'apprécier toute la puissance explicative de la théorie thermodynamique de l'économie dans notre article consacré au développement durable, et en particulier sa section consacrée aux cycles économiques.

Synthèse des approches hétérodoxes

Équilibre
instable

Le lien entre modèles relativiste et thermodynamique, par la proximité entre l'équation M * V - P * Q = Jt et la relation de Gibbs-Duhem, le cas particulier où Jt = 0 correspondant à une situation dite "d'état stationnaire" caractérisée par une pression et température constantes. Mais le phénomène économique est plutôt caractérisé par un état d'équilibre instable où la valeur de Jt oscille autour de zéro.

Invariant

Le taux de croissance constant de U = M/N joue dans la TRM le rôle d'invariant que joue la vitesse de la lumière dans la théorie de la relativité d'Einstein. À noter que c'est son absence de masse qui confère à la lumière sa propriété d'invarience. De même la monnaie dématérialisée d'aujourd'hui – bien qu'on la mesure par sa "masse" – est pratiquement sans masse physique, et son coût de production très faible voire nul à la limite, en raison de sa nature "électronique". En outre la circulation de la monnaie, et plus particulièrement de l'information boursière se fait à des vitesses de plus en plus élevées (trading à haute fréquence). Bien sûr ce ne sont là "que" des analogies, mais les analogies peuvent nourrir la réflexion prospective (pour autant qu'elles ne soient pas exclusives), et parfois même s'avérer plus que des analogies ...

Macro
micro

L'approche thermodynamique concernerait-elle le niveau macroéconomique, et l'approche relativiste le niveau microéconomique ?

Taux de change

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Préambule

Lorsque nous nous rendons dans un pays étranger nous en achetons généralement un certaine quantité de la devise sous forme de billets auprès de notre banque. Ainsi donc une monnaie est un bien comme un autre, qui s'achète (pour consommer ou spéculer) et se vend.

Monnaie vs devise. On parle de devise dans le cadre de transactions internationales, et de monnaie dans le cadre de transactions domestiques.

Le développement du marché des changes, où l'on peut vendre et acheter des devises, va donc de paire avec le développement des moyens de communication et du commerce international. Cependant les volumes croissants traités sur le marché des changes ne reflètent pas uniquement l'activité "réelle" du commerce international (biens et services), mais aussi les stratégies de spéculation, dont les effets sont d'autant plus prégnants que la monnaie, étant devenue essentiellement électronique, se déplace sur la planète presque instantanément. Il en résulte une instabilité accrue du cours des devises. Comprenons bien cependant que la variation du cours d'une devise n'est pas en soi nuisible à l'activité économique, il convient ainsi de distinguer (mais comment ?) les parts relatives de :

  • la volatilité fondamentale :
    • progressive et relativement modérée ;
    • utile soit par son contenu informationnel, soit par son effet d'équilibrage des balances courantes.
  • la volatilité spéculative :
    • brutale et importante ;
    • nuisible en raison de l'incertitude qu'elle suscite chez les agents économiques.

La spéculation est nourrie par les écarts de richesse : une partie du capital financier concentré en quantités trop importantes sur certaines personnes physiques ou morales ne peut être utilisé que pour la spéculation puisque, contrairement aux investissements dans l'économie réelle, la spéculation n'est soumise à aucune contingence. Ce phénomène est d'autant plus prégnant que le "poids" de la sphère financière dépasse celui de la sphère réelle.

Valeur officielle et valeur de marché

Le taux de change mesure les prix des monnaies nationales les unes par rapport aux autres [source p. 3]. Autrement dit, le prix d'une devise s'exprime relativement à une autre devise. C'est le taux de change.

  • On retrouve ici le fait que la monnaie n'est pas un bien/service comme les autres car elle sert justement d'étalon de mesure pour exprimer, en terme de prix, la valeur de tous les autres biens & services ... y compris les autres monnaies (cela nous ramène à la question du référentiel, évoquée plus haut).
  • Le prix d'une monnaie c'est son taux de change, tandis que le taux d'intérêt dans cette monnaie est parfois appelé "loyer de l'argent".

