Introduction

màj : 11 août 2018
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Définition. Les concepts d'allocation universelle (AU), revenu universel, revenu de base ou encore salaire à vie ont en commun le principe de rémunération inconditionnelle des citoyens : une somme d'argent allouée régulièrement et inconditionnellement par l'État à chaque citoyen.

Objectifs. Cette "inconditionnalisation" (universalisation) de l'actuel revenu minimum garanti pourrait être l'occasion de réaliser une série d'objectifs importants : (i) neutraliser les phénomènes de trappe à inactivité [1] et de non exercice du droit aux aides sociales [2]; (ii) simplifier le système socio-fiscal ; (iii) égaliser le statut des indépendants avec celui des salariés, (iv) déstigmatiser les ayants droits à l'aide sociale, (v) résoudre la problématique financière du chômage [3] et des pensions, (vi) limiter les écarts de richesse, ...

Modèles. Divers modèles sont proposés. Parmi les principaux points de divergence il y a le montant de l'AU et son mode de financement, c-à-d in fine la mesure dans laquelle l'AU modifiera le niveau actuel de redistribution des richesses (ce que les plus riches – qui devraient en être les seuls contributeurs nets – appellent le "coût" de l'AU).

Inconnues. Deux grandes inconnues concernent l'effet induit sur l'offre de travail (dans quelle mesure baissera-t-elle ?) et sur le niveau des salaires (vont-ils augmenter ou diminuer ?).

Dans l'article consacré à l'application de l'AU nous avons montré que celle-ci devrait provoquer une baisse modérée de l'offre de travail, ce qui en vertu de la loi de l'offre et de la demande devrait théoriquement conduire à une hausse modérée des salaires [approfondir].

Travail et valeur. Le capital n'étant qu'un moyen (objet) de production, seul le travail humain est facteur (agent) de production. Le développement de la robotisation augmentée par l'intelligence artificielle pourrait être l'occasion de réduire le travail capitaliste, très matérialiste, consumériste et majoritairement en voie de précarisation (CDI --> CDD). Il s'agit de favoriser et valoriser le développement d'autres formes de travail : familial, associatif, politique (démocratie directe), scientifique (recherche fondamentale), artisanal, ...

  • L’emploi est le cadre juridique et institutionnel dans lequel le travail – salarié ou indépendant – s’exerce.
  • Incohérences. Dans le système économique actuel les gens travaillant dans la publicité ou participant à la fabrication de produits conçus pour l'obsolescence accélérée sont économiquement valorisés, alors que nous tentons de limiter nos émissions de CO2. À l'opposé, des chercheurs et développeurs sans emploi travaillent d'arrache-pied – et dans un mépris quasiment généralisé – pour concevoir et développer des modèles politiques, économiques et technologiques fondés sur le partage et la modération. L'allocation universelle d'un montant égal au salaire minimum légal permettrait de réduire la taille du premier groupe et d'augmenter celle du second.

Le progrès technologique et social conduit irrémédiablement à une évolution transformant l'actuel paradigme « ceux qui peuvent travailler le doivent » en « ceux qui veulent travailler le peuvent ». Il ne s'agit plus de forcer les individus à travailler mais de faciliter la réalisation de travaux qu'ils définissent eux-mêmes, de préférence collectivement (cf. coopératives publiques). Autrement dit il s'agit de déplacer vers le travail libéré la valorisation économique et sociale, actuellement focalisée sur l'emploi.

Pour ce faire il importe de créer les conditions – notamment institutionnelles, légales et financières – favorisant la réalisation de ce nouveau paradigme sociétal [4].

