X.5. Travail et valeur

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Màj : 21 fév. 2020   –   # pages : 10 [?]

Introduction

De la valeur économique (2019 - 13m2s)

Travail en physique

https://allocation-universelle.net/travail-et-valeur#travail-en-physique

Voir notre article "Thermodynamique".

Travail intellectuel

https://allocation-universelle.net/travail-et-valeur#travail-intellectuel

Voir notre article "Intelligence collective".

Facteur vs moyen de production

https://allocation-universelle.net/travail-et-valeur#facteur-vs-moyen-de-production
Éthique

La théorie économique enseignée dans les universités – qui n'est autre que l'idéologie libérale – distingue deux types de facteurs de production : le travail et le capital. Ce faisant elle ne fait aucune distinction entre facteur et moyen de production. Or si l'on fait cette distinction on voit que seul le travail humain est facteur (c-à-d un agent) de production, et que le capital n'est qu'un moyen (c-à-d un objet) de production.

Par "capital humain" on entend en fait "informations" (techniques et statistiques), de sorte qu'on peut l'assimiler à du capital physique (bibliothèques, base de données numériques). L'humain ne réside pas dans l'information mais dans son usage, c-à-d dans la finalité de son traitement. C'est la machine qui opère le traitement, mais il n'y a finalité que déterminée par l'humain. C'est lui qui "donne sens".

Le capital financier est-il lui aussi un capital physique. Ce qui le distingue du capital non financier c'est qu'il est un titre de propriété sur les autres moyens de production. En outre sa nature physique est aujourd'hui essentiellement virtuelle, sa valeur intrinsèque est quasiment nulle. Ainsi la monnaie étant constituée de bits d'informations on peut en produire autant que l'on veut.

La tableau suivant révèle ce biais du capitalisme fétichiste et prédateur consistant à entretenir la confusion entre agent et objets de production.

Théorie "agent-objet de production"
Facteurs de production = Agents

  • Par leur travail physique et intellectuel – et à partir des ressources naturellesles humains produisent des biens & services de production, de consommation (sphère réelle) et d'allocation de ceux-ci entre les individus (sphère financière).

    Justice et solidarité : les ressources naturelles ne devraient-elles pas être également partagées entre les humains ?

Biens & services = Objets (physiques ou virtuels)
  1. de production (capital non-financier) :

    • ressources naturelles : minérales et organiques ;
    • bâtiments, machines, logiciels, bases de données, ...
    • capital intangible (essentiellement incorporé dans les hommes : éducation, santé, R&D).
  2. de consommation.
Sphère
réelle
  1. d'allocation des biens/services de la sphère réelle (capital financier) :

    • titres de propriété potentielle (droits d'achat) sur les moyens de production et les biens/services de consommation : monnaie et produits fin. dérivés ;
    • titres de propriété effective sur :
      • de la monnaie : obligations et produits fin. dérivés ;
      • des moyens de production : actions et produits fin. dérivés.
Sphère
financière

L'idéologie "libérale" considère le travailleur salarié (ou faux indépendant) comme une marchandise dont le prix se négocie sur un "marché du travail". Or les facteurs/agents de production conçoivent et utilisent les moyens/objets. S'ils deviennent objets c'est nécessairement au profit de leurs "employeurs/propriétaires". Il y a donc bien une proximité étroite entre salariat et esclavagisme.

Éthique. Il fait peu de doute que la dictature est le mode de gouvernance le plus rapide, et l'esclavagisme le mode de production le plus rentable (du point de vue des "propriétaires" ...). Ceci montre bien que la question de l'éthique est inévitable. Nous l'aborderons plus loin. mais avant il reste à préciser certaines notions.

Nous venons d'évoquer la question du "comment produire", mais il y a aussi celle du "quoi produire". Dès lors que nous formons communauté se pose inévitablement la question de la détermination de ce que l'appareil de production va produire, c-à-d de ce que nous considérons comme ayant de la valeur et comment ces choix sont opérés.

Valeur ajoutée

La valeur ajoutée est est la différence entre la valeur finale de la production (valorisée par le chiffre d'affaires) et la valeur des biens consommés par le processus de production.