Si deux vaches valent trois moutons (2 * V = 3 * M) alors le cours de la vache en mouton est de 3/2 moutons (V = 3/2 * M), et le taux de change de la vache en moutons (3/2) est le nombre de moutons échangés divisé par le nombre de vaches échangées, c-à-d le nombre de moutons échangés contre une vache.

Généralisation. Soit eA/B le taux de change de A en B alors :

eA/B = #B / #A      

Ainsi un cours de 1 EUR = 1,252 USD signifie que le taux de change de l'euro en dollars (eEUR/USD) est de 1,252 dollars par euro. La devise unitaire (ici l'euro) est dite "cotée au certain", et l'autre devise "cotée à l'incertain".

Lorsqu'une devise s'apprécie, son cours au certain augmente tandis que son cours à l'incertain diminue.

On peut voir la cotation à l'incertain comme le "point de vue" du pays de la monnaie de référence.

En pratique il y a cependant une différence entre cours officiel (fixé par la Banque centrale) et cours du marché. Lorsque la différence entre les deux devient permanente, l'un des deux cours va devoir inévitablement s'adapter. Plus les marchés deviennent puissants – c-à-d volumineux relativement aux réserves de change des Banques centrales (qui peuvent éventuellement s'entre-aider ) – plus ils sont en mesures de forcer les BC à s'adapter, surtout si le marché est oligopoliste (petit nombre de gros opérateurs, pouvant si nécessaire former un cartel pour attaquer une devise).

À cet égard il convient de ne pas confondre le référentiel utilisé pour mesurer la valeur d'une devise, avec le référentiel utilisé pour évaluer sa sur-évaluation ou sous-évaluation théorique. Cela est l'objet de la section suivante.

Valeur théorique

Afin de tenter de prédire l'évolution future du cours d'une devise (à supposer que cela soit possible ...) on peut calculer des valeurs théoriques des devises, pour estimer si leur valeur de marché est surévaluée ou sous-évaluée. La plus utilisée est probablement la parité de pouvoir d'achat (PPA), qui mesure la quantité de devise A nécessaire pour acheter dans un pays B un panier de biens/services de référence. Un problème est que la composition du panier de référence influence considérablement la valeur théorique, or il n'existe pas de critères objectifs pour déterminer quels biens & services inclure dans le panier ... [approfondir].

La théorie relative de la monnaie propose quant à elle une valeur théorique non ambiguë, égale au rapport entre les ratios de masse monétaire moyenne par individu [approfondir].

D'autre part la théorie économique permet d'expliquer voire d'anticiper (dans une certaine marge d'erreur) l'évolution des taux de change sur le long terme, en fonction de déterminants "fondamentaux" que sont principalement le taux d'intérêt, l'inflation et le solde commercial. À court terme par contre (moins d'un an) l'instabilité du marché des changes, fruit de la vitesse de transferts des fonds et de la spéculation, rend quasiment impossible toute prévision.

Problématique du change

Principes de base

Marché. Étant donné qu'il existe des agents économiques (ménages, entreprises et États) souhaitant acheter/vendre des devises il existe naturellement un marché des changes. Selon l'évolution relative de l'offre et de la demande pour une devise, le cours de celle-ci évolue au cours du temps.

Les principaux acteurs du marché des changes sont les multinationales, les entreprises importatrices, investisseurs internationaux, banques et Banques centrales. Ce marché – planétaire, unifié et le plus automatisé – est organisé par quelques entreprises privées : une dizaine de banques contrôlent 66% des transactions de change [2016 - source p. 7]. Cet oligopole pratique impunément les conflits d'intérêt, opérant aussi bien pour leur clientèle que pour leur propre compte ...

