Théorie de l'allocation universelle
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> 7. Analyses Recommander Imprimer 12/59 pages [?] L'article "De la création monétaire" comportant une cinquantaine de pages A4, il a été réparti sur cinq fichiers correspondant chacun à une section. Le ratio x/y indique le nombre de pages de la section affichée (soulignée dans le plan ci-dessous) par rapport au nombre de pages de l'article. màj : 9 sept. 2017

De la création monétaire Recommander màj :

  1. Introduction
  2. Synthèse
  3. Notions monétaires
    • Fonctions et formes
    • Politique monétaire
    • Dynamique monétaire
    • Monnaie et inflation
    • Taux de change
    • Modèles hétérodoxes
  1. La création monétaire
    telle qu'est est à ce jour
  1. La création monétaire
    telle qu'elle pourrait être
    • Principes de la TRM
    • Démonstration
    • Approfondissements
    • Implémentation
    • TRM et inflation
    • TRM et taux de change
    • TRM et intérêt
    • Critiques et conclusion

ivLa création monétaire telle qu'elle est à ce jour Haut

Nous allons commencer par présenter la dynamique de création/destruction monétaire. Ensuite nous verrons les effets - très négatifs pour la collectivité - de l'appropriation de la création monétaire par le secteur bancaire. Enfin nous évoquerons l'origine et l'évolution des revenus bancaires durant les dernières décennies.

Création monétaire

Planche à billets

NB : La compréhension de la présente section requiert préalablement celle de la section III.1.

Contrairement à l'époque où la monnaie était essentiellement composée de pièces de métaux précieux (monnaie métallique) la monnaie actuelle a une valeur intrinsèque quasiment nulle par rapport à sa valeur nominale (c'est pourquoi on parle de monnaie "fiducière"). En outre n'étant plus soumise à une contrainte de rareté physique, on peut en créer autant que nécessaire (PS : cependant, comme vu dans la section précédente, il importe que la création monétaire ne soit ni excessive ni insuffisante par rapport aux besoins de l'économie).

Dans le système monétaire tel qu'il est aujourd'hui la monnaie est créée par (en ordre d'importance) les banques commerciales, la Banque centrale, mais aussi - ce qui est souvent ignoré/incompris - l'État et les grandes sociétés !

  1. les banques commerciales créent de la monnaie en créant (1 - r) * D de crédits pour tout nouveau dépôt d'un montant D (r est le coefficient de réserve obligatoire) ; dans la zone euro r = 1% (mais 0% au Royaume-Uni, 9% en Israël, 18% en Chine, ...) pour 100 euros de nouveaux dépôts une banque de la zone euro est autorisée à créer 99 euros sous forme de nouveaux crédits ;
    • Écriture comptable. Cette création monétaire prend "physiquement" la forme d'une simple écriture comptable où le montant créé est mentionné à l'actif de la banque sous la rubrique "Crédits", et au passif sous la rubrique "Dépôts" (puisque le crédit ouvert par la banque est déposé sur le compte du client).
      ActifPassif
      Crédits : xDépôts : x
    • Crédits créateurs vs non créateurs de monnaie. Dans 99 de crédits accordés pour 1 de dépôts, 99/98 représentent donc une création de monnaie (ex-nihilo création), et 1/99 représentent un prêt effectivement couvert par un dépôt (crédits non créateur de monnaie). Que les crédits non créateurs de monnaie soient (i) remboursables cela est justifié par le fait qu'ils sont la contrepartie de dépôts d'autres clients ; et (ii) chargés d'intérêts cela est justifié dans la mesure où ceux-ci servent globalement d'assurance contre le risque de non-remboursement. Mais que les crédits créateurs de monnaie soient remboursables et chargés d'intérêt cela est totalement illégitime puisque ces crédits ne sont pas la contrepartie de dépôts d'autres clients, mais créés "ex-nihilo" par simple écriture comptable.
  2. la Banque centrale (BC) créé de la monnaie lorsqu'elle :
    • Écriture comptable. La création monétaire par la Banque centrale s'opère physiquement par le même type d'écriture comptable que dans le cas des banques commerciales (monnaie "scripturale"), et dans une moindre mesure par l'impression de billets et pièces de monnaies qui seront livrés par camions blindés aux banques.
    • Création vs transformation monétaire. Si l'on considère que M = M4, alors les achats par la BC d'actifs financiers repris dans M4-M3 n'augmentent pas le volume de M mais seulement sa liquidité (dans la mesure où ces actif monétaires sont payés en actifs plus liquides). Rappelons cependant que la Banque centrale US considère que M = M2, tandis que pour la BC européenne M = M3 ...
  3. l'État et les grandes sociétés créent de la monnaie de type M4-M2 (moins liquide) sous la forme de Bons du Trésor, Billets de trésorerie, etc (le lecteur attentif qui a lu préalablement la section III.1. aura compris que nous incluons dans les grandes sociétés les institutions financières monétaires).