Production (valorisée par le chiffre d'affaire) = biens intermédiaires + valeur ajoutée

Les profits sont ce qui reste de la valeur ajoutée après déduction des rémunérations du travail (ce qui donne l'excédent brut d'exploitation), du remplacement du capital usé (on obtient ainsi l'excédent net d'exploitation), des intérêts sur les dettes et impôts (le solde correspond au compte du revenu d'entreprise, l'équivalent dans la comptabilité nationale des profits courants avant distribution). Ces profits sont utilisés pour payer les actionnaires (sous forme de dividendes et de rachats d'actions), ou peuvent aussi être réinvestis à l'étranger, investis dans les moyens de production ou encore mis en réserve [source].

Profit = Valeur ajoutée - Salaires - Amortissements - Intérêts - Impôts

Le profit est alors réparti en :

  • rémunération des actionnaires (dividendes et rachats d'actions) ;
  • investissements ;
  • réserves.

Dans le cas des entreprises publiques, il n'y a pas d'actions. Pour se financer l'État recours plutôt à des impôts, et le profit est réparti en remboursement d'impôts et/ou investissements. Il y a une autre différence, encore plus importante, entre entreprises privées et publiques : dans ces dernières les investissements concernent surtout l'économie réelle tandis que les entreprises privées consacre une partie (croissante) des profits à des investissements financiers spéculatifs.

Depuis les années 1980 (qui ont été marquées par le démantèlement de l'URSS), la part des revenus du travail (c-à-d les salaires) dans la VA a fortement baissé, au profit des revenus du capital (dividendes et rachats d'actions) [source].

Valeur ajoutée vs valeur actionnariale (3min31sec)

Marchand vs non marchand

Richard Stallman, initiateur du mouvement du logiciel libre, peut être considéré comme un des plus grands créateurs de richesse qu'a connu l'humanité à ce jour, malgré qu'il n'a retiré quasiment aucune richesse financière de son travail. De même des chômeurs ou des pensionnés sont créateurs de richesses.

Il importe de nous poser des questions sur ce qui est considéré comme du travail "utile". Ainsi l'idéologie "libérale" considère qu'un ramasseur de poubelle ou une infirmière sont moins utiles à la société que les directeurs des grandes banques d'affaires qui organisent la captation des richesses au profit d'une minorité, et ce faisant ont provoqué en 2008 l'une des plus grandes crises financières et économiques de l'histoire de l'humanité. L'idéologie libérale inverse ainsi la réalité en affirmant que la différence de revenus entre les premiers et les seconds reflète non pas les malversations des seconds mais leur plus grande utilité. Plus c'est gros ...

Pour illustrer la discrimination entre travail rémunéré (production de valeur d'usage et économique) et travail non-rémunéré (production de valeur d'usage mais non-économique) Bernard Friot, sociologue et économiste, professeur à la retraite de l’université Paris-X, cite les exemples suivants :

  • Si, comme parent, je conduis mes enfants à l'école, je ne travaille pas. Je produis une valeur d'usage, c'est utile, il est utile de conduire des enfants à l'école, mais ce n'est pas considéré comme du travail au sens où cela ne produit pas de valeur économique. Par contre, si une assistante maternelle conduit les enfants à l'école, on considérera qu'elle travaille. La valeur d'usage (conduire les enfants à l'école) est la même, mais il y a également production de valeur économique (elle est payée, elle reçoit de l'argent pour ça) et donc elle travaille.
  • Une femme de ménage travaille, mais une femme au foyer ne travaille pas. La femme de ménage sera payée en échange de son travail. La femme au foyer sera considérée comme utile, mais ne travaillant pas.

Pour la comptabilité nationale n'est considéré comme comme "valeur" que ce qui a été produit en échange d'un revenu (NB : en "économie fermée", la seule différence entre le PIB et le revenu national c'est la dépréciation du capital). Ainsi pour reprendre l'exemple de Friot cité plus haut, le travail (déclaré) d'une femme de ménage est repris dans la comptabilité nationale, mais pas celui d'une femme au foyer. De même si une entreprise (ou tout un secteur économique représenté par son lobby) fabrique un type de produit inutile ou inefficace mais arrive à "convaincre" les décideurs politiques de l'acheter avec l'argent public, et bien ce type de "produit" sera dès lors considéré comme de la valeur. À contrario supposez que le travail d'un chercheur bénévole arrive à la conclusion qu'une alimentation saine et équilibrée permet de prévenir la plupart des cancers, et que le jeûne permet d'en soigner la plupart (NB : je n'affirme pas que c'est le cas, cet exemple sert juste à une expérience de pensée). Il publie ses travaux sur Internet, ceux-ci sont propagés via les réseaux sociaux. Cependant, aucun échange monétaire n'ayant eu lieu, la comptabilité nationale considère que le travail de ce chercheur n'a aucune valeur d'échange, mais seulement une valeur d'usage !