Banque centrale. Pour influencer le cours de sa devise l'autorité monétaire d'un État – sa Banque centrale – peut intervenir sur le marché des changes de trois façons :

  • vendre/acheter sa monnaie contre des devises étrangères pour la rendre plus/moins abondante et ainsi abaisser/relever sa valeur ;
  • relever/abaisser ses taux d'intérêts pour rendre plus/moins attractifs les placements dans sa monnaie ;
  • contrôler les achats et ventes de devises.

Mais pourquoi une autorité monétaire voudrait-elle influencer le cours de sa monnaie ?

Incertitude. Une première raison est que l'incertitude induite par l'instabilité des cours de change (et des prix en général), non seulement nourrit la spéculation, mais aussi peut inciter les agents économiques à reporter des décisions de consommation ou d'investissement au niveau transnational. Ainsi des projets d'investissements peuvent être abandonnés parce que les hypothèses de prix sur lesquels ils ont été calculés ne sont plus réalistes. De ce point de vue est donc rationnel de préserver, dans la mesure du possible, une certaine stabilité de la monnaie nationale.

Balance extérieure. À un niveau plus macroéconomique, plus un pays est exportateur net (solde positif de la balance commerciale) plus sa monnaie tends à s'apprécier. Mais plus la monnaie nationale s'apprécie, plus il est difficile d'exporter (perte de "compétitivité prix"). La BC peut alors être tentée d'intervenir sur le marché des changes afin de stabiliser le cours de sa devise. Selon la même logique un pays dont la balance commerciale se détériore gravement peut être tenté de dévaluer sa monnaie pour stimuler ses exportations.

Rééquilibrage automatique ?

Mais que se passe-t-il dans les pays contreparties ? En théorie, plus un pays est importateur net (solde négatif de la balance commerciale) plus sa monnaie tend (ceteris paribus) à se déprécier (--> gain de compétitivité prix). Cependant le mécanisme est ici vertueux : cela favorise le secteur exportateur, tandis que la demande finale et intermédiaire est incitée à se tourner vers la production nationale (pour autant qu'elle existe).

Il se pourrait donc – en théorie et abstraction faite d'autres effets, dont l'inflation – qu'une politique de change fixe, en empêchant ces ajustements automatiques de compétitivité prix, favorise les pays en excédant commercial, tandis qu'elle défavorise les pays en déficit commercial, pour qui un change flexible paraît préférable.

Le cas de la zone euro. Une illustration en est donnée par l'union monétaire européenne, système de change fixe entre ses pays membres, où l'établissement de l'euro fut accompagné d'un élargissement des différentiels d'excédents courants entre l'Allemagne et les pays du sud.

Balances courantes en zone euro

Ainsi le change variable propagerait la croissance des pays en excédent vers ceux en déficit extérieur. Cette thèse est à nouveau illustrée – a contrario – par l'Union européenne, où la comparaison avec les trois pays non membres (Islande, Norvège, Suisse) confirme que l'UE, et en particulier l'euro, nuisent au développement économique.

La colonne B du tableau suivant montre que sur la période 2000-2018 le taux de croissance annuel moyen du PIB des trois pays non membres de l'UE fut de 2,3% contre seulement 1,6% dans l'UE (et 1,4% dans la zone euro !). La colonne C montre que le taux de chômage moyen des pays non membres était de 3,8% fin 2018, contre 6,6% pour les pays membres de l'UE (7,9% dans la zone euro !). Enfin colonne D : durant la période 2007-2017 le solde public annuel fut en moyenne en surplus (3%) dans les trois pays non membres tandis qu'il fut en moyenne en déficit (-3,1%) dans les pays membres.

Indicateurs économiques européens

europe-indicateurs.png

Tableur et sources

Importations

Cependant l'effet de rééquilibrage automatique de la balance extérieure grâce au change flexible opère d'autant moins que le pays est dépendant des importations.

