Temps de travail

màj : 12 oct. 2017
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Introduction

Temps de travail

Dans cet article nous montrons que la croissance de la productivité (mesurée par le PIB par habitant) est nettement supérieure à la baisse du temps de travail moyen. Cette évolution asymétrique est le signe d'une répartition inégale des gains de productivité, qui provoque la hausse du chômage structurel ainsi que des écarts de richesse.

Partager les gains de productivité en préservant l'écosystème requiert de réduire drastiquement le temps de travail moyen tout en préservant le revenu des moins riches. Cela implique de mieux répartir les richesses produites. Pour ce faire il importe que l'État agisse au niveau (i) de la demande, en garantissant une AU d'un montant au moins égal à l'actuel salaire minimum légal (SML) ; (ii) de l'offre, en nationalisant systématiquement les grandes entreprises (soit environ 1% des entreprises et deux tiers de l'emploi total).

Asymétrie productivité-temps de travail

productivité et temps de travail

Le graphique ci-contre présente les évolutions relatives de l'indice des heures moyennes annuelles ouvrées par travailleur (T) et de l'indice du PIB par habitant (P) dans les économies avancées. Il apparaît qu'entre 1980 et 2010 la productivité (P) s'est accrue de 100 à 157 (soit +1,5% par an), alors que le temps de travail (T) n'a baissé que de 100 à 92 (soit -0,3% par an) !

De plus il est probable que la légère baisse du temps de travail suggérée par le graphique ne soit qu'une illusion car les statistiques utilisées ne prennent pas en compte l'augmentation du temps de travail des salariés à domicile (heures supplémentaires non mesurées et non payées). Or de nombreuses enquêtes montrent que depuis la généralisation des extranets dans le monde des entreprises la majorité des employés dont l'ordinateur est le principal outil travaillent également le soir, le week-end et pendant les vacances [source].

Aujourd'hui nous travaillons en moyenne environ 38 heures/semaine selon les chiffres de l'OCDE. Or les anthropologues estiment à une vingtaine d'heures par semaine la durée moyenne du travail humain en économie de cueillette et chasse (PS : nous appelons cette durée "temps de travail naturel"). Autre donnée historique importante : au Moyen Âge on travaillait moins qu'aujourd'hui [vidéo].

Nombre moyen d'heures travaillées par semaine (32 pays - 2011)Source : OCDE
Les 10 plus hauts Les 10 plus bas
Turquie 48,9 Belgique 36,8
Corée 44,6 Suède 36,5
Mexique 43,3 Royaume-Uni 36,4
Grèce 42,1 Autralie 36,1
Tchéquie 41,1 Allemagne 35,5
Israël 40,9 Suisse 35,2
Slovaquie 40,6 Irlande 34,9
Pologne 40,5 Norvège 33,9
Islande 39,6 Danemark 33,7
Slovénie 39,5 Pays-Bas 30,5

Partage égalitaire des gains de productivité

L'augmentation exponentielle de la productivité sur le long terme [source] n'aurait-elle pas du avoir pour effet d'améliorer notre niveau de vie sans que globalement nous devions travailler plus ? Oui, évidemment ! Alors pourquoi cela n'a-t-il pas été le cas ? Pour répondre à cette question il importe de distinguer entreprises privées et entreprises publiques.

Dans une entreprise privée les gains de productivité alloués "ex-post" aux facteurs de production (travail et capital) sont répartis comme suit :

  • dividendes pour les propriétaires ;
  • hausses de salaires et/ou diminution du temps de travail pour les salariés.

Dans les secteurs concurrentiels une partie des gains de productivité peut être répercutée en baisse des prix de vente, ce qui bénéficie à l'ensemble des citoyens en tant que consommateurs.

Or, étant donné que ce partage est opéré par les propriétaires ceux-ci vont évidemment se privilégier par rapport aux salariés. La répartition sera donc inégale, alors qu'il n'y a aucune raison objective que le capital soit mieux rémunéré que le travail (PS : les robots aussi sont fabriqués par du travail humain, qui est bien la base de tout, et non le capital).

