Salaire minimum

Un article du dossier Analyses > Travail
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Màj : 6 sept. 2018

Objectifs du SML

Dessin de Deligne

Commençons par préciser que "Salaire minimum légal" (SML) est un terme générique utilisé par nous. Les dénominations effectives varient selon le pays considéré, ce qui n'est pas étranger aux différences de cadre légal dans lequel est déterminé notamment le niveau du SML.

Ainsi dans certains pays le niveau du SML est déterminé par le gouvernement, et dans d'autres par concertation entre organisations syndicales et patronales (dans ce cas le SML a généralement également force de loi).

Selon nous le SML devrait être un moyen par lequel l'État impose (ou pourrait imposer) aux employeurs l'obligation de payer un salaire horaire minimum.

Le SML n'est pas qu'une mesure de justice sociale visant à combattre l'exploitation salariale résultant de la propriété privée des moyens de production. Il est aussi un instrument de progrès social continu, dans la mesure où le SML contraint les entreprises privées à partager un minimum des gains de productivité induits par le progrès scientifique et technologique.

Niveau du SML

Comparaison "vers le bas". Le tableau suivant compare le SML au revenu minimum garanti (RMG) d'un isolé en Belgique, pays que nous utilisons comme référence étant donné son avance dans le développement de la sécurité sociale (notamment en comparaison de la France). Entre les deux se situe l'allocation de chômage.

NB : Montants nets arrondis, pour un isolé belge [source-BEL].
Salaire minimum légal (SML)1.200
euros/mois
Allocation de chômage1.000
euros/mois
Revenu minimum garanti (RMG)900
euros/mois

Dans la plupart des pays le RMG est un système différentiel : lorsque les revenus d'un individu sont inférieurs au seuil de pauvreté – généralement défini comme la moitié du revenu médian national (60% en France) – l'État lui verse la différence ... pour autant que l'ayant droit en fasse la demande (ce qui n'est pas toujours le cas, et cela pour différentes raisons : ignorance, découragement devant les procédures pas toujours compréhensibles, honte, ...).

Comparaison "vers le haut". Le tableau suivant compare le SML au salaire moyen observé dans des pays de l'OCDE.

Salaire minimum / salaire moyen à temps plein (33 pays - 2011)Source : OCDE
Les 10 plus hauts Les 10 plus bas
Nouvelle Zélande 0,51 Grèce 0,35
France 0,48 Luxembourg 0,35
Slovénie 0,47 Espagne 0,35
Australie 0,45 Corée 0,34
Irlande 0,44 Japon 0,33
Belgique 0,43 Roumanie 0,33
Lettonie 0,43 Estonie 0,32
Pays-Bas 0,42 Tchéquie 0,29
Canada 0,40 USA 0,28
Portugal 0,39 Mexique 0,18

Problématique du SML

Il importe de ne pas confondre :

  • salaire minimum légal SML, c-à-d tel que défini par la loi ;
  • salaire minimum observé (SMo), c-à-d tel qu'il est mesuré dans les statistiques officielles;
  • salaire minimum effectif (SMe), c-à-d tel qu'il est en réalité.

SML > SMo > SMe :

  • SML > SMo dans la mesure où des salariés "acceptent volontairement" un salaire horaire < SML [exemple1, exemple2?] , ce qui est d'autant plus fréquent lorsque les sanctions légale contre l'employeur sont ineffectives voire inexistantes ;

  • SMo > SMe dans la mesure où le travail est clandestin et donc non déclaré.

Il importe que personne ne soit contraint "d'accepter" un salaire inférieur au SML. Pour ce faire une allocation universelle d'un montant égal au SML temps plein constituerait un moyen efficace. Cela n'implique pas que le SML est inutile, mais qu'il devrait être complété par une AU. Malheureusement les syndicats sont généralement opposés à l'AU ... (nous en proposerons plus loin une explication)

Il reste également à prendre en compte deux phénomènes connaissant un développement important :

  • le travail à temps partiel : suite aux politiques libérales de "flexibilisation du travail" (sic) de plus en plus de citoyens doivent cumuler divers emplois à temps partiel – généralement précaires (courte durée, peu de responsabilités, faible salaire, ...) – afin de pouvoir obtenir un salaire mensuel global approchant le SML ;

  • les pseudo "autoentrepreneurs" qui ne sont souvent que d'ex-salariés contraints par leur employeur de passer sous statut d'indépendant, c-à-d de devenir sous-traitant (PS : on pourrait y voir une évolution positive augmentant les capacités d'adaptation des "employeurs" comme des "employés", mais dans la majorité des cas il s'agit d'une précarisation des conditions de travail des seconds au bénéfice des premiers).

Effet de l'AU sur le niveau des salaires

Dans l'article consacré à l'application de l'AU nous avons montré que celle-ci devrait provoquer une baisse modérée de l'offre de travail, ce qui en vertu de la loi de l'offre et de la demande devrait théoriquement conduire à une hausse modérée des salaires. Le graphique suivant montre en outre l'effet de la hausse de demande de travail induite par l'effet redistributif qui alimentera la demande de biens et services.