Il convient à cet égard de distinguer deux niveaux de dépendance aux importations :

  • dépendance forte : le pays n'a pas d'infrastructure productive compétitive pour produire les biens & services importés, et en outre ceux-ci représentent une part importante des inputs du PIB --> la dévaluation induit une "inflation importée" qui annule les effets positifs de la dévaluation ;

  • dépendance faible : le pays dispose d'une infrastructure productive compétitive (aussi bien au niveau du facteur de production capital que travail) pour produire les biens & services importés, ou bien ceux-ci représentent une faible part des inputs du PIB --> la dévaluation n'induit pas de substantielle "inflation importée".

Dévaluation interne. Plus la dépendance aux importations est forte plus la dévaluation/dépréciation devra être accompagnée d'une forte "dévaluation interne" c-à-d de mesures visant à abaisser le coût des facteurs de production dans l'ensemble de l'économie, afin de neutraliser l'inflation importée. Le gouvernement devra maintenir ces mesures tant que le pays ne se sera pas doté d'une infrastructure compétitive pour produire lui-même les biens et services que le pays importait, ce qui requiert au moins une demi-dizaine d'années ...

Politique de développement. Il résulte de cette problématique que si le rééquilibrage des balances extérieures via le change flexible propage certes la croissance des pays exportateurs les plus prospères, cette source exogène de croissance doit cependant être accompagnée d'une politique de développement endogène dans les pays en déficit extérieur. En particulier il importe de développer la R&D, la formation des travailleurs et les infrastructures publiques [approfondir]. Autrement dit : aide-toi et le ciel t'aidera ...

Neutralisation de la spéculation

La dépréciation d'une devise peut être causée pour d'autre raisons que l'effet d'équilibrage automatique des déséquilibres extérieurs. C'est notamment les cas des attaques spéculatives. Dans ce cas l'autorité monétaire (la Banque centrale) peut être amenée à intervenir pour stabiliser sa devise, ou au contraire à se soumettre aux marchés si une éventuelle politique de change fixe n'est plus tenable.

Pour défendre sa monnaie sur le marché des changes contre une attaque spéculative une BC doit y acheter de sa monnaie nationale, c-à-d l'échanger contre la ou les devises par rapport auxquelles l'attaque est menée, ... ce qui requiert de disposer de suffisamment de réserves de devises étrangères.

Lorsque ses réserves de devises étrangères sont épuisées reste à la BC la possibilité de relever ses taux d'intérêts, mais au delà d'un certain niveau l'effet sur la croissance économique est délétère. Éventuellement les BC des devises de référence peuvent aider la BC dont la devise est attaquée, en tentant de déprécier leur propre devise, mais ce n'est pas nécessairement dans leur intérêt [source].

Dans le système monétaire européen auquel a succédé l'union monétaire la BC centrale allemand aidait souvent les BC d'autres pays du système à défendre leur devise. L'Allemagne était donc déjà en position de force lorsqu'elle a négocié l'abandon de sa souveraineté monétaire en faveur de l'euro ...

Conflits d'intérêt ? Se pose la question de la nuisibilité des entreprises financières privées (dont les banques), pour qui l'instabilité du marché des devises est source de revenus considérables, notamment par la spéculation et les produits de couverture de risque de change. Les banques peuvent donc avoir intérêt à attiser l'instabilité financière (par des campagnes médiatiques ou des techniques sophistiquées de manipulation de cours), et cela d'autant plus qu'elles sont en mesure d'exercer un chantage au risque systémique. Un argument de plus pour la nationalisation du secteur financier.

Les "produits financiers dérivés" (opération à termes, futures, options et swaps) peuvent servir à la fois comme instrument de couverture ou/et de spéculation ! Ainsi sur le marché des futures les opérateurs ne règlent que partiellement les contrats. Ils versent un dépôt de garantie ("deposit"), qui ne représente que 2% à 5% du montant total de la transaction réalisée. Les opérateurs disposent ainsi d'un effet de levier important, ce qui explique en partie le caractère très spéculatif du marché des futures, et notamment des futures sur devises [source p. 24].