    Pas de la monnaie pour tout le monde ... La Banque centrale US considérant que M = M2 cela signifie qu'elle ne prend pas en compte l'évolution de M4-M2 pour établir ses décisions de politique monétaire.

Effet multiplicateur

Par le jeu des transactions commerciales entre agents économiques (ménages, entreprises, État), les crédits créés par une banque vont induire des augmentations de dépôts d'autres clients (de la même banque ou d'autre banques), augmentant chaque fois la possibilité d'accorder de nouveaux crédits (notés : Δ Mt).

Dans ce processus sans fin la quantité de monnaie créée (Δ Mt) diminue cependant à chaque étape en raison du coefficient de réserve obligatoire, de sorte que : limt Δ Mt = 0 il en résulte que le total de la monnaie créée à partir de D tend vers une valeur limite D / r (r = coefficient de réserves obligatoires) :

Effet multiplicateur (D = 100, r = 1%)
Cycles0123
Δ MtD = 100100 x (1 - 0,01) = 9999 x (1 - 0,01) = 9898 x (1 - 0,01) = 97ΔM = D * (1-r) = 0
t=0n Δ Mt100100 + 99 = 199199 + 98 = 297297 + 97 = 394t=0 Δ Mt ≈ D / r

L'équivalence t=0 D * (1 - r)tD / r  (ici = 100 / 0,01 = 10.000) se démontre comme ci-dessous, en posant :
D = 1 et 1 - r = q.

Démonstration de : si q < 1 t=0 qt ≈ 1 / (1 - q)

t=0n qt = 1 + q1 + q2 + ... + qn   

(1-q) * (∑t=0n qt) = (1-q) * (1 + q1 + q2 + ... + qn) = 1 + q1 - q1 + q2 - q2 + ... + qn - qn + qn+1   

t=0n qt = (1 - qn+1) / (1 - q)

Or si q < 1 limn qn+1 = 0 t=0 qt ≈ 1 / (1 - q)

La représentation graphique de t=0 D * (1 - r)t en fonction de t pour D = 100 et r = 10 % montre bien que la courbe tend vers une valeur limite égale à 100 / 0,1 = 1.000.

Effet multiplicateur (r = 10%)

Ce type de courbe est appelée fonction logarithmique, et se note : ln(t).

On appelle "multiplicateur monétaire" m = 1 / r t=0 D * (1 - r)t = ∑t=0 Δ Mt = m * D.

Lorsque le coefficient de réserve obligatoire est abaissé par la Banque centrale l'effet multiplicateur est donc augmenté.

Pour r = 1% (cas de la zone euro) m vaut 100. En réalité m est nettement plus petit car une partie de la monnaie nouvellement créée est convertie en billets par les titulaires de comptes bancaires ("fuite en billets"), ce qui diminue la valeur de Δ Mt.

Soit un taux de préférence en billets b = Billets / M on obtient : m = 1 / [ r * (1 - b) + b ]. Notez que si b = 0 on retrouve m = 1 / r.

Démonstration de : m = 1 / [ r * (1 - b) + b ]

Soient :

  • M = M2 = Billets (Mb) + Dépôts (Md)
  • MB = RO + Mb     (on suppose donc R = RO)
  • r = RO / Md
  • b = Mb / M b = (M - Md) / M) 1 - b = Md / M
  • m = M / MB
Il en résulte que :
m= M / ( RO + Mb )
 = M / ( r * Md + b * M )
 = M / [ r * (1 - b) M + b * M ]
 = 1 / [ r * (1 - b) + b ]

Ainsi si b = 0,12 et r = 0.01 m = 7,8 contre m = 100 si b = 0.