Modèle synthétique. Fondé sur une analyse détaillée des modèles libéral et collectiviste de l'AU, le modèle synthétique conduit aux conclusions suivantes :

  1. l'AU est inévitable pour adapter le système socio-fiscal aux effets de l'évolution technologique, mais l'AU ne pourra constituer un progrès social certain que si son montant est au moins égal au salaire minimum légal net, soit environ 1.200 euros/mois dans des pays tels que la France ou la Belgique ;

  2. la réalisation d'une AU d'un montant aussi élevé implique un changement de paradigme économique et politique vers :

    1. une conception relativiste de la notion de valeur, ce qui implique la symétrisation de la politique monétaire c-à-d création monétaire à taux constant et allocation égalitaire et gratuite de la création monétaire entre les personnes physiques [approfondir] ;

    2. un contrôle démocratique des principaux moyens de production :

      • l'État devrait disposer de plusieurs entreprises publiques concurrentes dans chaque secteur stratégique, et si nécessaire faire du statut de grande entreprise (soit moins de 1% des entreprises) un monopole public [approfondir] ;

      • gestion des entreprises publiques sous statut de coopératives publiques [approfondir] ;

    3. une gouvernance mondiale de type confédéral [approfondir].

Réalisation. Une telle transformation du système économique ne peut se réaliser que progressivement [approfondir]. Dans une autre de nos publications – tutmondigo.net – nous proposons un concept de parti politique décentralisé et transnational, visant à propager l'allocation universelle et la démocratie directe dans le monde au moyen d'une compétition ludique. Le lecteur est invité à s'en emparer.

Mises à jour. La présente publication n'est pas un blog mais un "ouvrage digital" composé de chapitres (nous les appelons plutôt "articles"). Le nombre d'articles varie peu mais par contre leur taille et surtout qualité (fond et forme) augmentent constamment, en raison d'un rythme de mises à jour quasiment journalier (sur l'ensemble de la publication). Ce processus sans fin se traduit par une amélioration constante du classement des articles dans les moteurs de recherche, dont les algorithmes d'intelligence artificielle sont en mesure d'évaluer de plus en plus efficacement la qualité du contenu.

[1] Il y a effet de trappe à inactivité lorsqu'un allocataire du chômage ou du RMG n'est pas incité à reprendre une activité professionnelle (salariée ou indépendante) parce qu'il estime qu'il en résulterait une baisse globale de l'ensemble de ses revenus et patrimoine monétaires (allocations, revenus professionnels) et non monétaires (temps libre, quantité et qualité du réseau relationnel, opportunité de développement de ses capacités, opportunité de carrière professionnelle, ...) [approfondir].

[2] Les causes du non recours sont diverses : ignorance des ayants droits, complexité des démarches administrative, crainte de la stigmatisation, ... Ce phénomène est méconnu par une partie considérable de la population malgré son ampleur. Ainsi selon le type d'aide sociale le taux de non recours peut varier de 30% à 80% ! Cette "redistribution non exercée" représenterait près de 0,5% du PIB [source p. 330]. À l'opposé, l'image de l'allocataire social "profiteur" est toujours prégnante dans la population, alors que sa réalité est statistiquement insignifiante.

[3] À noter que la question financière ne constitue qu'une partie de la problématique. Ainsi la satisfaction des seuls besoins primaires ne permet pas de socialiser. Pour cela des besoins supplémentaires doivent être satisfaits : transport, communication, formation, aide à la réinsertion, disponibilité de logements sociaux, ...

[4] La Constitution française de 1946 stipule (Article 5) : « Chacun a le devoir de travailler et le droit d'obtenir un emploi ». Cependant se pose la question de ce qu'est un travail "utile" ? Le chômeur de longue durée qui fait de la recherche fondamentale et publie ses travaux est-il moins utile à la société que le salarié d'une société de publicité qui nous incite à consommer toujours plus de produits futiles ? (par exemple des jeux vidéos véhiculant une idéologie associant le meurtre à un jeu). Enfin comment expliquer que plus d'un demi siècle après l'élaboration de cette Constitution son Article 11 ne soit toujours pas vérifié pour tous : « Tout être humain qui, en raison de son âge, de son état physique ou mental, de la situation économique, se trouve dans l'incapacité de travailler a le droit d'obtenir de la collectivité des moyens convenables d'existence ».