Des économistes contestent cependant la nuisibilité attribuée à la spéculation, qui selon eux serait au contraire nécessaire au bon fonctionnement des marchés financiers, dont elle garantirait la liquidité en se portant contrepartie des opérations de couverture ("liquidité du marché") [source p. 33]. Quoi qu'il en soit il fait moins de doute que la spéculation attise l'instabilité des cours ...

Politique de change

Change fixe vs variable

On peut distinguer deux types de régime de change :

  • fixe : l'objectif est de limiter les incertitudes liées au risque de change ; pour ce faire la BC intervient sur le marché des changes, afin de maintenir le cours de sa devise dans des limites inférieure et supérieure autour d'une valeur de référence appelée "cours pivot", déterminée par rapport à une devise internationale (par exemple le dollar) ou encore la valeur moyenne d'un panier de devises :

    • plus la marge autour du cours pivot est étroite, plus fréquentes et moins volumineuses sont les interventions de la BC ;
    • lorsque la BC n'est plus en mesure de maintenir la devise dans les limites elle va d'abord élargir la marge autour du cours pivot, ensuite si cela s'avère inefficace elle sera alors contrainte de dévaluer c-à-d d'abaisser la valeur du cours pivot.
  • flexible : le principe est de laisser l'évolution du taux de change agir comme stabilisateur automatique des déséquilibres extérieurs.

Dévaluation vs dépréciation

Il y a une différence de nature entre dépréciation et dévaluation d'une devise :

  1. la dépréciation est un phénomène spontané et continu, inhérent aux devises d'économies en déficit de la balance extérieure dans un système de change flexible elle est le mécanisme par lequel peut le mieux opérer l'effet de propagation de croissance des pays en excédent commercial vers leurs partenaires en déficit ;

  2. le dévaluation est un phénomène dirigé et discontinu, inhérent aux devises d'économies en déficit de la balance extérieure dans un système de change fixe elle est donc l'expression de l'échec de la politique de change fixe ! Elle peut en outre être perçue par les pays partenaires commerciaux comme un acte de "guerre économique", et ainsi entraîner des dévaluations de rétorsion : c'est la "guerre des changes". Enfin la nature discontinue de la dévaluation implique que ses effets sont de plus grande ampleur et plus brutaux, relativement à une dépréciation.

"Dévaluation" interne

Nous avons vu que plus la dépendance aux importations est forte plus la dévaluation/dépréciation devra être accompagnée d'une forte "dévaluation interne" c-à-d de mesures visant à abaisser le coût des facteurs de production dans l'ensemble de l'économie, afin de neutraliser l'inflation importée.

Il importe cependant de distinguer deux types de "dévaluation" interne (DI) :

  • la DI d'accompagnement : accompagner une dévaluation (externe) dans un pays fortement dépendant des importations, dans le but de neutraliser l'inflation importée ;

  • la DI de substitution : dans une union monétaire, DI appliquée en tant que substitut à une dévaluation externe entre pays de l'union monétaire, dans le but de rétablir l'équilibre des balances commerciales.

    Zone euro. Ainsi depuis l'instauration de l'euro les pays du nord de l'UE (surtout l'Allemagne) voient leur surplus extérieur s'améliorer constamment, les pays du sud de l'Union européenne – qui sont (logiquement) dans la situation inverse – n'ont plus la possibilité de dévaluer (ou laisser se déprécier) le taux de change de leur ancienne monnaie nationale pour relancer les exportations (et partant le reste de l'économie, pour autant que l'effet inflationniste du renchérissement des importations soit neutralisé). Dans la zone euro la DI de substitution est ressentie d'autant plus durement par la majorité de la population que les "variables d'ajustement" alternative ou complémentaire que constituent la mobilité des travailleurs (sud --> nord) et les transferts financiers (nord --> sud) sont limitées voire inexistantes : barrières culturelles (dont la diversité linguistiques) et absence de système socio-fiscal européen.