Allocation Universelle. Ce dernier exemple illustre l'effet phénoménal qu'aura la valorisation des productions non-marchandes par l'AU, en augmentant le nombre des bénévoles ainsi que des heures prestées par individus. L'effet sur la productivité du travail pourrait donc être substantiel, aussi bien pour toutes les personnes bénéficiant de ces services qu'aux bénévoles eux-même (expérience).

Friot déduit logiquement de tous ces faits que ce qui définit le travail n'est donc pas la nature de ce qu'on fait. Ce qui définit le travail, c'est une convention sociale attribuant de la valeur économique à des activités sous certaines conditions, mais pas aux mêmes activités dans d'autres conditions. La définition de ce qui est du travail économique s'exerce dans le cadre des rapports de force entre salariés et propriétaires des moyens de productions. On retrouve ici l'analyse marxiste selon laquelle le contrôle des principaux moyens de production permet à la classe dirigeante de s'approprier une partie de la valeur produite par autrui. Selon Friot, la définition de ce qui est ou pas de la valeur étant le fondement de la "lutte des classes", celle-ci est par conséquent inévitable. [source].

Selon l'association "Les économistes atterrés" les activités non marchandes peuvent être évaluées monétairement (et de nombreuses le sont effectivement) mais « ne sont pas vendues sur un marché, elles ne rapportent pas de profit et leur coût est mutualisé, socialisé. Ainsi en est-il de l'école publique "gratuite", des soins "gratuits" qui sont des services non marchands, dont le "paiement" n'est pas individuel mais est assuré par l'impôt ou la cotisation sociale, et dont la mise à disposition ne procure aucun gain financier à personne. » [source p. 38].

marchand-monetarise.png

Pour les statistiques du bénévolat voir effets#benevolat-statistiques

Selon nous la distinction entre entreprises "marchandes" et "non marchandes" – c-à-d dont l'activité productive se situe en dehors des marchés (et est par conséquent généralement non imposable) – ne fait pas vraiment sens. D'une part les entreprises dites "marchandes" bénéficient de ressources directes ou indirectes produites en dehors des marchés (aides publiques, enseignement, justice, etc). D'autre part de nombreuses entreprises dites "non marchandes" (souvent appelées "associations") génèrent une partie de leurs revenus par la vente de biens ou services sur les marchés.

À cette distinction dichotomique peu pertinente il convient selon nous de substituer une évaluation des entreprises sur base d'un ratio d'externalité nette : externalités positives / externalités négatives. C'est notamment au regard de ce ratio "en continuum" que devrait être modulé le traitement fiscal des organisations.

  • Entreprise/association. Notons que toute activité est productive. Et que sa valorisation est subjective et variable dans l'espace et le temps.

  • Privé/public. Théoriquement les entreprises publiques ont pour mission d'internaliser le coût de leurs externalités négatives, contrairement aux entreprises privées. Comparer les rentabilités respectives sans prendre en compte ce fait relève donc de la désinformation.

À noter enfin qu'en matière de valorisation du bénévolat la doctrine comptable actuelle propose diverses méthodes :

  • coût horaire du SMIC ;
  • valeur de remplacement (évaluation forfaitaire du coût d’une solution de remplacement résultant du recours à une prestation facturée – salariat, location, sous-traitance...) ;
  • référence à une grille de salaires.

Qu'est-ce qui est de la valeur et qu'est-ce qui n'en est pas (contre-valeurs, externalités négatives, nuisances) revient à poser la question de la mesure de la valeur. Mais avant de mesurer il convient de définir ce que l'on va mesurer.

Typologie des valeurs

https://allocation-universelle.net/travail-et-valeur#typologie-des-valeurs

Le mot "valeur" peut revêtir plusieurs sens :

  • valeur objective/physique, observée par un individu : vitesse, masse, ... :

    • facilement mesurable (si l'on dispose de la technologie pour le faire).
  • valeur subjective/psychique, ressentie par un individu en lui-même, et suscitant plaisir vs douleur :

    • difficilement mesurable, et encore plus difficilement comparable (voire incomparable, quel que soit le niveau de développement technologique).

On peut discuter la pertinence des associations objective/physique et subjective/psychique.