Et l'on peut aller plus loin : étant donné que le capital n'est pas un facteur mais seulement un moyen de production [approfondir], pourquoi faudrait-il le rémunérer ... si ce n'est en raison de son appropriation par quelques-uns ? Or la nature appartient à tout le monde, c'est un bien collectif puisqu'elle a précédé - et même créé - le genre humain !

Les propriétaires directs et indirects (actionnaires et prêteurs) captent environ 35% de la valeur ajoutée par les entreprises (alors qu'ils ne représentent que moins de 1% de la population). Sur ces 35% vingt points de % sont investis, les 15 points restants étant empochés par les propriétaires sous forme de dividendes et intérêts [source p.73].

Ces faits confirment la nécessité absolue d'un monopole public sur le statut de grande entreprise, pour rendre le partage des gains de productivité plus équitable (mais sans égalité intégrale dès lors que subsistent des PME privées (environ 99% des entreprises et un tiers de l'emploi total).

Entreprises publiques et démocratie

Dans une entreprise publique la situation est différente puisque les propriétaires sont l'ensemble des citoyens (du moins dans une véritable démocratie ...). Il en résulte que dans une entreprise (réellement) publique les gains de productivité pourraient être répartis également entre tous les individus.

Les gains de productivité ne peuvent être partagés équitablement tant que les principaux moyens de productions ne sont pas sous contrôle démocratique. Or la plupart des ressources naturelles et moyens de production ont été appropriés au cours de l'histoire humaine par une infime minorité de la population - souvent par la violence ou la manipulation - puis transmis par héritage. C'est donc la propriété privée des principaux moyens de production par quelques-uns qui permet à ceux-ci de s'approprier la plus grande partie des gains de productivité.

En outre l'absence de limite aux écarts de revenus et de patrimoines - aspect inhérent à la logique de concentration privée du capital - a pour résultat qu'une infime minorité de la population devient tellement puissante qu'elle est alors en mesure - grâce au contrôle des moyens de production ainsi qu'à ses capacités financière de corruption - d'exercer un pouvoir oligarchique sur l'ensemble de la société et rendre ainsi caduque les institutions démocratiques.

Dans le modèle synthétique d'AU :

  • les grandes entreprises sont systématiquement nationalisées, et gérées sous statut de coopératives publiques ;
  • le montant de l'AU est au moins égal à l'actuel salaire minimum légal (soit environ 1.500 euros/mois).

Dans ces conditions il sera plus facile d'opérer une réduction du temps de travail tout en préservant le niveau de revenu des moins riches.

Solution globale

Raisonnons dans le contexte de la situation actuelle, c-à-d sans AU.

Un partage du travail par réduction drastique du temps de travail moyen de 38 à 20 h/sem ne constituerait avec certitude un véritable progrès social que s'il est réalisé sans baisse du revenu global de la majorité des individus.

Pratiquement il faut donc faire en sorte que chaque individu puisse obtenir environ 1.500 euros net par mois (dans un pays comme la France) en travaillant seulement 20 heures par semaine, ce qui implique un salaire horaire net d'environ 19 euros/heure, soit plus du double du salaire minimum légal (SML) net actuel [source] ...

Par conséquent ce partage du temps de travail requiert :

  • soit l'intervention de l'État à hauteur d'au moins 750 euros/mois ;
  • soit de multiplier par deux le salaire horaire minimum légal, ce qui impose aux entreprises soumises à la concurrence internationale de diminuer leur marge bénéficiaire pour rester compétitives (quant aux autres entreprises privées elles augmenteront d'autant moins leurs prix qu'elles seront en concurrence ...) ; mais si l'on veut compenser les délocalisations/faillites d'entreprises privées et éviter l'augmentation des prix, il faut alors que l'État s'implique massivement dans l'économie en créant des entreprises publiques dans tous les secteurs économiques.

Cependant - à supposer que ces scénarios soient réalistes - l'on a toujours pas résolu le problème d'un chômage maintenu à un niveau élevé par la robotisation. C'est pourquoi il faut selon nous accompagner la réduction drastique du temps de travail par l'instauration d'une AU - non pas de 750 euros en faveur des seuls salariés - mais de 1.500 euros/mois accordée inconditionnellement à tous les citoyens.

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