Force est de constater que c'est essentiellement sur les salaires c-à-d sur le travail que sont réalisées les "dévaluations" internes : réduction des salaires de l’administration publique, du salaire minimum légal, de l'indexation salariale, de la fiscalité sur le travail avec hausse compensatoire de la TVA ("dévaluation fiscale"), etc.

Force est de constater que les plus riches sont nettement moins sollicités pour participer à l'effort en réduisant leurs dividendes pour accroître d'autant les investissements. Cela montre bien qu'il importe d'avoir des entreprises 100% publiques dans tous les secteurs stratégiques, ou/et un système de sécurité sociale développé.

Globalement la dévaluation s'avère bénéfique si l'amélioration de la compétitivité prix l'emporte sur la dégradation du pouvoir d'achat des agents économiques.

"Dévaluation" fiscale

Le principe de "TVA sociale" consiste à à déplacer la pression fiscale de la production vers la consommation, en remplaçant des cotisations sociales par une hausse de la TVA.

Ce faisant la compétitivité prix des exportations s'améliore (car les exportations sont exonérées de TVA), tandis que les productions importées deviennent plus chères (par la hausse de la TVA). En terme d'inflation la hausse de la TVA annule la baisse des cotisations sociales, mais demeure l'inflation importée. Au total la TVA sociale est donc équivalente à une dévaluation monétaire, raison pour laquelle elle est également appelée "dévaluation fiscale".

Cependant, selon une étude publiée en 2015, l'effet de relance de la TVA sociale sur le PIB, l'emploi et les échanges extérieurs serait relativement faible ... [source]. Cela peut s'expliquer par le fait que la TVA sociale réduit l'effet redistributif (la consommation représentant un part plus grande du revenu des plus pauvres, relativement aux plus riches), ce qui nuit à la croissance comme le confirment deux études de l'OCDE et du FMI [FMI-2015, OCDE-2014].

L'évolution depuis 1960

Suite à la décision des USA de mettre fin à la convertibilité du dollar en or au début des années 1970 (cf. accords de la Jamaïque), la volatilités des taux de change fut démultipliée, ce qui stimula le développement des produits dérivés, utilisés pour couvrir le risque de change mais aussi pour spéculer sur les devises (ce qui attise leur volatilité).

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Mesurés en USD, le DEM s'est fortement apprécié entre 1970 et 1998 tandis que le FRF s'est légèrement déprécié [source].

En outre, avec le démantèlement de l'URSS au début des années 1980 et la subséquente vague libérale des années 1980 (Reagan & Thatcher) les mouvements de capitaux furent libérés en Europe (leur contrôle serait devenu inefficace et nuisible au développement des entreprises ...). Il en a résulté une explosion de la balance des capitaux relativement à la balance commerciale dans la balance des paiements des pays, ce qui implique une influence plus lourde de la sphère financière sur la volatilité des taux de change et d'intérêt. Et cela d'autant plus qu'en raison de la numérisation quasiment intégrale de la sphère financière, les capitaux financiers sont devenus extrêmement mobiles ...

Les échanges commerciaux n'expliquent à eux-seuls qu'une fraction de l'activité globale du marché des changes. Aujourd'hui (2016) l'essentiel des opérations de change est la contre-partie d'opérations financières et de mouvements internationaux de capitaux dont l'importance est devenue prépondérante dans les échanges entre pays. On estime que les opérations de change induites par des opérations financières sont en moyenne cent fois supérieures au montant des échanges internationaux de biens et services [source p. 41].

D'autre part le marché des changes est le fait quasiment exclusif d'un nombre de plus en plus réduits de banques (privées) de tailles de plus en plus grandes. Cette évolution est clairement dangereuse pour l'économie mondiale.