À priori l'on pourrait être tenté de classer les valeurs économiques dans le premier groupe, et les valeurs morales dans le second :

  • valeur économique qui en économie classique est fonction de l'offre (coût, quantité & qualité du travail) et de la demande (utilité, rareté), tandis qu'en éconophysique il s'agit du contenu énergétique (ou de l'entropie ?) ; dans les deux modèles on distingue :

    • valeur d'usage (utilité) c-à-d :

      • en économie classique : le bien-être procuré au consommateur par l'achat du bien/service ;

        Pour la théorie économique classique, "consommer" un bien/service c'est uniquement le fait de l'acheter, indépendamment de l'emploi qui en est fait ultérieurement.

      • en éconophysique : le potentiel de demande, qui correspond à la variation du flux d'énergie par unite de variation du flux de production (P = ∂G / ∂V ) ;
    • la valeur d'échange d'un bien/service, dont la mesure est le prix effectif auquel le bien ou service est échangé (on parle indifféremment d'échange ou de transaction) ;

      • en économie classique : le prix payé par l'acheteur au vendeur ;
      • en éconophysique : le potentiel d'offre, qui correspond à la variation du flux d'énergie par unité de variation du flux monétaire (T = ∂G / ∂$).

    Exemples (économie classique) :

    • "Faire une bonne affaire", dans le chef de l'acheteur, c'est estimer que la valeur d'échange d'un bien est inférieure à sa valeur d'usage.
    • La valeur d'usage d'un bien en tant qu'instrument de spéculation a pour particularité d'être, par nature, fonction de (la volatilité de) sa valeur d'échange.
  • valeur morale :

    • principe comportemental (solidarité, honnêteté, ...) : on ne peut juger un individu que sur ses actes, et non sur ses pensées ou intentions présumées (du moins à ce jour ...) ;
    • liée à la notion de responsabilité, et donc de conscience ;
    • relatif aux seuls humains (du moins ceux médicalement considérés comme "responsables de leurs actes") on considère qu'un animal n'est ni honnête ni malhonnête ;
    • binaire (vrai/faux) on est pas "un petit peu (mal)honnête", on l'est ou pas.

Mesures de la valeur

Tarification par les prix

Qu'il s'agisse de valeurs économiques ou morales, se pose le problème de la mesure de la valeur, et par conséquent du référentiel de mesure. Le premier référentiel venant à l'esprit est l'humain.

Exercice. Perdu dans "Y" un homme démuni améliore son sort s'il trouve un gourde remplie de "X" :

  • Y = {New-York, désert} ;
  • X = {eau, pépites d'or}.

Répondez aux questions suivantes pour chacune des valeurs de Y :

  1. Combien de jours un homme peut-il survivre sans consommer : (i) d'eau, (ii) d'or ?

  2. À l'endroit Y où se trouve cet homme combien d'heures de travail faut-il en moyenne pour remplir la gourde : (i) d'eau, (ii) d'or ?

Vous commencez maintenant à mieux comprendre en quoi ces questions illustrent le principe de relativité des valeurs. Mais ce n'est que le début de nos réflexions ...

Les prix ne sont donc qu'une mesure de la seule valeur d'échange des biens & services, mais pas de leur valeur d'usage. Ainsi :

  • la valeur d'échange de l'eau (son prix) est relativement faible (car elle est disponible facilement en grandes quantités) alors que sa valeur d'usage est énorme (puisque l'eau est indispensable à la vie) ;
  • la valeur d'échange d'une monnaie (son "pouvoir d'achat") demeure malgré que la monnaie moderne a perdu toute valeur intrinsèque (on utilise plus les pièces d'or pour acheter).

Comment fixer rationnellement les prix ? Deux théories s'opposent : prix de marché et prix planifiés.

Valeur de marché

Pour allouer les ressources économiques entre les agents économiques de façon optimale (au sens de Pareto) la théorie libérale propose le mécanisme des prix de marché, qui implique que la concurrence parfaite (et donc le principe de maximisation des profits sur lequel elle repose) serait un référentiel vers lequel il faut tendre. Approfondir : reforme-theorie-economique#marches-efficients.

À noter que le travail, étant une ressource, a un prix : le salaire ...

Comment expliquer les méga-salaires ?

Concurrence

Selon Jean Tirole, prix Nobel d'économie 2014, l'explication est tout simplement que « la globalisation a accentué la concurrence pour les talents. (...) les meilleurs chercheurs, médecins, artistes ou cadres d'entreprise vont de plus en plus là où on leur offre les meilleures conditions » [source p. 81].