Enfin la formule montre bien que m augmente si r ou/et b diminuent (ce qui est d'ailleurs leur évolution observée : b baisse suite au progrès technologique, et la Banque centrale diminue r pour aider les banques). Les banques ont donc intérêt à inciter les individus à utiliser de moins en moins les billets (donc abaisser b) puisque la "fuite en billet" diminue d'autant le multiplicateur monétaire c-à-d la création de crédits, lesquels rapporte des intérêts aux banques. Le tableau ci-dessous montre l'effet d'une diminution par deux du taux de préférence pour les billets : m passe alors de 7,8 (correspondant à la limite maximale de la coubre b=12%) à 14,4 (correspondant à la limite maximale - moins apparente sur ce graphique - de la coubre b=6%)

Effet multiplicateur selon b

Le résultat global est cependant une croissance exponentielle de M car la base monétaire, créée ex-nihilo par la Banque centrale, croît exponentiellement (or : et + ln(t) ≈ et).

M1 et M3

Ce type de courbe est appelée fonction exponentielle, et se note : et.

Démonstration de : et + ln(t) ≈ et

Soit M3 = MB + ([M3-MB], simplifions les fonctions de croissance respectives comme suit :

On a donc :

M3(t) = et + ln(t)      on divise par ln(t)

M3(t) / ln(t) = et / ln(t) + 1       on passe au logarithme

ln(M3(t) / ln(t)) = ln(et / ln(t) + 1)      or lorsque t augmente, et / ln(t) augmente et ln(t+1) tend vers ln(t)

ln(M3(t) / ln(t)) ≈ ln(et / ln(t))      cqfd

M3(t) ≈ et

PS : notez que le résultat serait identique si l'on remplaçait ln(t) par lnk(t).

Création monétaire
"ex-nihilo"

Seule la Banque centrale créé de la "Monnaie de base" (ou encore "monnaie Banque centrale"). Ce que font les banques commerciales c'est multiplier cette monnaie de base. Le système bancaire dans son ensemble (banques commerciales + Banque centrale) créé donc de la monnaie "ex-nihilo".

Les banques sont supposées évaluer au mieux le risque de non remboursement que représentent les prêts qu'elles "octroient". Cependant la crise des subprimes en 2008 suggère que ce n'est pas le cas. Elles n'ont pas même intérêt à le faire dès lors que l'État prend en charge leurs pertes en cas de risque de faillite (réel ou fabriqué ...).

Tritisation. En outres les banques fabriquent des produits financiers dans lesquels elles incorporent les crédits "pourris", et les revendent sur le marché ("tritisation"). Ce faisant elles augmentent leur profit tout en transférant et diluant le risque (NB : ce qui ne le supprime pas pour l'économie dans son ensemble, mais seulement pour les banques).

Nous venons de voir comment la monnaie est créée. Mais comme nous l'avons mentionné précédemment il importe que la masse monétaire demeure en adéquation avec l'activité économique. Il importe donc que le système monétaire soit conçu de telle sorte qu'une masse monétaire trop élevée puisse être "détruite". Avant d'aborder cette problématique dans la section suivante, terminons celle-ci, qui fut très théorique, sur la relation entre théorie et pratique.

Théorie vs pratique

Nous venons de décrire la théorie. Mais qu'en est-il de la pratique ? Les banques respectent-elles le coefficient de réserve ? La BC a-t-elle la volonté et les moyens de le vérifier ? Dans l'affirmative les citoyens ont-ils les moyens de vérifier que le "respect" du coefficient de réserve n'est pas truqué ? Par exemple, si les banques prêtent plus qu'autorisé par le coefficient de réserve et qu'en même temps (par exemple par un accord tacite) la BC augmente systématiquement la monnaie de base de sorte que les réserves des banques augmentent finalement jusqu'à atteindre le niveau de réserve requis, alors dans ces conditions le système de réserve fractionnaire ne serait-il pas que de la poudre aux yeux ?

Destruction monétaire

La création monétaire étant une opération comptable de crédit par une banque il en résulte que la monnaie créée est "détruite" lorsqu'elle est remboursée à la banque.

Quid si faillite du débiteur ? Si le bénéficiaire d'un crédit bancaire créateur de monnaie est déclaré définitivement dans l'incapacité de rembourser (faillite) alors la monnaie créée par ce crédit ne peut plus être détruite. Si le crédit a été couvert par la mise en gage d'un bien quelconque, la propriété de ce bien sera transférée du débiteur failli à la banque créditrice : il y a donc transfert de richesse, mais pas diminution du stock de monnaie en circulation.