On notera enfin qu'entre 1989 et 2016 , la part du dollar dans les transactions de change n'a quasiment pas changé de sorte que la devise US demeure de loin la première "devise internationale". Autre fait notable : la part de l'euro – seconde devise internationale – n'a pas augmenté (elle a même légèrement baissé !) par rapport à la part que représentaient les monnaies qu'elle a remplacées ... [source p. 41].

Triangle de Mundell

Dans les années 1960 les économistes Mundell et Fleming énoncèrent une théorie suggérant qu'un pays qui veut maintenir des changes fixes, ou quasi-fixes (comme dans le système monétaire européen qui avait précédé l'Union monétaire), sans pouvoir contrôler les mouvements de capitaux ne peut pas avoir de politique monétaire autonome ("triangle d'incompatibilité").

Selon ce principe économique un pays ne peut simultanément appliquer les trois mesures économiques suivantes :

  1. stabiliser le taux de change de sa devise ;
  2. mener une politique monétaire autonome (c-à-d faire varier ses taux d'intérêts directeurs dans un autre but que la stabilité du change, par exemple pour limiter l'inflation ou stimuler la croissance) ;
  3. ne pas limiter les flux de capitaux avec le reste du monde.

Autrement dit, il est possible de vérifier ces options en binôme (deux par deux) mais pas en trinôme (les trois à la fois). Ainsi par exemple si un pays veut mener une politique de change fixe mais qu'il n'est pas capable de contrôler efficacement les flux de capitaux, alors il doit renoncer à mener une politique monétaire autonome.

Pour certains économistes cette théorie expliquait pourquoi la politique monétaire de la France à la fin des années 1980 était déterminée par celle de la Bundesbank. Dans ces conditions, en déduisaient-ils, il est préférable de fixer définitivement les taux de change entre pays européens en créant une monnaie unique.

Union monétaire européenne

La comparaison des performances de l'UE avec celles de la Chine ou encore des trois pays non membres de l'UE montre que l'union monétaire autour de l'euro inhibe le développement économique [approfondir].

La Banque centrale européenne pratique une politique de change variable vis-à-vis du reste du monde, mais du point de vue des États membres entre eux l'union monétaire représente un système de change fixe.

Ce paradoxe est une des raisons de la non pertinence économique, politique et culturelle de l'Union européenne : il est en effet totalement incohérent de considérer que le change fixe serait approprié entre l'Allemagne et la Grèce, alors que la Banque centrale européenne elle-même ne vise pas un change fixe avec des pays non européens. En particulier il est absurde de considérer que le change variable serait approprié entre l'Allemagne et les USA, mais pas entre l'Allemagne et la Grèce, alors qu'en termes de structure et niveau de développement l'économie allemande est bien plus proche de l'américaine que de la grecque.

Enfin, du point de vue des individus, l'utilité d'une monnaie commune avec d'autres pays diminue constamment avec la généralisation (i) des paiements électroniques en devises étrangères ; (ii) de l' affichage électronique des prix en devises étrangères (étiquettes électroniques et applis de conversion visuelle sur téléphone mobile).

De la non pertinence des unions monétaires (0m43s - 2017)

Lors d'une conférence présentée à l'Académie royale de Belgique en 2017, Mario Telò, professeur de relations internationales et spécialiste de l'Union européenne, explique que les organisations régionales comparables à l'UE (notamment l'ASEAN) ont bien compris, au vu de l'expérience européenne, « qu'il ne faut pas se lancer dans une union monétaire ».

Conclusion

Faut-il préférer le "laisser faire" du change variable, ou l'interventionnisme du change fixe ?