Cette thèse très consensuelle (*) ne permet cependant pas d'expliquer la différence entre l'évolution des revenus des meilleurs chercheurs et médecins et d'autre part des sportifs et dirigeants de grandes entreprises.

(*) Quelle est la meilleure stratégie qu'un économiste devrait appliquer pour maximiser ses chances d'obtenir un prix Nobel ?

Asymétrie
d'information

Le niveau astronomique des salaires et primes (dont des primes de licenciement !) des dirigeants de grandes sociétés peut s'expliquer notamment par la dissolution de la notion de "propriétaires" des sociétés cotées en bourse. Cette zone d'ombre confère au directeur général (comité de direction) un pouvoir considérable d'abuser d'une forte asymétrie d'information au détriment des actionnaires, y compris l'éventuel actionnaire "de référence" dès lors que celui-ci est généralement lui-même une société cotée. L'asymétrie d'information est ici renforcée par le fait que la culture d'entreprise privée n'est pas celle de la démocratie directe.

Ainsi le comité de direction et le conseil d'administration ne proposent généralement au vote de l'assemblée générale que des "paquets de décisions", pas toujours facilement analysables de façon détaillée et dont le contenu est généralement rédigé de façon difficilement compréhensible. Voilà pourquoi l'AG peut voter sans le savoir en faveur de rémunérations exorbitantes C'est particulièrement le cas des petits actionnaires investisseurs non professionnels.

Parachutes
dorés

Quant au parachutage doré il peut être un moyen pour le CA d'acheter le silence de directeurs licenciés, concernant des pratiques illégales commises par l'entreprise (comme par exemple la corruption pour emporter des appels d'offre). Le PDG peut être ainsi tenté de provoquer volontairement son licenciement (par exemple en organisant l'acquisition de l'entreprise par une plus grande).

Business du
divertissement

À cet égard on notera que l'on observe le même phénomène chez les stars du divertissement (sportifs, acteurs, chanteurs, ...). L'explosion des revenus serait moins le fait d'une brusque multiplication des compétences, que du développement d'activités telles que le blanchiment d'argent [exemple1, exemple2] ou le conditionnement commercial et la propagande politique.

Un thèse est que le blanchiment de revenus d'origine criminelle (comme le traffic d'armes ou de drogues) s'opèrerait plus facilement en passant par des personnes physiques qui concentrent sur elles de grands flux de revenus. Selon cette thèse des vedettes seraient donc rétribuées pour participer à du blanchiment. Dans notre article consacré à la création monétaire nous avons montré le rôle joué par le secteur bancaire dans le blanchiment d'activités illégales.

Langue
de bois
académique

Le milieu académique évoque rarement ces causes pas vraiment politiquement correctes, dont par ailleurs l'évocation n'est pas réputée favoriser une carrière académique. Rien n'illustre mieux cela que cette déclaration de Jean Tirole : « nous n'avons qu'une vague idée de ce qui génère la réussite financière : l'effort ou le concours de circonstance » [source p. 87]. On notera que Tirole ne fait ici aucune distinction entre enrichissement par des procédés honnêtes vs malhonnêtes : dans les deux cas il s'agit seulement "d'effort" !

Prix planifiés

https://allocation-universelle.net/travail-et-valeur#planification

La planification des prix était pratiquée en URSS et l'est encore actuellement (intégralement ou partiellement) dans d'autres pays "communistes" (Cuba, Chine, ...).

Ici le prix de chaque bien i (Pi) est déterminé par l'État en évaluant la quantité et le coût du travail (L, facteur de production) ainsi que du capital (K, moyen de production) nécessaires à sa production : Pi = P(K)i * Q(K)i + P(L)i * Q(L)i.

L'avantage de cette méthode est qu'elle permet de neutraliser les déficiences des marchés (cf. surpra). Mais elle est, ou plutôt était confrontée à une grande difficulté : déterminer les prix et quantités requises et disponibles de tous les biens et services dont ont besoin les agents économiques (ménages, entreprise, État), et cela de façon précise et en temps réel (s'adapter à l'évolution des besoins).

En l'absence d'outils informatiques ces objectifs ambitieux était semble-t-il irréalistes (*), mais avec l'avènement du big data et de l'Internet des objets, il est probable que la planification deviennent rapidement réalisable ...