Le développement économique ayant pour effet que les remboursement de crédits créateurs de monnaie sont inférieurs à l'octroie de nouveaux crédits il en résulte que la masse monétaire augmente de façon quasiment permanente (PS : les intérêts, qui s'ajoutent au remboursement du principal, sont donc une ponction de la croissance économique par les banques).

Instruments de la
politique monétaire

Étant donné les besoins monétaires induits par la croissance économique, la politique monétaire consiste en fait à influencer le rythme de croissance de M. Dans le système monétaire tel qu'il est organisé aujourd'hui - où ce sont les banques commerciales qui crééent la monnaie et la distribuent à qui elles le décident - la BC ne peut influencer M qu'indirectement via la base monétaire MB. Pour ce faire la Banque centrale dispose de trois techniques possibles :

  1. en augmentant (/diminuant) le taux de réserve obligatoire (--> R ∈ MB ↑) la BC peut freiner (/favoriser) le processus de création monétaire ;

    La modification du taux de réserve obligatoire n'est cependant plus pratiquée par la plupart des Banques centrales, lesquelles n'hésitent d'ailleurs pas à prêter de la nouvelle monnaie aux banques afin de leur permettre de respecter le ratio obligatoire. Le masque tombe : les Banques centrales ne sont bien rien d'autre qu'une émanation des banques privés elles-mêmes.

  2. en augmentant (/diminuant) le taux auquel elle prête de la monnaie aux banques la BC freine (/favorise) le processus de création monétaire ;
    • Taux directeurs de la BCE
      Source : ecb.europa.eu
      déc. 2011sep. 2014
      C1.000.05
      D0.25-0.20
      Δ

      La BC perçoit donc ce taux "créditeur" (appelé taux "de refinancement") sur les crédits qu'elle octroie aux banques, mais paie à celles-ci un taux "débiteur" (appelé taux "de rémunération") sur leurs dépôts (à plus court terme) auprès d'elle. Le tableau ci-joint montre l'évolution relative de ces taux créditeur (C) et débiteur (D) ainsi que de leur différentiel entre 2011 et 2014. Ce taux débiteur n'a aucune justification si ce n'est d'être une rente de plus pour les banques privées, par une forme de détournement de ce bien public que devrait être la monnaie. Le fait qu'il devienne négatif doit être relativisé par un autre fait : la baisse du différentiel avec le taux créditeur (c-à-d le coût net pour les banques ...).

    • Marché interbancaire Alternativement les banques qui ont besoin de liquidités peuvent emprunter à d'autres banques qui ont des surplus de liquidité. Mais lorsque celles-ci ne veulent plus prêter à d'autres banques (par exemple parce qu'elles doutent de la santé financière de ces dernières) alors la BC devient le prêteur de dernier recours.
  3. en revendant (/achetant) aux banques des Bons du Trésor la BC provoque la baisse (/hausse) de R, et donc de MB ;

    Ce faisant la BC - étant donné l'ampleur de ses capacités financières - peut influencer à la baisse/hausse le cours des Bons du Trésor (et pousser ainsi à la hausse/baisse leur taux d'intérêt, qui est fonction inverse de leur prix).

Le système bancaire

Lorsque le secteur bancaire dans son ensemble a atteint le niveau autorisé des crédits par rapport aux dépôts, la seule possibilité légale pour pouvoir accorder de nouveaux crédits est d'obtenir des prêts de la Banque centrale. Or, et c'est là un aspect fondamental du système monétaire tel qu'il est aujourd'hui, la Banque centrale n'est soumise qu'aux règles qu'elle se fixe elle-même : elle peut créer autant de monnaie qu'elle souhaite, par simple écriture comptable (PS : et en faisant exploser MB suite à la bulle financière de 2008 les Banques centrales ont montré qu'elles sont prêtes à prendre beaucoup de liberté par rapport à la contrainte du risque inflationniste). Or lorsqu'on regarde de près à l'organisation et la structure juridique des banques centrales on se rend compte que :

Les crises
systémiques

Le fait que le système bancaire est privé et auto-régulé n'est-il pas la principale cause des crises financières à répétition (crise "des Sales & Loans" fin des années 1980", crise "des subprimes" fin des années 2000, ...), ainsi que de l'inefficacité des mesures supposées prévenir celle-ci ? (accords de Bâle).

"Too big to fail" Un croyance très répandue affirme que, par un "effet domino", la faillite d'une seule banque pourrait entraîner celle d'un grand nombre d'autres banques, de sorte que l'effet sur l'ensemble de l'économie serait catastrophique.