Le change fixe limite l'incertitude liée au risque de change, qui est défavorable aux investissements et à la consommation. Cependant le maintient d'un change fixe :

  • n'est pas toujours possible (limites au niveau des réserves de change et des taux d'intérêt) de sorte qu'il faut alors brusquement dévaluer ;
  • n'est pas souhaitable dans la mesure où il s'oppose à l'ajustement automatique des déséquilibres extérieurs (surplus et déficit des balances extérieures), et donc à la possible propagation du développement économique des pays en surplus vers ceux en déficit extérieur (PS : pour autant que l'effet d'ajustement automatique ne soit pas qu'une théorie mais existe dans la réalité ... qui n'est pas nécessairement observable en raison de la complexité des phénomènes économiques).

En outre le risque de change peut être couvert au moyen d'instruments financiers : opération à termes, futures, options et swaps.

Conflits d'intérêt. À noter cependant que ces produits dérivés peuvent servir à la fois comme instrument de couverture ou/et de spéculation ! Ainsi sur le marché des futures les opérateurs ne règlent que partiellement les contrats. Ils versent un dépôt de garantie ("deposit"), qui ne représente que 2% à 5% du montant total de la transaction réalisée. Les opérateurs disposent ainsi d'un effet de levier important, ce qui explique en partie le caractère très spéculatif du marché des futures, et notamment des futures sur devises [source p. 24]. D'autre part les opérateurs du marché des instruments de couverture sont des entreprises privées. Leur objectif de maximisation des profits induit donc un conflit d'intérêt : pour maximiser la vente de ces instruments ils ont intérêt à attiser l'instabilité des marchés financiers, notamment par la spéculation. Il importe donc que chaque pays nationalise les grands opérateurs du marché des produits dérivés.

Enfin la dépréciation/dévaluation d'une monnaie induit certes une inflation importée. Cependant celle-ci sera d'autant plus limitée que les biens importés ne sont pas indispensables, et dans le cas contraire, qu'il existe une production nationale. Une dépréciation/dévaluation peut être ainsi l'occasion de développer des secteurs économiques nouveaux (*).

(*) Voir à cet égard notre critique de la théorie des avantages comparatif selon laquelle les pays ne devraient pas viser à l'autarcie mais au contraire se spécialiser : allocation-universelle.net/libre-echange/#theorie-avantages-comparatifs

Recommandations

L'analyse ci-dessus conduit à privilégier le change variable. Cependant, selon nous, le choix entre change variable ou fixe doit être lié à des mesures cohérentes concernant :

  • le contrôle démocratique des principaux moyens de production, dont la monnaie et les autres produits financiers ;
  • la réglementation des échanges internationaux.

Concrètement nous recommandons aux États les mesures suivantes :

  1. instaurer la démocratie directe telle que définie par l'article democratiedirecte.net/definition ;
  2. faire du statut de grande entreprise (soit moins de 0,1% des entreprises) un monopole public [approfondir], et gérer celles-ci (dont les entreprises financières) sous statut de coopératives publiques [approfondir] ;
  3. créer la monnaie au rythme constant déterminé par la théorie relative de la monnaie (soit environ 6%, ce qui est proche de la moyenne historique), et distribuer la création monétaire également et gratuitement entre les seules personnes physiques [approfondir] ⇔ les banques ne peuvent donc plus créer de monnaie (leur coefficient de réserve obligatoire est de 100%) ⇒ leur capacité à attiser l'instabilité monétaire via la spéculation est considérablement réduite ;
  4. oeuvrer à la création d'une Confédération des États-nations, permettant de conditionnaliser le principe de libre-échange au respect de normes visant à neutraliser le dumping social, environnemental et fiscal, déterminées et mesurées par la Confédération [approfondir : libre échange anti-dumping].

Pour autant que les conditions ci-dessus soient vérifiées, et dès lors que la dévaluation peut-être considérée comme une mesure protectionniste, celle-ci peut alors être justifiée vis-à-vis des pays ne respectant pas les normes anti-dumping, tandis que le change fixe sera d'autant plus facile à maintenir vis-à-vis des pays qui les respectent.

devise internationale

Voir : democratiedirecte.net/Confederation-des-Etats-nations/#devise-internationale

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