(*) Cette affirmation est-elle vraie, dès lors que les pays communistes font l'objet d'embargos économiques infligés par l'ensemble des pays vassaux des USA ? On notera à cet égard les résultats de ce sondage réalisé en 2016 par le Centre Levada (d’orientation libérale) montrant que plus de la moitié des Russes interrogés regrettent l’URSS, non seulement chez les plus de quarante ans, mais également parmi les jeunes nés après 1991 [source] ? Or ces chiffres confirment des enquêtes réalisées durant les années 2000 et 2010 montrant que la majorité des russes ayant connu l'URSS regrettent sa disparition [source1, source2]. Rien d'étonnant à tout cela : ainsi le 17 mars 1991, un référendum portant sur la question du maintien de l'Union soviétique avait donné 76 % de réponses favorables au maintien, mais Boris Eltsine décida de ne pas en tenir compte ... [source].

Le retour probable de la planification ne remet pas en cause l'utilité des autres agents économiques (ménages et entreprises privées) pour identifier les "circonstances particulières de temps et de lieux". Dans sa théorie de la connaissance Hayek distingue celles-ci, connues par des individus ou entreprises (et qu'ils peuvent exploiter commercialement), des connaissance scientifiques générales, connues de (ou connaissables par) tous. Selon Hayek ces dynamiques locales (microéconomiques), via le système des prix de marchés ("signaux enveloppés dans des incitations") et l'auto-organisation des planifications individuelles (ménages et entreprises privées), rendrait inutile voire nuisible toute action de planification centralisée [source, 1945].

Dans notre article "Entreprise publique" nous avons développé la conjecture selon laquelle, avec l'allocation universelle (du modèle synthétique) et la démocratie directe (telle que définie par nous), le système économique optimal est l'économie mixte, combinant marchés et planification. Approfondir : democratiedirecte.net/entreprise-publique#planification.

Lutte des classes

Selon Friot la "lutte des classes" est un combat pour déterminer ce qui vaut dans tout ce que nous produisons : « la valeur n’a pas d’autre fondement que politique, elle est le lieu d’expression de l’enjeu de pouvoir inhérent à toute production, à tout travail. (...) La classe capitaliste, en tant que classe dirigeante, exerce une dictature sur la production de valeur en la mettant au service de l’accumulation du capital : les richesses produites hors de son emprise (N.d.A. : par les retraités, les chômeurs voire même les fonctionnaires) sont déclarées sans valeur, tandis que valent des biens et des services parfaitement inutiles ou dangereux, dont la production alimente le capital » [source].

Toujours selon Friot, la lutte de classes est l’affrontement irréductible entre deux pratiques antagonistes de la valeur. Elle se joue dans :

  • la matérialité des institutions de la production : transformation du droit au salaire des chômeurs en droit à l’emploi, "new public management" remplaçant des fonctionnaires par des CDD ou des salariés associatifs, etc.

  • les représentations qu’elles génèrent : par exemple l'idée fausse selon laquelle un chômeur/retraité ne travaillerait pas (c-à-d ne serait pas créateur de richesse), ou encore que les fonctionnaires ne produisent pas la valeur de l’impôt qui les paie, mais le dépensent, etc.

La lutte des classes selon Bernard Friot (5m50s - 2017)

Collectivisation
partielle

Ces faits suggèrent qu'il n'est ni possible ni souhaitable que la pratique de la valeur soit isolée de la pratique de l'éthique (NB : pratique et travail sont deux notions très proches ...). C'est pourquoi il nous paraît important que la valeur puisse être définie autrement que par la prétendue "loi naturelle" des marchés, qui n'est rien d'autre que la loi du plus fort. Nous pensons ici à une définition réellement démocratique de la valeur. Or définir démocratiquement la valeur requiert nécessairement un contrôle démocratique des moyens de production de la valeur, ce qui selon nous requiert :

  • la présence de plusieurs entreprises (100%) publiques dans les principaux secteurs économiques (en concurrence entre elles et avec les entreprises privées), voire si nécessaire de faire du statut de grande société (soit en France moins de 0,1% des entreprises) un monopole public [approfondir] ;
  • leur gestion sous statut de coopératives publiques.

Bien entendu la notion d'entreprise publique ne fait sens que dans un État réellement démocratique. La section suivante suggère que, dans ce cas, une véritable démocratie est éthique par définition.

Valeurs morales

https://allocation-universelle.net/travail-et-valeur#valeurs-morales

Le mot "éthique" provient du grec "ethos" qui signifie "comportement". Les romains ont plus tard traduit "ethos" en latin "morus" qui a donné "mœurs" et "morale" en français. Étymologiquement, éthique et morale sont donc synonymes.