Vraiment ? Est-il vrai que la faillite d'une seule banque pourrait entraîner celle d'un grand nombre d'autres banques ? Dans l'affirmative est-il vrai que le coût encouru pour sauver ces entreprises inefficaces est inférieur au coût supposé de leur disparition ?

Quoi qu'il en soit force est de constater que la plupart des banques approchant de la faillite sont renflouées en liquidités :

Socialisation des pertes. Le fait que la quasi totalité des banques renflouées avaient détérioré leur liquidité de façon délétère en raison de pratiques spéculatives couplées au paiement d'importants dividendes, a amené de nombreux observateurs à dire que ces sauvetages revenaient à "socialiser les pertes" ... après que les bénéfices aient été privatisés.

Déresponsabilisation. S'il y a effectivement socialisation des pertes après privatisations des bénéfices, il est alors clair que le principe du TBTF n'incite pas les banques à une gestion saine, et les pousse même à spéculer toujours plus. Le noeud du problème est donc la recherche de maximisation du profit, caractéristique inhérente aux entreprises privées.

Basta ! Notons enfin que d'autres raisons que le risque systémique peuvent être invoquées pour justifier le sauvetage de banques en risque de faillite : préserver l'épargne des ménages les plus pauvres, ou encore l'emploi des salariés de ces entreprises. On se rend alors compte à quel point l'allocation universelle du modèle synthétique (qui prône la nationalisation systématique de toutes les grandes entreprises en général et des banques en particulier), ou encore le salaire à vie du modèle collectiviste (qui prône le principe - plus vague - de substitution de la propriété d'usage à la propriété lucrative), répondent particulièrement bien à l'ensemble des besoins qu'évoque la notion de "too big to fail" ...

Institutions
internationales

Au niveau international la structure administrative et technique du système bancaire dépend essentiellement de deux entreprises privées dont l'actionnariat est composé directement ou indirectement de banques commerciales :

  1. La Banque des règlements internationaux (BRI) a pour fonction de faciliter la coordination des politiques monétaires menées individuellement par les Banques centrales de la plupart des pays du monde. En particulier la BRI sert de :
    • forum pour les Banques centrales ;
    • contrepartie des Banques centrales dans leurs opérations financières ;
    • agent ou mandataire dans certaines opérations financières internationales.

    Banque centrale des Banques centrales ? La BRI est parfois appelée la "Banque centrale des Banques centrales". Cependant cette appelation n'est pas pertinente car la BRI n'émet pas de monnaie.

    La BRI a également assuré la "supervision bancaire" (sic) du Comité de Bâle, qui a élaboré des normes de solvabilité concernant les liquidités et fonds propres des banques, aujourd’hui d’application dans plus d’une centaine de pays (PS : les normes les plus récentes, regroupées sous la dénomination "Bâle III", datent de 2010). La BRI étant une émanation du secteur bancaire les normes de Bâle relèvent donc de l'autorégulation. Celle-ci est évidemment non crédible et inefficace [source, exemple1, exemple2], d'une part parce que le secteur bancaire est alors à la fois juge et partie, et d'autre part parce que les banques savent que le chantage systémique fonctionne sans problème (grâce à la corruption des décideurs politiques ?).

  2. SWIFT est le principal réseau international de télécommunication inter-banques.

    On notera la collaboration de la société SWIFT à l'ingérence atlantiste, comme le confirment :

    • l'accord SWIFT qui permet au gouvernement US de piller la base de données SWIFT sous prétexte de "lutte contre le terrorisme" (l'accès à la base de données SWIFT permet au gouvernement US de transmettre aux entreprises US - via des organismes tels que l'Advocacy Center - des informations financières pouvant être utilisées au détriment des concurrents étrangers) ;
    • la résolution de l'Union européenne envisageant de déconnecter la Russie du réseau SWIFT [source1, source2].

Revenus des banques

L'activité des banques s'est profondément transformée durant les trois dernières décennies (NB : pour les raisons évoquées plus haut, nous ne faisons pas de distinction entre "banques" et "institutions financières").