Lecture du graphique :

  1. O0 --> O1 : AU --> baisse de l'offre de travail --> l'équilibre du marché passe de (t0,s0) à (t1,s1) : les salaires ont augmenté ;
  2. D0 --> D2 : ensuite l'effet redistributif de l'AU stimule la demande de biens et services et partant la demande de travail. Finalement l'équilibre du marché aboutit à (t2,s2) : les salaires ont augmenté mais sans qu'il y ait nécessairement un effet négatif sur le travail.

Offre et demande de travail dans la sphère réelle

offre-et-demande-de-travail.png

Nous basant sur une étude réalisée en 2008-9 par Angus Deaton et Daniel Kahneman (prix Nobel d'économie respectivement en 2015 et 2012), nous avons montré dans l'article "Application" qu'avec une AU de 1.200 euros/mois nets t1 devrait demeurer substantiellement supérieur à 18 heures/semaine.

Le graphique suivant détaille l'effet redistributif de l'AU qui stimule la demande de biens et services, et partant l'offre de biens et services --> hausse de la demande de travail exposée dans le graphique précédent.

Lecture du graphique :

  1. D0 --> D1 : AU --> hausse de la demande de biens et services --> l'équilibre du marché passe de (q0,p0) à (q1,p1) : le PIB a augmenté, ainsi que les prix ;
  2. O0 --> O2 : grâce à la hausse de leurs bénéfices les entreprises peuvent augmenter sans risque leur capacité de production étant donné la pérennité de l'AU --> finalement le PIB s'est accru.

Offre et demande de biens et services

offre-et-demande-de-biens.png

L'AU étant récurrente et financée par redistribution sans création monétaire additionnelle [approfondir], les entreprises peuvent anticiper de façon permanente un niveau minimum de demande de biens et services, et reproduire d'autant les investissements en capacités de production.

N.B. Le modèle synthétique d'AU est basé sur la condition d'entreprises publiques dans tous les secteurs stratégiques (celles-ci étant en concurrence, et gérées sous statut de coopératives publiques dans un système politique de démocratie directe), voire si nécessaire sur la monopolisation par l'État du statut de grande entreprise (soit moins de 1% des entreprises). Rappel : la présente publication est une théorie prospective de l'AU ...

On notera que l'AU n'est incompatible ni avec la hausse du salaire minimum légal (SML) ni avec la réduction de la durée hebdomadaire légale du travail, puisque dans les deux cas il s'agit d'un acte politique (mais avec des conséquences et contraintes économiques parfois antagonistes, qu'il convient de neutraliser notamment par (i) la présence d'entreprises publiques dans tous les secteurs stratégiques, et (ii) la substitution du principe d'échange antidumping) à celui de libre-échange.

D'autre part une AU d'un montant égal au SML actuel (soit environ 1.200 euros/mois) augmenterait le pouvoir de négociation des travailleurs à bas salaires. En fait, force est de constater qu'une AU égale au SML est bien plus efficace qu'un SML sans AU.

Opposition syndicale à l'AU

La plupart des dirigeants syndicaux sont opposés à l'AU. Partant généralement de l'hypothèse d'une AU inférieure au SML, les syndicats développent un argumentaire décrivant l'AU comme « une machine de guerre contre la sécurité sociale qui entraînerait l’institutionnalisation de la précarité ». Selon eux l'AU serait incompatible avec les objectifs syndicaux que sont des salaires décents, la réduction du temps de travail et le bien-être au travail.

Étant donnée l'hypothèse de départ d'une AU inférieure au SML certains éléments de leur argumentaire paraissent fondés. Cependant cette hypothèse de base est fausse. En effet l'article consacré au financement suggère que le financement d'une AU d'un montant égal au SML (soit environ 1.200 euros net par mois) est possible, et que les obstacles sont moins de nature économique que politique.

Non seulement une AU égale au salaire minimum légal (temps plein), c-à-d permettant de vivre chichement sans travailler, n'est incompatible avec aucun des objectifs syndicaux, mais en outre :

  • elle réduit considérablement la problématique des parties "volontairement" contractantes évoquées plus haut, qui limite l'efficacité du SML ;

  • elle renforce le pouvoir de négociation des salariés.

Par conséquent l'opposition des dirigeants syndicaux à l'AU est suspecte. Selon nous les véritables raisons en sont les suivantes :

  • ils pensent, à tort ou à raison, que l'AU remettra en question l'utilité des syndicats ;

  • l'AU (du modèle synthétique) requiert selon nous l'instauration de la démocratie directe et la nationalisation du secteur bancaire, or les dirigeants syndicaux – qui sont très liés aux partis politiques – sont généralement opposés à ces évolutions [1].

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[1] On notera à cet égard en Belgique le support apporté en 2013 par le SETca (Syndicat des employés, techniciens et cadres de la FGTB) à la fédération patronale du secteur financier contre de nouvelles taxes sur le secteur bancaire, plutôt que de demander la nationalisation de celui-ci [source].