On notera que depuis l'avènement du "libéralisme" dans les années 1980 le terme "morale" a acquis une connotation plutôt négative (conservatrice, ringarde, ...) de sorte que "éthique" lui est souvent préféré.

Le terme "morale" présente cependant l'avantage de pouvoir être complété de préfixes qui permettent de distinguer deux notions :

  • amoral = qui se situe hors du domaine de la morale, qui ne prend pas en considération les notions de bien et de mal (PS : a- est un préfixe privatif) ;
  • immoral = qui est contraire à la morale, aux bonnes mœurs (PS : in- est un préfixe négatif).

De nombreux scientifiques revendiquent (au moins implicitement) une amoralité, comprise comme neutralité par rapport aux phénomènes étudiés, et supposée faire disparaître toute forme de subjectivité. Ainsi ces scientifiques considèrent que ce n'est pas à eux de décider si, par exemple, la bombe atomique est une mauvaise chose ou pas. Cependant la "neutralité" peut-être une illusion, voire une simulation. Ainsi elle peut être invoquée fallacieusement pour justifier la non-assistance à une personne subissant une agression, comportement identique à celui de tiers prenant passivement le parti de l'agresseur (cf. la dénomination "conflit israélo-palestinien", alors qu'il ne viendrait à personne l'idée de dénommer "conflit germano-français" l'occupation de la France par l'Allemagne en 1940-44). Inversement le refus de neutralité peut être invoqué, tout aussi fallacieusement, pour justifier par exemple des invasions impérialistes. L'amoralité voire même la morale peuvent donc servir de paravent à l'immoralité (cf. le droit-de-l'hommisme, visant à "justifier" les agressions militaires ou économiques de pays anti-impérialistes par des pays atlantistes).

L'éthique comme slogan publicitaire. Depuis sa privatisation en 1993 la société française TOTAL a été impliquée dans une série "d'affaires" [source]. Pour redorer son image, TOTAL a alors axé sa communication sur des slogans tels que « Notre éthique, nos valeurs » [source] ou encore « Éthique : notre engagement pour une conduite exemplaire » [source].

À l'inverse des sciences, la justice est fondée sur sa prétention et sa capacité théoriques à représenter la morale. Cependant, en pratique, la justice est aussi sujette à la subjectivité des juges, voire même à leur éventuelle immoralité (soumission au pouvoir exécutif, corruption, ...). De nombreux juristes répondent à cela que la justice n'a rien à voir avec la morale mais seulement avec le droit. Mais un droit déconnecté de la morale ne dérive-t-il pas systématiquement à la validation de la loi du plus fort ?

Inévitable
subjectivité

Par conséquent est-il rationnel de croire que l'on pourrait isoler les scientifiques (du juriste au physicien) – et partant leur production scientifique – des réalités environnementales, psychiques, sociologiques, politiques, juridiques et économiques que tentent de comprendre les sciences vivantes en général et humaine en particulier ? En quoi les sciences "dures" en particulier pourraient-elles – même avec la meilleure volonté de leurs scientifiques – échapper à cette réalité ? Ainsi leurs applications technologiques sont-elles, d'un point de vue collectif, toujours et réellement aussi rationnelles qu'on le croit ?

Toutes les sciences, étant fruits de l'activité humaine, sont humaines par nature. Par conséquent toutes doivent être constamment "durcies" ou "humanisées" (ces deux termes étant ici absolument synonymes).

Ainsi les ingénieurs civils accusent souvent l'économie de ne pas être un science. Si cette affirmation est certes abusives elle est cependant partiellement fondée en raison de la place prise par l'idéologie et la politique (notamment libérale) dans la science économique. D'autre part les ingénieurs sont sujets aux mêmes forces économiques : ils ont un intérêt commun avec les capitalistes à maximiser le contenu en capital des biens et services qu'ils conçoivent et développent, et cela parfois au détriment de la simplicité, ou encore du coût financier et environnemental. Pour prolonger cette réflexion lire la section "Savoir et pouvoir" de notre article sur le développement durable".

La modération, un
élément d'éthique

L'hybris est une notion issue de la Grèce antique et décrivant la tentation de démesure des hommes qui, poussés par l'orgueil, veulent rivaliser avec les dieux. Selon la mythologie ces derniers punissaient les coupables en leur infligeant des catastrophes. Les Grecs de l'antiquité la considéraient comme un crime, et lui opposaient la tempérance et la modération. Les conséquences du transhumanisme donneront-t-elles raison aux craintes des nos ancêtres ?