Jusque dans les années 1980 l'activité principale des banques consistait :

  1. à 80% de prêts (crédits), contre intérêts :
    • différentiel entre le taux d'intérêt créditeur moins le taux d'intérêt débiteur (dépôts), la différence étant positive car les banques prêtent à un terme plus long que leurs emprunts ;
  2. à 10% de gestion du système monétaire, contre frais :
    • paiements (virements, chèques, ...) ;
    • dépôts (comptes à vue, coffres, ...) ;
    • change de devises ;
  3. à 10% d'opérations sur titres (actions, obligations, ...) et produits dérivés (assurances, swaps, tritisation, ...), contre commissions :
    • émissions ;
    • achat/ventes ;
    • paiement des coupons et dividendes ;
    • gestion de portefeuilles ;
    • prises de participation dans des entreprises.

Dans la mesure où les activités I et II servent (i) à financer des dépenses d'investissement et de consommation et (ii) à faciliter les échanges commerciaux, l'activité bancaire était donc principalement située dans ce qu'on appelle l'économie "réelle".

Diversification

Aujourd'hui la situation est totalement différente car plus de 50% de l'activité bancaire est de type III (cf. "Titres" et "Emprunts interbancaires" dans le passif du bilan ci-dessous), laquelle concerne de plus en plus des opérations entre banques (d'où l'expression d'économie "financière"). L'économie financière est également caractérisée par la création de nouveaux produits financiers, les fameux "produits dérivés".

Les produits dérivés servent essentiellement comme instruments :

Conflits d'intérêt. On constate donc que les banques ont intérêt à provoquer des bulles spéculatives (via les produits B) car cela augmente d'autant la demande en instruments de couverture contre le risque de fluctuation des cours (produits A) ! C'est ce cercle vicieux - motivé par l'appât du gain - qui explique les bulles financières à répétition. En outre les instruments B et C ont pour effet d'accroître la dette publique, encore une fois au bénéfice des banques dans la mesure où l'État emprunte auprès d'elles (bons du Trésor).

Ces faits suggèrent que la fonction bancaire devrait être monopole d'État, c-à-d exercée par des entreprises publiques.

Bilan du secteur bancaire en %
Source : banque-france.fr
Actif19802011Passif19802011
Prêts interbancairesnd23Emprunts interbancaires922
Crédit clientèle8429Dépôts clientèle7326
Portefeuille titresnd27Titres1032
Valeurs immobiliséesnd6Fonds propres38
Diversnd15Divers513
Total100100Total100100
Solvabilité

Comme toute entreprise une banque peut se retrouver en faillite lorsqu'elle ne peut maintenir la valeur de son actif (ses avoirs) à celui de son passif (ses engagements). Pour une banque le risque de faillite provient essentiellement :

  1. du risque de moins-value sur son Portefeuille-titres (sphère financière) ;
  2. du risque de défaut de débiteurs non financiers (sphère réelle) ;
  3. du risque de défaut de débiteurs financiers (sphère financière).

Les activités correspondant aux risques 1 et 3 représentaient environ 20% du secteur bancaire en 1980 (9+10 dans le tableau), contre plus de 50% en 2011 (22+32). Or la sphère financière étant par nature beaucoup plus volatile, le risque lié à l'activité bancaire a donc augmenté en raison du déplacement de ses activités de la sphère réelle vers la sphère financière.

Hors-bilan. En réalité le volume des activités "hors sphère réelle" du secteur bancaire est nettement plus élevé que ce que révèle le bilan ci-dessus. En effet, en raison de règles comptables non adaptées à l'apparition des ces nouveaux instruments financiers que sont les produits dérivés, les activités générées par ceux-ci sont mentionnées "hors bilan". En France (2011) leur valeur vaut 11 fois le total du bilan du secteur bancaire !

Effet macroéconomique. Il en résulte qu'aujourd"hui l'économie financière (achat/vente d'actifs financiers : actions, obligations, ...) représente 98 % de l'économie globale, de sorte que l'économie réelle (production de biens et services) ne représente que 2% de la valeur monétaire de l'économie globale [chiffres 2007 - source].

L'hypertrophie de la sphère financière est en outre exploitée pour monter en épingle un supposé risque d' "effondrement du système bancaire" permettant aux banques privées de s'enrichir sur le dos des contribuables avec la complicité de la classe politique. C'est le "chantage systémique" analysé en détails dans l'article complémentaire mentionné en fin de page, qui traite des relations entre sphères politique et financière.

Contexte politique

Cette régression, enclenché dans les années 1980, fut concomitante avec d'une part l'effondrement des partis communistes en Europe, et d'autre part la montée en puissance de l'Union européenne et de l'idéologie du libre échange, même au sein des partis politiques dits "de gauche" (principalement socialistes et écologistes).

Le capitalisme criminel
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