Libéralisme,
et théorie
des marchés
L'idéologie libérale postule que les marchés libres sont le meilleur moyen pour créer de la richesse. Dans ces conditions, si un individu s'enrichit, c'est parce qu'il est compétent et travailleur, et que d'autres individus ont considéré son travail utile puisqu'ils en ont acheté le produit. Cependant la théorie libérale gère difficilement le cas de chef d'entreprise qui font fortune en exploitant leurs sous-traitants [exemple] ou/et leurs clients [exemple].

Le temps

Le temps qui passe modifie généralement les valeurs, physiques comme morales. D'autre part la production de valeurs physiques consomme du temps de vie, et c'est pourquoi l'on dit que « le temps c'est de l'argent » . C'est particulièrement vrai pour les salariés qui, n'étant pas propriétaires de leurs moyens de production, n'ont pas d'autre option que de vendre leur force de travail, et plus particulièrement leur temps de travail aux propriétaires de moyens de production. Par cela le seul facteur de production qu'est le travail humain est réduit à un moyen de production tel que du bétail ou un parc de machines exploité par les propriétaires de ce qu'il est convenu d'appeler très justement une ... exploitation. Pour approfondir lire notre article sur le temps de travail.

Conclusion

https://allocation-universelle.net/travail-et-valeur#conclusion

Il n'existe pas de définition physico-chimique de la valeur économique. Autrement dit cette valeur ne fait pas partie du domaine des sciences exactes mais des sciences humaines. À la base la valeur d'usage n'est qu'une croyance, qui peut être renforcée voire fabriquée par la publicité et d'autres formes de propagande. Sa collectivisation lui ajoute le statut de valeur d'échange, laquelle peut-être mesurée par le prix.

Les processus de création & allocation monétaire, de production (marchés, planification, ...), de redistribution des richesses, et de gestion collective sont au coeur de la problématique du processus politique par lequel les choix de valeurs sociétales sont opérés.

La fonction des sciences exactes ne devrait pas être de se substituer à ce processus mais de l'éclairer afin (i) d'approcher l'équilibre optimal entre liberté, égalité et sécurité ; et (ii) de favoriser un développement durable.

Pour ce faire commençons par répondre à la question : quel est le rapport entre le prix d'un bien/service convenu par les parties à l'échange (prix de marché) et son coût de production c-à-d le coût des facteurs (travail) et moyens (capital) de production ?

La réponse traditionnelle est : Prix = Coûts + Profit. Mais cette formule simpliste masque l'essentiel :

Prix = Prix (travail) + Prix (capital) + Profit

avec en rouge ce qui revient aux "travailleurs" (ceux qui vivent essentiellement de leur travail) et en bleu ce qui revient aux "capitalistes" (ceux qui vivent essentiellement de leur capital).

Or le progrès technologique a pour effet que de plus en plus de capital est substitué au travail, ce qui se traduit mécaniquement par une hausse des écarts de richesse entre capitalistes et travailleurs. Cette situation n'est pas éthique et probablement pas durable politiquement. Il convient donc d'appliquer un mécanisme régulateur qui limite les écarts de richesse.

Ce mécanisme ne peut consister intégralement en une redistribution des richesses (politique fiscale) car cela conduirait à une polarisation absolue entre assistés et capitalistes, qui au mieux n'est pas politiquement durable, et au pire n'est pas éthique. Le mécanisme régulateur doit consister aussi en un certain degré de partage des moyens de production (c-à-d du capital financier et non financier) entre les facteurs de production (c-à-d les travailleurs humains).

Recommandations

Comment déterminer ce degré de partage des moyens de production ? La réponse apportée par le modèle synthétique d'AU repose sur les axes de politique économique suivants :

  • politique monétaire (⇔ capital financier) : symétrique : créer la monnaie à un rythme relativement constant (fonction de la seule espérance de vie) et distribuer périodiquement cette création monétaire gratuitement et également entre les personnes physiques [approfondir] ;

  • Politique industrielle (⇔ capital non financier) : mixte : L'État devrait s'impliquer dans la structure productive nationale en disposant dans chaque secteur stratégique de plusieurs entreprises publiques concurrentes et gérées en coopératives publiques ; si nécessaire l'État ne doit pas hésiter à faire du statut de grande entreprise (soit moins de 0,1% des entreprises) un monopole public [approfondir].

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